Chapitre 17 : Kirby


La propriété de Carmen Conrad tient plus du camp retranché que de la résidence huppée à laquelle Ravage s’attendait. Loin de rebuter le Vigilant, cette constatation le conforte dans l’idée que la directrice de la police métropolitaine est trempée jusqu’au coup dans le complot. Néanmoins, l’approcher ne va pas être simple. Non seulement ce quartier bénéficie de Boucliers d’énergie dédiés pour éviter des attaques de masse mais il est aussi protégé par toute une batterie de capteurs divers et des patrouilles de mercenaires dotés de super-pouvoirs pour juguler toute tentative d’infiltration chère aux Furtifs. Rien d’étonnant quand on sait que c’est ici que sont regroupés les individus les plus riches et les plus puissants de Paragon.

Ravage a beau avoir une confiance absolue dans la petite merveille de technologie qu’est son armure de combat, il se tapit un peu plus dans l’ombre au passage de la section Wyvern. Il va vraiment falloir jouer serré ! Si pénétrer dans l’enceinte s’est déjà avéré extrêmement compliqué, s’introduire dans la maison elle même semble à priori impossible. Pendant la demi-heure qui suit, Samuel Kirby observe les allées et venues des mercenaires, tente de repérer les WarBots en faction ainsi que toutes les mesures passives capables de déclencher l’alarme. Logiquement, il sait que sa tenue abusera sans risque les équipements technologiques et les sens classiques de ses adversaires éventuels mais ses chances sont beaucoup plus aléatoires s’agissant de l’astral et autres cochonneries magiques…

Cependant, la prudence et la patience n’ont jamais été les points forts de Ravage et – estimant le repérage suffisant – il s’élance aussi silencieux et invisible qu’une ombre, louvoyant souplement entre les différents obstacles qui truffent le parc de la villa. Malgré l’habitude, il s’émerveille toujours de voir la facilité stupéfiante avec laquelle son armure élude lasers et censeurs, corrigeant sa trajectoire tout en gérant les contre-mesures qui lui permettent de progresser à pleine vitesse au cœur des pièges mortels. Coudes au corps, il passe à quelques mètres d’une patrouille de la Freedom, bondit sans décélérer et accroche une corniche quatre mètres plus haut, tire sur ses bras puissants et se rétablit, accroupi et aux aguets, sur la large promenade qui ceint le premier étage du bâtiment. Le temps que les deux Wyverns qu’il voit approcher lentement en discutant parviennent à son niveau, il « déphase » et son corps aux molécules devenues instables traverse l’épais mur de pierre de la noble bâtisse Victorienne. La pièce dans laquelle il se retrouve en recouvrant sa densité est plongée dans le noir. Immédiatement, les filtres de son casque prennent le relais et il constate qu’il se trouve dans un imposant salon de lecture cossu tapissé de lourdes bibliothèques garnies de livres divers jusqu’au plafond. Ainsi donc, le Docteur Conrad n’est pas qu’une sale emmerdeuse à sang froid mais aussi une incontestable érudite ? Dans la mesure où c’est loin d’être son cas, Kirby se remet en mouvement quand la porte à double-battants s’ouvre brutalement. Le Vigilant n’a aucun mal à reconnaître la silhouette massive en contre-jour :

- Sors de ton trou, Boucher ! gronde Artémis Seve, la principale garde du corps de Carmen Conrad, les poings sur les hanches. C’est une chance que je ne fasse pas confiance dans toutes ces sécurités techno sois disant imparables et préfère m’en remettre à mes humbles ressources personnelles…

Interdit, Kirby demeure invisible dans la pénombre aussi est il abasourdi lorsque la grande chauve musculeuse précise :

- Allons Ravage ! Assez joué ! Je n’ai pas l’intention d’alerter les gardes, ça me priverait d’un combat que j’espérais depuis longtemps ! Montre toi et fais honneur à ta réputation !

Le Vigilant se déplace jusqu’à se retrouver dans le halo clair en provenance du couloir. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il s’est toujours inconsciemment paré d’une forme d’éthique presque chevaleresque qui le rend particulièrement réceptif aux duels et autres règlements de compte honorables et codifiés. Il est d’autant plus estomaqué quand son adversaire se fend d’un grand sourire narquois :

- Pauvre idiot !!! Je commençais à désespérer de jouer ce petit jeu stupide dans toutes les pièces de l’étage depuis qu’on a noté ton intrusion sans pouvoir ensuite te retrouver. J’ai vraiment cru que tu ne t’y laisserais pas prendre. VENEZ VOUS AUTRES : IL EST ICI !!!

Les premiers Héros de la Wyvern entrent en trombe. Heureusement, Samuel n’est pas du genre à s’appesantir sur sa lamentable candeur et il connaît bien les membres de cette organisation. Il sait qu’ils excellent dans le combat à distance et leur habileté à l’arc ; aussi les prend il de court en chargeant sans un mot. Les terrifiantes lames jumelles sont déjà sorties lorsqu’il parvient au contact des Archers qui tentent fébrilement d’encocher leurs traits. Le Vigilant répugne à tuer ces types - même s’il n’apprécie guère leur statut de mercenaires - aussi ce sont leurs armes qui font les frais de ses premières frappes. Deux coups de coude violent et une ruade monumentale suffisent ensuite à envoyer les ennemis au pays des songes. L’affrontement n’a pas duré une seconde et maintenant c’est à Artémis d’être abasourdie. Pestant contre l’incompétence de ses alliés, elle recule dans le couloir pour éviter le revers que le Vigilant lui assène pour l’éventrer. Kirby commet alors l’erreur de la suivre et il est accueilli par une volée de flèches qu’il évite de justesse. D’une roulade arrière parfaitement réalisée, il retrouve la protection tout relative de la bibliothèque.

- Il est seul ! Suivez moi la dedans et gagnez vos honteux salaires ou c’est moi qui vous tue de mes mains !!! hurle Artémis Seve, hystérique en montrant courageusement l’exemple.

Le moins que l’on puisse dire c’est que la menace de la tondue n’est pas suffisante pour contrebalancer sa réputation de Tueur. Ravage les entend qui progressent prudemment, se couvrant mutuellement. Il met ces quelques instants à profit pour peser ses chances et finit par conclure que sa stupidité lui a coûté son meilleur allié : la surprise ! Même s’il n’a aucun doute sur ses capacités à éliminer les mercenaires, il ne commet pas pour autant l’erreur de les sous-estimer. Chaque seconde passée ici permet à l’ennemi de resserrer la nasse autours de lui. Il s’élance vers la fenêtre au moment ou la liane surgit de nulle part s’accroche à ses jambes. L’attaque est saluée par le rire malsain d’Artémis qui tend déjà à nouveau la main vers lui. Les épines mortelles qu’elle vient de projeter ricochent sur le champ de force que la merveilleuse armure du Vigilant a généré automatiquement. Le temps que la Dominatrice cesse de pester, il tranche la liane barbelée qui le retenait et commet sa seconde erreur envers la tondue.  Sous prétexte qu’il excelle en la matière et qu’elle est de toute évidence spécialisée dans le contrôle des plantes, il néglige ses compétences au combat rapproché et balance son poing blindé droit sur la mâchoire de la femme. Il est si sûr de la toucher qu’il manque tomber lorsqu’elle s’efface sans effort devant l’attaque et réagit d’un coup de tête titanesque. Malgré son casque, le Ravageur a l’impression que tous les os de son visage se morcellent. Contre toute attente, et bien qu’elle ne porte aucune protection, Artémis pour sa part ne semble même pas affectée par le choc. Elle fait pleuvoir de nouvelles attaques avec une telle furie que Kirby recule, parant avec peine un coup sur deux. Les adversaires sont si intimement rapprochés que les mercenaires - enfin parvenus à l’entrée de la bibliothèque - hésitent à tirer malgré les invectives rageuses de Seve. Le Vigilant est soulevé du sol lorsqu’il reçoit le genoux de la démente dans le plexus. Il n’a pas le temps de se remettre debout qu’elle l’envoie s’encastrer comme un pantin d’une ruade dévastatrice dans une énorme commode qui explose sous l’impact. Il n’a pas touché le sol qu’elle est déjà sur lui, le talon levé, visant la tête. Il est tellement sonné que c’est par miracle qui parvient à accrocher la cheville menaçante puis tire de toutes ses forces. Son incroyable ennemie s’effondre mais le Vigilant ne lâche pas sa prise. Il met au contraire toute sa puissance pour la faire tournoyer en tentant d’éviter les coups de pieds vicieux qu’elle balance maintenant de sa jambe libre et entame à son tour la démolition du mobilier à l’aide de son improbable massue humaine. Un pan de la bibliothèque éclate lorsque le crâne chauve s’y enfonce jusqu’au mur de pierre. Puis c’est le tour d’un bureau empire, d’un imposant coffre ferré et d’une armoire massive. Mais la folle hurle toujours des insultes à faire rougir un Ferrailleur sans que sa combativité en semble le moins fragilisée.
Alors il lâche tout !
Artémis Seve – toujours plus ordurière - traverse la pièce sans toucher terre et percute les Wyverns médusés comme une boule de bowling. Ravage profite de l’inespéré sursit pour défoncer avec la grâce d’un boulet de canon la lourde porte-fenêtre qui donne sur le balcon. Il jaillit à l’air libre au milieu des débris et des morceaux de verre, hébété. D’un coup d’œil, il s’aperçoit qu’un comité d’accueil composé d’un trentaine de mercenaires hurlants accoure du parc, coupant toute retraite. D’une détente foudroyante, il accroche le parapet de l’étage supérieur et disparaît, évitant du même coup une nouvelle volée d’épines meurtrières accompagnées de jurons bien sentis.

Sa réaction surprenante provoque ordres et contre-ordres et seule la voix rageuse de Seve parvient enfin à mettre un peu de cohésion. Sans se retourner, il retombe sur le toit de la bâtisse pratiquement aux « pieds » d’un Drone sentinelle qui explose dans une explosion assourdissante quand les lames jumelles s’enfoncent dans son cerveau-moteur. Quand les premiers Wyverns équipés de Jet-pack s’élèvent au niveau du toit, Ravage a terminé d’éliminer les Drones et se trouve à l’abri de l’une des imposantes cheminés qui parsèment le fait de la maison comme autant de providentiels abris. S’en suit un jeu de cache-cache mortel entre l’intrus et ses adversaires mais le Vigilant sait que ce genre de jeu ne peut se solder que par une flèche qui finira par trouver sa cible. Même invisible, il n’évitera par indéfiniment les traits thermo-guidés des Archers d’autant que – aussi perfectionnée soit elle – son armure ne peut combiner autant de contre-mesures qu’il y a de flèches différentes. Puisqu’ils sont incapables de le toucher, les mercenaires font maintenant pleuvoir des projectiles à aire d’effet. De larges zones de glace, de feu, d’électricité et d’énergie apparaissent en aveugle un peu partout. Kirby doit agir ou il est foutu ! De plus, et bien qu’il en éprouve une honte mordante, il n’a pas envie d’attendre que Artémis Seve trouve un moyen de parvenir sur le toit pour reprendre le pugilat jusqu’à le transformer en carpaccio. Malgré le risque et l’énorme coût énergétique lié à ce pouvoir, il « déphase » une fois encore et traverse le toit, intangible, pour atterrir lourdement sur une table basse qui vole en éclats sous son poids. Heureusement, le fracas des explosions qui se poursuit à l’extérieur suffit à couvrir son arrivée éléphantesque et il s’accorde quelques secondes de répit pour reconnaître la nouvelle zone.

Il est dans une chambre à coucher et elle était de toute évidence encore occupée il y a peu comme l’attestent les luxueux draps de soie défaits. Il s’agit probablement de la chambre de Carmen Conrad elle même car Samuel n’imagine pas vraiment la très spartiate Artémis Seve dormant dans un environnement si raffiné. Cette réflexion lui arrache une plainte sourde maintenant que l’adrénaline redescend et que des douleurs sourdes lui parviennent de sa toute sa grande carcasse malmenée. En quoi est faite cette foutue gonzesse ??? La vie des Ravageurs va devenir bien compliquée si une simple Dominatrice est capable de leur mettre une correction pareille à main nue sans transpirer !

A pas de loup, Kirby s’approche de la porte et concentre ses amplificateurs audio. Si le brouhaha s’intensifie dehors, aucun son n’arrive du couloir. Il opère un rapide check-up des niveaux énergétiques de l’armure et constate en grimaçant qu’il n’aura plus la possibilité de jouer les passe-murailles s’il veut que l’armure remplisse encore son rôle défensif. Lentement, il actionne la poignée et se glisse à l’extérieur. Puisque les abords de la maison sont verrouillés ainsi que la voie des airs,  il n’a d’autre choix que de rallier les sous-sols en espérant y trouver une galerie souterraine quelconque pour s’échapper. Faisant fi de toute prudence, il se rue vers l’étroit escalier de service à sa gauche. Loin de descendre les marches, il se jette dans le vide et atterrit comme un ressort quatre mètres plus bas devant un duo de Wyverns qui commettent l’erreur de lever leurs arcs malgré la distance ridicule. Un crochet du gauche à la tempe suivi d’une frappe foudroyante à la poitrine et le problème est réglé ! En enjambant les deux corps inanimés, Ravage se félicite de ne pas avoir seulement à compter sur ses lames pour se battre. De fait, si son armure représente un plus indéniable, son meilleur atout demeure ses compétences martiales stupéfiantes. Puis son sourire satisfait s’efface quand il repense à l’autre folle rasée et a la dégelée qu’elle lui a collé...

L’accès déverrouillé donne dans le grand hall d’entrée. Kirby repère le chemin qui mène aux étages inférieurs sous la forme d’une porte basse nichée dans les arcades qui supportent le large escalier central. Un peloton de la Freedom Corps en ordre de bataille occupe le centre du Hall et concentre son intérêt sur l’étage supérieur et l’accès extérieur. Plaqué eu mur, le Vigilant met à profit les zones d’ombres pour progresser avec précaution jusqu’à l’ouverture. Enfin parvenu à destination sans avoir été repéré, il désactive rapidement une alarme passive vicieusement cachée dans une boiserie d’apparence anodine, s’assure qu’il n’y en a pas d’autre, et se glisse dans l’ouverture sans un bruit.

L’obscurité est totale et Ravage s’abstient prudemment d’activer l’interrupteur, préférant se reposer sur le filtre nocturne de son. Il descend lentement l’escalier de pierres en colimaçon qui s’enfonce sous terre et parvient rapidement dans une large pièce circulaire inoccupée servant à priori de débarras. En plus de l’accès d’où il arrive, trois couloirs sont percés dans la roche en direction des points cardinaux. Le Vigilant ne s’appesantit pas vraiment et s’engouffre dans le tunnel Ouest après avoir constaté que l’entrée était parsemé d’immenses toiles d’araignée intactes. S’aplatissant au sol de son mieux, il passe en rampant sous les fragiles obstacles cotonneux en prenant garde de les laisser soigneusement en l’état puis avance, toujours collé au sol, d’une douzaine de mètres avant de se redresser et de reprendre sa course silencieuse. Rapidement, Samuel Kirby doit se rendre à l’évidence : loin de lui offrir un échappatoire, le tunnel se dirige en fait vers le bas. La pente – tout d’abord imperceptible – va en s’accentuant et il s’apprête à rebrousser chemin lorsque les premiers ordres secs lui parviennent. Ses poursuivants ont investi les sous-sols ! Revenir en arrière implique de se battre. Bien que la configuration confinée du terrain lui donne un avantage certain contre les Archers, il considère cependant que son salut réside dans la fuite. Après tout, cette galerie doit bien mener quelque part !

Deux lourdes grilles de titane ralentissent sont avancée. Les crocheter n’a pas représenté une grande difficulté mais leur présence ici – et les longues pointes menaçantes qui garnissent leur face intérieure - indiquent qu’on les a construites pour empêcher quelqu’un - ou quelque chose - de SORTIR. Les obstacles passés, le dénivelé s’accentue dans des proportions préoccupantes, obligeant Ravage a s’appuyer prudemment sur les parois pour ne pas glisser. Vingt mètres plus bas, le couloir s’achève sur un cul-de-sac et c’est par un large puit circulaire vertical qu’il va falloir continuer. Avec précaution, le Vigilant regarde vers le haut. Une bonne quarantaine de mètres à pic et des rangées de barreaux nimbés d’une lueur bleutée diaphane solidement arrimées à même la roche font grimacer le colosse en armure sombre. Déjà que ce genre d’escalade est périlleuse, la présence des barres sécurisées par les lasers rendent l’exercice tout bonnement impossible. Il va falloir descendre en espérant qu’il ne rencontrera pas les mêmes protections plus bas.
Il fait saillir de seulement quelques centimètres ses merveilleuses lames de combat, assure au mieux sa prise sur le granit, cale ses bottes blindées et entame la descente, allongé, bras et jambes écartées pour bien répartir son poids. La progression est éreintante. Les saillies dans le puit son ridicules et Kirby doit tâtonner du bout du pied à chaque mouvement. Par deux fois, il glisse et ne doit sa survie qu’à son extraordinaire maîtrise de lui même. Il n’a parcouru qu’une quinzaine de mètres et ses muscles donnent déjà des signes de tremblements. Refluant les crampes qu’il sent monter douloureusement dans tous ses membres, il continue l’esprit et les yeux fermés, tout son être focalisé sur cet unique but. C’est au moment où il va renoncer que son pied rencontre le vide. Assurant fermement ses dernières prises, il regarde sous lui : le puit débouche au fait d’une immense salle en forme de dôme. Il va falloir sauter. Les micro-boosters hydrauliques nichés dans l’armure permettent à Ravage d’effectuer des sauts gigantesques et se laisser choir de plusieurs dizaines de mètres ne sera pas un soucis.

Il s’apprête à tout lâcher quand ce qu’il a tout d’abord pris pour un liquide recouvrant le sol s’avère en fait être une marée de créatures entassées les unes sur les autres, silencieuses : les Serviteurs ! Il y en a des centaines. Littéralement grouillantes, les créatures semblent prostrés dans une sorte de torpeur, uniquement animés de mouvements lents sporadiques. Kirby craint que s’il saute, son intrusion brutale ne les réveille. Contre une masse pareille d’adversaires, il ne fera pas long feu. D’autant qu’il ne parvient pas à distinguer une quelconque sortie lui permettant d’échapper à la meute innombrable. Le Vigilant décide de tenter de rallier la paroi bombée puis de descendre avec précaution le long du mur quand la voix haineuse lui parvient du haut du puit. Artémis Seve a retrouvé sa trace !

- En bas, il est là !!! Allons y, il ne doit pas s’en tirer !!!
- C’est la salle des Monstres, madame !
rétorque quelqu’un visiblement en proie à une peur indicible.
- Ca pourrait être l’entrée de l’Enfer que ça ne changerait rien !!! Il manœuvre pour sortir du conduit. Descendons !!!


S’en suit un concert de protestations puis des bruits de lutte. Ravage tente de glisser hors du puit le plus vite possible. Bien lui en prend car le corps du Wyvern qui chute comme une pierre en hurlant le touche à l’épaule. Le choc lui fait perdre ses prises et il se retrouve uniquement suspendu dans le vide par la lame de son poing droit toujours profondément plantée dans le granit. Dessous, les Serviteurs commencent à s’agiter bruyamment autours de l’intrus qui s’est écrasé sur eux. Paniqué, Kirby cherche une prise supplémentaire pour alléger la pression qu’il fait subir à son unique prise. L’alliage de son arme va fendre le minéral d’une seconde à l’autre. Il parvient à enfoncer la seconde pointe de métal et laisse échapper un soupir de soulagement. Quelques secondes encore et il sortira du puit. Sa manœuvre n’échappe pas à la furie rasée. Le visage déformé par la haine et à la stupeur du Vigilant, elle se jette dans le vide – la tête en avant - en hurlant de rage et au mépris de sa propre survie. Arrivée à son niveau, elle percute sa cible, referme ses bras puissants sur ses épaules comme une liane de chair et les deux adversaires – enlacés comme deux amants improbables - tombent vers la masse cauchemardesque enfin éveillée.

Prochainement : Montagne