3) Premier contact :

Comme toute bonne (sic) joueuse qui se respecte, je n’ai bien entendu pas lu un mot de la documentation judicieusement fournie dans la boîte ! J’aurai pu mettre à contribution l’interminable période ou le jeu se patchait pour le faire mais ça aurait impliqué que je fasse les choses correctement ce qui est en soit antinomique avec ma façon de faire (et de ne pas faire surtout…).

Je regarde donc l’écran sans toucher à rien car je connais mes talents inimitables pour actionner LA touche à la con qui fera disparaître à jamais LE morceau d’interface sans lequel rien n’est possible.

A ce titre, j’avais par le passé paumé un soir la boîte de dialogue de « City of heroes » et j’étais restée sourde et muette durant trois jours à la grande joie de mes compagnons de jeu donc depuis, je me méfie…

Donc ma première impression maintenant que je suis vraiment DANS le jeu et que je ne touche à rien avec application est la suivante : je suis agréablement surprise !

C’est joli et soigné et je repère ça et là des éléments d’interface à priori intuitifs même pour moi. Il y a surtout une mini-carte (ce qui – me concernant - s’apparente à une Arme Fatale absolue !!!) et je distingue avec joie plusieurs barres de fonction pour faire encore plus de choses quand on ne me demandera rien.

Après une longue hésitation, j’appuie sur la touche « entrée ».
D’habitude, c’est la touche que j’utilise le plus car elle permet dans la plupart des MMO de causer. Ce qui s’avère être aussi le cas ici !

Génial !!!

Je soliloque donc quelques minutes toute seule sur le ponton branlant en m’extasiant devant tous les nouveaux arrivants qui apparaissent sans discontinuer autours de moi puis se sauvent rapidement vu le contenu affligeant de mes propos.

Je passe encore un peu de temps à tester les « emotes » - éléments primordiaux à mes yeux !!! – après m’être référée au chapitre correspondant dans la doc délaissée et je souris béatement en voyant ma Naine se déhancher mollement avec la grâce d’un tas de gelée dans une approximative tentative de danse.

Je suis en train de m’asseoir et de me relever comme un zébulon quand je me dis qu’il est peut être temps de contacter les copains pour les récompenser de leurs efforts à m’attendre. C’est là que je m’aperçois que concernant le premier d’entre eux, j’ai bien son nom de personnage mais pas le serveur sur lequel il comptait débarquer. Force est de constater que ça n’est en tout cas pas celui sur lequel je suis car mes messages s’avèrent inopérants…

Je maudis mon incurable habitude à ne jamais rien faire correctement et essaie d’entrer en communication avec mon second ami qui a lui par contre – méfiant et habitué qu’il est à trop me fréquenter en jeu – eu la sagesse de m’envoyer un mail référençant noms de personnages et serveur.

Pas de réponse ?!
Le message passe – preuve qu’il est bien dans le coin pourtant – mais il ne me répond pas.
Je regarde l’heure et me dis – piteuse… - qu’il est probablement un peu en pétard après moi et qu’il a décidé à me faire mariner dans mon jus pour me faire payer mon retard (même si la chose m’étonne un peu vu son habituelle gentillesse indéfectible).

De fait, j’apprendrai le lendemain par mail qu’il était bien là, qu’il m’a de plus répondue à chaque fois et à même tenté de renouveler l’exercice par la suite mais que c’est MOI qui ne répondait pas. Sans s’inquiéter outre mesure, il m’a expliquée que si je ne paramétrais pas correctement mes onglets de dialogue – notamment pour être en mesure de lire les réponses à mes questions… - je ne risquais pas de causer avec grand monde (je ne suis toujours pas certaine d’avoir paramétré correctement les onglets d’ailleurs mais bon…).

Alors c’est décidé, je lirai la doc ce ouikène !!!
Vu que je le passe en famille et que je vais probablement m’ennuyer ferme, ça me fera passer le temps de façon utile et agréable, na !  

Quoi qu’il en soit, convaincue à ce moment précis d’être seule au monde, je quitte le ponton d’arrivée, cause avec un garde fort avenant qui se trouve non loin de là et pénètre – suite à ses conseils éclairés – dans la taverne derrière lui.

4) la mission :

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a du monde dans ce troquet !!!

Un peu déçue, je note cependant que les Naines sont loin d’être légion et comme je n’envisage pas – malgré ma sociabilité légendaire – de frayer avec des races trop moches, trop hautaines, semblables à des armures de plate moisies ou plus voleuses que des pies hystériques, je reste prudemment dans mon coin et taille le bout de gras avec les NPC qui sont après tout payés pour ça !

Le tavernier – un homme lucide qui a immédiatement reconnu mon extraordinaire potentiel… - me propose d’aller chercher à la cave un ou deux cruchons de pinard moyennant rétribution. D’habitude, je ne suis pas Naine à exécuter ce genre de tâches plutôt destinées à ces sacs à vinasse d’humains mais je dois en convenir, ma bourse n’est pas au mieux de sa forme…

J’aurai bien chanté un truc ou deux pour me faire des sous mais l’absence de casque dans mon inventaire me fait craindre un possible mauvais coup sur le crâne vu mes talents en la matière trop souvent mal récompensés.

Je me résous donc à aider le bonhomme pour cette fois non sans me dire qu’il en sera quitte pour un repas chaud avec fromage, café et pousse-café s’il ne veut pas me voir chanter dans sa baraque pour le punir !

Je descends à la cave ou – maintenant que je suis seule sans personne pour se moquer de moi… - je me remets à sauter partout et à tester pleinement l’interface de déplacement sans risquer de passer pour une timbrée ayant abusé du picrate.

C’est vraiment pas mal !!!

Sans égaler l’impression de dynamisme propre à « City of heroes », je trouve que ma petite bardette est loin d’avoir un cul de plomb comme dans DaoC ou  WoW. Vas y que je fais des roulades, esquive souplement, sautille avec grâce et pousse même la bravoure jusqu’à escalader une barrique.

Je m’essaie du coup à deux ou trois autres « emotes » en douce puis me décide quand même à faire enfin ce pourquoi je suis là en allant tirer un litron au tonneau.

Je manque avoir une crise cardiaque quand je constate que cette action fait pivoter le mur attenant ce qui a pour conséquence de révéler un passage secret !!! Whao ! Comme dans les récits d’aventure ! La stupeur et l’enthousiasme passées, je me tempère car avec mon bol, ça va conduire vers un truc dangereux et je vais en prendre pleins le museau…

J’hésite entre remonter comme si de rien était et me lancer dans l’aventure.

Finalement, ma lâcheté l’emporte sur l’appât du gain – comme souvent – et je retourne voir le vendeur de biberons, bien décidée à ne pas parler de ce fichu tunnel.

Malheureusement, l’homme ne s’en laisse pas compter et je finis par l’éclairer sur ma trouvaille du bout des lèvres. Les propos qu’il tient alors concernant la galerie masquée – propos à base « d’or », de « récompense » et autres réflexions hautement motivantes – me décident à retourner y jeter un œil déjà rendu brillant et humide par l’appât du gain.

Toujours prudente, je me dis que si ça chauffe trop, je me carapaterai comme je sais si bien le faire puis j’en ferai une histoire épique où je me donnerai la part belle et qui me permettra de croûter à l’œil !

Les guibolles un peu flageolantes, je descends donc à nouveau l’escalier et me glisse dans l’obscure ouverture...

Il s’en suit une fantastique épopée sur laquelle je ne m’étendrai pas mais où je me contenterai de vous dire – en toute humilité… - que j’y risquais ma vie et sauvais finalement le monde entier d’un péril qui aurait conduit à sa destruction totale sans ma courageuse intervention.

Accessoirement, la mission me permet de tester plus avant le combat (héroïque, bien que ma Bardette risque rapidement de devenir championne du monde du coup dans le vide…) ainsi que de prendre en main toujours un peu plus naturellement les déplacements et les premiers réflexes qui font du bon héros une référence pour ses camarades. Des fois. Enfin il paraît…
Sachez aussi que le tavernier - estomaqué de constater qu’une personne de ma qualité consentait à fréquenter son humble établissement - me donna une récompense somptueuse que ma nature résolument humble m’empêche de relater ici pour éviter toute jalousie.

Prochain épisode : Enfin un groupe !