Chapitre 11 : Kirby
 

Le coup de genoux le plie en deux et il s’effondre en gémissant. Malgré la douleur et le goût de la bile qui lui emplie la bouche, l’homme crache, méprisant :
 

- Tu ne sortiras pas vivant d’ici, enfoiré !
- Je suis parvenu à entrer et vu les touristes qui composent ta sois disant section d’assaut, je ne me fais aucun soucis ! Vous devriez vous colleter à de vrais adversaires plus souvent au lieu de massacrer des blessés, ça ramollit. Maintenant accouche, Curtis !

- Vas te faire enculer, connard !!!

Malgré sa carcasse impressionnante, ses 110 kilos de muscles et son équipement de combat, l’homme est balayé comme une feuille et se retrouve plaqué au mur, les pieds à cinquante centimètres du sol. L’effrayante silhouette en armure sombre qui le maintient d’une main reprend de cette voix sépulcrale qui a contribué à forger sa très controversée réputation : 
 

- Je pense qu’on s’est pas bien compris, Officier Curtis ! Alors je vais te reposer la question. Si la réponse ne me convient pas cette fois ci…
- Tu ne me fais pas peur Ravage, je t’emm…

Le hurlement couvre péniblement le bruit que fait le nez du major Herbert Curtis quand il explose sous le coup de tête que le Vigilant lui assène sans l’ombre d’une hésitation.

- Ecoute moi bien, pourri : non seulement je vais sortir de ce trou à rat mais je vais t’emmener avec moi. Puis je te livrerai aux Krânes en leur expliquant que les ordures qui ont achevé leurs petits copains l’autre soir à Perez étaient les commandos de ton unité. Je suis convaincu qu’après une ou deux heures entre leurs pattes, ce qui restera de toi me suppliera de l‘écouter !
- Tu peux pas faire ça !!! Je suis un flic, bordel ! Quand ça se saura, la foutue amnistie que tu as gagné après l’affaire Social sera annulée et tu auras tous les Héros à nouveau sur le dos !
- C’est gentil de t’inquiéter pour moi mais je doute que les Krânes aillent raconter quoi que ce soit à la Police ensuite. Quant à toi…

Le ricanement glacial provoque un tremblement chez le Commando qui comprend que le Vigilant ne bluffe pas. C’est les yeux baissés et d’une voix éteinte qu’il reprend :

- Les ordres étaient clairs : couvrir la zone sud de Perez Parc, ramener tous les Serviteurs sur site et… nettoyer ! Je… je suis pas payé pour discuter les ordres. Je les exécute.
- C’est exactement ce que disaient des salopards dans ton genre il y a une soixantaine d’années quand ils ouvraient la vanne des douches…
- De quoi tu parles ?
- T’occupe ! Tu déshonores l’uniforme que tu portes, Curtis !
- Qu’est ce qu’un Vigilant aux méthodes pourries comme toi peut bien avoir à faire de mon uniforme et de ce qu’il représente, Ravage ?!

La saillie a touché et le flic malmené l’a noté. De son coté, Samuel Kirby se rend compte que son Démon n’est plus là pour excuser ses agissements. Certes, Herb Curtis est une ordure sans conscience de la pire espèce mais qu’en est il finalement de lui ? Il était prêt à torturer cet homme simplement pour avoir des informations. Et ensuite quoi ? Que fera t’il à un tueur d’enfant ? Il le démembrera morceau par morceau afin que la punition soit à la mesure de ses actes ? La ton manque d’assurance quand l’homme en armure reprend :

- Qui a validé l’intervention de ton unité ?
- J’en sais rien, bordel ! L’ordre émanait du central ! Vas donc péter le nez des nanas qui diffusent les infos au standard !!!
- Quel était le code de mission, Curtis ?

En voyant le visage du commando changer, Kirby comprend qu’il a fait une erreur monumentale. La récente procédure d’intervention mise en place par la nouvelle équipe dirigeante de la police a pour but de ne pas permettre aux  factions des Vilains constamment à l’écoute des communications des flics de déterminer l’importance des opérations lancées. Hors à cause de la corruption qui gangrène les forces de l’Ordre, seuls les officiers en charge des divisions tactiques ou de la Crim’ sont à même de les décoder.

- T’es un poulet, bordel !!! Et un gradé ! Tu te caches derrière ton masque et tu te prends pour un Justicier à la con mais t’es un putain de poulet comme moi !!! siffle le chef des commandos U.S.I.
- Même si c’est le cas, tu crois vraiment que ça va aider à sauver ta peau ? A mes yeux, t’es pas un policier, Curtis ! T’es un boucher avec une plaque ! Je me suis juré de nettoyer les rues de Paragon des ordures et je ne fais aucune différence entre toi et des torpilles de la Famille ! Ou plutôt si : eux au moins, ils ont clairement choisi leur camp ! Je les combats mais je respecte la loyauté qu’ils ont pour leur gang. Toi t’es un nuisible ! Un putain de parasite sans honneur ! Et je n’hésiterai pas à t’éliminer si tu ne craches pas le morceau ! Maintenant le code, Curtis !
- Alpha 13 !
- Bordel…
- Ah ça calme hein !
lance l’officier avec morgue. Alors maintenant quoi, Ravage ? Tu vas aller voir la Directrice Conrad et lui démolir les rotules ? Et après ? le conseil de la ville ? Madame le Maire ? T’es mal, Vigilant ! Très mal ! T’as mis la main sur un truc beaucoup trop gros pour toi ! C’est ma patronne – TA patronne !!! – qui a initié l’opération de nettoyage, connard ! Tu ferais mieux de me lâcher et de retourner jouer les boy-scouts donneurs de leçon dans ta brigade !

Un silence de plomb clôt la tirade moqueuse. Ravage lâche le grand flic qui retombe sur ses pieds lourdement et porte sa main à son visage en grognant méchamment :

- ‘foiré ! Tu m’as explosé le blair…

Le sourire mauvais qui éclaire à nouveau le bas du visage découvert du Vigilant que Curtis estimait vaincu sonne l’alarme.

- Quoi ? Qu’est ce qui te fait marrer, pauvre malade ?

Le nouveau coup de tête dévastateur l’envoie dans le mur et au pays des songes. Tandis que le pourri au nez atomisé glisse lentement au sol, Ravage le croche par un poignet et le hisse sur son épaule comme si le colosse assommé ne pesait rien. « J’ai toujours l’avantage… » songe Samuel Kirby. « Tant que ce merdeux est hors du coup, je reste de dans l’ombre. Je reste le chasseur. Et Conrad la prochaine proie. Mais vu ce qui se dessine, il va falloir que je me trouve des alliés qui ne peuvent pas tremper dans cette merde. Carrément la directrice de la Métro… Chier… Ca élimine d’office tous ceux qui peuvent avoir à faire avec la Police et la Mairie. A savoir tout ce que Paragon compte de Héros, de flics ou de bidasses. Reste les crapules et les barges ! J’ai plus qu’à espérer qu’ils me laissent le temps d’ouvrir la bouche pour m’expliquer avant de me faire ma fête… »
 

Chapitre 12 : Fantôme


Fantôme se garde bien de s’agiter malgré l’angoisse qui l’étouffe. Tout son être suffoque, comme empoisonné par la dangerosité extrême qui émane de l’entité tapie dans le noir. Il est soulagé quand elle rompt le pesant silence :
 

- Ceux qui sont à ta poursuite se rapprochent, Serviteur. Ils partagent avec toi cette nature double si… étonnante. Mais ils sont loin de partager ta peur. Ils ne sont que colère et malfaisance. Des enveloppes emplies d’une noirceur fascinante. Je peine à imaginer que vous ayez la même origine. Car c’est bien de cela qu’il s’agit n’est ce pas : tes poursuivants sont aussi tes frères ?
- C’est exact. Nous venons du même monde lointain. Nous avons été floués par ceux là même qui nous ont permis de nous incarner sur votre planète mais la métamorphose n’a pas eu les mêmes effets sur moi. Pour mon plus grand malheur.
- Tu regrettes de ne pas être semblable à eux, petit Serviteur ? susurre l’Ange Noir, amusée.
- Je regrette que notre quête de la connaissance nous ait conduis à nous renier. Des millions d’années pour arriver à la connaissance, à n’être que pensée et énergie, pour ensuite s’apercevoir que la perfection est une erreur qui conduit à l’uniformisation et à l’ennui absolu. Quelle ironie ! Les beaux êtres supérieurs que voilà !!! Transformés en monstruosités sanguinaires qui se délectent des sentiments les plus abjects dont ils avaient si durement oeuvré à se débarrasser.
- Le constat est lucide. Cependant, qui de toi et de tes frères est aujourd’hui l’aberration ? Ils sont la norme. Tu es le paria. Tu dois disparaître pour que le groupe retrouve sa cohésion. Tout comme moi…
- On te poursuit toi aussi ?
- Plus maintenant, petit Serviteur. Je ne représente plus une menace suffisante pour que quiconque se préoccupe de l’Ange Noir.Ce corps abrite deux personnalités si opposées qu’il ne peut que se consumer à terme. J’ai trop utilisé le peu de vitalité qu’il me restait pour repousser la « pure » Sabra et elle m’a empêchée de me nourrir en m’emparant des forces vitales nécessaires à ma survie. Je vais mourir dans ce trou à rat, petit Serviteur. Nous sommes devenues si faibles que Sabra a complètement disparue il y a longtemps. Elle me manque parfois… Et pourtant, tu ne risques plus rien. Je n’ai même plus la puissance nécessaire pour puiser dans ton enveloppe alors que j’y distingue une énergie immense…


Les derniers mots sont prononcés avec une gourmandise effrayante et s’achèvent dans un sanglot désabusé. Suffisamment intrigué pour que la curiosité prenne le pas sur sa frayeur, Fantôme intensifie son Aura jusqu’à ce que le cloaque soit nimbé d’une douce lumière apaisante et le Serviteur peut enfin contempler son étrange interlocutrice qui reprend avec une douceur inattendue :

- Je sens la chaleur. C’est agréable. Je suis restée trop longtemps dans l’obscurité pour être encore capable de te voir mais je perçois la lumière sur ma peau. Comme une caresse…

Fantôme s’était attendu à une espèce de goule flétrie aux crocs saillants et aux griffes plantés sur des membres rendus squelettiques par les privations ; aussi est il surpris de découvrir une toute jeune femme à la beauté éblouissante, irréelle, en position de méditation et les yeux clos. Entièrement nue, il émane d’elle une pureté paradoxale faite de noirceur et d’innocence. A quelques pas de l’Ange, une menaçante combinaison de combat est soigneusement pliée. Comme si elle avait deviné sa stupeur, l’Ange Noir sourit :

- J’ai utilisée mes dernières ressources pour préserver mon corps intact au risque d’écourter le peu de temps qu’il me reste. Je me suis demandée de nombreuses fois pourquoi. Tu crois que cette coquetterie suicidaire pourrait signifier que je devenais… humaine ? L’apparence et la beauté sont bien des marques d’humanité, non ? De féminité aussi ?
- Je ne sais pas. J’ignore tout de ces choses. Mais je peux supposer que oui. C’est assez illogique pour être finalement l’explication. Les humains – qu’importe le sexe - sont si… bizarres.
- C’est bien alors… Tu sais, je n’ai pas demandé à naître. Je suis une… expérience. Le fruit de la recherche de l’assassin ultime. Toute mon existence aura été conditionnée à garantir ma survie par tous les moyens. En m’assurant que mes ennemis n’étaient plus à même de me menacer. Je suis heureuse d’avoir été capable au moins une fois de futilité. Au final, je regrette juste d’entraîner Sabra avec moi. J’ai essayé de toutes mes forces de relâcher suffisamment mon emprise pour qu’elle retrouve le contrôle mais j’ai échoué. Son retour signifiait ma disparition définitive et si je peux me laisser mourir, je suis incapable de l’aider à me tuer. Je suis une monstruosité. Une erreur. Tout comme toi.


L’Ange s’interrompt et se met à humer l’air vicié du cloaque en dodelinant de la tête doucement puis elle reprend, apaisée :

- Tes frères arrivent, petit Serviteur.
- Je sais. Je les sens. Et je les attire comme un aimant. Je suis désolé. Je n’aurai jamais dû venir ici…
- J’ai peur de ce que je vais trouver de « l’autre coté »
, élude calmement la jeune femme. Le néant, peut être ?! Ce serait bien. J’espère que Sabra trouvera la paix par contre. Elle l’a méritée.
- Tu n’as aucune responsabilité dans ce que tu es
, intervient Fantôme à sa propre surprise. Des humains t’ont créé dans un but que tu n’avais pas choisi et en utilisant une innocente pour arriver à leurs fins. Mais tu restes une guerrière. Tu sais te battre !!!

Le gloussement triste surprend Fantôme. Son interlocutrice semble osciller entre désespoir et rire quand elle gronde :
 
- Oh ça oui je sais me battre… Je tue vite et bien. Parfois lentement et salement si ça peut servir mon insupportable priorité : ma survie ! A tout prix ! Je me bats si bien que je n’ai jamais eu l’occasion de me préoccuper de quoi que ce soit d’autre. A vie est un combat ! Quel poncif risible… Grâce à cette simple phrase idiote, je peux résumer ma vie entière !
- Et bien moi je n’ai pas l’âme d’un combattant, Ange Noir. Je ne survivrai pas à une nouvelle confrontation contre mes compagnons d’hier. Et j’aspire moi aussi au repos. Après tout, c’est la seule énigme de l’Univers que je n’ai pas encore été en mesure de découvrir…
- Qu’est ce que tu veux dire par là ?
- Les créatures qui se dirigent vers nous vont nous tuer ! De toute façon ! Mais si je mets fin à mon existence, l’énergie originelle qui me compose ne suivra pas mon Aura et sera libre. Elle se diffusera et disparaîtra à moins qu’elle ne soit « accueillie ».
- Tu souhaites te suicider pour que je survive ?
- Je veux te donner une chance de réparer ce que mes compagnons et moi avons contribué à créer avec notre stupide orgueil. Des choses terribles sont à l’œuvre, l’Ange ! Je n’ai plus le temps de t’expliquer mais tu dois survivre et te battre ou ton monde ne sera plus jamais le même.
- Ce monde n’a jamais été le miens !

- Il ne tient qu’à toi qu’il le devienne ! Il aura fallu que tu sois mourante pour changer. Je te donne la possibilité de terminer ce que tu as commencé.
- Je sens une telle puissance en toi… Je risque d’être désintégrée…
- Tu es morte de toute façon ! Permets moi de disparaître en redevenant une fraction de seconde l’Être noble que j’ai été… S’il te plaît.


Quelques instants s’écoulent avant que la jeune femme acquiesce d’un imperceptible mouvement de tête.

- Adieu Fantôme.
- Adieu l’Ange Noir.


Il n’y a aucune explosion de lumière. Ni de crépitement d’énergie éblouissante d’aucune sorte. Rien. La faible lueur qui éclairait la petite salle s’éteint simplement et Fantôme disparaît. Le menton de l’Ange Noir retombe doucement sur sa poitrine et un léger souffle de lassitude mêlé de regret s’échappe de ses lèvres pleines. « C’est terminé ! Il a échoué… ». La décharge la frappe au moment ou elle ne l’attendait plus. La douleur est si terrible, si totale que la jeune femme a l’impression qu’elle n’est plus que souffrance. Elle tente de hurler pour évacuer un peu de ce martyr intolérable mais aucun cri ne s’échappe de sa bouche grande ouverte. Elle va mourir. Il est inconcevable de survivre à ce supplice qui va encore en s’intensifiant. Tout son être est broyé, puis écartelé. Et enfin déchiré. Quelque chose se brise en elle comme un élastique parvenu à la rupture et une sensation affreuse la foudroie. Elle retombe à terre et la douleur reflue lentement. Elle essaie de contrôler son souffle oppressé et les claquements de dents consécutifs à l’épreuve. Elle a froid. Sa nature profonde commence déjà à reprendre le dessus et elle discipline sa respiration, ouvrant tous ses sens l’un après l’autre. Et elle l’entend. Son odorat prend immédiatement le relais et elle doit se rendre à l’évidence. Repliant ses genoux sous son ventre encore douloureux, elle tourne la tête dans la direction de l’Autre dont elle distingue la silhouette immobile malgré l’obscurité totale. « Peut être que le petit Serviteur était un Ange aussi. » pense t’elle. « Un vrai. De ces Anges de bonté capables de miracles… ». Elle se met maladroitement à genoux et plaque sa main sur la bouche de la silhouette étendue. Le visage terriblement abîmé de l’Autre s’éveille et les deux yeux cobalts miraculeusement épargnés par les immondes lacérations qui l’avaient défigurée se posent sur l’Ange avec une surprise paniquée.

- Chuuut… souffle l’Ange Noir. Je n’ai pas le temps de t’expliquer mais nous sommes en grand danger. Nous devons fuir cet endroit ou le sacrifice du seul vrai ami que je n’ai jamais eu n’aura servi à rien.  

L’incompréhension laisse la place à la lucidité dans le regard de l’Autre. L’Ange est rassurée de constater qu’elle est pleinement elle même lorsqu’elle prononce ses premiers mots :

- Mon masque ?
- A ta gauche. Avec ta tenue.


La silhouette aux muscles aussi noueux et saillants que l’Ange est fine et gracile tâtonne un instant et ajuste fébrilement le morceau de cuir retrouvé sur son visage déchiqueté. Elle va pour enfiler sa tenue quand l’Ange effleure son bras dur comme l’acier :

- Pas le temps. Si nous restons ici une seconde de plus, nous sommes mortes !
- Je te suis… lâche l’Autre, le costume sur l’épaule.


La remontée s’avère aisée. Bien que leurs morphologies soient aussi différentes qu’il est possible, la même souplesse féline unit les deux silhouettes et elles ont tôt fait de déboucher dans l’immense collecteur baigné d’une lueur verdâtre inquiétante. Quand la meute de cauchemar toujours à la poursuite de Fantôme se déverse par toutes les galeries attenantes, elles sont déjà prudemment installées dans les tuyaux et conduits aériens qui tapissent la voûte obscure de la salle. Les Serviteurs dénaturés inspectent fébrilement tous les recoins. La disparition soudaine de leur cible semble les plonger dans une grande perplexité. Elles finissent par se lasser et refluent, vague de mort insane et grouillante. La femme au masque de cuir attends que le clapotement des Choses qui s’éloignent disparaisse totalement pour demander :

- Qu’est ce que tu as encore fait ??? Comment est ce possible ?

L’Ange Noir se délecte de ce ton ou elle perçoit soulagement, colère et crainte à la fois. Puis elle se fend de son plus beau sourire et lance, mutine :

- Moi aussi je suis contente de te revoir, Sabra ! Dis : je peux t’appeler « frangine » ?

Prochainement : Lady Oméga