Une petite introduction entre copains…

C’est au moment où les vieux démons menacent de transformer les Héros Paragoniens en Comptables du Template Ultime qu’une Naine de petite taille, dernière défenseuse du tourisme jenfoutiste et du Fun noobesque (qui vous démoulera quand même la tronche en PVP planquée derrière les membres de MegaTomte comme promis…), se décide à lancer une nouvelle série épique.

Y a pas à dire, je choisis bien mes moments, tiens !

Pour les « vétérans » qui arpentaient déjà le forum COH-JOL ou La Lib il y a environs un an, sachez que cette nouvelle histoire fait suite au feuilleton fleuve en 37 épisodes intitulé « L’affaire « Monsieur Social » », feuilleton qui constitua à l’époque - et durant presque six mois - le premier opus des Terrifiants dossiers secrets de Paragon City. Voici donc un nouveau Dossier Secret (probablement aussi terrifiant que burlesque à terme) dans lequel nous allons retrouver certains des protagonistes « phares » qui avaient fait les beaux jours et le succès planétaire (et au delà) de « Social ».

Pour tout vous dire, le matin où j’ai eu l’idée de base, j’ai eu l’impression, à mesure que les situations et les idées affluaient, de retrouver de vieux camarades.
Une fois devant mon PC, c’était comme si j’enfilais une paire de chaussons un peu élimés mais si agréablement confortables…
Ils étaient tous là : les gentils comme les méchants, les braves et les pleutres, à attendre que je les dépoussière et les plonge dans une nouvelle aventure rocambolesque et improbable.
J’ai donc écris la première partie que j’ai soumis le résultat à ma vieille amie Nahrye/Amel.
On a discuté un peu, elle m’a fait deux ou trois remarques acerbes dont elle a le secret, j’ai eu la bonté d’âme de l’écouter et de retravailler l’approche (elle me bat sinon…) pour finalement parvenir à la version que vous allez maintenant découvrir.

Concernant les « jeunes » qui n’ont pas connu « Social », ils ont la possibilité de combler cette lacune honteuse ici…
Je ne sais pas encore si la connaissance de la saga précédente constituera un pré-requis pour appréhender celle ci. Probablement que non en fait car je suis trop feignante pour tout relire et assurer une cohérence. Mais c’était un bon récit donc profitez en, c’est gratuit…
Ah oui ! Pour ceux qui sacrifieront à la découverte de « Monsieur Social », sachez qu’à l’époque (sic), Vigilance n’existait pas :  les Ravageurs étaient des Scrapers, les Krânes des Skulls, les CdE des CoT donc il faudra parfois faire preuve d’un peu d’imagination mais je vous fait confiance puisque vous êtes des Héros.
 
Assez causé et place au spectacle : c’est avec un plaisir fébrile que je vous présente un second Terrifiant dossier secret de Paragon City qui s’intitule… Les Voleurs d’instant

Prologue

La pièce est entièrement plongée dans la pénombre et seules deux respirations profondes et régulières viennent troubler la quiétude du lieu. Depuis combien de temps sont ils ici ? Plusieurs jours ? Quelques heures tout au plus ? Sans aller jusqu’à la privation sensorielle totale, l’atténuation des sens est bien trompeuse dés lors qu’il va s’agir de mesurer l’instant qui passe. L’un des occupants - pour lequel l’obscurité reste une vieille camarade avec laquelle il a dû apprendre à composer - pourrait probablement répondre s’il n’était intensément plongé en lui même, attendant un signe. Quelques secondes ou une nouvelle éternité s’écoulent et la voix dure et tendue comme un arc brise le silence totale avec la force d’un éclair dans la nuit :

- Là !!! A l’instant ! L’as-tu perçu cette fois ci ?

La question est presque une supplication. Celui qui vient de s’exprimer veut y croire. Une nouvelle dénégation chez son compagnon reviendrait à le faire douter une fois encore et il n’est pas certain de pouvoir se permettre de perdre une nouvelle journée en méditations stériles si ce qu’il suppute s’avère exact. Aussi n’est il pas vraiment surprenant qu’il salue la réaction de son camarade d’un long souffle de soulagement lorsque celui ci rétorque d’une voix douce où perce un léger accent étranger :

- Oui. C’était très furtif. Presque imperceptible. Mais le doute n’est plus permis et tu avais raison.

La conclusion qui s’impose provoquerait une effervescence bruyante voire une panique générale chez la plupart des gens mais elle a pour conséquence de simplement replonger les deux hommes dans un mutisme profond, renvoyant chacun à son analyse du phénomène.

- Tu souhaites que nous poursuivions l’exercice ? demande « l’étranger » d’un ton neutre. Pour être complètement surs…
- Non. Un bilan basé sur nos expériences conjointes devraient nous crédibiliser suffisamment pour que nous puissions contacter les autorités compétentes avec une chance d’être au moins entendus. Ne serait ce que l’organisme auquel tu appartiens…
- Je crois déceler une pointe de cynisme derrière cette déclaration revancharde, je me trompe ?
- Si peu, camarade ! sourit l’interpellé. Il est acquis que le phénomène s’accélère. Je crains que lorsque d’autres Empathes prendront conscience de cette manifestation, le temps nous soit tragiquement compté. Il faut agir maintenant.
- C’est juste. D’autant que je suis loin d’avoir tes capacités, mon puissant ami. Si j’ai été en mesure de sentir la déchirure dans la Trame, il est peut être déjà trop tard…


Chapitre 1 : Kirby

- Bordel…

Le grand type se relève lentement en resserrant le col de son lourd manteau de cuir pour éviter que la pluie fine et glaciale ne s’infiltre plus avant dans son cou. Il reporte son attention sur le jeune flic trempé des pieds à la tête, comme statufié, qui ne parvient pas à décrocher son regard de la scène immonde et lui lance, un peu plus sèchement qu’il ne l’aurait souhaité :

- Oh ! Si tu dois gerber, merci de le faire en dehors de la scène de crime, mon garçon…
- Je n’ai plus rien à vomir, mon lieutenant… répond le stagiaire blafard d’une voix absente.
- C’est lui ? demande le lieutenant Samuel Kirby à un des vieux flics arrivés en renfort qu’il connaît bien et qui dépose une couverture sur les épaules du garçon apathique.
- Ouais Lieut’, répond le vétéran. C’est le binôme de Franck. Il est salement secoué ! Y a rien à en tirer et le Doc a ordonné qu’il soit transporté tout de suite à « Central ».
- Quel Doc ?
- « Fouille-la-tête » !
- Chier… Qu’est ce que le gosse fout encore là alors ?
- Ben… Quand j’ai su que les collègues étaient parvenus à vous contacter, je me suis dit que vous aimeriez peut être lui poser des questions avant que les médics le remettent d’aplomb. C’est que les gars et moi on a plus confiance dans vos méthodes que dans celles de ces guignols, vous savez… Trois copains taillés en pièces et ces connards de la DivPsy tout justes bons à nous tenir à l’écart pour se faire mousser, ça me débecte ! Vous on sait que vous lâcherez pas le morceau, Lieut’. Z’êtes un dur ! Si y a une chance de sortir une piste de ce merdier vous la trouverez…
- En tout cas je te promets d’essayer, sergent ! Bon… Tu sais aussi bien que moi que je n’ai rien à faire ici normalement alors je vais faire rapide et discret sinon les toubibs vont drôlement te botter le derrière pour m’avoir fait prévenir… avant de s’en prendre au miens !
- Pas de soucis, Lieut’ ! Si ça peut vous aider à retrouver les enfoirés qui ont fait ça à Franck et aux autres, je prends le risque.


Kirby constate avec soulagement que les unités médicales sont toujours affairées et il en profite pour se rapprocher du gamin. Vu la nouvelle organisation de la « Métro » depuis « l’affaire Social », il risque gros. Mais il n’en a cure. Il a un boulot à faire. Il se préoccupera de politique plus tard. Dans une autre vie par exemple.

- Comment tu t’appelles, fils ? demande il  avec une compassion non feinte en posant sa main sur l’épaule du stagiaire qui semble enfin sortir de sa torpeur.
- Mullins, mon Lieutenant… Brian Mullins…
- Que s’est il passé ici, Brian ? reprend Kirby en attirant fébrilement le « Rookie » à sa suite, autant pour permettre aux mecs de l’équipe scientifique qui viennent de débarquer de pouvoir bosser que pour continuer à le cuisiner.
- Je ne sais pas… Je ne sais plus… Ca criait !!! C’était horrible ! On a couru et l’officier Johnson a crié à son tour mais je ne parvenais pas à le retrouver ! Puis il y a eu ces bruits de chair découpée et les rires…
- On se calme bonhomme ! tente de tempérer Samuel en ouvrant les paumes des mains. Quoi qu’il se soit produit ici, c’est terminé. Tu vas tout me raconter calmement puis tu rentreras à l’hosto avec l’équipe de soutien, ok ?
- Ok, mon lieutenant…
- Restons pas sous la flotte, tu vas chopper la mort !


Kirby entraîne doucement le jeune homme incapable de détourner les yeux de la scène de crime jusqu’à l’ambulance devenue malheureusement bien inutile. Gentiment mais fermement, il fait asseoir Brian Mullins à l’arrière du véhicule et fait un signe discret au toubib qui s’approchait d’eux. Heureusement, il s’agit d’un vieux de la vieille et le lieutenant sait qu’il peut compter sur sa discrétion. L’autre lui fait une petite grimace entendue et le Lieutenant comprend qu’il faut se dépêcher avant que « Fouille-la-tête » ne lui déboule sur le dos pour évacuer le témoin déboussolé. En bon vétéran de la brigade criminelle spécialisé dans les affaires « spéciales » comme seul Paragon City peut en apporter, Samuel sait qu’il doit extirper le maximum d’informations maintenant. Tant que le traumatisme est vivace et que la raison du garçon hésite encore entre trouver des réponses qui l’apaiseront ou… le plonger dans une démence salutaire. Il faut faire très vite ! A voir comment il se met à trembler, le gamin va craquer, c’est une évidence.

- Vas y, Brian !
- Je ne veux pas… commence Mullins, la bouche ouverte et le visage défiguré par l’horreur.
- Cadet Mullins, gronde méchamment Kirby, je dois savoir si le tas de viande qui se trouve là bas est ton partenaire Franck Johnson et je dois le savoir MAINTENANT, compris ?
- Oui mon lieutenant… gémit l’interpellé.
- Je t’écoute !


Les yeux du gamin se perdent dans la nuit lorsqu’il commence à raconter. Sa voix n’est pas celle d’une acteur impliqué, plutôt celle d’une spectateur et Kirby comprend que c’est le seul moyen pour que l’esprit torturé du garçon parvienne à gérer l’abomination qu’il vient de vivre.

- On venait de terminer de patrouiller dans High Park… Il devait être environs 23 heures car Franck m’a dit qu’on allait faire un break chez Lucy pour se boire un café. Franck aime bien Lucy. Elle le taquine toujours un peu pour son embonpoint mais elle l’aime bien aussi. Et elle fait un sacré bon café et avec cette fichue pluie qui nous glaçait jusqu’aux os, ça semblait être une foutue bonne idée… Vous connaissez Lucy, mon Lieutenant.
- Oui je connais Lucy, Brian…
- On a garé la voiture entre la 7ème et Fremont. Franck souhaitait qu’on jette un œil dans les ruelles latérales avant la pause. Comme ça après on reprenait la tournée bien au chaud dans la voiture jusqu’au entrepôts de The Gish  , vous voyez ?
- Parfaitement. J’ai fait cette ronde avec Franck pendant un peu plus d’un an lorsque j’étais stagiaire, Brian. Qu’est ce qui s’est passé dans la ruelle ?
- Je… Je ne suis pas sur…
- Faut te souvenir, bordel ! s’emporte Kirby en prenant le jeune homme pas les épaules avant de se reprendre en constatant que les agents les plus proches les regardent et d’ajouter calmement : Essaie de te rappeler… S’il te plait… Pour Franck.
- Franck… Oui… Il a pénétré dans la ruelle pendant que je fixais le projecteur de poursuite à la portière. Le temps que je sécurise la voiture et que je sorte à mon tour, ça a commencé.
- Oui ? l’encourage le grand flic massif aux cheveux blancs. Qu’est ce qui a commencé ?
- Les cris ! Oh mon Dieu…
- Reste avec moi, Brian ! Qui criait ? C’était Franck qui criait ?
- Non… C’étaient toutes ces voix qui venaient de partout et nulle part… Comme une meute… Des bêtes sauvages… Mais différent… Alors j’ai tout de suite pensé aux autres agressions, bien entendu ! Les gars du poste avaient causé pour Mullaney et Spinder, vous savez…
- Oui je sais, Brian. Nous savons tous malheureusement…
- Alors j’ai… hésité ! Je voulais pas qu’il m’arrive la même chose, moi ! Et quand j’ai arrêté de trembler, Franck n’était déjà plus en vu. Là j’avais la trouille comme jamais… Je ne savais pas quoi faire et je restais là, la main sur mon flingue et mes jambes étaient lourdes… Je ne pouvais plus bouger… Je repensais à ce qu’avait dit les autres ! Le carnage, tout ça… C’est le coup de feu qui m’a comme réveillé en fait. J’ai compris que c’était obligatoirement Franck. Et qu’il était en danger.


Le débit du gosse s’intensifie. Sa bouche se met à trembler et des grosses larmes d’angoisse se mêlent à la pluie qui continue à ruisseler des ses cheveux trempés sur sa face transformée en un masque d’angoisse insoutenable.

- Franck avait jamais tiré son flingue de son étui depuis qu’on patrouillait ensemble. Même la fois où on était face à ce gang de Trolls sur la bretelle ouest de Skyway… Il savait tout le temps comment faire pour gérer les situations de crise. Comment parler et calmer les pires maniaques. Et là il a fait feu. Quand la deuxième détonation a retenti, je me suis précipité à mon tour dans la ruelle mais ce putain d’écho n’en finissait pas. Entre le bruit et la flotte, je n’arrivais pas à déterminer où était l’origine. Et là les cris ont repris. Mais c’était plus des cris. C’était comme des ricanements. Des trucs comme poussent les gars rendus fous par la supéradyne. Mais en pire. Ca venait de partout. Même des toits ! Putain… J’étais à l’intersection nord. Je braquais mon flingue dans toutes les directions en appelant Franck. Je crois que c’est à ce moment là que… que j’ai pissé dans mon pantalon… Bah, ricane douloureusement le garçon, j’était déjà trempé avec cette foutue pluie… Donc c’était pas grave hein, mon lieutenant ?
- Non Brian, aucune importance…
- Franck a tiré une nouvelle balle… Puis encore une. Et c’est là qu’il s’est mis à hurler et à me dire de dégager ! « TIRE TOI, BRIAN !!! » qu’il disait ! Oh mon Dieu… Et puis ses cris ont été submergés par les bruits de… viande ! Dieu tout puissant, Franck… Il me hurlait de sauver ma vie alors qu’ils étaient en train de le dépecer vivant ! Et moi, je me suis enfuie au lieu d’aller l’aider ! Plus il hurlait et plus je courrais ! Je SAVAIS qu’ils étaient en train de le tuer mais je ne pouvait pas m’en empêcher ! Alors j’ai couru ! Je ne voyais plus que le faisceau du projecteur dans la voiture ! Je me disais que la lumière ferait fuir ceux qui massacraient Franck ! Franck criait plus. Il tirait plus non plus. Quand je me suis effondré contre la taule de la bagnole, j’ai même pas osé me retourner pour voir s’ils m’avaient suivi. Mais les ricanements étaient encore là. Autours. Alors je suis resté là. Contre la portière. Les yeux fermés. Protégé par le projecteur… Je priais pour pas qu’ils me fassent ce qu’ils avaient fait aux autres… ce qu’ils venaient de faire à Franck…
- Tu n’aurais rien pu faire… tente Kirby en regrettant immédiatement son intervention.


Brian Mullins regarde ce grand mec légendaire chez les flics comme si son visage dur et cruellement couturé par endroit représente un spectacle du plus haut comique. Puis il se met à rire. D’un rire joyeux et déplacé qui n’en finit plus. Kirby sait qu’il en a tiré tout ce qu’il pouvait et il se dégoutte d’avoir replongé le gosse dans son cauchemar. Ses remords sont de courtes durées et il murmure un « Et merde… » fatigué quand il entend par dessus son épaule :

- Lieutenant Samuel Kirby… je comprends mieux maintenant les réponses évasivement imbéciles de tous les agents présents…
- Docteur Conrad…


Carmen Conrad - « Fouille-la-tête » pour ceux qui l’apprécient diversement et représentent globalement tout le monde sauf les satanés politiques qui l’ont collée d’autorité à la tête de sa division – a les bras croisés et darde son regard intense sur le grand flic qui se relève lentement jusqu’à la dominer d’une bonne tête et demi. Il en faut plus pour impressionner le capitaine de la division Psy nouvellement créée. D’un coup de menton imperceptible, elle désigne le jeune Mullins recroquevillé dans sa couverture et l’une des deux molosses qui la flanquent constamment comme une garde Prétorienne prend fermement le gamin par l’épaule et l’entraîne à sa suite. Kirby suit le gosse effondré des yeux, ignorant à dessein les arrivantes et farfouillant dans ses poches pour dénicher un hypothétique bonbon à la menthe susceptible de faire disparaître le mauvais goût qu’il a maintenant dans la bouche. Quelques flics curieux jettent un œil prudent sur l’étrange trio. Ils échangent des regards angoissés : Clair que ça va chier pour le Lieut’ ! Kirby est parvenu a trouver une espèce de boule informe blanchâtre empêtrée dans le papier d’emballage et il s’éloigne  nonchalamment en tentant d’extirper le « truc blanc » avec application mais sans grand succès. S’en est trop pour la belle plante brune habituée à être obéie au doigt et à l’œil :

- Officier Kirby !!!

Le grondement sec et rageur claque comme un coup de fouet. L’homme au lourd manteau de cuir s’arrête sans se retourner, constate que le papier reste solidaire du bonbon malgré tous ses efforts et remet l’ensemble dans sa poche pour une éventuelle revanche future.

- Revenez ici, je vous prie ! grince Carmen Conrad d’une petite voix haut perchée en tentant de réprimer la colère que le comportement insupportable de cet homme lui inspire.
- Si vous priez alors… jette Samuel Kirby en revenant lentement sur ses pas.
- J’avais donné des ordres spécifiques… gronde le capitaine de la DivPsy, sa lèvre inférieure agitée d’un tic nerveux qui trahit le calme apparent de sa voix glaciale.
- C’est bien … répond simplement Kirby sans baisser les yeux. Faut donner des ordres aux flics sinon ça devient le foutoir, c’est connu…
- PERSONNE en dehors des membres de mon équipe ne devait prendre contact avec le partenaire de la victime !
- Le gosse était sous la flotte ! Je l’ai aidé à s’abriter…
- Vous lui avez parlé !!!
- Evidemment ! J’allais pas le prendre par les tifs pour le traîner derrière moi jusqu’à l’ambulance non plus ! Les collègues auraient jasé, vous savez comment ils sont…
- Qu’est ce qu’il vous a raconté ?
- Il a déliré… Il était choqué…
- Le Chef Tremen avait pourtant été clair, lieutenant : toute nouvelle affaire mêlée de près ou de loin à l’agression d’un officier de police doit impérativement passer en priorité par ma division.
- Ah ? J’ai du rater la note. Je devais être sur le terrain à faire mon boulot. Genre arrêter des meurtriers… Ce style de conneries, quoi !
- Faîtes moi grâce de vos remarques cyniques ! Vous vous permettez d’interroger un témoin crucial avec vos méthodes archaïques et traumatisantes malgré les accords avec les syndicats et vous bafouez sans vergogne  un ordre qui émane de votre hiérarchie directe !
- C’est un point de vue, acquiesce le grand balaise avant d’ajouter suavement : pour ma part, j’ai juste remonté le moral d’un jeune collègue très secoué par une sale affaire.
- Je sais ce que vous essayez de faire, Kirby ! Et je découvrirai qui sont les moutons noirs qui soutiennent votre action et vous ont contacté ! Je les ferai craquer, croyez moi ! Ils vous balanceront sans état d’âme pour conserver leur job. Et une fois que j’aurai un joli dossier circonstancié sur vos dérapages, je vous ferai virer de la Police Métropolitaine comme le dinosaure dangereux que vous êtes !
- Ben comme ça je pourrai enfin prendre mes vacances…


L’espèce d’amazone à la féminité approximative qui reste à coté de Carmen Conrad se raidit. Elle va pour intervenir mais sa patronne émet un de ses petits bruits de bouches horripilants dont elle a le secret et la mastodonte reprend la pose docilement, non sans lancer au flic un regard menaçant.

- Impressionnant, raille Samuel. Si vous sifflez « Rock this town », elle fait le poirier ?
- Persiflez autant que vous le souhaitez, lieutenant ! Il n’empêche que j’entends bien vous démontrer à quel point il est risqué de se mettre en travers de mon chemin !
- Si y a que ça, je m’efface comme un pet sur une toile cirée, Doc ! Pas d’offense !
- Votre attitude est déplorable ! D’autant que vous n’avez pas idée de ce à quoi nous sommes confrontés ?
- Parce que vous le savez ? Je vous écoute…
- Cessez ce petit jeu ! Vous n’êtes pas sur cette affaire, Kirby !!!
- Quand trois des nôtres se font massacrer en trois jours, nous sommes tous concernés, docteur Conrad ! 
- On dit Capitaine, lieutenant !!! Vous venez une fois encore de prouver votre mépris pour les règles opérationnelles, respectez au moins les usages hiérarchiques !
- On lui dira… Je peux retourner bosser maintenant ?
- Non vous ne pouvez pas ! Vous ne repartiez d’ici que lorsque vous aurez enfin compris que toute ingérence dans ce dossier n’aboutira qu’à rendre inefficace les efforts de la Division la plus apte à attraper les criminels qui sont derrière tout ça !!!
- Cette Division étant bien entendu votre Division Psy flambant neuve ?
- Exactement, ne vous en déplaise !
- Je vais vous dire, Cap : vous et vos gonzesses bodybuildées êtes à mes yeux les pantins de Crey et je n’ai aucune confiance en vous ! Tout ce que vous seriez capable d’attraper, c’est un rhume ! Le type qu’on est en train de ramasser à la petite cuillère - ainsi que les deux qui l’ont précédé - étaient plus que des collègues : ils étaient mes amis ! Et je vais trouver qui – ou quoi – est responsable de ce massacre, quoi qu’il puisse m’en coûter.
- Je vois… Alors profitez bien des quelques jours qu’il vous reste à porter cette plaque car j’obtiendrai du Chef Tremen qu’il vous fasse casser, je vous le jure !
- J’ai pas besoin de plus pour faire ce que j’ai à faire. Pis faut pas jurer comme ça : c’est pas poli et ça empêche d’aller au paradis !


Tandis que le grand lascar s’éloigne de son pas lourd sous la pluie battante sous les regards mi-admiratifs, mi-craintifs de ses collègues, la « conseillère » aux cheveux ras d’une Carmen Conrad blême de rage murmure d’un ton monocorde particulièrement étrange :

- Devons nous considérer le lieutenant Kirby comme un problème, madame ?
- D’après vous, pauvre idiote ? explose la responsable de la Division Psy en allumant fébrilement une Cigcool mentol sur laquelle elle se met à tirer frénétiquement pour retrouver son calme.
- C’est une sale habitude que vous avez là, madame… ose la colosse tondue.
- Pas plus sale que de dépecer des membres des forces de l’Ordre, répond la fumeuse méchamment avant de se mordre les lèvres en regardant alentours si personne n’a entendu et d’ajouter, mortifiée : Artémis… Je… C’est cet homme ! Il m’a énervée et…


Le regard inhumain que pose la monstrueuse rasée sur elle fait reculer d’un pas l’élégante brune et elle jette sa cigarette médicale puis ajoute d’une voix de petite fille prise en faute :

- Je suis inexcusable… Ca ne se reproduira plus, je vous le promets !
- J’en suis convaincue, madame ! murmure l’autre avec un rictus menaçant qui découvre ses étranges dents de prédateur. Vous comprendrez cependant que j’informe le Sablier de cet écart impardonnable.
- Artémis… supplie sa « supérieure », décomposée.
- …et je me permet de vous donner un sage conseil, poursuit la géante, imperturbable : vous devriez cesser l’usage de psychotropes ! Sans aller jusqu’à vous tuer, ils pourraient devenir la cause directe d’un regrettable décès violent prématuré. Je pense que nous nous comprenons, madame.
- Oui, Artémis… C’est extrêmement clair.
- Bien. Que décidez-vous pour le lieutenant, madame ? reprend la Colosse sur son ton soumis habituel.
- Il est totalement incontrôlable et il jouit d’appuis puissants depuis la fameuse affaire « Social ». Bien que nous ne soyons pas encore parvenus à en déterminer précisément les raisons ni le rôle qu’il y a joué… Une chose est sûre : Samuel Kirby cache un secret ! Et il ne s’arrêtera pas car il sait que ce pleutre de Tremen hésitera à le faire saquer.
- Cet homme est très dangereux, madame… je le sens ! Mon « vrai Moi » le SAIT ! Peut être qu’un tragique accident…
- Vous êtes folle ??? aboie Conrad, toute sa morgue restaurée. Supprimer Kirby après le spectacle lamentable que nous venons de donner aux autres policiers ? Enfin voyons ! L’éliminer maintenant pourrait avoir des conséquences très dommageables comme encourager des vocations… Et la dernière chose que nous souhaitons est d’être confrontés à une bande de flics fouille-merde supplémentaires. Non, ce qu’il faudrait c’est faire diversion. Trouver un moyen d’occuper, Kirby… Détourner son attention de façon durable le temps pour le Projet d’être assez avancé pour être irréversible.
- Le lieutenant Kirby a une jeune sœur, madame. C’est d’ailleurs la seule famille qui lui reste. Peut être que la perte d’un être cher temporiserait son acharnement aveugle ?! Un profond chagrin est souvent synonyme de dépression et d’abattement chez les humains. Voir même de suicide…
- D’abord la sœur ! Agissons avec méthodes, non avec passion ! Et cessez d’utiliser le terme « humain » de cette façon, Artémis !!!
- Je vous prie de m’excuser, madame…
- Ca n’est rien ! Mais surveillez-vous. Je serai peinée de devoir informer le Sablier de vos écarts… sourit à son tour la beauté brune. J’espère que nous nous comprenons ?
- C’est… clair, madame. Le Sablier a mieux à faire que de voir sa concentration détournée pour des détails sommes toutes secondaires… Je fais donc le nécessaire pour l’Officier Kirby ?
- Faites ! Les enterrements en hiver sont si… poétiques ! Mais attention, Artémis : nous souhaitons juste gagner du temps, pas transformer la pugnacité du lieutenant en croisade s’il découvrait que nous sommes à l’origine de…
- Tranquillisez-vous, madame : Paragon est une ville dangereuse et un lieutenant à la Criminelle est mieux placé que quiconque pour le savoir. Nous allons nous assurer qu’il aura des coupables idéaux pour pleurer une perte aussi irremplaçable et nous aurons la paix le temps d’achever le lancement du Projet pendant que la douleur de n’avoir pas su protéger les siens submergera ce pauvre policier si durement frappé. 
- Artémis…
- Madame ?
- Faîtes quand même en sorte que ce soit VRAIMENT effroyable : autant en profiter pour faire payer à notre cher lieutenant son insupportable arrogance !
- Je ne l’entendais pas autrement, madame.


Prochainement : Montagne