Chapitre 47 : Harcèlement!

- REPLIS GENERAL JUSQU'A LA SECONDE LIGNE DE DEFENSE !!! hurla le puissant Midgardien couvert de sang et de tripaille en éventrant la Sarrasine imprudente qui tentait de le déborder.

Les Berzerkers, Mercenaires et Finelames qui composaient principalement le groupe d’assaut du plus jeune Maître Sauvage des Royaumes rompirent le combat immédiatement, laissant le soin aux Eclaireurs et autres Rangers commandés par une minuscule Chasseresse Kobold de couvrirent leur retraite sous une pluie de flèches mortelles. Décontenancés par la manœuvre, les Furtifs ennemis n’eurent pas le temps de se rendre invisibles à temps pour éviter les traits létaux qui s’abattirent sur eux et seule une poignée de chanceux disparue derrière les rochers alentours. Cette fois ci, Will Kinson et ses hommes ne commirent pas l’erreur de les poursuivre pour risquer de tomber sur une unité d’infanterie lourde comme deux heures auparavant, rencontre qui avait bien failli leur être fatale.   

- On bouge ! ordonna le Sauvage en essuyant ses terrifiantes lames d’acier à même son pourpoint de cuir maintenant entièrement décoloré à l’écarlate.
- Will… intervint doucement Carmina Bartaba sa compagne avec inquiétude.
- J’ai dit « on bouge », chiens de guerre !!! gronda méchamment le Viking avant de s’adoucir en sentant la main ferme de la Zerk serrer son biceps : Oui, ma chérie ? Je suis à toi dans un instant…
- Non mon aimé ! Le moment est venu pour toi de m’écouter maintenant. Et de te taire !

Une lueur d’agacement passa dans le regard gris pâles du féroce guerrier mais les yeux azurs de Carmina ne se dérobèrent pas et ce fut lui qui baissa la tête avant d’acquiescer.

- Laisse nous reprendre notre souffle, Will ! souffla la jeune femme. Voilà maintenant plus de six heures que nous harcelons l’avant-garde de l’armée de l’Ordre sans nous accorder le moindre répit.
- Et c’est exactement ce que nous devons continuer à faire, ma douce !
rétorqua le Sauvage. Chaque minute gagnée contribue à renforcer les défenses de la passe tout en ralentissant l’avancée ennemie.
- Je sais tout ça ! Nous le savons tous. Mais combien seront nous à rallier l’entrée de Muspelheim si tu continues à pousser tes hommes ainsi, Maître Sauvage ? T’es tu seulement retourné une seule fois depuis le début des combats pour prendre la mesure de ce que ton unité de contact était devenue… ?


Comme s’il sortait d’un cauchemar éveillé, le Midgardien coula un regard inquiet sur les combattants derrière lui et ce qu’il vit lui arracha un juron empreint d’une tristesse affligée :

- Que Kelgor me vienne en aide…

Des deux cents solides jeunes gens qui s’étaient portés volontaires pour l’accompagner dans sa mission de harcèlement ne subsistait qu’une poignée de loques hagardes aux armures lacérées avachies à même le sol de cendre. Certains ne tenaient plus que des fragments d’épées rougies jusqu’à la garde ou des tronçons de hache. Maintenant que le rythme inhumain était rompu, les premières plaintes de souffrance s’élevaient et la seule  Guérisseuse encore en vie s’afférait de son mieux, courrant d’un blessé à l’autre avec anxiété.

- Ou sont… les autres ? balbutia enfin Will Kinson avec effroi.
- Ils sont tous là, mon aimé, confirma à regret la belle Berzerker.
- Les blessés ?
- Vu le rythme que tu nous as imposé depuis le premier contact, nous n’avons pas été en mesure de nous… encombrer de blessés, Will. Et puisque ta stratégie reposait sur notre mobilité, ceux qui n’étaient plus en mesure de suivre se sont d’eux mêmes détachés du groupe pour retarder nos poursuivants de leur mieux.
- Je… je ne me suis pas rendu compte…
sanglota celui qui était redevenu un simple jeune homme soudain écrasé par le poids du commandement.
- Personne ne te fait de reproche, Will Kinson le Maître Sauvage de Midgard, murmura Carmina avec tendresse et respect. Ceux qui nous ont accompagné savaient ! Tu avais été clair sur la façon dont tu conduirais cette unité. Et ceux qui se sont sacrifiés l’ont tous fait le sourire aux lèvres…
- Je ne suis qu’un soldat, Carmina !
murmura enfin le Viking effondré. Un bon soldat mais juste un soldat… J’ai été vaniteux ! Jamais je n’aurai dû prendre la tête de cette troupe ! Muranbrik aurait pu…
- Le Troll a une autre tâche à mener à bien pour faire de cette sombre journée la plus éclatante des victoires et tu le sais aussi bien que moi !
trancha sa compagne d’un ton dur et sans appel.
- J’ai menés ces gosses à l’abattoir…
- C’est tout le contraire, mon amour : personne d’autre que toi n’aurait été capable de tenir tête aux légions de l’Ordre aussi longtemps et avec un si petit effectif composé principalement de novices. Ta science de l’embuscade et du harcèlement a causé des saignés terribles dans les flancs de l’ennemi ! Tu es même parvenu à transformer une déroute certaine contre ces Protecteurs et ces Champions qui nous avaient pris à revers après que nous ayons laminés le peloton de Chasseurs envoyés en éclaireurs. Tu as accompli l’impossible, Will. Mais il est temps pour nous de cesser le combat maintenant. Tout nouvel affrontement nous sera fatal. Tes compagnons ont gagné le droit de survivre à cette journée. Pour vieillir. Et raconter. Car tu viens d’entrer dans la légende des Royaumes, Maître-Sauvage !


Le Viking regardait ses camarades avec une crainte timide. Il était surpris de constater que dans tous les regards croisés, il ne rencontrait qu’un profond respect et cette connivence silencieuse forgée par le combat entre les vétérans qui ont survécus au pire. La gorge serré, il compta ses soldats l’un après l’autre, cherchant désespérément un nouveau survivant. Trente huit. Quarante en comptant Carmina et lui même. Les trois quarts de ses compagnons étaient tombés et ceux qui restaient ne résisteraient effectivement pas à une nouvelle confrontation frontale.

- Nous nous sommes enfoncés profondément dans les rangs ennemis, mon aimé ! Ta mission va maintenant consister à nous en sortir…
- Dans ce cas, je vais avoir besoin d’aide, ma belle !
grimaça le jeune homme. Mon enseignement consiste à pénétrer au cœur des armées pour y mourir en dispensant le plus de désordre et de dégâts possibles. Les Sauvages n’ont pas pour habitude de survivre à leurs charges…
- Alors en effet, il va te falloir innover ! Je te rappelle que les combattants de la Confrérie et de l’Ordre n’ont pas la chance d’être accueillis par leur Dieu autours d’un banquet pour fêter leur glorieux trépas. Encore moins de se voir ensuite renvoyés dans les Royaumes pour recommencer… 
- Cette Goutte est décidément une Déesse bien cruelle !
- Raison de plus pour la neutraliser à jamais ! Une fois sa menace écartée, je serai – nous serons tous ! – enfin en mesure d’honorer des Dieux moins intransigeants. Peut être alors nous accorderont ils les mêmes droits et devoirs qu’à leurs adorateurs habituels…
- Tu serais enfin libre de t’adonner à ces massacres incessants que tu nous reprochais tant ?
la taquina le Midgardien.
- Sans aller jusque là, je serai au moins autorisée à vivre et mourir avec l’homme que j’aime…


Le Sauvage se redressa lentement, ce mélange de pugnacité et d’assurance baignant à nouveau son visage dur même si ses yeux demeuraient humides, puis il rétorqua d’une voix redevenue forte ou pointait un soupçon d’amusement :

- Que voilà là un programme séduisant ! Je vais donc trouver un moyen !
- J’en suis certaine. En attendant, je vais assister notre pauvre Guérisseuse de son mieux avant qu’elle ne s’effondre à se vider ainsi de sa mana…


L’assurance retrouvée du Viking agit comme un baume sur ses camarades. Passant entre les blessés, il dispensait paroles de réconfort, encouragements et félicitations. Une lueur d’inquiétude voilà son regard comme il ne parvenait pas à retrouver celle qu’il cherchait désespérément. Une jeune Sentinelle qui distribuait des portions de viande séché aux combattants s’approcha de lui :

- Vous cherchez quelqu’un, Général Kinson ?

Le titre – et le ton déférent sur lequel la question avait été posée – provoquèrent un sourire las chez le Sauvage :

- Will… Je m’appelle Will.
- Jamais je ne pourrai…
- Dans ce cas, si tu te sens obligée de me donner du « Général », oblige moi au moins en me tutoyant comme un frère d’arme et non pas comme si j’étais une vieille ganache avec le manche de son marteau de bataille   planté dans le fondement !


La saillie eut pour effet de faire sourire la Celte et le Viking ajouta :

- Et toi tu es Talia O’Cairn, fille cadette du Commandeur d’Hibernia de la Conférie.
- C’est exact, général
, balbutia la fille dont les tatouages et les peintures de guerre ne suffisaient pas à masquer la subite rougeur surprise et la joie. Je ne pensais pas que…
- …je connaissais ton nom ? C’est Carmina qui me l’a appris ! Vu comme tu t’es comporté lors du dernier combat, le moins que je pouvais faire était de connaître ton nom pour pouvoir remercier celle qui a gardé mon flanc droit des deux Ombres qui m’avaient pris à revers. Tu fais honneur à ton auguste lignée, Talia ! Tout comme ta grande sœur d’ailleurs ! Elle protégeait mon autre flanc et il faudra que…
- Synda est restée… là bas, Général.
- Si je pouvais…
tenta le Sauvage, décomposé. Je ne sais pas quoi te dire…
- Probablement parce qu’il n’y a rien à dire, Général ! le rassura la frêle Sentinelle avec une surprenante détermination. Même sachant qu’elle ne reviendrais pas, ma sœur se serait jointe à toi et ma mère lui aurait donnée sa bénédiction. Tu es le meilleur chef de Guerre qui soit. Combattre à tes cotés est un honneur pour nous. Surtout que ce conflit n’est pas le tien…

Comme le grand Viking restait prostré – gêné comme un ado à son premier rendez-vous galant – ce fut Talia qui demanda sans se départir de son sourire :

- Alors, Général ? Comment puis-je t’aider ?
- Ah oui, pardon ! Et bien vu la situation, nous devons nous replier ! Nous avons fait tout ce qui était humainement possible ici et maintenant que je nous ai collé dans cette nasse, je me dois de nous en sortir sans risquer le coup dur de trop ! Hors autant je suis à l’aise pour nous diriger quand il s’agit d’aller nous battre, autant les retraites ordonnées…
- …ne sont pas ton fort !!!
compléta la Senti en gloussant.
- C’est même rien de le dire, ma courageuse amie ! grimaça comiquement le « Général » en levant les bras au ciel. Je compte donc sur la ténébreuse Chasseresse qui nous a guidés jusqu’ici pour nous en faire sortir avec le même talent…
- Hum… Je connais bien Nahrye la Kobold, Général ! Vous ne le savez peut être pas mais c’est elle qui a formé toutes les unités légères de la Confrérie au pistage et à l’art de l’embuscade ! Nahrye est une drôle de créature. Elle sait être plus dure que du Mythril tout en considérant ses élèves comme s’ils étaient…
- …ses propres enfants ? On peut le dire effectivement !


La voix haut perché surprit le Viking. Malgré ses sens extraordinaires, il n’avait pas entendu la Kobold flanquée de son éternel Loup au calme inquiétant arriver dans son dos. Avec une grâce étudiée, la minuscule homoncule fit glisser sa lourde capuche puis ébouriffa le dessus de sa tignasse corbeau avant de lisser lentement la longue tresse qui courrait entre ses omoplates, ses grands yeux violets scrutant son interlocuteur :

- Je m’étais absentée ! Un truc à faire ! Pour rectifier une bêtise de plus ! Car décider de se reposer sur le lieu même d’une affrontement en laissant trois ennemis le quitter vivant implique trop souvent une mauvaise surprise à court terme… Sauvage !

La provocation n’échappa pas à Will qui se fendit d’une moue embarrassée :

- Les Nôtres n’en pouvaient plus… 
- Vraiment ? Mais ça fait plusieurs heures qu’ils sont à bout ! Ceux qui ont la chance d’être encore en vie en tout cas…
- Maîtresse Nahrye
, tenta Talia O’Cairn, je crois que le Général Kinson…
- …est enfin calmé et c’est une très bonne chose, je suis d’accord avec toi, Talia !!!
acheva la Kobold d’un ton cassant. A trente minutes près, ta sœur Synda s’en serait même réjouie avec nous !!!

Vu la tournure de la discussion, la jeune Celte prétexta de devoir poursuivre la distribution des rations et elle planta les deux Midgardiens qui s’affrontaient du regard :

- Un problème avec ma façon de commander ce groupe, Chasseresse ?
- Pour ce qui est de la façon de gérer les combats, non… Sauvage !
- Mais ?
- Mais je suis heureuse de voir que ta furie sanguinaire t’a quitté ! Autant cet excès propre à ta spécialité fait merveille dans l’action, autant elle est mauvaise conseillère une fois l’ennemi abattu ! Que les choses soient claires entre-nous : j’ai personnellement entraîné chacun de ces gamins puisqu’on m’avait engagée pour ça vu que je suis la meilleure à ce petit jeu ! Et je DETESTE que mes efforts soient gâchés par un boucher de Viking incapable de savoir quand s’arrêter !
- Je ne suis pas fier de ce que j’ai fait, Kobold !
- J’espère bien… Cependant, je te concède que chacune des vies sacrifiées a été payée au prix fort par l’ennemi ! Mais cet ennemi est maintenant furieux, Sauvage…
- Qu’est ce que tu essaies de me dire ?
- Toth de Gara et ses Tueuses sont sur nos traces. Si je suis parvenue à éliminer les Ombres qui s’étaient échappés d’ici, elles m’ont entraînée suffisamment loin pour que je tombe sur la Sicaire et ses séides. Hors leur mission est claire : AUCUN d’entre-nous ne doit sortir d’ici vivant ! C’est une question d’honneur pour Toth ! Et elle la mènera à bien dut elle y laisser sa peau s’il le faut, je la connais bien… Nous nous sommes  affrontées par le passé et c’est une adversaire aussi pugnace que talentueuse. Maintenant qu’elle a flairé notre trace, elle ne nous lâchera plus !
- Tu es - paraît il - la meilleure traqueuse qui soit ! Ne peux-tu égarer la Sarrasine sur une fausse piste afin de permettre à ces jeunes gens de s’enfuir ?
- Si j’étais seule ou accompagnée de combattants en pleine possession de leurs moyens, je le pourrai. Après tout, ne les ai-je pas entraînés ? D’autant que nous n’aurions qu’un  seul poids mort au cul lourd à gérer ce qui resterait jouable…


Amusé par le cynisme mordant de l’intrépide petite homoncule bleue, le « Poids mort » rendit les armes :

- Je ne te cherche pas querelle, Kobold… J’ai conscience du gâchis et je devrai dorénavant vivre avec. C’est pourquoi je te demande ton aide ! Alors je te repose la question : qu’est ce que tu proposes pour que ces gosses survivent à cette journée ?
- Je propose que nous payions le prix du sang, Général Kinson ! Plus que celles de ces gamins courageux, c’est TA tête que Toth va vouloir mettre au bout de son sabre ! Nous allons donc nous arranger pour qu’elle vienne se l’offrir…
- Si ma tête est le prix à payer pour qu’ils s’en tirent, je la lui offre bien volontiers !
sourit le Viking avec fermeté.
- Alors c’est entendu : je prends les choses en main à partir de maintenant, Sauvage ! Le temps nous presse aussi je te demande d’aller faire tes adieux à ta blonde dulcinée tandis que je m’adresse aux troupes !

Avec agilité, la Kobold grimpa sur le fait d’un gros rocher puis écarta les bras. L’ascendant de la minuscule créature bleue sur les jeunes gens était évident car aussitôt, un silence total se fit. Satisfaite, elle lança d’une voix forte :

- Compagnons de la Confrérie, je connais chacun d’entre-vous par son nom et je connaissais aussi les noms de chacun de ceux qui sont tombés aujourd’hui ! Vous m’avez faite honneur tout au long de cette journée et je suis fière de voir que mon enseignement a payé quand vous avez combattu sous les ordres du Général Kinson ! Mais notre travail ici est achevé. Vous allez vous replier en bon ordre vers la passe de Muspelheim ou se décidera l’issue de la bataille. Carmina vous dirigera après que je lui ai indiqué le chemin le plus sûr. Vous devrez traverser le territoire des Goules et des mort-vivants. Je sais que vous êtes fatigués et que plusieurs d’entre-vous sont blessés mais il vous faudra être silencieux et rapides comme je vous ai appris à l’être et tout se passera bien. Des questions ?
- Pourquoi n’est ce pas vous qui nous guidez, Maîtresse Nahrye ?
demanda Talia O’Cairn, résumant ainsi LA question que toutes et tous se posaient.
- Toth de Gara et ses Sicaires sont à notre poursuite. Elle veut faire payer au Général Kinson le lourd tribut que vous avez prélevé dans les rangs de l’Ordre. J’emmènerai le Général à l’opposé de la direction que vous allez prendre et Toth devra choisir entre lui ou vous. Si Skadi le veut, nous nous retrouverons tous sains et saufs quand j’aurai terminé de balader la Sarrasine et ses sbires… Après tout, ne suis pas la meilleure à ce jeu ? Rompez et filez maintenant !

Bien que personne ne fut dupe, le ton assuré de la Kobold n’admettait pas de réplique aussi ce fut dans l’ordre et la discipline que la petite troupe se mit en route après que Nahrye se fut brièvement entretenue avec Carmina Bartaba qui peinait à refouler ses larmes. La dernière silhouette disparaissait quand Will Kinson laissa tomber, gêné :

- Je te remercie  de rester avec moi, Nahrye la Chasseresse !
- Tu me remercieras lorsque nous serons tirés d’affaire, cornichon !
cracha la Bleue en rabattant sa capuche puis en émettant un étrange bruit de bouche qui eut pour effet de faire apparaître à ses cotés le grand loup noir qui ne la quittait jamais bien longtemps.
- Tirés d’affaire ? Mais je croyais que…
- …je laisserai Toth trancher ta tête de piaf ? Quel genre de Midgardienne serai-je si j’abandonnai aussi facilement un de mes compatriotes – fut il un Viking – entre les mains d’une minable Albionaise !? Je ne te cache cependant pas que nos chances sont minces, Maître-Sauvage… Mais mon loup et moi avons plus d’un tour dans notre sac à malice et nos poursuivants ne vont pas être à la fête, crois moi ! J’ai commandé des raids rassemblant des hordes de Mids aussi crétins qu’indisciplinés du glacier de Tuscaran à la tanière du Drake, tué en duel – et sans l’aide magique de quiconque - plus d’ennemis que tu ne pourrais l’imaginer, jeune homme… Mais s’il y a UNE chose dans laquelle j’excelle, c’est lorsque je joue à cache-cache ! D’autant que ceux qui cherchent à me retrouver apprennent rapidement que la moindre de leurs erreurs se soldera par la mort ! Avec un bel appât comme toi, Toth ne résistera pas, fais moi confiance… Il faut juste que nous réduisions suffisamment le nombre de ses compagnons pour pouvoir enfin en finir définitivement avec elle ! Et cette fois-ci, les choses ne se passeront pas comme d’habitude ou je mange ma capuche !
- A quelles « choses » fais-tu référence ?
- Je t’ai dit que j’avais déjà croisé le fer avec Toth, non ?

- En effet oui ! Et ?
- Et bien, la lance n’est pas ma meilleure compétence…
- Dis moi Chasseresse : combien de fois vous êtes vous affrontées ?
- Six fois !

- Et quel est le score ?
- Six zéro !
- Bravo !!! Tu disais que la lance n’était pas ton fort, qu’est ce que ce serait alors si…
- Pour elle…
- Ah…
- Mais peu importe puisqu’on dit « jamais six sans sept » !!!
- Personne  ne dit ça, Nahrye ! Après deux ou trois défaites, les gens normaux ont compris la leçon. Alors six défaites… J’affronterai Toth de Gara !
- N’y pense même pas ! Supporter ta compagnie en tentant de te garder en vie est déjà suffisamment pénible pour que tu me prives en plus de mes petits plaisirs !
- Je ne vois pas le plaisir qu’il y a à se faire tataner une demi-douzaine de fois par plus fort que soit…
- Ca s’appelle du challenge ! Tu es un Viking – Sauvage de surcroît donc habitué aux masses brouillonnes et aux combats sans classe – tu ne peux pas comprendre…
- Je te remercie…
- A ton service ! De toute façon, ça n’est pas tes oignons ! Et puis le problème avec Toth c’est que malgré mes extraordinaires talents furtifs, sa nature d’adepte de la Goutte lui confère des aptitudes à l’invisibilité sans équivalent chez les natifs des Royaumes…
- Ce qui signifie en langage clair pour un profane étranger à vos luttes de l’ombre ?
- Qu’elle m’esquinte à CHAQUE FOIS la première ce qui rend la suite de la bagarre vraiment très compliquée.
- Foutue furtivité… Je DETESTE cette compétence !
- Moi aussi dés lors qu’elle n’est plus à mon avantage…
ricana la Kobi.  Mais cette fois ci, j’ai une surprise pour elle et ça va être sa fête… Bon, assez discuté : mettons nous plutôt en route avant que cette vilaine bête de Sicaire ne nous trouve à découvert comme deux andouilles ! Nous avons un peu de marche pour rallier l’endroit ou tout va se jouer.
- Un endroit ? Quel endroit ? Muspelheim n’est que lave, cendre et collines brûlées ! Je ne vois pas en quoi les affronter ici ou ailleurs changera quoi que ce soit !
- Et c’est pour cela que tu es un Sauvage et que c’est MOI la Chasseresse ! L’inverse serait inquiétant… Dépêche toi donc au lieu de lambiner !!!
- Dis moi juste ce que cet endroit a de si spécial pour qu’on doive absolument s’y rendre, Chasseresse !
- C’est un endroit magique !
- Magique comment ? 
- Vachement magique ! Si magique qu’une fois à l’intérieur, même un gros cul sans grâce comme toi y sera devenu… invisible !

 

Prochain épisode : la Goutte de trop !