Chapitre 13 : Lady Oméga


- Je peux savoir à quoi vous jouez là ? demande Catherine Thorgal sèchement.
- La problématique politique est du devoir…
commence avec sa coutumière grandiloquence le grand Héros looké comme une gravure de mode aux gestes empreints d’une emphase étudiée.
- Vous n’êtes pas payés pour donner des conseils de politique interne mais pour apporter des solutions factuelles !!!


La tirade s’achève sur un coup de poing rageur qui fait sursauter l’intégralité des officiers présents dans la salle de réunion à l’exception de MouMouMac le Latexien qui avait senti l’orage arrivé. Connaissant la blonde au visage blanc de colère contenue, il s’enfonce un peu plus profondément dans son fauteuil et se positionne en tant que prudent spectateur quand elle reprend avec un mauvais sourire après avoir dévisagé l’ensemble des Héros présents :

- J’aimerai que les choses soient bien claires… Je n’ai pas choisi la plupart d’entre vous ! Hero Corps – de par son statut particulier – demeure une entreprise et je conçois qu’on me parachute des incompétents protégés par nos principaux investisseurs…

La provocation frontale déclenche son lot de murmures réprobateurs mais il en faut plus à une barre de fer comme la redoutable Défenseuse pour être impressionnée et c’est d’une voix menaçante qu’elle poursuit :
 
- …aussi je vous préviens tous une bonne fois pour toutes : JE suis à la tête de la Division de Paragon City ! Dans cette cellule – la plus importante du groupe - JE suis celle qui décide de la stratégie à suivre et je ne tolèrerai pas les arrivistes et les intrigants qui affaiblissent la HC avec leurs guéguerres stériles ! J’ai déjà été foutue à la porte une fois, ça n’est un secret pour personne ! Mais on m’a rappelée... Et je suis revenue à la seule condition qu’on me laisserait mener ma barque comme je l’entendais et c’est exactement ce que je vais faire, avec ou sans vous.

MouMouMac constate qu’à une exception près – toujours la même… - la réprimande a porté. Comme à chaque fois, « l’Exception » croit bon d’intervenir en employant son approche fort heureusement inimitable :

- Notre très chère Directrice a une fois encore parlé sagement. Comprenez, valeureux camarades, que la Hero Corps n’a ni l’envie ni les moyens de se permettre de voir s’affronter ses cadres dirigeants et surtout…
- Mon cher Chevalier Sublime
, coupe Lady Oméga toujours souriante, je vous remercie de clarifier une fois de plus mes incompréhensibles propos mais je ne vous ai pas sonné !
- J’essayais seulement
… tente le Pédant.
- Vous essayez effectivement ! Ce terme définit d’ailleurs parfaitement votre existence toute entière ! Vous êtes le champion absolu de la tentative !
- Mais comment donc enfin…
- Chevalier, est ce parce que je suis blonde que vous me prenez à ce point pour une conne ?
- Dame Oméga, jamais je n’oserai…
- C’est LADY Oméga, espèce de fat apprêté ! C’est un nom de GUERRE, pas un titre honorifique décoratif pourri visant à me séparer de cette « populace » que vous êtes payé pour protéger,
se lâche la grande Défenseuse dans son armure de combat avant de basculer sciemment sur ce tutoiement qu’exècre plus que tout son opposant du moment. Je n’ignore pas les appuis dont tu disposes, bonhomme ! Pas plus que les magouilles dans lesquelles tu trempes… Par contre, je te promets un truc : ni tes grands airs, ni tes sourires de premier de la classe, et moins encore ceux qui t’ont imposé ici ne te protègeront si je m’aperçois que tu me fais un petit dans le dos. Quand à ceux qui auront - pour leur malheur - pris tes patins, je leur infligerai le même traitement sans hésiter ! Est ce que c’est clair ?

Le sourire tendu du Chevalier Sublime peine à cacher sa rage et même ce vernis de bienséance qu’il affiche en toute occasion laisse apparaître un instant sa vraie nature. Mais contre toute attente, il parvient à se reprendre. Seuls ses yeux transformés en puits de haine insondables demeurent hors de son contrôle lorsqu’il répond de son ton onctueux détestable :

- Parfaitement clair, Madame la Directrice.
- Dans ce cas, l’incident est clos !
termine Lady Oméga après un dernier regard assassin qui provoque chez la victime un intérêt soudain pour les notes qui lui font face. Je vous ai donnés vos affectations ainsi que la composition de vos équipes et je veux tout le monde sur le terrain dans une heure. Rompez ! Mac, vous restez !

Le rouquin n’avait de toute façon pas bougé tellement il est habitué au mode opératoire de sa patronne. D’autant qu’il a lui aussi un petit truc à lui demander… De son coté, le Chevalier sublime ne peut s’empêcher de lancer un ultime coup d’œil mauvais à Oméga mais comme elle l’ignore superbement, il se rabat sur le vieux Héros qui lui adresse un discret sourire narquois suivi d’un majeur tendu qui disparaît aussi vite qu’il est apparu.

- C’était pas utile ça… souffle la blonde alors que le dernier officier disparaît aussi vite qu’il le peut.
- Mmm ?!
- Le doigt. C’était infantile et même pas discret.
- J’aurai souhaité être discret, j’aurai travaillé mes compétences d’invisibilité, chef ! Et pour le reste, je suis resté très jeune malgré ma tronche de pomme blette !


Maintenant que la pièce s’est vidée, l’impressionnante Défenseuse s’effondre plus qu’elle ne s’assoit dans son fauteuil et elle masse ses yeux en expirant lentement, preuve chez elle d’une grande tension. L’ancien sergent de police et ex-Héros légendaire savoure la pause en attendant sereinement que sa responsable se manifeste. Vaut mieux qu’elle vide son sac vu ce qu’il s’apprête à lui annoncer… Une vingtaine de secondes plus tard, elle relève la tête et murmure :

- Mac, j’ai besoin d’aide… Cette Division se transforme en un foutu panier de crabes et je ne suis pas certaine de…
- Tu as été parfaite, Catherine !
ose le petit homme qui est un des rares à se permettre de couper Oméga mais a toujours l’intelligence de le faire en tête à tête.
- J’aimerai en être certaine, mon ami… Ce serpent de Chevalier est bien plus habile à ce jeu que je ne le serai jamais. Il sape mon autorité, utilise les ressources de la HC pour servir ses intérêts et ceux des enfoirés qui ont contribué à me le mettre dans les pattes et s’en cache à peine ! Des fois j’ai envie de le…
- Des fois seulement ? Tu te ramollis, Cat…


La grand blonde laisse échapper un petit rire bref et triste.

- Je n’aurai pas dû revenir ! C’était vaniteux autant que stupide ! La compagnie a changé, moi pas. J’ai l’impression d’être une espèce d’anachronisme gênant. Je défends des valeurs passéistes et je foire tout ce que je fais. Le pire de tout c’est qu’en parallèle, je ne suis même pas capable d’avoir une vie sociale. J’arrive même pas à garder mon mec…
- Je me demandais quand Nathan allait arriver sur le tapis
, glousse MouMouMac.
- Je l’ai giflé, Mac… Nathan est aveugle et j’ai été assez minable pour le gifler !
- Tu regrettes la tarte que tu lui as collé ou le fait qu’il n’ait pas été en mesure de la voir arriver ?
- Il l’avait mérité !
se défend la blonde coléreuse d’un ton comique avant de s’emporter en écartant les bras. Franchement, il est invivable !!!
- Vous n’êtes pas ensembles pour rien…
- Il est arrogant !
- Tu l’es toute autant.
- Il ne m’écoute pas !
- Tu es aussi sourde parfois qu’il est aveugle.
- Et toi tu prends tout le temps sa défense 
!!! crache l’Enervée en serrant les poings.
- Seulement quand il n’est pas là pour le faire
, sourit amicalement le vieux Héros avec toute sa bonhomie naturelle. Quand je suis face à lui, c’est tes patins que je prends, ma belle. Catherine, mets toi dans le crâne qeu vous êtes deux têtes de pioche. Un jour sur deux, vous êtes à couteau tiré et le restant du temps vous vous sautez dessus pour vous rabibocher en vous tripotant comme des collégiens impudiques. Je ne défends pas plus Nathan que toi vu que vous êtes des sales gosses qui méritez des coups de pied dans les fesses. Ton homme est caractériel et toi cyclothymique mais vous êtes miraculeusement mes amis et accessoirement, deux des meilleurs Héros que compte cette ville de dingues donc j’ai appris à vivre avec. Dés que vous ferez de même, le problème se résoudra tout aussi simplement…

Un ange - particulièrement courageux vu l’ambiance – passe, puis la directrice de la HC reprend en minaudant, la bouche de travers :

- Ce salaud ne m’a même pas appelée…
- Toi non plus bien entendu…
- Moi ? Ca me ferait mal ! C’est à ce mufle de s’excuser !!! Nous étions FÂCHES et il bricole des trucs derrière mon dos avec un de MES Officiers !!! Quel enfoiré !!!
- Nathan et Kali ont découvert un truc flippant avant qu’il ne nous pète à la figure par surprise, c’est tout ce qui compte ! Et toi, tu perds les pédales alors que ce poison de Chevalier Sublime continue ses coups tordus.
- Rhooo celui là aussi je vais te me le…
- Tu as bien réagi toute à l’heure, Cat : il était grand temps de remettre ce frimeur à sa place. Mais ne crois pas pour autant qu’il va en rester là… La majorité des Officiers qui composent le commandement actuel de la Division n’a pas vécu « l’Affaire Sociale », ma grande. Bon nombre d’entre eux voit d’un mauvais œil une nana à la tête de la Cellule – aussi respectée soit elle - et l’autre nuisible a le chic pour les brosser dans le sens du poil. Ce qui est loin d’être ton cas…
- C’est ce que je dis. Je ferai mieux de passer la main.
- En laissant tous ceux qui comptent sur toi – et je pense là à tous les Héros de terrain qui FONT le travail - à la merci d’un arriviste pompeux comme Sublime ? Catherine, il y a un sale truc qui se prépare. Crois en le vieux Héros que je suis, j’ai commencé à me rencarder et ça sent les emmerdements royaux ! Et c’est pas le Chevalier et sa clique qui pourront régler ça. Ca pue VRAIMENT, patronne…
- Qu’est ce que tu veux dire exactement à tourner autours du pot comme ça ?! se demande Oméga avant de se pencher sur le petit rouquin à la mine contrite. Ooooh MouMouMac le Latexien, va falloir cracher le morceau, mon coco ! Déballe ton sac et magne toi sinon ça va chauffer pour ton matricule !!!
- Ok, boss ! Ca tombe bien car j’allais t’en parler mais je cherchais juste le bon moment pour…
- Accouche !
- La FireNuke à Perez Parc, c’était les U.Z.I. de la Métro !
- Quoi ??? Tu déconnes complètement là !!!
- C’est confirmé ! Une unité d’élite de la U.Z.I. chargée de faire le nettoyage pour enterrer un truc pas net. Une histoire de Serviteurs autonomes transformés en escadron de la mort… Ca aurait un lien avec le massacre des flics dans les quartiers périphériques. Toute l’affaire serait couverte par des pontes de la Police. Voire de la Mairie.
- Whowowowo doucement là ! Qu’est ce que c’est que ces salades enfin !? Comme si nous n’avions pas assez de Recluse et ses tarés en ce moment pour nous mener la vie dure… Mac, je ne vois pas ce que les flics et l’administration de la ville auraient à gagner à se coller dans ce genre de merdier, voyons !
- J’ai pas encore tous les éléments, patronne…
- Mais enfin, pourquoi tu n’en as pas parlé toute à l’heure durant le briefing ? Si ce que tu dis se vérifie, c’est une affaire fédérale de première importance et toi tu m’annonces ça l’air de rien entre la poire et le dessert !
- C’est que… j’avais promis à la personne qui m’a demandé mon aide de rester discret. Et pour tout te dire, je n’avais pas confiance ! Si la métro est mouillée, pourquoi pas la HC. Peut être même la Freedom…
- T’es complètement parano mon pauvre vieux !!!
- Ma paranoïa m’aide à rester en vie, patronne. Et puis… l’autre truc, c’est que je ne pouvais pas parler de ma source devant les dirigeants de la Hero Corps…
- Maaaaac,
gronde Lady Oméga, qu’est ce que tu as encore fait comme connerie ? Qui est cette personne ?

Tandis que le rouquin se dandine sur sa chaise, Catherine Thorgal écarquille les yeux comiquement avant de s’étrangler :

- Ah non hein ! Pas lui ! Ne me dis pas que c’est lui !!!
- Ben…
- Bordel mais tu te rends compte de ce qu’il va se passer si on apprend qu’un Officier supérieur de la HC fricote avec un assassin ?
- Il a été disculpé !
- Non monsieur ! Ravage a été « amnistié » !!! Et ça n’a RIEN à voir, crois moi ! Infecté par un Démon ou pas, ce mec est un meurtrier et sa façon de… travailler ne me plaît pas du tout ! C’est un putain de Vigilant, Mac ! A mes yeux, il est aussi coupable que les types qu’il traque et dés qu’il fera un écart, je donnerai l’ordre à tous les Héros de l’organisation - réservistes compris - de lui tomber dessus et de le ramener mort ou vif !!!
- C’est que justement il a peut être déjà fait  une où deux petites bricoles en fait…
- QUOI ?
- Et il m’a demandé un léger coup de main pour l’assister le temps qu’il termine l’enquête…
- Non… Nooooon !!! Qu’est ce que tu as fait, fichu maboule ???
- J’ai été pris de court, Cat ! Faut comprendre… Fallait que Ravage garde l’avantage de la surprise pour continuer à fouiner sans être inquiété alors…
- Maaaac !!!
- Il a enlevé l’officier de la UZI qui a confirmé les informations que je t’ai balancé. Alors je… je l’ai aidé à le cacher. Un peu.
- Un peu ? Rien que ça ? Et pour que tu m’en parles maintenant, le mec enlevé t’a vu, c’est ça hein ?
- C’est le problème oui… On faisait pas gaffe et il s’est réveillé. Bon, Ravage l’a à nouveau « endormi » mais il m’avait reconnu…
- Formidable !!! Tout beigne !!! Et c’est quoi sa prochaine idée à ton débile d’ami ? S’envoyer madame le Maire sur une banquette arrière ?
- Heu… Il est possible qu’il doive aussi l’interroger… Mais après la directrice de la Police !
- Vous êtes deux dingos, Mac ! Je ne peux pas couvrir ça, bon sang !!!
- Catherine…
- J’en reviens pas que tu ais pu ME faire ça, putain !!! TU vas être radié de la HC après un coup pareil. Probablement même poursuivi en justice. Et JE vais l’être aussi dans la foulée car l’autre merdeux de Chevalier Sublime en profitera pour expliquer à la direction centrale que JE ne suis pas foutue de tenir MES propres hommes et que c’est LE BORDEL à Paragon, tu comprends ça, pauvre tâche ???
- Seulement si on retrouve le mec de la U.Z.I…
- Mais BIEN SUR qu’on va le retrouver ce type, crétin !!! Tu as oublié que maintenant TOUS les flics portent un biotraceur cellulaire impossible à retirer et détectable à travers tout ce foutu pays, qu’ils soient morts ou vivants ! Pendant qu’on parle, je suis SURE que ses copains doivent déjà être en train de l’écouter raconter sa « petite aventure » !
- Heu ben non en fait ! Il est dans un endroit équipé d’un brouilleur homologué, patronne…
- Mac, y a pas dix endroits dans Paragon équipés de brouilleurs ! Même les bases militaires n’en ont pas !!! Hormis la résidence de Madame le Maire et les habitations des responsables stratégiques en charge de la sécurité de la ville…


Lady Oméga s’arrête et regarde le vieux Héros qui sourit bêtement en dodelinant de la tête :

- Oh non !!!
- Hééé si. « L’affaire Sociale » aura au moins eu ça de bon… Tu avais visiblement oublié ton statut de Commandeur de la Ville. Et le gadget qui va avec… Moi pas. T’es pas fâchée au moins, Cat ?
- Fâchée ? Mac… Tu te compromets avec un criminel notoire, tu transformes mon appart en quartier de détention pour un officier de police enlevé et tu me demandes si je suis… « fâchée » ?! Je ne sais pas quoi te dire. Vraiment. Mais comme il va quand même bien falloir que je réagisse pour éviter de tomber cinglée, je pense que je vais plutôt… te cogner !!! Fort !
- ATTENDS !!! Ca ne résout rien, voyons 
! tente le Fourbe. Regarde avec Nathan : tu l’a giflé et puis quoi ? Tu le regrettes ! Crois moi, je n’avais pas le choix, Catherine…
- C’est vrai… Claquer O’Neill n’a rien résolu. Mais sur le coup, ça m’a fait UN BIEN FOU !!!


Le gant en titanium touche le vieux Héros à l’œil droit. Tout le temps que dure son vol plané et même quand il s’encastre dans la bibliothèque qui vole en éclats sous l’impact, il se dit qu’il y est peut être effectivement allé un peu fort sur ce coup. Quand la furie se jette sur lui en rugissant pour doubler la mise, il se protège de son mieux en pensant qu’elle a quand même un foutu sale caractère !

Chapitre 14 : Feu et Glace

Les deux jeunes gens se plaquent au mur juste à temps. La décharge de chevrotine fait éclater le béton et les provocations haineuses de leurs poursuivants se font plus proches. La frêle Glace lance une œillade à son compagnon et la large plaque de verglas apparaît, illuminant la scène de reflets bleutés du plus bel effet. Le redoutable « pic à glace », qui doit son nom poétique à son arme de prédilection, arrive en tête de la meute hurlante. Il  négocie son virage un peu trop serré et dérape sur le sol gelé, ses membres musculeux brassant l’air, avant de s’effondrer comme un énorme sac orangé en jurant comme un charretier.

- Voilà de quoi te faire la main avec ton engin, Pic ! se moque Feu en enfermant deux des comparses du vilain qui apparaissent à leur tour dans des cages incandescentes où ils se mettent à brailler sous la morsure des flammes.
- Ils ont des renforts ! Filons et tâchons de retrouver les autres, supplie Glace.

Le duo prend ses jambes à son cou. Oh ils pourraient probablement affronter les Prisonniers mais ça impliquerait de prendre de sérieux risques vu leurs compétences encore fragiles et le leader de leur Super-Groupe en ferait une jaunisse. Non pas qu’il soit un mauvais bougre, le brave Bombardier, mais à l’instar des autres membres de la Légion Courage, il n’aime pas apprendre que ses camarades provoquent les conflits à seule fin de mettre leurs pouvoirs en pratique. Toujours avec leurs poursuivants maintenant vraiment furieux aux fesses, les Contrôleurs – excités comme des puces - ne prennent pas garde au croisement et ils poursuivent leur chemin au lieu de tourner sur leur droite comme initialement prévu. Trente mètre plus loin, Feu constate la méprise. Il va pour corriger l’erreur mais un simple regard par dessus son épaule lui permet de constater que Pic à glace et ses copains, loin d’arrêter la poursuite, gagnent du terrain. Dans un autre quartier, Feu passerait en Super-Vitesse et Glace s’envolerait tout simplement mais ici, avec les tarés du Freakshow en patrouille, des Sky Raiders en maraude et les masses de prisonniers déambulant sans but, un tel comportement est hautement risqué et il vaut mieux rester ensembles. 

Dans le manuel du bon Héros vivant, le premier commandement est d’éviter la bagarre quand on est pas sûr de la gagner. Surtout s’il n’y a finalement personne à sauver d’autre que le héros lui même. Feu et Glace ont beau avoir dans le sang la fougue de la jeunesse, ils savent aussi que le jeu peut s’avérer rapidement tragique si l’on y prend pas garde. Certes leurs Médimplant leur garantit d’être immédiatement téléporté à l’hôpital central en cas de blessure grave, mais aucun des deux n’est particulièrement enthousiaste à l’idée de se faire passer à tabac par Pic et ses copains pour autant. Aussi s’arrêtent ils brusquement après avoir négocié un virage en épingle à cheveux qui les met à l’abri du regard de leurs poursuivants pour s’engouffrer dans l’immense hangar attenant. Adossés à la large plaque de métal qui jouxte l’entrée, les jeunes gens entendent les pas menaçants des Prisonniers qui passent devant leur cachette en vociférant. Une fois que le bruit des lourdes chaussures ferrées a disparu, ils soufflent enfin, les mains en appui sur leurs genoux.

- On l’a échappé belle, glousse délicieusement Glace en regardant son binôme par dessus son épaule.
- Peuh ! On pouvait se les faire ! fanfaronne Feu, goguenard. Sans Bombardier et le risque qu’il nous gonfle avec un de ses speechs à la noix…
- Plus j’y pense et plus je me dis que Pic et sa bande nous ont délibérément coupés des autres, Feu ! Tu as vu les risques qu’ils prenaient simplement pour m’écarter de vous et les pertes qu’ils ont subi juste pour y parvenir ? Je n’aime pas ça.
- Tu as peur ?
- Oui.
- Je suis là, Glace. Rien ni personne ne pourra te faire du mal tant que je suis avec toi.


Le grand escogriffe s’arrête et regarde sa compagne. Ca fait longtemps qu’il en pince pour sa camarade mais autant il est pleins de fougue quand il s’agit de cramer le derrière des Vilains, autant avec les filles, il doit bien avouer qu’il est plus pataud qu’une Abo. Comme si elle l’avait deviné, c’est cette coquine de Glace qui se lève sur la pointe des pieds et lui cloque un gros bisous mouillé sur les lèvres avant de s’empourprer sous son masque et de murmurer :

- Tu as été très courageux de revenir vers moi toute à l’heure quand j’étais seule ! J’aime bien quand je suis avec toi…
- Heu… moi aussi !
bégaie stupidement le garçon au visage aussi rouge que son costume.
- Ooooh… Comme c’est mignon !

La voix rocailleuse agit comme un seau d’eau glacée sur les deux adolescents. Bloquant l’entrée, Pic à Glace et sa bande se poussent du coude en ricanant méchamment et les commentaires gras qu’ils font n’arrangent pas la gène de Glace. Ils déclenchent par contre la colère de Feu :

- Ok, Pic ! On a voulu vous éviter de chier la honte à toi et tes potes mais puisque tu nous y forces, tu vas pas être déçu du voyage, ordure !
- Booouh !!! singe le géant au faciès de cauchemar en agitant les mains comiquement. Je vais me pisser dessus si ça continue ! Ecoute moi bien , gamin : même si vos Médimplants sauveront vos petits culs au final, ils ne se déclencheront en auto qu’une fois que vous aurez sévèrement morflé. A moins que tu ne sois le foireux que je pense et que tu ne les actives avant…
- Feu… tente sa camarade en voyant la quinzaine de Prisonniers manœuvrer pour leur couper toute retraite.
- Je ne vais pas avoir besoin de ce gadget vu qu’on va vous rétamer ! grince le jeune homme, piqué.
- Vous n’êtes que deux petits branleurs de Contros avec du lait qui vous sort encore du pif, merdeux ! On va te tabasser jusqu’à ce que tu appelles ta mère ! Et ta nana, on, va lui montrer ce que c’est de se faire grimper par de vrais hommes ! Ca la changera…

Glace a tout juste le temps de retenir le jeune homme qui se précipite en grondant de rage. Contrairement à l’impétueux Feu, elle sait que la bonne gestion d’un combat passe avant tout par la maîtrise de soi. Et par l’utilisation maximale qu’on peut faire de ses talents. Aussi serre t’elle suffisamment fort l’épaule de son compagnon tremblant de colère avant d’intervenir à son tour :

- Que deux, dis tu ? Pas vraiment non… Tu vois Pic à glace, commence la gosse en levant la main et en se concentrant, imitée par Feu qui crève d’envie d’en découdre, tu aurais dû mieux travailler à l’école ! Ca t’aurait peut être permis d’éviter la prison et ça t’aurait surtout appris qu’un Contrôleur plus une Contrôleuse ça fait minimum quatre !

L’unique petit Serviteur de Glace qu’elle est capable d’invoquer apparaît devant sa Maîtresse en se dandinant. Simultanément, le garçon qui ne décolère pas pousse son pouvoir jusqu’à ce qu’un quatuor de Singes de feu sortent du néant en glapissant.

- Tout de même, ricane méchamment le Vilain en exhibant un boîtier étrange. Un seul bonhomme de neige, gamine ?
- L’invocation est la spécialité de Feu. Mais j’ai d’autres talents comme tu vas t’en rendre compte…
- Peu importe en fait. Je me demandais juste quand vous alliez enfin nous permettre de tester ce foutu gadget ! Je ne me voyais pas retourner voir le Sablier sans avoir vérifié ce truc après les efforts qu’on a fait pour vous séparer de vos potes de Super-Groupe, sales mouflets !!!

Le colosse active son gadget au moment ou Feu relâche son emprise sur ses Serviteurs simiesques pour qu’ils attaquent les Prisonniers. Glace comprend que quelque chose cloche en voyant les Prisonniers sourire impassiblement et elle maintient sa domination sur sa créature du froid en déchaînant à la place une tempête de givre qui envoie bouler ses opposants. L’instant d’après, Feu déclenche la bulle isolante bleutée qui les englobe et les mettra à l’abri d’une éventuelle attaque ennemie le temps que ses singes soient au contact des méchants quand il constate que ses Serviteurs, loin de se jeter sur les prisonniers projetés au sol, hésitent avant de faire demi-tour. Le front du jeune homme se plisse sous l’effort qu’il fait pour reprendre le contrôle mais les Serviteurs pénètrent à travers la protection prévue uniquement pour repousser un menace identifiée, leurs petites griffes incandescentes dardées sur leur Maître. La bouche ouverte de stupeur sur un cri muet, Feu tente de repousser les créature qui lui sautent à la gorge en rugissant et Glace se met à hurler en voyant son compagnon se transformer en torche vivante.

Prochainement : Nathan