Chapitre 39 : Bonheur radieux 

Le choc fut apocalyptique !
Les deux avant-gardes se percutèrent pareils à des coins d’acier. Armes et boucliers volèrent en éclats et les lames percèrent les armures de guerre, provoquant les premiers râles d’agonie et nimbant la scène d’un halo écarlate écœurant. Et ça n’était rien comparé au massacre total que provoqua l’arrivée des unités plus légères qui firent pleuvoir une nuée de projectiles sur la mêlée sans franchement se préoccuper de savoir qui récoltait carreaux, flèches et javelots. Quand les jeteurs de sort entrèrent à leur tour dans la danse, la confusion devint complète et le chaos absolu.

Perché sur son promontoire, Aèfkabio avait l’air complètement idiot avec la bouche ouverte de stupéfaction à répéter des « c’est pas possible… » à la chaîne. Sans passion aucune, Titetouffe commentait la boucherie :

- Mark de Borsss vient de tomber sous les coups de Groldim le Nain, le chef de Guerre de la puissante Garde Noire. Le moral de Albion est ébranlé. Ah mais on dirait que les Fléaux Pourpres ssse regroupent pour protéger une sssilhouette visiblement bien mal en point. Ausssi étonnant que sssela puissse paraître, Gader’N Gull doit avoir été blesssé… Sssans ssses chefs pour maintenir la cohésion, les humains ne vont pas tarder à ssse débander. Midgard va emporter cette bataille !

La Kobold fatigante apparut sur le piton rocheux en poussant un glapissement de joie qui  fit sursauter le Ouik :

- J’ai eu cette saleté de poiscaille !!! PIF, PAF, en pleine poire !!! sautait sur place Chieuse Grave en exhibant deux cimeterres de Sicaire dégoulinants d’un sang bleuté épais aussi hauts qu’elle.

- Sss’est plus fort que toi, Poison Bleu, la tança la Valkyne sans parvenir complètement à réprimer une pointe d’admiration, il a fallu que tu récupères de quoi tronsssonner les Conssserves et que tu t’en mêles !!!
- J’avais un compte à régler avec le Nécrite : lui et ses fanatiques avaient rasé les villages Kobolds des Marches de Jordheim !
- Tu avais perdu des amis dans cette tragédie, pauvre petite Chieuse ?
se lamenta le grand Kobold compatissant. Peut être même de la famille ?
- Sssi Chieuse Grave avait des amis, sssa ssse sssaurait, ricana Titetouffe pour elle même.
- Oui… larmoyait la Minuscule. Il avait tué ma cousine Fèsmol’…
- Bien que je ne cautionne pas la vengeance, compatissait le Ouik en jetant un regard noir sur la Velue hilare, je comprends que la peine et le désespoir puissent te pousser à de telles extrémités, ma trop sensible amie.
- Tu parles… gloussa la Valkyne, les yeux au ciel.
- Tu es cruelle de te moquer ainsi du chagrin de Chieuse… explosa Aèfkabio.
- Bah voyons ! ne désarma pas la Moqueuse avant d’ajouter avec une neutralité étudiée : Chieuse, explique à la Candide caillassse pourquoi tu es allée faire la peau au Nécrite, je te prie…
- Pourquoi ? s’étonna l’Apostrophée. Ben parce qu’à cause de lui, Fèsmol’ n’a pas pu me rembourser la somme du pari qu’elle avait perdu voyons !
- Le pari ? demanda le Ouik en grimaçant déjà.
- Oui le pari ! J’avais estimé que nous massacrerions autant de villageois humains que cinq fois les doigts des mains et des pieds lors du raid punitif sur les villages Albionais de l’Ouest. Cette idiote de Fèsmol’ avait eu beau brailler que les bébés ne comptaient pas, le Shaman m’avait donné raison ! Mais à cause de cette andouille de Gader, elle est morte avant de m’avoir payé !
- Et « toc »
, ricana la Tueuse en lustrant ses longs poils soyeux tandis que Chieuse l’interrogeait du coin de l’œil en voyant la mine abattue du Troll.

Dans la cuvette transformée en charnier, les derniers Chevaliers Albionais s’effondraient sous un ultime assaut rageur des Mids. Privés de protection, les magiciens et les Sorciers tentaient de se replier en bon ordre mais les Furtifs ennemis leur avait déjà coupé la route. Sortant du néant, ils s’abattaient sur les humains bien vulnérables dans leurs robes incantatoires qu’ils fauchaient sans pitié. Déjà, les Midgardiens se regroupaient pour un nouveau combat probablement imminent. Shamans et Guérisseurs ramenaient à la vie leurs compagnons tombés et les rangs des guerriers du Nord décimés par l’affrontement se restructuraient, aussi compacts et menaçants qu’avant la terrible bataille.

- Les morts se relèvent ? s’étonnait le Ouik.
- Grâssse au don de Eir et de Frigg, sssertains Mids ont le pouvoir de ramener l’âme de ssseux qui sssont tombés au champ d’honneur avant qu’ils ne rejoignent le Valhalla, expliqua la Valkyne. C’est ainsi ! Mais sssache – gentil compagnon – que sssela ne sssuffira pas permettre à Midgard de l’emporter au final. Chaque combat va un peu plusss éclairsssir les rangs de l’armée. Et maintenant que le portail des Abyssses est entre les mains d’Albion, ils vont ssse renforssser. Les Chevaliers qui viennent d’être défaits n’étaient que l’avant garde. Ils avaient comme misssion de tessster les forssses ennemies et ssse sssont acquittés courageusement de sssette tâche. Maintenant, Albion sssait de combien de Sssinquantes nous disposons. Et la ripossste sss’effectuera en conssséquenssse…
- Je ne comprendrai jamais vos motivations…
- Je t’explique si tu veux !
sourit Chieuse Grave. Alors eux, c’est des méchants et pis nous…
- Qu’en est il de ssse que nous sssommes venus chercher isssi, Aèfkabio ? coupa Titetouffe, épargnant à son camarade bien abattu un laïus saoulant.
- Ca approche ! Ca remonte droit sur nous et rapidement !
- Intéresssant… Sssi l’on consssidère que tu nous guides auprès d’un de tes sssemblables, il commenssse à apparaître comme évident que ssset autre Ouik est sssoit une créature des Abyssses, sssoit un Albionais. Vu que les Monssstres évitent les affrontement entre Royaumes de leur mieux…

- Ah ben mince, se renfrogna la Koby, si l’autre comme Aèfkabio est une Conserve, va falloir la découper ! C’est ballot !
- Jussstement non, Chieuse Grave la Kobold ! Tu ne vas découper persssonne avant que nous en sssachions plus sur la sssible !
- Ah mais heu si c’est un Alb enfin quand même ! Pourquoi pas épargner un Luri tant qu’on y est aussi…
- Chieuse, promets que tu te tiendras tranquille ou c’est toi que je vais découper…
menaça la Valkyne.
- Y a une sacrée différence entre vouloir faire un truc et y arriver, ricana le Saleté Bleue en exhibant ses cimeterres. Surtout que j’ai retrouvé deux lames parfaites pour te faire le maillot si tu m’embêtes…
- Arrêtez ça !
s’énerva le Troll en s’interposant. Le monde est au bord du gouffre et vous ne pouvez pas vous empêcher de vous menacer !!!
- Je ne la menassse pas, je lui DIS que je vais la raccoursssir encore un peu plusss vu qu’elle est intenable !
- Pareil !
sautilla comiquement le Boulet. Mais en plus mieux.
- Nous n’y arriveront jamais… se lamenta le Ouik avec tristesse. Vous faites le jeu de l’ennemi. Je préfère encore continuer seul que de risquer de voir mes alliés s’entretuer toutes les cinq minutes pour des futilités.

Les deux Assassins s’étaient tues, péteuses. Après un dernier regard meurtrier jeté par la Velue auquel répondit une petite langue moqueuse, elles rengainèrent de concert leurs armes avec regret. La frêle Kobold s’assit à coté du colosse de pierre fatigué et posa sa minuscules mains avec une tendresse inhabituelle sur la lourde épaule :

- Je ferai plus de bêtises, copain. Je le jure sur ce que j’ai de plus sacré. Carrément sur mes soussous, tiens...
- Je te prie de bien vouloir accepter mes excuses, Aèfkabio le Ouik,
fit écho la grande Tueuse gênée. Notre nature Midgardienne ssse marie mal avec ta reposante doussseur. Mais je te promets moi ausssi de me contrôler jusssqu’à ssse que sssette hissstoire sssoit résolue d’une fassson où d’une autre. L’armée sss’ébranle. Remettons nous en route.

La descente se poursuivit pendant un bon moment, tout juste troublée par quelques rares échauffourées avec des petits groupes Albionais qui venaient prendre la mesure des unités Midgardiennes avant de refluer en bon ordre. Puis soudain, la masse des combattants du Nord s’arrêta net après qu’une grande furtive Viking chargée d’ouvrir la marche ait fait son rapport au nain irascible cité par la Valkyne et qui semblait avoir été miraculeusement accepté par tous comme le chef de l’expédition. S’en suivit une discussion animée et un début de conflit avec un gigantesque Troll. Le coup de marteau qui allongea le Caillou pinailleur  pour le compte servit visiblement d’accord stratégique final et les sauvages combattants s’organisèrent pour la bataille suivant les recommandations du Nain. Comme Titetouffe ouvrait la bouche pour expliquer ce qu’il venait de se passer à Aèfkabio, il leva une lourde main minérale et lança d’un ton très fatigué :

- Je sais. Le Troll voulait charger par la droite et le Nain par la gauche.
- Sss’était le contraire mais effectivement, tu as sssaisi l’idée !
s’extasia la Valkyne avant de préciser : C’est isssi que la dernière bagarre va avoir lieu, mon ami. L’armée Albionaise qui fait marche sur nous est commandée par la Maîtresse d’Arme la plus redoutée du Royaume des Hommes, la Noble Valériane ! Sa simple présence agit sur les Chevaliers comme le plus puissant sort de courage qui soit et rares sont ceux – Hiberniens et Midgardiens confondus - qui peuvent se vanter de l’avoir un jour vaincue.
- Oulalalala !!! se mit à couiner hystériquement la Kobold avant de gesticuler puis de carrément sauter partout comme un ressort bleu pour enfin  carrément retrouver son sabir incompréhensible sous l’émotion : CaValérianePabondutoudutoutnononon !!!

Les Mids s’étaient organisés en défense. Mur de chair, de pierre, de poil et d’acier uni dans un même silence pesant. A l’autre extrémité de l’immense caverne qui allait servir de terrain à l’affrontement, les Chevaliers d’Albion avançaient, murés eux aussi dans un mutisme angoissant uniquement brisé par le bruit de leurs lourdes armures de métal. On pouvait distinguer à leur tête une grande femme solidement bâtie entre deux âges. Elle allait tête nue, blonde comme les blés et le cheveux court, portant avec une aisance évident la lourde armure de Plates des Maître d’arme. Aucune espèce de fioriture habituellement si commune aux équipements des combattants d’Albion n’égayait les pièces d’acier martelés par les milliers de combat qui la recouvrait. Son immense épée droite à deux mains était étonnamment portée « à la Midgardienne », fichée dans un fourreau dorsal et non pas à la taille comme c’était l’usage dans son Royaume. Quatre femmes la flanquaient de près. Elle affichaient la même détermination, leur heaumes de guerres sous le bras. Derrière venait le reste de l’armée, tout aussi impressionnant et dégageant le même sentiment de mortelle efficacité sous l’apparente tranquillité. Contrairement à d’habitude, aucune insulte, aucun quolibet ne fut émis de la part des Midgardiens. Créatures sauvages ne vivant que pour le combat, ils savaient aussi quand le moment était venu de faire montre de respect pour l’adversaire. Et ce silence total en était la plus belle représentation. Toujours en retrait de la masse, le trio observait.

- Voisssi Valériane, murmura Titetouffe. Elle est entourée par Marine de Ponsssac, Ssselsessstia la muette, Gilda Ferne-Valor et la doyenne du quatuor sssur sssa droite, la brillante tactisssienne Mater Tenebrae. Nos compagnons étaient déjà mal partis contre une division de Chevaliers sssimplement commandés par Valériane ssseule mais avec la présence de sssses capitaines en sssusss, sssa va être un carnage. Profitons du combat pour nous frayer un passsage dissscret par sssette corniche qui sssurplombe la caverne sssinon nous ne parviendront jamais à traverssser les lignes ennemis pour retrouver la sssible.
- Contourner l’obstacle Albionais ne résoudra pas notre soucis, se rengfrogna Aèfkabio visiblement très affecté alors que la grande blonde s’arrêtait et que les unités d’assaut se répartissaient derrière elle avec cette assurance qui n’appartient qu’aux  vétérans..
- Mais la sssible… insista la Tueuse Velue.
- C’est bien tout le problème, coupa le Ouik en désignant du doigt la Maîtresse d’Arme qui dégainait sa mortelle épée et s’élançait vers les Mids, la cible s’est elle !

Chapitre 40 : Visite guidée

- Ce que nous venons de faire n’a pas de mot pour le qualifier !!! gémit la rouquine en passant une main rageuse sur son visage maculé d’un sang épais qui n’était pas le sien.
- Je propose quand même « Sauvetage » ! sourit le jeune homme trompeusement mince à ses cotés qui essuyait sans grand émoi ses lames de contact sur les cadavres à ses pieds.
- Moi tant qu’il y a une bonne bagarre des familles à la clef… rit de bon cœur le Troll gigantesque en replaçant son immense bouclier dans son dos.
- Je suis en train de renier les préceptes les plus sacrés qui ont jusqu’ici régit mon existence même… reprit la Zerk, repoussant du même coup son empressé compagnon qui tentait de nettoyer les dernières traces écarlates sur sa joue. Je… je suis plongée dans une grande perplexité ! Et si ce que nous avons commis était une erreur ?
- Vu l’état des erreurs… lança Muranbrik avec fatalisme en poussant du pied le corps tout aplati d’un des gardes après sa rencontre avec le bouclier du Troll.
- Tu penses trop, chérie, tenta Will Kinson le Sauvage avec un sourire charmant.
- Faut bien que quelqu’un pense pour nous trois ! se rebiffa la jeune Carmina Bartaba. J’aurai dû avant tout aller rendre compte au Comité de la Confrérie…
- Et les laisser pendre le commandeur Tronchaclac ?

Le ton de Muranbrik claqua comme un fouet et la Viking baissa la tête puis leva la main en signe d’apaisement.

- Je sais cela… Mais si effectivement il s’est rendu coupable de trahison ??? Si Tronchaclac et les autres Commandeurs de Royaume se sont ralliés à l’Ordre de la Goutte pour trahir Groboulé comme le Comité l’a annoncé !? Avouez que sa disparition a de quoi inquiéter !!! Franchement, je ne sais plus…
- Moi je sais qu’on a plutôt intérêt à planquer les macchabées et à bouger nos fesses d’ici en tout cas. Pour le reste…


Le pragmatisme du Sauvage eut pour effet de dynamiser ses compagnons. Une fois la demi-douzaine de gardes entassés dans un réduit à victuailles, il continuèrent leur descente silencieuse vers les entrailles de la forteresse. Murée dans ses pensées, Carmina suivait en dodelinant de la tête, visiblement bien abattue. Alors qu’il pénétraient dans une large salle d’où partaient de multiples couloirs, Muranbrik s’arrêta et demanda :

- Tu parles d’un trou à Koby ! C’est par où maintenant ?  
- Je pense que nous devrions aller témoigner en faveur du Commandeur Tronchaclac durant le procès !
répondit Carmina toute à ses réflexions avec fermeté.
- Durant le quoi ? s’étonna sincèrement le Troll.
- Le procès, expliqua Will d’un ton supérieur. C’est un truc pratiqué chez les Albs et les Hibbies aussi… Y a des gens qui causent pour régler un problème et celui qui cause le mieux a raison.
- Ah ? Et si les deux causent bien ?
- Heu…
- Vous êtes insupportables avec cette manie de tout transformer en choses simples !!!
rugit la Berzerker. Un procès s’appuie sur des Lois. C’est grâce à ça que le faible a une chance de voir le bon droit triompher. C’est ça qui aboutit à la Justice et évite que la civilisation ne bascule dans l’anarchie et le désordre.
- Ca c’est pour nous…
crut bon d’ajouter le Sauvage avant de lever les deux mains pour éviter le coup de poing rageur de sa maîtresse.
- OUI PARFAITEMENT !!! C’est pour vous ! Vous, les Midgardiens qui ne comprenez que la Loi du plus fort et réglez tous vos conflits en vous tapant dessus comme des animaux !!!
- Rhooo tout de suite…
tenta Muranbrik en jouant les outrés. Les faibles aussi ont une chance chez nous enfin !
- Parfaitement, appuya son camarade de Royaume avec une bonne fois désarmante, ils peuvent devenir furtifs ! C’est que c’est drôlement balaise un bon furtif tu sais, ma puce ! Spécialisé en poison, il peut…
- Désespérants… Je n’aurai JAMAIS dû vous écouter ! JAMAIS !!! On a tué ces gardes et maintenant nous allons nous faire complices d’un trio de traîtres !!!
- On sait pas encore puisque les causeurs du procès n’ont pas causé…
proposa le Troll pour prouver qu’il avait suivi.
- Et puis on les sort juste de prison au cas où les causeurs diraient qu’ils sont coupables, faut pas en faire une maladie ! sourit Will Kinson avant que le regard noir de sa moitié ne le foudroie.
- On juge un accusé quand il est PRESENT, andouille !!!
- Ca se tient… Ben on leur rendra Tronchaclac et ses amis après ! Pour qu’ils leur fassent des excuses…
- Je renonce…
pesta Carmina. Puisqu’on a commencé, autant terminer ! Tuons tous ceux qui nous barreront la route, délivrons ces traîtres potentiels et mettons nous l’intégralité de la Confrérie à dos !!!
- Là j’ai compris !
gloussa Muranbrik en applaudissant joyeusement avant de frapper sa paume ouverte dans celle de Will qui affichait le même sourire crétin et satisfait. Bon, on va par où ?
- La galerie de gauche… Mais attention, il y a probablement d’autres gardes en faction !
- J’espère bien…
lança la brute en s’élançant dans l’escalier avec des mimiques gourmandes.

Trois patrouilles de sentinelles massacrées plus tard, ils débouchaient enfin dans une sombre tunnel qui menait de toute évidence aux cachots. Durant toute la progression, la Rouquine n’avait pas décoléré et restait murée dans son silence boudeur. Entre deux carnages, Will Kinson avait bien tenté de la dérider mais il avait ramassé une gifle rageuse qui avait déclenché un fou-rire chez Muranbrik et il se tenait à carreau depuis.

- Y a des trucs qu’arrivent… souffla le Guerrier de pierre en désignant des silhouettes au contours rendus indistincts par l’obscurité ambiante.
- Eliminons les et dépêchons nous de remonter avec Tronchaclac et ses copains, proposa simplement le Sauvage.   
- Assez de tuerie ! se rebiffa Carmina en écartant ses deux compagnons pour se planter au milieu du couloir et lancer un comique : Ohla ! Amis ou ennemis ?
- Heu… Amis ! répondit une des silhouette.
- Ben voyons… se rebiffa le Guerrier pas convaincu par l’innovante approche.
- Dans le doute, on les cogne… ajouta Will a qui on ne la faisait pas et qui n’allait pas se laisser arnaquer d’une baston aussi facilement.
- Will Kinson ? demanda la silhouette qui continuait à avancer et s’avéra être un nain bien connu en loques et au visage méchamment tuméfié.
- Commandeur !!! explosa Muranbrik. Ah ben vous allez rire, on venait vous sauver !
- Comme c’est gentil de votre part !!! s’extasia le vieux Nain même pas surpris. Je disais justement aux deux autres qu’on aurait dû attendre un peu avant de s’échapper !
- Vous êtes parvenus à sortir du cachots de l’Innommable, Commandeur ??? s’étranglait de stupéfaction une Carmina blême.
- On peut pas vraiment dire qu’il était d’accord au départ non plus, gloussa Morgana toujours aussi radieuse malgré l’endroit et sa tenue pour le moins défraîchie.
- Mais maintenant il est d’accord pour tout, intervint la musculeuse Gwenyl O’Cairn reconnaissable à ses légendaires tatouages pleinement visible vu qu’elle se trimballait en sous-vêtements sans aucune gêne. On vous racontera tout ça une fois que nous serons tous sortis d’ici, compagnons. Vu que vous avez visiblement facilité la remontée, hâtons nous !

Tandis que le petit groupe s’ébranlait en silence vers les escaliers, le vieux Tronchaclac s’adressa doucement à Carmina :

- Je savais que je pouvais compter sur toi, ma jeune amie ! Quand bien même on nous aurait accusés des pires forfaitures, je restais convaincu que ton cœur t’aurait dicté ta conduite et tu aurais mis tout en œuvre pour me venir en aide.

La honte submergea la jeune femme et c’est dans un sanglot qu’elle parvint enfin à répondre :

- J’ai douté, mon Seigneur… Sans ces deux imbéciles…
- Mais tu es là n’est ce pas ?
- Le Conseil a colporté de telles accusations… Et la disparition du Paladin Groboulé…
- Tranquillise toi, mon enfant ! Je sais combien ils savent être persuasifs. La Confrérie n’est plus, Carmina. L’équilibre est rompu. L’Ordre de la Goutte et ceux qui furent nos frères d’arme sont en train de regrouper leurs forces pour s’emparer du porteur de la Goutte afin de dominer les Royaumes. Ce monde meilleur auquel nous aspirions n’existe plus. Au mieux pouvons nous espérer préserver celui que nous connaissons maintenant. L’ultime bataille est proche et je suis honoré de voir que nous combattrons cote à cote.
- Avons nous une chance de… gagner, Commandeur ?
- Aucune, mon enfant ! Mais quelle importance ? Nous pouvons espérer tellement affaiblir ces deux sociétés secrètes perverties qu’elle mettront des siècles à se relever. Notre sacrifice permettra aux Royaumes de prendre leur destin en main et nul doute que quand l’hydre immonde ressurgira, d’autres Justes seront là pour les combattre et les anéantir.


Carmina acquiesça tristement puis accéléra le pas jusqu’à se trouver au niveau de Will Kinson. Son fichu sourire goguenard affiché en toutes circonstances, le Sauvage constata que le beau visage de son aimée était baigné de larmes malgré le calme serein qu’elle affichait. Il allait pour s’en inquiéter mais elle posa doucement un doigt sur les lèvres du Midgardien et souffla un simple « Merci ! » avant de prendre la tête du groupe en le plantant là, complètement interdit. Ce fut Muranbrik qui, le secouant d’une bourrade à lui démettre l’épaule pour le remettre en marche, lui demanda, ses gros sourcils minéraux froncés devant le visage de son camarade :

- Qu’est ce que t’as encore dit comme connerie ?
- Si je le savais… D’abord elle me taloche, ensuite elle m’engueule et maintenant elle pleure et me remercie mais je ne sais pas pourquoi…
- Donc t’as rien fait finalement ?
- Ben non…
- Alors ça doit être pour ça !
éclata de rire le caillou bientôt imité par le Maître Sauvage à nouveau enjoué.

Prochain épisode : entre le marteau et l’enclume