Chapitre 2 : Montagne

-…ou en fin de matinée devant la boutique « Icon » de SteelCanyon si tu préfères, Mel ! Comme ça on fait quelques essayages et ensuite on va manger un bout vite fait sur le pouce ! … Mouais…(…)…  AH NON ! Pas Chinois ! Je me suis cognée des Tsoos toute la semaine, j’ai peur de ne pas pouvoir me maîtriser si le serveur me regarde de travers…(…)… Hihihi pareil !

La petite rouquine aux tifs en pétard décroche la microreillette et la range dans la poche avant de son sac de sport sous les regards stupéfaits de ses collègues de patrouille. Elle retire son plastron de combat,  découvrant sa petite poitrine adolescente sans pudeur aucune, fait glisser le collant en carbotitane souple et lance à la cantonade, nue comme un ver :

- J’vais à la douche en preum’s sinon vous allez encore me mettre dans tous mes états, tas d’cochonnes !!! 


Une grande mutante à la peau nacrée suit la gamine sautillante des yeux en faisant bouger en grimaçant ses quatre bras aux muscles saillants. La jeune fille vient de disparaître et la mutante attend que le bruit de l’eau et les beuglements de la rouquine massacrant « Stranger in the night » retentissent pour demander :

- Comment elle fait ça sans dec’ ?
- Comment elle fait « quoi », Mygale ? ! intervient Luciole en enlevant son casque de combat pour tenter de remettre de l’ordre dans sa coupe de cheveux particulièrement rebelle.
- Comment elle fait pour enquiller presque treize heures de patrouilles qui n’ont été qu’une succession d’affrontements pour rempiler sans souffler en allant faire les boutiques avec sa copine ?
- Ah ça… répond évasivement la plus jeune officier d’escouade de la Hero Corps, abandonnant la lutte par trop inégale contre sa chevelure qui reprend l’apparence d’une queue d’ananas géante.
- C’est vrai quoi… C’est dingue ! insiste Mygale. Je suis censée être la Ravageuse « Régénération » de cette équipe et je suis vannée !!! Je parle même pas de Gor qui est allé direct au médibloc alors que je sais combien il est dur au mal en tant que Tanker Invul… Comment cette gosse fait elle bon sang ? D’ailleurs comment fait elle tout ce qu’elle fait ?
- Qu’est ce que tu insinues ? coupe Luciole en constatant que les autres membres de l’escouade se sont tues pour suivre l’échange.
- Ben… Tu sais bien quoi, Lulu… hésite la puissante mutante en tortillant toutes ses mains fébrilement.
- Non je sais pas. T’as un problème avec Lou, Myg ? Elle fait mal son travail ?
- Au contraire…
- Bon ben alors ?
- Elle n’est pas… normale ! lâche enfin la mutante avant de constater que Luciole regarde ses membres multiples en souriant et d’ajouter : Ouais bon ok, « normal » ça signifie pas grand chose ici mais ce que je veux dire c’est que MÊME pour la Hero Corps, elle est étrange, chef ! Elle encaisse mieux que Gor, elle est capable de transformer ses membres en lames de guerre à coté desquelles mes deux Claymores font figure de cure-dents et balance des foutus rayons bizarres inconnus des Defs et des Blasters…
- Lou a beaucoup de capacités… tente d’éluder la jeune femme aux cheveux fous, mal à l’aise.
- Elle parvient même à générer des Serviteurs… ose la timide Contrôleuse Glace Vanilla, preuve que le sujet est d’importance. Enfin à sa façon…
- Ouais raconte ce que tu nous a dit, l’encourage la Ravageurse.
-  Je l’ai vu se… se multiplier ! précise Vanilla. Quand on a affronté ces Tsoos dans les galeries souterraines de Perez et qu’on s’est aperçus trop tard qu’ils avaient trois Sorciers en soutien…
- La bataille était confuse, Vani… coupe Luciole sur un ton d’excuse.
- Pas au point d’ignorer qu’on était foutues mais que d’un seul coup, la Lou d’origine a disparu et que trois espèces de mini-Lou qui braillaient des insanités épouvantables sont apparues pour régler leur compte aux Sorcs, achève Vanilla en baissant les yeux.

Un lourd silence pesant s’abat sur le vestiaire et on n’entend plus que les beuglements de l’accusée qui s’acharne maintenant sans grand succès sur un standard de Bill Haley et le ruissellement de l’eau dans la pièce voisine. C’est Luciole qui contre-attaque sur un ton mordant peu habituel :

- Lou LaSalle n’est pas une héroïne habituelle, je vous l’accorde ! Elle jouit effectivement de pouvoirs surprenants et affiche parfois un comportement limite…
- Elle m’a plusieurs fois mis la main au fesses… murmure la jeune Blaster Etoile Noire en rougissant.
- Ben moi elle… elle  me regarde souvent… bizarrement ! ajoute Vanilla.
- Elle jure pire qu’une bande de Trolls !!! complète Mygale mais en souriant cette fois. Gor dit qu’à coté d’elle, ses provocations pourtant réputées comme salées s’apparentent à des trucs de maternelle…
- Je sais tout ça,  reprend Luciole avant d’ajouter plus pour elle même, sauf le coup du pelotage de derrière  et les regards salaces mais elle va entendre parler du pays... Maintenant dites moi – puisqu’il semblerait que vous avez eu le temps de bien analyser le phénomène depuis les trois jours où elle a intégré l’escouade – combien de fois vous a t’elle évité de finir à l’hosto… où pire ?
- Le soucis n’est pas là, chef… C’est simplement qu’on aimerait plus de transparence ! Pourquoi la HC bombarde une Héroïne aussi puissante et visiblement au Top niveau baston dans une unité de formation ? C’est quoi cette fille, hein ? Elle a l’âge d’une cadette, assure pire que le Statesman en personne, se comporte socialement comme SadoMaso et… enfin même son nom a de quoi troubler !
- Quel est le problème avec son nom ?
- Je ne suis pas complètement idiote, Lulu. Je me suis rencardée aux archives et j’ai passé deux ou trois coups de fil après qu’on ait discuté avec les autres…
- Tu aurais peut être pu m’en parler directement au lieu de faire tes coups en douce, Myg…
- Je t’aime bien, chef ! Et loin de moi l’envie de te vexer sur ce coup mais t’as pas l’air nickel non plus sur le sujet…
- Ca fait plaisir… Et qu’as-tu donc découvert, Sherlock ?
- C’était pas dur : juste que Lou LaSalle AKA Montagne avait repris le pseudo d’une Héros tué durant « l’Affaire Social ». Ok, le premier Montagne était un grand Tanker Black du nom de Louis LaSalle mais quand même. Louis LaSalle, Lou LaSalle, même pseudo de combat… Là on parle plus de coïncidences, tu en conviendras ?
- C’est quoi l’embrouille, multi-bras ? La différence de couleur où l’absence de quéquette ? Les deux peut être ?

Toutes à la discussion, aucunes des Héroïnes ne s’est aperçue que le carnage musical était terminé et elles sursautent avant de se retourner avec des mimiques de comploteuses percées à jour. La petite rouquine ruisselante d’eau, sa serviette impudiquement posée sur l’épaule, se tient à l’entrée de la salle des douches, bras croisés et le visage peu avenant. Elle pointe un doigt mauvais sur Mygale et s’avance droit sur elle en grondant :

- De mon temps, quand on avait un problème avec un camarade d’escouade, on réglait ça entre nous, pas en allant fouiller dans les poubelles comme la dernière des Abos !
- Tu vois, glapit Mygale à sa chef d’escouade, elle dit « de mon temps » alors qu’elle a même pas encore besoin d’un soutien-gorge !!!
- On se calme, Lou… commence Luciole qui sait combien son « amie » a le dérapage facile.
- Tu restes en dehors de ça, Lulu !!! lâche la Chanteuse approximative en se ruant sur la mutante mal à l’aise.
- Je suis l’Officier en charge de cette escouade, Montagne !!! se lève sans hésiter la frêle Défenseuse. Et j’admets que ton intégration au sein de l’équipe n’a pas été faite selon les règles. Il est normal que Mygale et les autres se posent des questions.
- Ben alors donne leur les réponses qu’elles sont en droit d’attendre au lieu de tourner autours du pot !
- Tu sais bien que je ne peux pas faire ça ! Ton dossier a été classé « secret » par la Hero Corps et les autorités de Paragon. En fait, Myg n’aurait jamais dû découvrir tout ça…
- N’empêche que c’est fait ! Et cette tâche de Rava à quatre paluches a effectivement le droit d’en savoir plus maintenant qu’elle a mis son gros pif dans toute cette merde.
- Lou, je… commence la Mutante pourtant habituellement batailleuse mais consciente de la maladresse de sa démarche.
- C’est bon, ma poule ! Je comprends que toi et les autres ayez cherché à savoir qui était cette casse-couilles qu’on vous parachutait sur le chignon sans prévenir et tu vas l’avoir ton scoop…
- Montagne, gronde Luciole, ne fais pas ça ou Lady Oméga va avoir une attaque !!!
- Meuh non t’inquiète ! C’est si je foutais pas la merde alors qu’elle vient reprendre la tête de la Division qui l’inquièterait ! Autant lui assurer un retour en fanfare à la blondasse !
- Louis… s’oublie la pauvre jeune femme. Elle va te tuer… Et moi ensuite…
- Moi j’m’en fous, j’suis déjà mort ! ricane la rouquine en se rapprochant du petit groupe abasourdi avant de susurrer avec délectation : vous voulez savoir qui je suis les gamins ? Ben restez assis parce que sinon va y avoir une épidémie de coccyx fêlés quand j’aurai terminé ma petite histoire… Même Mygale avec son gros cul d’Regen risque de marcher d’traviole après, vous pouvez m’croire sur parole…


Chapitre 3 : Fantôme

Fantôme se traîne à même le sol en terre battue de l’étroit boyau dans lequel il a trouvé refuge. Par tous les Dieux, quelle souffrance ! Il réprime de justesse une plainte et se recroqueville, petite boule de douleur à vif, en se disant que tant qu’il a mal, sa sécurité est paradoxalement assurée puisque ça implique que la Meute est partie. La grande créature translucide peine a retrouver sa cohérence maintenant qu’elle est éloignée de ses semblables. Du coup, elle craint que la faim dévorante qui la torture ne l’oblige à nouveau à se comporter comme une bête sanguinaire. Fantôme maudit une fois de plus silencieusement ces humains qui contraignent ses semblables à commettre ces choses insupportables qui enfreignent les Lois les plus sacrées de son peuple. Il le sent tout au fond de lui : il devient… mauvais ! Ca le terrifie mais il craint plus encore que Sablier et ses comparses ne retrouvent sa trace.
Un instant, il regrette le sursaut d’orgueil qui l’a poussé à se dresser entre ses semblables et le jeune humain en uniforme, faisant de lui un paria parmi les siens et une créature perdue sur un monde qu’il ne comprend pas. Fantôme espère que son sacrifice aura permis à l’humain de survivre. Si seulement il n’avait pas été si lâche, il aurait aussi pu sauver son compagnon. Seul, terrorisé et ignorant tout de ce monde ou sa vanité et sa curiosité ont fait d’un être fier et pur une monstruosité déracinée sans repères, il appelle le Grand Néant de toutes ses forces en sachant que le repos lui sera refusé maintenant qu’il a renié tous les fondamentaux de sa race. Lui qui pensait – à l’instar de ses Paires orgueilleux aveuglés par leur perfection – que ce Pacte ne les engageaient en rien sinon contribuer à assouvir leur soif de connaissance jamais étanchée, comprend à quel point ils ont été dupés. Sa Race – garante de la puissance des Anciens – s’est fourvoyée. Elle s’est vendue, se sacrifiant sur l’autel de la futilité et la jeune Humanité si fragile et puissante à la fois risque d’en payer le prix ultime.
La souffrance qui déchire Fantôme s’estompe légèrement et il ouvre les yeux, s’extasiant une fois encore devant ses longs membres déliés, fasciné de voir le muscles puissants rouler sous la peau diaphane. Est ce donc ça la logique de l’évolution ? Aspirer à s’affranchir des faiblesses corporelles pour parvenir à l’ultime étape de n’être plus qu’un pensée abstraite, une entité de conscience, pour finalement désirer à nouveau retrouver ces sensations si perfectibles mais qui donnent vraiment l’impression d’exister. Finalement, seule la connaissance évolue. Pas la sagesse. Fantôme en a pour preuve la facilité avec laquelle Sablier les a trompés en leur faisant croire qu’il pourraient à nouveau s’incarner physiquement sans une contrepartie dont le prix serait inacceptable.
La douleur reflue à nouveau d’un cran et elle ne peut avoir qu’une seule signification : la Meute se rapproche !
Et avec elle ce bien être infâme et malsain.
Le plaisir de dévorer…
Il doit à nouveau fuir.
Il se remet péniblement sur ses jambes et repart en titubant, s’enfonçant plus avant dans la sombre galerie jusqu’à ce que le boyau se scinde en trois. Fantôme ne craint pas de souffrir de la soif où de la faim, ses dépendances corporelles n’en sont pas là, mais il hésite. Il doit trouver un allié. Il doit informer les humains de la menace qui pèse sur eux par sa faute et celle de son peuple. S’enfoncer sous terre lui permettra probablement de distancer une fois de plus la Meute mais il prend le risque de se perdre à jamais dans les dédales et les méandres d’une monde du dessous probablement gigantesque au regard de sa mobilité actuelle si pathétique. Lui qui pouvait franchir l’univers d’un bout à l’autre dans le même instant, le voilà réduit à se traîner comme une larve misérable et suppliante. Avoir dompté le temps et l’espace pour se retrouver dans la peau d’un voleur temporel, un méprisable parasite incapable d’assurer sa survivance autrement qu’en dérobant des bribes d’instants à ces pauvres humains inconscients du péril. Quelle ironie ! 
Une onde de soulagement agréable le fait frissonner : ils sont tout près.
Trop près.
Il n’entend pas encore les rires démentiels annonçant l’arrivée de ses congénères qui se sont abandonnés avec délectation à leur nouvelle condition mais il sait qu’ils ne sauraient tarder aussi se remet il en route en tremblant.
La descente de la pente abrupte est rendue difficile par l’humidité et les moisissures infectes qui recouvrent la galerie du sol au plafond. Plusieurs fois, il manque tomber dans l’infect ruisseau verdâtre qui coule comme un petit torrent et se rattrape in extremis aux nombreux tuyaux et conduits qui jalonnent le chemin. Le tunnel redevient enfin plane et Fantôme s’arrête à nouveau car il distingue une lumière mouvante qui éclaire la galerie d’une lueur spectrale. Il s’approche avec précaution et constate que le boyau fait un coude à angle droit ce qui rend toute identification visuelle impossible. Des voix gutturales mais incontestablement humaines se font plus précises. Fantôme hésite. Il connaît peu Paragon mais il imagine que ceux qui se tapissent dans le ventre de la ville doivent avoir une bonne raison de s’y cacher. En même temps, peut être a t’il une chance de trouver des alliés parmi ces laissés pour compte ! Mais s’ils le rejettent ? Que faire s’ils l’attaquent ?
En fait, Fantôme craint surtout de ne pas pouvoir s’empêcher de leur faire du mal pour combler la faim dévorante que leur présence réveille en lui.
C’est alors qu’il entend les ricanements.
La Meute !
Ils ont retrouvé sa piste !
La panique balaie la faim et Fantôme se met à courir vers la lumière. 

Chapitre 4 : Kali

Le grand Indien parvient à réprimer la manifestation d’agacement qu’il sent monter en lui. Appariteur, son imperturbable interlocuteur, tire son nom de ses capacités étranges à gérer au mieux tous les imbroglios administratifs possibles. Sorte de Super-Organisateur à la logique clinique et froide, il est superbement planté derrière son bureau impeccable et va pour signifier un nouveau refus à Kali quand l’homme au turban lève un doigt effilé puis ajoute de cette voix agréable aux accents chantants qui n’appartient qu’à lui :

- Appariteur, stop ! Je suis conscient d’agir en contradiction avec les règles de la Hero Corps et je sais que vous ne vous laisserez pas fléchir, quelque soit mon argumentaire ou l’urgence de la situation…
- Fort bien, Officier Kali, en profite la curieuse créature humanoïde au masque de verre dépoli pressée d’en finir,  puisque nous nous comprenons…
- …MAIS, poursuit l’Indien contre toute attente, arrachant un couinement de dépit au Super-emmerdeur qui se voyait déjà replonger dans sa paperasse adorée,  je suis au regret de vous dire que je vais entrer dans le bureau de Lady Oméga même si ça implique que je doive marcher sur ventre replet pour cela !
- Vous me menacez, Officier ? demande Appariteur comme s’il s’enquérait de la météo à venir.
- J’énonce un état de fait, j’en ai peur !
- Je me vois donc contraint d’en référer à la sécurité afin de garantir mon intégrité physique et d’assurer par là même la pérennité de mon travail.
- Voilà qui risque de ne pas être suffisant…
- Vous envisagez donc aussi d’exercer des représailles brutales à l’encontre des personnels de sécurité qui tenteraient de vous stopper, Officier Kali ?
- Je crains en effet de devoir leur casser la figure, Appariteur. Peu importe l’effectif et le nombre que vous jugerez bon de faire venir car je suis très bon pour ces choses...
- Voilà qui est fâcheux ! D’autant que les statistiques analytiques qui me parviennent considèrent que votre potentiel destructeur estimé à son taux minimum perturbera le service actif plus encore qu’une dérogation exceptionnel visant à déranger l’Officier Oméga.
- Est ce à dire que je peux passer, Appariteur !
- Dans la mesure où je ne dispose pas d’éléments capables de vous contrer efficacement, c’est incontestable. Pour autant, je vous informe factuellement que je renforcerai drastiquement les effectifs qui vous arrêteront lors de votre sortie une fois l’entretien iniquement provoqué achevé. 
- Ce qui signifie en clair ?
- …que tu iras en cabane ensuite à grands coups de pied au derrière, bonne raison ou pas ! répond un petit barbu dégarni en ouvrant la porte blindée menant au bureau directeur de la Héro Corps.
- Mac… sourit l’Indien. J’expliquai à Appariteur…
- C’est bon, kali : notre méthodique compagnon t’a mis sur intercomm dés que tu es devenu pénible et nous n’avons rien perdu de votre échange savoureux ! Entre mais magne toi : Lady est surbookée et d’humeur massacrante… Pour changer…
- Merci Appariteur, s’incline l’homme au  turban en passant devant l’étrange chien de garde qui ne lui prête déjà plus aucune attention et pianote sur son clavier holographique à nouveau agité de couleurs hystériques.
- Alors c’est quoi le soucis à part tenter de rendre l’autre maboule un peu plus zinzin qu’il ne l’est déjà, Kali ? demande Moumoumac le latexien, promu numéro deux de la HC pour Paragon City depuis « l’affaire Monsieur Social », tout en poussant son « hôte » dans le dos. 
- L’histoire n’est pas simple, Mac… commence l’Indien. Elle ne s’appuie que sur des impressions et des conjectures…
- Tu as intérêt à avoir plus que des probabilités pour déranger la patronne en ce moment, mon ami ! La Hero, Freedom Corps et tous les organismes équivalents qui comptent un seul lascar portant une cape et un masque sont sur les dents à cause de ces enfoirés de Croisés de l’Ordre !
- Il me semblait que ce Super-Groupe oeuvrait pour la paix… Depuis quand les Croisés sont ils l’ennemi ?
- Depuis qu’ils nous piquent notre boulot et se développent pire que des singes Riktis je suppose ! se marre le vieux héros avec une mimique entendue.


Les deux hommes terminent de traverser le couloir sécurisé truffé de capteurs qui mène au central de commandement de la HC et Kali s’arrête alors que Mac allait déclencher l’ouverture :

- J’aurai bien emmené avec moi la personne qui m’a convaincue de la menace mais…
- Accouche, bonhomme : c’est quoi le soucis ?
- Je viens de passer les deux derniers jours en compagnie de Nathan O’Neill !
- Tu fais chier, Kali… Lady Oméga écourte ses congés d’une semaine parce qu’elle a failli s’étriper pour la énième fois avec son cher et tendre qui n’est autre que ce foutu Empathe et toi tu forces sa porte avec des nouvelles sois disant de première importance mais qui reposent sur un constat établi avec celui la même qui l’a mise dans cet état d’énervement ? Tu veux te suicider, coco ?
- Mac, tu me connais ! Et tu connais Nathan… Nous sommes capables de faire abstraction d’un différent relationnel si l’avenir de notre Monde est en jeu !
- Mais c’est pas vous qui m’affolez, les mecs, explose de rire le vieux héros, c’est la grande blonde qui se trouve derrière cette porte et qui est capable de démolir un pâté de maisons après s’être assurée qu’elle nous avait avant enfermé dans les caves si elle entend prononcer le nom de Nathan en ce moment !!! Ils sont encore à couteaux tirés pour je ne sais quelle raison à la noix dont ils sont coutumiers alors ça promet !
- Sans O’Neill, nous n’aurions rien perçu à temps…
- Ouais ben on va éviter cette entrée en matière si ça te dérange pas, courgette en pagne ! se reprend à rire le Latexien en se soumettant au physioscan qui déverrouille la porte blindée et en s’effaçant pour laisser entrer le mince Ravageur en murmurant : Remarque, elle commence à me courir sur le scalp, la Oméga ! Ca va peut être la refaire descendre sur Terre de s’exciter un brin devant les péteux qu’elle a rassemblé…
     

Lady Oméga – la directrice de la Hero Corps tout juste de retour en grâce à la tête de la cellule de Paragon City après une longue éviction – préside sa énième réunion d’urgence de la journée. Autours de la table ovale, de nombreux fameux chefs de corps héroïques ainsi que divers alliés occasionnels de la HC se retournent pour dévisager l’intrus – qui avec amusement, qui avec irritation. Droite comme un « i », la grande blonde engoncée dans son armure de combat blanche et rouge darde ses yeux azurs perçants sur l’Indien sans l’inviter à s’asseoir :

- Officier Kali… Il me semblait que vous étiez d’unité de réserve !
- C’est exact, Lady Oméga ! acquiesce l’homme au turban après une brève inclinaison de la tête.
- Est ce la nostalgie et le plaisir de me savoir de retour qui vous font revenir au lieu de profiter d’un repos que j’imagine bien mérité ?
- A vrai dire, madame… commence l’Ascète peu à l’aise pour ces joutes verbales.
- Je pense que vous devriez accorder quelques minutes à l’officier Kali mais en privé, Lady ! intervient Mac avec nonchalance.
- Vraiment ? Je n’ai pas pour habitude de  bousculer un planning établi et de la plus haute importance pour accorder des tête à tête imprévus, officier MouMouMac !
- C’est que… Au vu de ce que Kali a à vous communiquer, vous pourriez avoir des réactions épidermiques qui donneraient à nos prestigieux invités une fausse idée de la Hero Corps, Lady ?
- Vous pensez donc que je pourrai me laisser dominer par un sentimentalisme malheureux, Mac ? gronde la grande blonde, piquée.
- Je dis que là - et ce malgré mon respect sans borne pour votre immense professionnalisme – y a un risque… continue le dégarni que la morgue de sa chef commence vraiment à fatiguer.
- Lady… commence le responsable des Poings de Justice soutenu par celui de Force Luminique en se levant timidement, peut être que nous devrions vous laisser le temps que…
- Asseyez-vous, merci ! ordonne sèchement la redoutée Défenseuse avant de regarder Mac avec un sourire cruel en sifflant suavement : Kali… Qu’est ce qui nous vaut donc l’honneur de votre visite ?Parlez sans détour…
- Nous avons effectué des plongées tempo-astrales et noté une déchirure non restaurée dans la Trame, Lady !
- Quelqu’un volerait… du temps ?s’étonne la grand Héroïne, interloquée.
- C’est ce que nous pensons, madame, confirme l’Indien.
- Dans quel but ?
- Ca, nous l’ignorons. Mais le phénomène va en s’intensifiant de façon préoccupante !
- Vous avez fait confirmer vos conclusions par les Empathes de HC ?
- Pas encore.
- Une raison à cela ? D’ailleurs, comment vous êtes vous retrouvé à contrôler la Trame ? Je ne dénigre pas vos pouvoirs à la mesurer mais c’est plus l’affaire d’une Mentaliste confirmé, non ?
- Sans aucun doute, madame. En fait tout a commencé après l’appel de Nathan…
- Nathan ? Nathan O’neill ? demande Lady Oméga d’un ton anodin parfaitement étudié.
- Lui même… confirme Mac en regardant ses ongles impeccables avec détachement.
- Vous aviez raison, compagnons ! reprend la blonde avec un sourire forcé. Il est préférable de remettre la réunion à plus tard…
- Bien entendu, Lady ! lâche le chef des Poings de Justice, trop heureux d’échapper au massacre qui va suivre tant la relation rocambolesque qui unit le Contrôleur aveugle à  la Défenseuse Blonde est devenue légendaires dans le milieu des Héros.
- Merci à tous pour votre compréhension !!! minaude la directrice de la HC en raccompagnant les Masques qui se carapatent en se bousculant pire que s’ils avaient Hamidon aux fesses.

En quelques secondes, la pièce s’est vidée. Encore miraculeusement calme, Lady Oméga presse l’intercomm :

- Appariteur ?
- Lady Oméga ?
- Merci de vous assurer que je ne sois pas dérangée cette fois.
- Le seul intrus étant présentement déjà dans votre bureau, je vais y veiller, Lady !
- Appariteur ?
- Lady Oméga ?
- Quoi qu’il se passe ici, quoi que vous puissiez entendre, merci de ne pas intervenir malgré le protocole administratif…
- Concernant l’officier Kali, je me ferai une joie d’oublier le Protocole tout autant qu’il se permet de l’ignorer lui même, Lady Oméga.
- Si même cette enflure d’Appariteur te lâche, t’es mal Coco ! ricane Mac en regardant un Kali mortifié du coin de l’œil.
- Mac ! Dehors !!! crache la directrice de la HC.
- Heu… Patronne… Vous n’allez pas faire de bêtises au moins… tente le vieux héros en reculant devant l’air menaçant de la blonde irascible qui le repousse jusqu’à l’entrée avant de refermer la porte derrière lui.

Silencieuse, Lady Oméga se retourne pour dévisager l’Indien resté seul avec elle et un peu plus pâle que d’habitude puis elle s’avance d’un pas assuré vers sa proie statufiée qui laisse échapper un angoissé :

- Lady !!! Si je n’avais pas été chez Nathan, jamais nous n’aurions  eu confirmation de la déchirure dans la Trame à temps pour réagir !!!
- Qu’est ce que tu m’embrouilles avec ça, élude la blonde d’un ton étonné avant de prendre l’Ascète médusé par les épaules et de murmurer avec un sanglot dans la voix : Kali, sois franc : Nathan m’en veut toujours pour la gifle que je lui ai collé ? 

Prochainement : Roxy