Chapitre 48 : Sacrilège

- Le Voile nous préserve !!!

Prudemment cachés dans l’ombre, les « Invisibles » – la légendaire autant que redoutée unité Elfique de Ariel Darendil – attendait stoïquement, mais avec une fébrilité inhabituelle, un ordre de son incontestable commandant en chef. Accroupie au bord du surplomb qui lui permettait d’embrasser la scène qui se déroulait en contrebas, la Grande-Elfe hésitait entre jubilation et effroi.

- Quelle puissance…

Dévié de justesses par un contre-sort miraculeux, un nouveau pan énorme de muraille venait de se désintégrer sous l’attaque que l’un des deux poursuivants avait balancé sur le duo de fuyards. Les tonnes de roc s’abattirent sur les agresseurs, les vouant à une mort certaine, mais il n’en fut rien : d’un geste distrait, un des futurs ensevelis ressemblant à une espèce de Golem de fer venait de désintégrer le granit en poussière et invectivait son compagnon pour reprendre la chasse tandis que le grand Troll et sa compagne en armure disparaissaient à toute vitesse dans le plus proche couloir en lacet.
Connue pour son cynisme mordant, Dame Darendil n’en était pas moins une pragmatique. Maintenant qu’elle savait ce qui se tramait aux Abysses, elle regrettait d’avoir sacrifié à sa curiosité au lieu de demeurer avec ses compagnons du Triptyque pour livrer bataille aux cotés de l’Ordre contre ses anciens alliés de la Confrérie. Malgré l’excellence de son unité, les forces à l’œuvre en ce moment même étaient si terrifiantes que la moindre intervention se solderait immanquablement par le trépas des envoyés du Vieux Peuple. Plongée dans ses réflexions, Ariel sentit cependant la présence de Gérinhal le Droit dans son dos. Comme l’usage le demandait, son lieutenant attendait respectueusement que la générale consente à lui donner la parole et la Haute-Elfe percevait presque physiquement la tension de son officier réputé pour son calme et son sang froid.

- Oui Gérinhal ? lança t’elle enfin sans se retourner avec sa légèreté habituelle.
- Ma Dame, vos Invisibles aimeraient savoir ce que vous attendez d’eux.
- Rien !
- Rien ?

- Non, rien !  Je suis trop contente de revoir cette garce de Valériane plongée dans une telle panade… J’ignore qui sont les deux excités qui essaient de lui faire la peau avec une telle détermination mais je ne donne pas cher d’elle et de ce pénible Aèfkabio avant longtemps…
- Donc nous n’allons pas intervenir ?
insista le Ranger.
- Bien sur que non enfin ! J’avais pensé que notre concours ici s’avèrerait utile mais il est évident que les créatures qui donnent la chasse à nos cibles en viendront facilement à bout. Afin d’éviter toute mauvaise surprise, nous allons les suivre pour nous assurer de leur trépas mais nous demeureront de simples spectateurs. Dis à la troupe de s’apprêter à se remettre en route.


Comme l’officier restait planté là, visiblement perturbé, un sourcil finement lissé se redressa sur le visage parfait et la Haute-Elfe s’enquit, une pointe de contrariété dans la voix :

- Y aurait il un problème, capitaine ?
- Oui, ma Dame !

- Pardon ???
 

Ariel Darendil se retourna, contrariée. Jusqu’ici, ni les carnages inutiles, ni les exactions les plus impardonnables n’étaient parvenues à entamer l’inébranlable stoïcisme servile de son premier officier. Il avait toujours suivi aveuglément les commandements de celle à laquelle il avait implicitement confié sa vie lorsque le Haut-Conseil avait décidé d’impliquer la Nation Elfique dans le conflit de la Goutte. A l’instar de ses compagnons Invisibles, Gérhinal demeurait LE loyal suivant de sa Dame comme il se devait de l’être. Aussi ce fut en serrant les dents et en peinant à masquer son agacement qu’elle demanda au guerrier qui affichait un masque impénétrable :
 

- Pourrais-tu m’éclairer sur ce soudain… problème, Capitaine ?
- Oui da, Générale !
ne se démonta pas le Vétéran dont le passif martial avait définitivement altéré les traits jadis doux et détachés pour les remplacer par cette dureté fataliste propre aux guerriers. En tant que premier officier de cette unité, j’estime que vous n’êtes plus en mesure d’en assurer le commandement conformément aux préceptes du Haut-Conseil.
- Qu’est ce que tu viens d’OSER dire ???


La surprise avait cédé la place à la fureur. La beauté irréelle de Ariel Darendil s’estompait – remplacée par le masque de rage qui la faisait trembler. Elle psalmodiait sourdement, ses longues mains parfaites nimbées d’un halo bleuté précurseur d’une attaque magique imminente, quand le bruit caractéristique d’une douzaine d’arcs bandés arrêtèrent son geste.

- Vous me MENACEZ !? rugit la Générale des Invisibles – plus ébahie qu’effrayée - en laissant retomber ses bras le long de son corps après avoir constaté que les pointes des flèches étaient toutes dirigées sur sa poitrine. Bande de pourceaux infects ! Fils de Trolls !!! Je vais tous vous…

La gifle – geste impossible à concevoir à son encontre pour Ariel - claqua comme un coup de fouet, stoppant net la diatribe qui s’annonçait savoureuse. Ses grands yeux pailletés d’or écarquillée de stupeur, la Haute-Elfe demeurait bouche bée, oscillant entre incrédulité et colère. Aucune espèce de regret n’habitait le regard de Gérhinal le Droit qui – visiblement surpris lui aussi par son audace - pointait un doigt accusateur qui ne tremblait pas avant de reprendre d’une voix ferme :

- Générale Darendil, vous avez trahi le Voile en embrassant la cause de l’Ordre. En pêchant par vanité, vous avez renié  nos serments les plus sacrés pour préserver un pouvoir inique et corrompu. En tant que premier Officier des Invisibles, il est de mon devoir de vous relever de votre commandement et de vous traduire en jugement devant vos Pairs !
- Alors c’est comme ça ?!
se rebiffa la Haute-Elfe, moqueuse. Sous prétexte que MAINTENANT, les choses ne se déroulent plus comme nous le souhaitions, vous me trahissez ! Tant que vous étiez à même de jouir de ce pouvoir devenu soudain inique, tout allait bien. Mais voilà qu’il faut nous battre pour le conserver et vous retrouvez vos grands idéaux d’Elfes offusqués !!!
- Aucun d’entre-nous n’a jamais sacrifié à la débauche et à l’oisiveté dans laquelle vous et vos compagnons du Triptyque vous êtes abandonnés, ma Dame !
rétorqua Gérhinal sobrement. Vous auriez été moins préoccupée à en jouir, vous l’auriez noté.
- Comme c’est simple !!!
ricana méchamment l’accusée. Je suis donc une débauchée et vous des Parangons de vertu !!! Que ne vous êtes vous pas rebellés plus tôt quand nous étions dans la forteresse de l’Ordre, pleutres !!!
- Au risque de vous faire sourire, certains d’entre-nous vous restaient attachés, ma Dame ! Mais là, vous allez trop loin ! La Guerre de la Goutte s’achève. Et nous pouvons faire en sorte que la conclusion soit conforme à la mission qui nous fut confiée. Hors jusqu’au dernier moment, vous refusez de venir en aide à celui là même qui nous donnera la victoire !

Cette dernière phrase avait été prononcée sur un ton où la superbe fourbe sentait poindre regret et tristesse. Il ne lui en fallut pas plus pour troquer le mépris et la colère pour une douceur suave et repentante :

- Fort bien, compagnons ! Puisqu’il est acquis que les Invisibles doivent apporter aide et support au Ouik, qu’il en soit ainsi. Je ne voudrai pas que notre triomphale retour par delà le Voile se voit entaché d’un conflit stérile entre mes troupes et moi ! Mettons nous en marche prestement et hâtons nous.
 

Une lueur de triomphe aussi fugitive que totale passa dans le regard doré. Déjà, les arcs s’abaissaient et Gérhandil, tiraillé entre sa loyauté d’Elfe à son chef et sa méfiance née de plusieurs siècles de trahison, hésitait. Un même hurlement d’effroi et de surprise explosa dans toutes les gorges des Invisibles quand la flèche se ficha avec un bruit mat entre les seins de Ariel Darendil, projetant sa dépouille désarticulée contre la paroi de granit dans une gerbe de sang. Les regards horrifiés se tournèrent à l’unisson sur la puissante Elfe balafrée au crâne rasé qui relâchait la corde puis cracha  trois fois bruyamment sur le superbe corps sans vie en grondant :

- Langue de serpent jusqu’à son dernier souffle !
- MINA !!!
rugit d’horreur « le Droit » en prenant brutalement par les épaules la jeune femme dont l’énorme cicatrice courant du menton à l’arcade ne parvenait pas à enlaidir pour autant les traits exquis. Par les Dieux les plus sacrés, qu’as-tu fait ???
- Je viens de mettre fin à des années de honte insupportable, Capitaine ! Je viens de redonner aux Invisible leur honneur en empêchant cette vipère de retourner la situation à son avantage comme elle avait coutume de le faire depuis notre arrivée ici !


Un grondement d’approbation s’éleva du groupe qui demeurait immobile. Cependant, un tel sacrilège n’était pas tolérable pour celui qui en devenait logiquement le chef et c’est presque en suppliant qu’il hurla sans relâcher sa prise sur la meurtrière restée de marbre :

- Jamais le Haut-Conseil ne pardonnera ce qui s’apparente à un assassinat de sang-froid, Minarta El’Maadil !!!
- Je n’avais pas l’intention de retourner par delà le Voile, capitaine Gérhandil !
rétorqua laconiquement la Rangers. Tous ceux qui vous entourent sont à jamais marqués par notre séjour dans les Royaumes ! Et pas seulement dans leur chair… Nous avons commis  des actes impardonnables ! Que ce soit sous couvert des ordres de cette pourriture enfin crevée importe peu. Même si nous avons essayé de toutes nos forces de préserver notre intégrité, ceux que nous étions jadis ont disparu pour toujours…

La balafrée passa distraitement ses doigts sur son crâne lisse et murmura sans d’adresser à quiconque en particulier :

- J’ai commencé à couper ma chevelure pour marquer ma honte voilà si longtemps qu’aucun d’entre vous ne serait en mesure de dire aujourd’hui la couleurs qu’elle avait. A défaut de tenter de retrouver ce qui demeurera à jamais enfui, assumons ce que nous sommes devenus et finissons notre travail.


Malgré des mines peinées, tous acquiesçaient silencieusement. A l’exception de Gérhandil qui dodelinait de la tête comme un nain ivre, incrédule, les bras ballants. Avec fermeté, Minarta posa à son tour sa main gantée sur l’avant bras tremblant de l’Officier :

- Capitaine… Le temps où les Invisibles se contentaient de suivre les ordres aveuglément parce qu’il en est ainsi chez les Elfes est révolu. Notre lâcheté nous aura coûté notre identité, faisant de nous des renégats apatrides et c’est assez cher payé. Nous avons besoin d’un chef pour nous guider jusqu’à ce que nous rejoignons enfin le Voile. Pour de bon et à jamais. Capitaine Gérhandil, serez-vous ce Guide ?

Hébété, le puissant Rangers releva la tête, constatant qu’il était le centre de toutes les attentions. Pèle mêle, il découvrait l’espoir et la crainte dans les yeux de ces compagnons avec lesquels il avait partagé tant de souffrances et d’épreuves, et le poids de cette insupportable confiance l’écrasait plus sûrement que la plus lourde des armures de Plate. Après un instant de pure souffrance, il s’ébroua enfin, se redressant et déclarant de cette voix forte et rassurante qui avait dominée tant de champs de bataille :

- Arcs à l’épaule, camarades ! Si comme Mina le dit, nous avons perdu cette spécificité qui faisait de nous des Hauts-Elfes, nous n’en demeurons pas moins les Invisibles ! Vous avez pu constater comme moi la nature de ce que nous allons affronter et je comprendrai aisément que vous ne souhaitiez pas me suivre dans ce qui sera probablement notre dernière aventure.

Aucun des visages qu’il contempla l’un après l’autre ne se déroba et il reprit :

- Mettons nous en chasse, Rangers ! Après avoir mal agi trop longtemps par loyauté aveugle, allons enfin accomplir ce qui est juste !!!

Chapitre 49 : la Goutte de trop !

Ca commençait à lui courir VRAIMENT sur le système !!!
Depuis qu’il avait perdu la trace de son vieux complice Antirox, le Snifouilleur empilait les emmerdements !

Tout s’était compliqué lorsque l’autre pénible blondasse et Aèfkabio s’étaient séparés.
D’où sortait elle cette bonne femme d’ailleurs ?
C’était déjà bien assez pénible d’essayer de choper cette anguille increvable de Ouik sans qu’elle ne débarque pour embrouiller la donne enfin !
Jamais il n’aurait dû accepter la proposition de son dernier ami vivant de courir chacun un lièvre sous prétexte que les deux cibles étaient porteurs de la Goutte !!!
Et encore moins de cavaler après cette nana qui s’était avéré être, malgré sa lourde armure de Paladin, capable de se carapater avec la légèreté d’un de ces fichus bavards de Skalds.

Débouchant dans une énième salle déprimante de similitude avec les centaines d’autres et percée d’une flopée de énièmes foutus couloirs, le Snifouilleur se concentra pour retrouver la trace de son insaisissable gibier puis  s’engagea mollement dans une galerie après une dernière hésitation.

Pourquoi les choses ne se déroulaient elles pas comme prévu ?
C’était pourtant pas compliqué : Antirox et lui étaient devenus hyper-balaises et méga-méchants donc ils auraient dû tuer l’autre crétin depuis longtemps.
Ben non !
Non seulement ils se paumaient constamment et devaient massacrer des hordes de monstres idiots qui infestaient l’endroit mais surtout, le Snifouilleur – après l’euphorie qu’il avait ressentie en constatant la facilité de procéder – peinait de plus en plus pour exprimer ses fantastiques pouvoirs. Il avait l’impression d’être plongé au centre d’un lac aux dimensions ridicules mais dont chaque nouvelle brasse pour se rapprocher du bord l’en éloignait.
C’était très agaçant.
Flippant aussi !

Une dizaine de minutes auparavant, il avait été à deux doigts de choper la Blondasse mais elle s’était trissée comme une sournoise entre les guibolles d’un de ces immenses bonhommes complètement idiots armés d’épées lumineuses et poussant des espèces de cris débiles genre « Jediiiiiiiiii ». Comme à chaque fois, il avait atomisé l’importun et ses semblables sans réel soucis mais il avait perçu, tandis qu’il puisait en lui pour transformer son épiderme en métal indestructible – sa dernière technique en date… - comme une espèce de délais entre l’invocation et le résultat. Il avait alors vraiment crû sa dernière heure arrivée quand la première lame d’énergie s’était abattue et il s’en était fallut de très peu qu’il ne fut coupé en rondelle. Histoire de relâcher la pression, il avait ensuite allègrement démembré les braillards jusqu’au dernier mais il se méfiait depuis. Conserver sa forme de golem de métal le fatiguait beaucoup trop – et de plus en plus vite – donc il avait opté pour une forme de Troll à l’instar du détesté Aèfkabio. La concentration nécessaire était mineure et l’épiderme minérale permettait de gérer l’urgence. Jusqu’à ce qu’il remette la main sur la pénible qu’il sentait maintenant TOUTE PROCHE !

Car là, pas de doute : ça daubait la Goutte !!!
Se ruant au bout du tunnel, le Snifouilleur découvrit ce qui occupait une grande partie de ce gigantesque endroit en contrebas d’une immense falaise abrupte.
Il constata – déçu -  que c’était pas la Blondasse…
Même en se forçant…
La seconde suivante, il flippa grave sa race et se dit surtout que sur ce coup, il aurait des difficultés à gérer le problème simplement incarné en Troll…
Même sous sa forme de Golem de Fer, ça risquait de pas le faire !

Il s’ébroua pour s’assurer qu’il ne rêvait pas et reposa les yeux sur ce « truc » gigantesque nanti de bouches innombrables, d’yeux visqueux semblant attendre sa venue en lui faisant signe avec ses centaines de membres plus ou moins formés grouillants sur toute son immonde surface.
Et aussi étonnant que cela puisse paraître, l’odeur de la Goutte provenait de ce truc!!!
Bon…
Il sentait pas non plus que la Goutte, le machin affreux…
Disons le carrément, il puait aussi tout court – vachement même – mais derrière la crotte de nez, le caca d’oreille et le moisi entre les doigts de pied et pleins d’autres effluves vraiment pas ragoûtantes du même genre, y avait la Goutte !
Pas comme Antirox ou Aèfkabio, ni même comme la gonzesse qui sentait juste un peu en comparaison, mais la Goutte quand même.
Une sorte de Goutte vachement balaise mais différente.

Hors s’il y avait bien un truc que le Snifouilleur avait appris, c’était que cette odeur suave et indéfinissable de Goutte n’était JAMAIS synonyme de bonheur…
Surtout dans ce bled pourri ou on débarquait pour latter un porteur de Goutte mais où on en découvrait des nouveaux à tous les coins de salle pour mettre un peu plus le foutoir et saouler le monde !!!

Du coup, lorsque les milliers de gorges du Truc se mirent à rugir un « Frééérooo !!! » aussi bizarrement joyeux qu’assourdissant, le snifouilleur se chopa une telle frayeur qu’il faillit en chier dans ses braies.
Quand le… machin avança vers lui, tous ses bras ouverts pour une évidente étreinte qui s’avèrerait fatale pour lui à n’en pas douter, l’ex-Ouik à la trompe coupée eut un réflexe immédiat : l’angoisse démultiplia la puissance de la ponction qu’il effectua sur le Creuset de la Goutte et il absorba une telle quantité d’énergie qu’il crût qu’il allait exploser.
Ce qui se serait d’ailleurs probablement produit si par réflexe, il n’avait réagi en augmentant sa taille corporelle, grossissant de façon délirante et totalement anarchique, hurlant de douleur.

Un instant surpris, l’autre machin infect continuait avec ses « Frééérooot ? » sur des trémolos étrangement inquiets mais comme il ne cessait pas sa reptation écœurante en direction du Ouik terrifiés, le Snifouilleur continuait à enfler. Tant et si bien qu’à un moment, et malgré l’immensité de l’endroit, le malheureux métamorphosé ressemblait un titanesque étron crénelé de cinquante mètre de long – sorte de ver incroyable nanti d’une monstrueuse bouche ronde garnie de dents immenses à l’une de ses extrémité.

Malheureusement pour lui, et alors qu’il commençait enfin à reprendre le contrôle sur lui même pour écrabouiller le machin qui sentait la Goutte, la trop soudaine transformation eut pour effet d’étirer le lien entre l’infortuné Snifouilleur et le Creuset de la Goutte comme s’il eut s’agit d’un élastique psychique. L’absorption d’énergie était telle que le fil devenu infime, après un dernier soubresaut cosmique, se rompit dans un vacarme mental qui retentit probablement jusqu’aux points les plus éloignés des royaumes. Brisé, « l’élastique » eut le même effet que par le passé lors de la tragique histoire du pauvre Gronulos : revenant en direction de son hôte avec la force démultipliée d’un choc en retour insupportable, le lien déchiré frappa si durement la santé mentale du Snifouilleur que sa pauvre cervelle – déjà pas aidée - fut instantanément liquéfiée. 

Bien que la sensation demeura aussi curieuse qu’imprécise, Légion le Gluant – lançant un « Frérot ? » de plus avec inquiétude - sentit que quelque chose de pas cool venait de se produire dans le dedans de celui qu’il considérait déjà joyeusement comme son petit frère. Lançant ses capteurs synaptiques à l’assaut du gros colombin qui demeurait maintenant connement prostré en mâchouillant sa propre langue avec des bruits spongieux rigolos, le Gluant dû se rendre  à l’évidence : y avait bien du jus de tête genre comme lui dedans la crotte frangine mais de pensées structurées, bernique !
Légion était fort désappointé : cet inespéré copain qu’il avait perçu comme initialement prometteur était devenu une tâche intégrale !
Aussi abruti qu’un chevalier Chtonien psalmodiant ses « Jediiii » agaçant en brassant l’air de son épée de lumière !
A part qu’il ressemblait à un caca géant et se bouffait la langue…
Le pauvre !!!
Quel accident idiot franchement !!!

Abandonnant le neuneu géant qui essayait maintenant de se retourner pour se manger la queue, Légion s’éloigna prudemment pour ne pas déranger et flaira l’air de tous ses nez à la recherche des effluves de ses autres frangins qu’il percevait toujours mais de façon plus diffuse. Il décida de les retrouver mais d’adopter une approche plus prudente avec eux car il se disait qu’il avait fait peur à l’étron et que c’était pour ça qu’il était devenu un poil trépané après. Il fallait qu’il réfrène son bonheur de retrouver sa famille parce qu’il connaissait cet enfoiré de Chambellan : qu’il découvre une ribambelle de crottes géantes idiotes dans les Abysses et ça allait encore être sa faute à lui, Légion. Et il utiliserait ce genre de raison bidon pour l’évincer à nouveau des libations joyeuses qu’il organisait avec les autres Marrants qui peuplaient le royaume souterrain.

Finesse et doigté, telle était la stratégie que le Gluant décida d’adopter à l’égard des autres membres de la famille en quittant l’habitat de l’infortuné colombin.
 
Se retournant une dernière fois, Légion eut un regard triste pour ce pauvre machin tout nase.
C’était devenu limite un Pet, ce truc.
Mais même un Pet méritait d’avoir un nom à cause que « l’étron » par exemple c’était pas sympa.
En s’engouffrant prestement dans une galerie tout juste limite pour sa masse, il sourit de toutes ses bouches en décidant qu’il appellerait son gentil crétin de frangin Béliathan.
« Ca sonne carrément bien à l’oreille ! » se félicita t’il avant de se demander si ce con là avait encore au moins une fichue oreille pour reconnaître son blase ?! 


Prochain épisode : Tous furtifs !