10) Quand on arrive en ville !

Lorsque cette saleté de bateau au roulis si meurtrier pour mon frêle estomac daigne enfin accoster, je débarque – l’œil glauque et la démarche chancelante – sur le quai de la ville.

Bien décidée à remplacer les trois tonnes de bonne nourriture que j’ai généreusement distribué aux poissons durant la traversée, je me dirige vers la taverne la plus proche. D’une poussée molle et approximative, j’ouvre la porte et me traîne de mon mieux jusqu’au comptoir où je commande assez de victuailles pour transformer ma silhouette de rêve en équivalent d’une pseudo héroïne un poil tassée et à la verticalité bien contrariée. Enfin, je m’attable et jette un œil circonspect sur les autres clients.

Tandis que je me bâfre très salement, je constate que ça glandouille sévère ici !

Certains aventuriers - visiblement pris de boisson - donnent des grands coups dans le vide ou traversent la salle comme des canards sans tête avant de pester contre la terre entière. En les écoutant, je comprends qu’ils peinent à prendre pleinement la mesure de l’interface pour le moins spéciale et je ricane bêtement (sans bien entendu avouer que je suis aussi atteinte de la même pathologie !). D’autres Héros, incontestablement débutants et passablement mâchouillés, apparaissent régulièrement de nulle part et je comprends que cet endroit est – à l’instar de la taverne de la zone d’initiation – le lieu ou les combattants malchanceux se retrouvent en cas de mort violente. 

Enfin repue, j’esquisse un gracieux pas de danse pour rapidement fuir avec célérité après qu’un butor de Barbare ait tenté de se coller à moi en lançant des « Ouèèèè Chauffe, Oméga !!! » pour le moins déplacés.

Sans but réel, j’erre quelques minutes sur les pontons du port puis décide de m’enfoncer plus avant dans les ruelles alentours.
J’y croise des bandes d’aventuriers pressés et y fais la connaissance de plusieurs habitants sympathiques et bavards pour finalement achèver ma promenade devant un duo de gardes en faction devant une lourde porte fortifiée. Quand je fais mine d’en franchir l’huis, une des sentinelles me barre le passage et m’explique qu’il me faudra trouver un autre chemin si je n’ai pas les accréditations nécessaires.

J’hésite à proposer un bon coup de marteau sur la fiole de ce casseur d’ambiance comme accréditation mais je me tempère en me disant que je ne vais quand même pas me mettre la Garde à dos dés mon arrivée. Après avoir signifié mon justifié courroux à l’impudent d’un majeur royal, je rebrousse chemin tranquillement et me décide à trouver une mission pour m’occuper.

Le souvenir du Raccourci me fait hésiter à indiquer à la communauté reconnaissante que je suis en quête de compagnons mais celui du Charmant refreine mes velléités anti-sociales et j’active finalement l’option.

Une minute plus tard, je me retrouve groupée par un Roublard au nom indubitablement choisi - puis annoncé à sa naissance - par une vieille femme à la dent rare et au dentier absent : Pflupf !

Comme je m’enquiers de l’origine d’un si singulier patronyme, mon nouveau camarade m’explique – en Albionais - qu’il est d’origine nordique et qu’il espère que je parle Anglois vu qu’il n’est jusqu’ici parvenu à dégotter que des alliés clairement bien gentils mais infoutus de lui répondre autre chose d’intelligible pour lui que « Hello » puis « Sorry » et enfin « Bye ». Je rassure positivement mon bon suédois en assénant joyeusement une boutade qui avait pourtant fait ses preuves jusqu’ici – « Œuf Corse, Amigo !!! » - mais qui ne rencontre chez ce Béotien qu’une incompréhension polie pour ne pas dire prudente.

Pflupf – qui n’est visiblement pas là pour glander… - me propose alors de partager ses passionnantes aventures « à cause que je suis bien mignonne mais que le temps c’est de l’XP quand même et qu’il faudrait voir à pas l’oublier ! ». Je me tâte – chastement – pour planter là ce viking exalté mais décide finalement de voir – malgré nos évidentes divergences ludiques - ce que donnera une mission où deux en compagnie de cet improbable personnage.

Je comprends rapidement que je ne vais pas m’en faire un ami de trente ans du Pflupf !

Non seulement le pleutre m’utilise honteusement pour faire son boulot d’éclaireur en m’envoyant sournoisement déminer le terrain avant de se carapater dextrement dés qu’un vilain montre le bout de son groin, mais il chicane en plus sur toutes les prises de guerre possibles et imaginables en m’expliquant que « ça aussi il en a besoin pour Baltringue, son reroll Clerc », Tronchaklak son Barbare, j’en passe et des meilleurs !!!
Encore heureux qu’il n’ai pas eu le temps de tester ma classe ou je me retrouvai seulement avec deux champignons moisis et une paire de tongs élimées !
Fortement impressionnée par la capacité du nuisible à dégotter des raisons foireuses ou des argumentaires pipeautiers, je m’extasie devant un tel parangon de manifeste sournoiserie et me dis que moi qui pensais avoir atteint des sommets de duplicité avec ma défunte Chieuse Grave sur DaoC, j’ai encore beaucoup à apprendre avant d’espérer devenir le quart d’une saloperie comme ce nabot au nom foireux !

A la fin de la troisième mission, je suis quand même un peu fatiguée de devoir désamorcer toutes les cochonneries des souterrains avec mes dents et je prends poliment congé de cet énergumène au roleplay de félon incontestablement brillant en me demandant rétrospectivement s’il n’aurait pas eu une dérogation pour incarner le seul « chaotique mauvais » du serveur… ?!

Je rejoins mon dodo et passe la nuit à faire des cauchemars horribles où Plupf me force à prononcer son nom en public avec la bouche remplie à ras bord de coquillettes au parmesan trop cuites !

11) Enfin des copains !!!

C’est décidé, ce soir, je ne vais pas me faire avoir !!!
J’ai mis à profit la période du déjeuner au bureau pour m’assurer que je retrouverai des copains A MOI ce soir !
Ceux que je ne suis pas parvenue à contacter en jeu jusqu’ici pour cause d’onglet de discussion défaillant car mal paramétré…

Mais là, ce sera ceinture et bretelles : j’ai leur MSN et je les ai prévenus sur notre Forum avant OU je serai, avec QUI comme Avatar et QUAND !

Bien entendu, lorsque je rentre à la maison avec la ferme intention de me connecter après dîner pour rejoindre mes amis, mon Tomte aîné me rappelle suavement que c’est ce soir – vacances aidant… - que j’avais promis que nous regarderions exceptionnellement ensembles pour cause de « bon point » à l’école le film « Pirates des Caraïbes » pendant que son petit frère irait au lit comme tout bambin qui se respecte.

Vers 21 heures, je me connecte en catastrophe et explique à ma copine Ilinya que si je débarque, ce sera bien plus tard qu’initialement prévu, puis je redescends – toujours en catastrophe – essayer de faire taire la chose hurlante que j’ai collé au pieu et qui envisage de faire savoir au quartier tout entier que cette décision est inique et qu’il se vengera cruellement quand je serai vieille et impotente !
Il y a des fois où je regrette amèrement de ne pas bénéficier d’un sort de sommeil ou deux dans la vraie vie…

Le film enfin terminé – et ma boîte de « fingers » au lait que je m’étais précautionneusement réservée allègrement pillée par mon mini-invitée – je l’envoie rejoindre son frangin enfin vaincu par la fatigue et les sanglots déchirants et je retourne voir si cette bonne vieille Ilinya est toujours dans le coin.

C’est le cas !
Comme quoi une journée pourrie peut parfois s’achever de façon positive…

Nous décidons de nous retrouver dans la Taverne du port et je me connecte fébrilement avant qu’une autre galère imprévue ne me tombe sur la cafetière.

En attendant ma vieille complice, je suis superbement attablée suite à l’utilisation audacieuse de l’emote « /asseoir » (après avoir enfin compris que « /sit » ne marcherait JAMAIS) quand un collègue Guerrier m’interpelle poliment. Sa désopilante manie de balancer des coups d’épée dans le vide en parlant m’éclaire immédiatement sur son statut de débutant. Dans la mesure où je me la pète méchamment en répondant à ses questions relatives à l’interface, je me garde bien de bouger d’un poil afin qu’il ne m’identifie pas à mon tour comme faisant partie des démoulées à chaud récentes. L’homme n’est pas dupe longtemps et je lui avoue ma noobitude après qu’il m’ait vu me lever comme une furie pour traverser la salle sans aucune raison vu que j’avais oublié d’activer la ligne de saisie avant de taper une réponse. Le temps de fermer toutes les fenêtres qui se sont ouvertes chaotiquement dans tous les sens jusqu’à remplir mon écran, nous médisons comme deux commères en maudissant l’interface après force comparaison avec tous les jeux obligatoirement bien mieux pensés où nous avons respectivement perdus chacun plusieurs années de nos vies.

Je viens juste d’expliquer à mon nouveau compagnons comment répondre en direct à un interlocuteur quand celle qui m’avait justement éclairée sur cette subtile manipulation débarque enfin.

ARF !!!
Ilinya est une Clerc.
Et à l’instar de ses semblables, elle raffole des effets de lumière à la noix !!!
Enfin lassée de transformer le sol de la taverne en piste de disco – et dans la mesure ou c’est aussi une pipelette avertie - elle se joint fort naturellement à la conversation qu’elle ponctue ça et là – forte de son statut de Béta-testeuse officielle - de véritables conseils avisés. Un petit roublard et une grande Paladine qui restaient jusqu’alors prudemment en retrait – probablement de peur que je ne me remette à cavaler partout sans raison aucune et pour éviter les moulinets hystériques de mon acolyte Guerrier – nous demandent timidement si nous envisageons de monter un groupe.

Tout à ma causerie, l’idée ne m’avait effectivement pas vraiment effleurée mais je me dis qu’après tout, ça pourrait être amusant. Une fois que j’ai confessé ne pas savoir comment constituer la communauté, Ilinya prend les choses en main et nous invite tous. Elle nous propose alors de nous balader et de profiter de l’occasion pour effectuer la quête des égouts qui nous permettra de passer de l’autre coté de la lourde porte gardée par les deux frimeurs de gardes qui m’avaient jadis vertement éconduite. 

Alors que nous nous mettons en route fébrilement, je me demande ce qui va bien pouvoir me tomber sur le citron, tous ces gentils compagnons ayant l’air un peu trop normaux et sympathiques pour être honnêtes…

Prochain épisode : Dans les entrailles de la ville…