Chapitre 8 : Lady Oméga

- …à rejoindre leurs unités respectives immédiatement !!! Vos Chefs de corps vous donneront les détails de la mission ! C’était Lady Oméga, merci de votre attention !!!

La grande héroïne en armure de combat signifie d’un mouvement de tête à l’imperturbable Appariteur que le message est terminé puis elle s’adresse au quatuor d’officiers de la Hero Corps présents dans la pièce :

- Il y a quelques minutes, la Freedom a reçu un appel à l’aide en provenance d’un Super-Groupe mineur – les Pulsateurs Mirifiques – qui signalait qu’un accident avait eu lieu dans les tunnels du métro reliant Steel Canyon à Atlas Plaza. L’administration en charge des transports a alors confirmé qu’elle était sans nouvelle de la dernière rame ayant pénétrée dans le tronçon identifié et qu’elle ne disposait plus d’aucune connexion vidéo. Elle a ajouté que les capteurs ISEC avaient tous été rendus inopérants et qu’un sorte de brouilleur non-identifié rendait toute communication avec les voitures et leurs occupants impossibles !
- Un Sabotage ?
demande imprudemment un jeune héros fraîchement promu à un poste de commandement et ignorant que la blonde irascible goutte assez peu les interruptions.
- C’est une question ?
grince méchamment la patronne de la HC sans même le regarder avant de reprendre du même ton cassant : La Freedom est toujours engagée dans son opération de grande envergure contre les Riktis et elle nous demande de nous en charger. Je veux une unité d’assaut au terminal de Atlas, une autre à Steel, deux en soutien et prêtes à faire mouvement en fonction des informations qui nous parviendront ! Rompez ! Officier Kali, vous restez !

Pendant que les Héros se précipitent hors de la salle de briefing, Lady Oméga pointe du doigt une fine ligne claire sur la carte du métro paragonien disposée devant elle :

- Voici le conduit d’aération qui aboutirait à l’aplomb de la section où la direction des transports estime que le train se trouve si on se réfère à la triangulation qu’ils ont opéré lorsque le signal avec la rame a été perdu ! Tu fonces la bas, Kali ! Si tu parviens à rejoindre le tunnel, tu me rends compte de la situation en bas et Appariteur organisera la suite de la mission avec les groupes tactiques ! Je ne veux pas d’initiative à la noix dont tu as le secret ! Il y a des civils la dessous et la priorité est de les sortir de là vivants, compris !
- Parfaitement, Lady 
! acquiesce sobrement l’Indien en se dirigeant vers la sortie.

Catherine Torgal profite de quelques secondes de silence puis elle pose un regard pas vraiment amical sur un infortuné Appariteur carrément mal à l’aise puis susurre :

- Bon… à nous deux maintenant, mon coco… J’attends que vous m’expliquiez comment vous avez pu perdre cette andouille insupportable de Montagne alors que nous sommes en code alerte maximal, et ce malgré son VidComm, puisque vous confirmez que cette peste reste introuvable alors que c’est impossible même quand l’appareil est éteint. Ca pourrait être une panne ?
- Non, Madame ! Le signal n’est pas d’origine technologique. Ce sont les matériaux de l’appareil qui émettent une radiation neutre continue et il ne peut donc pas y avoir interruption.
- Montagne aurait égaré son VidComm ?
- Non plus ! Le module d’alerte se déclenche automatiquement si l’appareil se trouve à plus de dix mètres de son propriétaire. Hors notre soucis reste bel et bien l’absence totale de signal, quel qu’il soit. En fait, je ne vois qu’une seule explication mais elle est très… préoccupante !
- Vais je devoir vous accoucher aux forceps, Appariteur ?
sourit cruellement la blonde à l’humour « légendaire ».
- Non… Bien sur que non…
confirme le chef de la division administrative et des communications peu réceptif au second degrés. En fait, la seule zone de brouillage opaque enregistrée en ce moment dans tout Paragon provient justement de ce tunnel ou s’apprêtent à intervenir les commandos de Hero Corps, Madame. D’ici à ce que l’Officier Montagne…
- Rhaaaaaaaaaa 
!!! s’étrangle Oméga. Montagne est RESPONSABLE de ce qui arrive !!! Homme ou femme, noir ou blanche, ce cauchemar vivant me rendra folle !!!
- Je n’ai aucune certitude, Madame, et je n’appuie mes conclusions que sur des conjectures probables et…
- C’est lui !!! Ou elle !!! Je ne sais même plus moi même comment on doit l’appeler… Mais c’est Montagne !!! Je le sens !!! C’est pas une héroïne, c’est un paratonnerre à emmerdements !!! Un aimant à désordre !!! JE VAIS LA TUER DE MES PROPRES MAINS CETTE FOIS CI !!!
- Madame la Directrice…
tente Appariteur d’une petite voix plaintive.
- QUOI ? Vous ne voyez pas que je m’énerve, là ?
- C’est que…
- Et bien ? Achevez de me déranger au lieu de bafouiller !
- Voilà : au regard du message reçu, il semblerait que le métro ait subi un accident. Suivi d’un black out total des communications et d’une rupture des ISEC. Tout ceci me semble bien trop parfait pour avoir été orchestré par l’Officier Montagne, laquelle pourtant, vous ne l’ignorez pas, me hérisse à un point difficilement imaginable.
- Hum… Vous avez raison. Et il faut que je me reprenne… C’est plus fort que moi : LaSalle m’agace presque autant que ce fourbe de Nathan O’Neill ! Mais il faut en convenir, même ce boulet peinerait à déclencher un tel foutoir. Vous en tirez quelles conclusions, Appariteur ?
- Et bien je pense que nous sommes confrontés à une attaque planifiée de grande envergure, bien que les raisons m’échappent. J’ajoute que finalement, si l’Officier Montagne se trouve effectivement présent dans le train accidenté, il constitue factuellement notre meilleure opportunité immédiate dans la résolution du problème.
- Vous dîtes ça comme si c’était censé être une bonne nouvelle…

Chapitre 9 : Fantôme

Malgré la grande faiblesse qui le terrasse et la faim inassouvie toujours grandissante, Fantôme a repris sa course éperdue.
Un instant, il s’est surpris à espérer que les êtres qu’il avait rejoint seraient en mesure de repousser la Meute. Lorsqu’il a déboulé dans le campement de ces pauvres hères qui se nomment eux même les Déviés avec la meute sur les talons, il a tout d’abord été déçu devant ce groupe de loques pathétiques. Puis ses pouvoirs latents lui ont permis de constater combien certaines de ces créatures au physique débile et misérable étaient en fait de puissants combattants aux ressources stupéfiantes. Quand la « voix mentale » de l’immense montagne de chair contrefaite connue sous le nom d’Aberration a retenti dans son esprit, il a crû avoir trouvé une réponse à la menace :

- Quoi toi être ? a « demandé » la créature. Serviteur de Héros seul et effrayé ? Pas de Maître Héros ? Quoi faire ici ? Grande peur…
- Je suis poursuivie
… a répondu Fantôme sur le même mode. Par des Serviteurs qui – comme moi – sont libres de leurs mouvements. Mais qui n’aspirent qu’à faire le mal !
- Toi Fantôme… Aberration sentir grand mystère en toi… Terrible menace… Déviés défendre Fantôme !!!


Sans qu’un seul mot fut échangé, la trentaine d’humanoïdes en loques s’était préparée au combat avec un calme et une célérité surprenante compte tenu de leurs singulières apparences. Preuve pour Fantôme que même ces oubliés du monde d’en haut avaient appris la survie en développant une forme d’organisation martiale dont leurs ennemis avaient probablement fait cruellement les frais. En quelques instants, les hommes en guenilles équipés de fusils flanqués d’étranges colosses coiffés de carcasses de téléviseurs brisés et portant de mystérieuses armes lumineuses s’étaient déployés en tirailleur derrière des barricades improvisés. Aberration gardait le centre du tunnel, bien visible devant le grand feu improvisé qui avait attiré Fantôme, et épaulée par des combattants équipés pour le corps à corps. A l’arrière, d’inquiétantes silhouettes encapuchonnées demeuraient dans l’ombre.
Lorsque les premiers rires déments des poursuivants de Fantômes étaient parvenus jusqu’aux Déviés, il y avait eu un début de flottement dans la détermination des compagnons d’Aberration. Le « Attendre !!! » mental avait claqué comme un fouet, y compris dans l’esprit de Fantôme, et tout le monde avait gardé sa position même si les mains serraient les armes un peu plus fermement ensuite.

La vague d’assaut qui parvint la première au contact était composée de Serviteurs « Elémentaires ». Singes de feu, Gnomes de Terre et autres bonhommes de Glace furent stoppés net par la riposte concertée des Déviés. Les capacités psychiques d’Aberration et de ses alliés encapuchonnés frappèrent l’ennemi comme un bélier invisible, stoppant net la charge sauvage, et permettant aux tireurs de déverser sur eux un feu nourri qui les décontenança jusqu’à les faire hésiter puis reculer. Comme les hommes armés de haches et de bâtons cloutés faisaient mine de les poursuivre, Aberration intervint à nouveau, se limitant à un « STOP ! Eux revenir… » qui suffit à tempérer ses bouillants camarades avides d’en découdre.

Durant les quelques minutes qui suivirent, Fantôme en vint à penser que ses semblables avaient rompu le combat. Les attaques mentales et les rayons verdâtres que les « hommes-télé » avaient fait pleuvoir sur les Serviteurs avaient de toute évidence touché les assaillants. Pour autant, aucune dépouille ne baignait dans le cloaque liquide qui recouvrait le sol de la sombre galerie pour attester que les effets des ces armes fussent mortelles pour la Meute. Mais ce repli restait un signe encourageant et inespéré car il était très difficile de blesser durablement les Serviteurs d’une quelconque façon que ce soit avec des moyens aussi conventionnels que des armes à feu classiques ou des lames d’acier.

- Choses Horribles approcher… reprit Aberration par télépathie, distillant son angoisse du même coup. Pas Serviteurs… Monstres… Déviés courir !!! COURIR POUR LEUR VIE !!!

Le cri mental éclata à la seconde ou les lueurs diffusent du feu de camp se reflétaient sur les nouveaux arrivants. Fantôme put constater que les Serviteurs « habituels » avaient laissé la place aux étranges gargouilles métalliques dont il ne savait rien et qui l’effrayaient déjà tellement lorsqu’il faisait partie de la meute. Avec la même rigueur qu’ils avaient déployés lors de la première bataille, les Déviés se repliaient en bon ordre et sans paniquer, conscients que ces nouveaux ennemis qui étaient parvenus à effrayer le redoutable Aberration étaient handicapés par des déplacements malhabiles et pesant. Une fois le premier croisement atteint, la troupe s’éclata en plusieurs petits groupes qui disparurent dans les ténèbres. Fantôme – qui craignait de se retrouver à nouveau seul et perdu dans le dédale – reçu le message de Aberration qui l’invitait à le suivre comme une bénédiction. La Meute suivait, elle aussi, attirée par l’Aura de Fantôme qu’il n’avait plus la force de se dissimuler. A chaque nouvelle intersection, le groupe des Déviés se disloquait toujours un peu plus si bien qu’au final, Fantôme se retrouva seul avec Aberration. Le malheureux appréhendait le moment ou son inespéré sauveur l’abandonnerait à son tour. Parvenus dans un gigantesque collecteur, le curieux duo s’arrêta enfin et Aberration plongea son regard minéral dans les yeux translucides de son infortuné suiveur :

- Choses Horribles perdues… Pas longtemps pour  retrouver Fantôme… Déviés occuper Serviteurs mais Fantôme devoir poursuivre seul…
- Je… je comprends, Aberration ! Merci pour tout…
- Fantôme devoir trouver Celle-qui-Tue… Celle-qui-Tue capable détruire Choses Horribles… Aberration peur Celle-qui-Tue… Pas accompagner…
- Ou puis-je trouver Celle-qui-Tue, Aberration ?
- Fantôme traverser collecteur… Prendre Galerie du Silence…
- Comment pourrais-je savoir quelle tunnel est le bon ? Il y a des dizaines d’embranchements ici ?
- Fantôme savoir quand être devant… Galerie du Silence sentir… MORT ! Celle-qui-Tue au bout Galerie du Silence… Partir maintenant… Choses Horribles approcher…


Après avoir lancé une dernière mimique qui pouvait passer pour un sourire d’encouragement, Aberration s’était enfui aussi vite que sa lourde carcasse le lui permettait.
Pendant un long moment, Fantôme avait hésité. A quoi bon reprendre se course ? De par sa nature même, ses anciens compagnons qu’il avait trahi retrouveraient sa trace et lui feraient payer sa forfaiture. Autant en finir ici, dans ces égouts puants où il avait paradoxalement trouvé assistance et soutien de la part de créatures rejetées et moquées.
Non !
Eut égard à ce qu’il avait été, il n’avait pas le DROIT d’abandonner !!!
Il devait se battre !
Et s’il devait enfin succomber alors que ce soit au combat et pas en tremblant comme une larve pitoyable !


Alors la course avait repris.

Parvenu devant le dispatcheur principal, Fantôme hésite.
Puis il sent son être qui le pousse à s’écarter d’un obscur boyau presque indétectable. Contrairement aux autres galeries plus larges, celle ci ne renvoie aucun son. Aucune toile d’araignée n’en décore les parois, aucune vie microscopique n’y a développé de moisissure. La Galerie du Silence ! La peur qui le submerge à mesure qu’il s’en approche le frappe presque physiquement et il marque un temps d’arrêt, prenant sur lui pour ne pas se mettre à courir. Les rires de la Meute agissent comme une gifle et il se précipite dans l’ouverture. Mal lui en prend car il s’aperçoit – mais trop tard – que le tunnel ne suit pas les schéma qu’il a pu rencontrer jusqu’ici : engagé dans une pente abrupte, Fantôme ne peut ralentir son avancée et – sans aucune prise pour freiner sa chute – il dévale le boyau à la noirceur insondable avec une vitesse de plus en plus grande. Sa faiblesse l’empêche d’altérer la densité de son enveloppe et il se fait maintenant l’effet d’un caillou lancé sur la pente d’une montagne. Il a l’impression que la descente dure une éternité et ne se rend même pas compte qu’il hurle de terreur à gorge déployée jusqu’à ce qu’il atterrisse enfin lourdement dans une gerbe liquide.
Plongé jusqu’à la poitrine dans une matière étrange, n’osant même pas bouger - et encore moins parler - Fantôme reste là, immobile et paralysé par un sentiment affreux : celui d’être arrivé dans l’Antre d’une Entité mille fois plus redoutable que celles qui veulent sa perte. Il lui est impossible d’expliquer POURQUOI il en arrive à cette conclusion mais il SAIT. Tout comme il sait que l’Entité est tapie tout près de lui, capable de sonder l’obscurité totale qui l’entoure pour mieux le sonder, l’évaluer. Aussi n’est il pas surpris mais presque soulagé lorsque la voix désincarnée retentit avec une onctuosité inhumaine :

- Ainsi donc, c’est un refuge que tu viens chercher ici…
- Je… suis poursuivie. Un grand péril… J’étais avec une créature appelée…
- Aberration 
? coupe l’Entité. Je sais tout ça… Quand bien même je l’aurai ignoré, tu te mets à t’exprimer comme elle, petit Serviteur altéré…
- Vous êtes…
- …Celle-qui-Tue ? C’est exact… Aimerais-tu apprendre pour quelle raison on me nomme ainsi parmi les Déviés ?
- Pas vraiment…
- Bien. Je n’aime pas beaucoup ce surnom en fait… Il est adapté, certes, mais je ne l’aime pas !
- Comment aimeriez-vous que je vous appelle dans ce cas ?

- Et bien… Voyons voir… Utilisons donc le nom qu’on me donnait lorsque j’étais vivante : je te propose de m’appeler… l’Ange Noir !

Chapitre 10 : Montagne

Le hurlement démentiel explose comme une bombe nucléaires, clouant sur place Héros et Vahziloks, avant de retentir une seconde fois avec les mêmes accents surréalistes :

- BAAAAAAANDE D’ENFOIIIIREEEEEEEEEES !!! ALLEZ LES ABOS !!! MONTREZ MOI QU’ON A PAS OUBLIE DE VOUS GREFFER UNE PAIRE DE BONNES VIEILLES BURNES ENTRES LES CANNES QUAND ON VOUS A RAFISTOLE !!!! MUHAHAHAHAHA !!!

Pendant que Mélanie Kirby met à profit la surprise générale pour se glisser souplement dans la sécurité relative que représente encore l’habitacle du wagon renversé, Lou LaSalle – de retour elle aussi à l’intérieur - éclate de rire.

- C’était quoi, ça ? gémit la Punkette, inquiète de constater que sa camarade arbore un large sourire peu adapté à leur situation désespérée.
- « Ca », comme tu dis, c’est la fin de nos emmerdements. Et le début d’un mauvais moment à passer pour les copains du Doc !!! « Ca », c’est le plus beau fils de pute qu’on pouvait espérer voir débarquer en ce moment, gamine…
- RAMENEZ-VOUS, TAS D’BÂTARDS !!!
poursuit la voix hystérique qui va en se rapprochant de la rame où se sont retranchées les deux jeunes filles. V’NEZ VOIR PAPA, FILS DE TSOOS !!! J’VAIS VOUS ARRANGER LE PROFIL ! Z’ALLEZ PAS ÊTRE VOLES SUR LES COULEURS DE TRONCHE POST-MANDALES !!!

Incapable de résister à la provocation, la horde grouillante se détourne de ses proies d’hier et se précipite en sifflant de rage vers « la voix » qui se rapproche toujours et reprend :

- VOT’ DOC VAHZILOK C’EST QU’UNE GUENILLE QUI FAIT DES PASSES A DEUX INFLUES A GENOUX DANS LES BUISSONS DE PEREZ PARK !!! FAÎTES PAS VOS TIMIDES, LES SALETES !!! ALLEZ Y !!! COGNEZ !!! RHAAAAAAAA OUI COMME CA !!! ALLEZ Y, PLUS FOOOOOOORT OUIIIIII !!!

S’en suivent des bruits écœurants de membres arrachés et de corps qui s’effondrent. Les civils rescapés en état de se lever sont maintenant agglutinés aux chambranles disloqués des vitres du wagon et le spectacle qui s’offre à eux leur fait douter de leur santé mentale : une forme humanoïde de petite taille, recouverte de glaires acides des pieds à la tête et hérissée de carreaux d’arbalète pire qu’un hérisson, s’agite dans tous les sens sans cesser de beugler et de frapper la masse des monstres qui déferlent. On ne distingue de lui qu’une ridicule queue de cheval rousse plantée sur un crâne chauve qui vole au gré de ses gesticulations désordonnées. Plusieurs centaines de Vahziloks tremblants de colère l’encerclent, refroidis par la trentaine de leurs camarades massacrés en quelques instants et empilés autours de ce fou furieux qui pointe maintenant un bras mécanique à moitié branlant plus risible que menaçant sur les Chefs Eidolons aux yeux brillants d’une haine absolue :  

- KESKIA LES PERVERS EN SKAÏ ? VOUS ESPEREZ ME FAIRE BRONZER EN ME MATANT COMME CA AVEC LES SPOTS DISCO QUI VOUS SERVENT DE MIRETTES ?! 

S’en est trop pour les chefs de la redoutée faction : ils poussent à leur tour un hurlement muet qui sonne la ruée générale. Tout ce que la horde compte comme horreur capable de déchiqueter le petit bonhomme se précipite avec une fureur bestiale. Durant une seconde, le malade à la queue de cheval disparaît entièrement et on n’entend plus que le vrombissement létal des drains de vie Eidolons, le martèlement infect produit par les poings des Abominations qui s’abattent sans répit et les impacts des flèches des Dépeceurs zébrant l’air comme une mortelle pluie compact.
Puis c’est à nouveau l’explosion de lumière - dévastatrice – qui disloque et envoie voler les morceaux de corps dans toute les direction et permet de constater que le dingue qu’on croyait perdu est toujours bel et bien vivant. Et hilare…

- Mais c’est quoi ce… truc ? glapit Roxy, les yeux exorbités en voyant le petit homme chétif, visiblement torse nu et tatoué de tâches verdâtres chaotiques des pieds à la tête charger les Vahziloks qui tentent de résister un instant avec de se mettre à cavaler dans toutes les directions à la fois pour échapper à ce maboule.
- Je suis aussi surprise que toi… murmure Lou, les yeux dans le vague. Il ne devrait plus être à Paragon en fait…
- C’est… dingue ! ricane nerveusement Mélanie en voyant le maigrichon bariolé faucher les rangs des fuyards, un Eidolon suppliant dans chaque main qu’il fait tournoyer à la façon d’une batte de chair. On va l’aider ?
- Tu as l’impression qu’il a besoin d’aide ?
- Heu…    
- Reste donc tranquille et profite du spectacle alors !


En quelques minutes, les derniers Vahziloks sont parvenus à miraculeusement s’échapper après force bousculades sanglantes par les deux galeries artificielles qui avaient permis leur attaque surprise. Le maboule dégarni  ne semble pas vouloir en rester là et il se précipite dans un des boyaux où il est accueilli par une explosion démentielle qui provoque l’effondrement des tunnels de repli et l’envoie frapper la muraille voisine avec la force d’un boulet de canon. Même pas étourdit, le cintré se relève, époussette son bras artificiel complètement anachronique de sa main valide puis affiche un sourire déplacé et superbement crétin avant de demander de sa petite voix crispante :

- Youuuhouu !!! Y a encore des gens qu’ont pas été mâchouillés par les Abos ?
- T’es sure ?
gémit Mélanie Kirby en posant sa main tremblante sur l’épaule de Montagne qui s’apprête à descendre du wagon pour aller rejoindre le… truc.
- Flippe pas et suis moi, copine ! Je sais que ça surprend mais accompagne moi que je te présente un des derniers vrais Héros « à l’ancienne » qui soit.
- Bon…
se rend Roxy à regret en emboîtant le pas de la rouquine qui s’avance vers l’étrange petit bonhomme toujours souriant.
- Salut Sado !
lance Montagne.
- Salut Montagne !
répond l’interpellé avant d’ajouter comme si rien ne s’était passé : Ah ben si j’m’attendais !!! Ca fait plaisir de t’revoir, vieux bandit ! Même avec ta trombine de gisquette sans nibards !!!
- Gnagnagna…
se lamente Lou LaSalle. Je te présente Roxy, Sad !
- Yop p’tiote !!!
salue le Crétin en faisant un clin d’œil avec son implant oculaire qui se bloque bêtement sous l’effort et déclenche de jurons dantesques chez l’éborgné.
- C’est… SadoMaso ???
lâche Mélanie, stupéfaite, hésitant entre rire et admiration.
- En os et en tatouages !!! T’as l’air déçue, petite ?
taquine Montagne avant de reposer son regard sur « la déception » qui peste maintenant contre des vomissures coincées dans son bras métallique et de reprendre : Qu’est ce que tu foutais là, Sad ? Je croyais que t’avais été viré de Paragon !
- Je suis viré…
confirme l’autre avec autant de passion que s’il parlait du temps prévu pour l’hiver prochain en Sibérie orientale.
- C’est suite à cette injonction de la municipalité qui avait supporté la requête de ces ordures de Croisés de l’Ordre ?
- Ben ouais… En fait, je partais là tu vois… J’en ai marre de toutes ces conneries de merdasses politiques auxquelles je comprends rien ! Après la victoire de Independance Port contre l’Amiral Erlak et ses troupes, j’étais - paraît il - devenu un sauveur, moi et tous les copains des groupes franc-tireurs, et me voilà aujourd’hui persona non grata à Paragon… Ca me débecte un peu j’t’avouerais ! Mais j’ai plus envie de me battre contre la connerie de tous ces faux-culs bien pensants… Finalement c’est pas un mal que ces curés de la morale de Croisés de l’Ordre soutenus par ces tordus du Collectif Légal pour l’Urbanisme Fascisant aient obtenu mon départ…
- T’aurais pas cassé le pif de la Leader des Croisés aussi… Et tu sais bien que s’attaquer au C.L.U.F. n’est pas non plus bien vu par la mairie qui le soutient en sous main.
- Bah ouais… P’t’être que j’aurai pas dû faire ça, c’est vrai ! Mais je regrette pas ! S’t’enfoirée de Gardienne de la Morale en Beurre pourra penser à moi tous les matins en reluquant sa tronche de fesse molle dans sa glace !!!
- En se rasant la moustache…
- Hin Hin Hin Ouèèèèèèèèè !!! Nan pis entre nous, c’est plus vraiment la ville que j’ai connu tu sais… Je suis plus aussi motivé pour la défendre que du temps de « l’Affaire Sociale ». Les choses sont devenues trop lisses et j’aime pas trop les relents de fanatismes qui émergent un peu partout en s’appuyant sur les idées sécuritaires qui me dérangent…
- Ou tu allais alors, gros anar tatoué ?
- Heu… ben en fait je partais rejoindre une partie des copains qui s’est déjà barrée…
- Ah ? Gotham ? Métropolis ?
- Hum… pas si loin non…
- Clair que tu t’arrives déjà à te paumer dans ton propre studio, faut pas trop t’en demander non plus…
- Ouah l’autre hé, moqueur !!! C’est un F2 d’abord, médisant ! Nan là j’étais en route pour les Rogue Isles…
- T’es malade ??? Tu vas pas aller traîner tes guêtres dans la Ville des Vilains alors que la moitié d’entre eux souhaitent t’exploser le museau pendant que l’autre moitié regarde en applaudissant ???
- D’après les potes, c’est pas aussi… manichéen que madame le Maire le présente tu sais ! Pis j’ai plus ma place ici ! J’en viens à ma sentir plus proche des Vilains que des Héros…
- Avec ta gueule de rejeton d’un Freak et d’une Carni, c’est un miracle que ça t’ait pris autant de temps pour arriver à cette conclusion…
- Pffff… Bah je m’dis surtout que là bas, y aura des gens qui auront vraiment besoin de moi, tu vois. Pis bon… J’ai jamais vraiment été ce qu’on appelle un Super-héros non plus alors…
- T’en as jamais eu le costard en tout cas !!! se gondole Montagne. Rhaaa j’y crois pas : SadoMaso le Tanker idiot qui troque Paragon pour ces foutues îles de pirates et de meurtriers ! Ben je leur souhaite bien du plaisir, sans rire !


Tandis que le petit Tanker se renfrogne, une lourde plaque métallique s’abat du plafond de la galerie, manquant de peu le trio incongru, suivie d’une seconde par une forme souple qui atterrit en silence.

- Ah tiens ! Ben v’là l’Kali maintenant ! glousse Sado, même pas surpris. Comment tu vas, l’Turban ? Ca rush ?
- SadoMaso ? sourit l’Indien, interdit.
- Nan c’est Hamidon mais j’vais à un bal costumé ! désopile le Dingue.
- Tu n’étais pas interdit de séjour à Paragon, petite terreur ? sourit le Ravageur au turban.
- Comme j’disais à l’aut’ guenille de Montagne et à la mouflette, j’étais sur l’départ là en fait t’vois…
- Rhalala s’te honte !!!
ose Roxy d’une petite voix tremblante. Je vous avais pas reconnu, monsieur Sado ! je vous croyais plus grand ! Pis moins…
- Laid ?
propose Montagne l’air de rien.
- Nanmého toi !!!
proteste la Mocheté.
- J’avais pourtant toutes les cartes « Puninin » qui vous représentaient quand j’étais p’tite…
explique Mélanie.
- Sans dec ? s’extasie le Débile. Moi y me manquait celle d’avec quand Dominatrix elle me démonte le museau !
- Elle est HYPER DUR a trouver celle là, c’est normal ! Comme celle du premier costume de Totoze1st avec la moustache bleue sur le masque facial !
- J’collectionnais pô les Totos… J’avais déjà bien assez de sa sale gueule en vrai tous les jours pour qu’il ruine mon bel album avec sa trombine de tâche !!!
- Whao ! C’est vrai que vous connaissez Toto... Pis pleins d’autres Héros légendaires aussi !!! Les Veilleurs, la JLVdM, KBI, Korma, la LC… Même MegaTomte j’suis sure !!!
- Ouais. Même MegaTomte ! Encore que s’agissant de ces tarés, je puis pas sur qu’on puisse vraiment parler de Super-héros si tu veux tout savoir, p’tiote…
- Rhalala… Dîtes… Il est comment Toto en vrai, monsieur Sado ?
- A vomir et complètement débile mais hyper normal à coté du reste de sa famille… C’est affreux les méfaits de la Valstar Rouge sur les gosses tu sais… Bien pire que la Supéradyne quand on voit la famille de Toto !

- Vous croyez que vous pourriez lui demander de me donner une photo dédicacée ? Un truc genre « à ma super copine Mélanie » ?
- Bah faudrait déjà qu’il apprenne à écrire… Pis vu sa tronche, je doute qu’une pellicule soit assez courageuse pour accepter de l’imprimer mais j’y d’mandrai ! Pasque c’est toi ! Mais me dit pas que c’est Toto ton Héros préféré quand même, s’trop horrib’ !!!
- Ah non ! Il est rigolo mais c’est comme vous, il est trop…
- Laid ?
insiste Montagne, pliée.
- Ah mais heuuuu t’arrête deux s’condes sans dec’, charogne !!!
couine le chauve tatoué.
- Nan ma préférée c’est Amel… Elle est beeeeelle pis hyper forte !
- Ah ça… Elle est aussi forte qu’elle est chiante, la Miaou,  ça c’est sur… Une vraie teigne ! On dirait pas à cause qu’elle est p’tite mais c’est une saleté, t’imagine même pas !!! A part Kobinette, y a pas pire !
- Oui mais qu’est ce qu’elle est beeeeeeeeelle !!!
- Heu… Pardon mais que s’est il passé ici exactement ???
tente Kali en embrassant du regard les monceaux de Vahziloks qui jonchent le sol de la galerie.
- Ben y a le Sad qui faisait une démo de provocation à Mélanie en fait ! précise Montagne. Plus sérieusement, ça a fritté grave et y a pas mal de gens esquintés dans les wagons, mon pote…
- Ce qui explique probablement que vous soyez en train de tailler une bavette au lieu de leur venir en aide ?
- On parlait technique avec la mioche !
précise le Tanker Idiot. Technique ET notoriété ! Mais ça, tu peux pas comprendre, Kali… Hin Hin Hin
- Tu aurais vraiment souhaité que le Sado et moi on aille jouer les infirmières avec nos petites mimines délicates ?
sourit Lou LaSalle.
- Touché ! se rend l’ascète avant de décrocher son VidComm et de s’apercevoir que le signal est à nouveau actif. Bon, de toutes façons, les VRAIS secours arrivent ! Je préviens Oméga que la situation est sous contrôle… Roxy ? Tu me donnes un coup de main avec les civils en attendant s’il te plaît ? Il n’y a pas de preuves formelles mais j’aimerai éviter que tu attrapes ce qui rend Sado aussi « particulier » à son contact…

Pendant que la punkette encore sous le choc de la rencontre et Kali partent se rendre utiles, Montagne regarde étrangement Sado et finit par lâcher :

- Tu nous as sauvé la peau…
- Me raconte pas de conneries, Louis ! Celle des Paragoniens ou de la gosse à la limite, mais pas la tienne : t’es encore plus increvable maintenant que quand t’étais Tanker Terre, black et complètement abruti !
- Vu le frangin de Roxy, crois moi que si la môme avait passé l’arme à gauche, j’aurai pas longtemps survécu ensuite…
- On va pas commencer à se les sucer pour se remercier ! D’autant que t’as même plus le matos et que l’énormité du mien te déprimerait jusqu’à la fin de tes jours !!!
- Crétin !!!
- Ouèèèèèèèèèèèèèèè !!!
- N’empêche que sans vouloir faire la lourdingue - j’féminise mon parlé vu qu’il faut que j’m’habitue – y a quand même UN TRUC qui m’échappe !
- Ah ?
- Comment tu fais pour te retrouver dans une rame qui va de Steel à Atlas alors que t’étais en route pour Rogue Isles ? C’est pas vraiment l’appontement du ferry, un quai de métro… Je m’en plains pas mais je pige pas !!!
- Si je réponds, tu vas te foutre de moi…  
- Meuh non !!!
- Si !
- Je promets que non !!!
- Mouais…
- Juré !!!
- Bon… J’me suis trompé dans les destinations de ligne et après la dernière correspondance, j’étais comme qui dirait un léger poil paumé…
- MUHAHAHAHAHA S’TE TANCHE VIVANTE !!!


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