Chapitre 11 : Assaut final !

- On arrête de jouer maintenant ! lâche Antoine Morelli méchamment en massant sa mâchoire encore douloureuse, son feu pointé sur les deux femmes en grande discussion.
- Baissez cette arme, monsieur le policier. Nous ne sommes pas l’ennemi. Du moins pas encore…
- Où est l’autre malade avec ses bandages sur la figure que je lui apprenne à me caresser à coups de crosse ? grince le commissaire de l’OCRB tout en se demandant ce qu’il peut bien foutre dans une cave voûtée plus sombre que les pensées de Greg le Deg’.
- En haut. Avec mon homme. Ils font diversion pour vous sauver la vie, mon cher ami.
- Que les choses soient bien claires entre-nous, mademoiselle Régeant, crache le flic en constatant avec soulagement que son collègue Ricard est vautré à coté de lui bien qu’encore plongé dans le cirage. Tout d’abord, je ne suis pas votre ami et surtout, je n’ai pas besoin de deux truands psychopathes pour me protéger.
- Navrée de voir qu’une amitié qui se promettait d’être excitante ne retient pas votre attention, monsieur le policier mais je devrais m’en remettre, taquine la Grosse. Par contre pour ce qui est des gens que nous affrontons en ce moment, permettez moi de douter de vos aptitudes à gérer ce type de péril. C’est la guerre là haut !

A peine Micheline vient elle de dire ça que le plafond en bois de la cave est agité de tremblement. Une tonne de poussière tombe sur les occupants qui se protègent les yeux de leur mieux. Trois quintes de toux plus tard, Morelli reprend sa diatribe offusqué en prenant Christian Ricard qui sort enfin du potage à témoin :

- Mais elle me prend pour un mouflet en plus !
- Comprenez moi bien, monsieur le policier… tente la Grosse.
- …commissaire Morelli. Arrêtez de me donner du monsieur, ça commence vraiment à m’agacer et après le coup de crosse dans le museau, c’est pas prudent, croyez moi !
- …bien commissaire, reprend Micheline amusée. Vous avez un prénom aussi ?!
- Ouais. C’est « Commissaire » pour vous, Régeant !
- Ohlala ! Quelle digne susceptibilité !!! Les hommes de l’OCRB étaient plus amusants à mon époque, vous savez ?!
- Nan je sais pas pis je m’en branle car on me paie pas pour faire rire les suspects au cas où ça vous aurait échappé !
- Il est craquant quand il s’énerve, hein Nat ? lance lascivement la Fouine à Nathalie Cotré qui peine à réprimer un sourire.
- Rhooo mais bordel… hallucine le poulet, provoquant chez les deux femmes une identique mimique complice faussement outrée suivi d’un « Commissaire… » navré qui finit de l’achever. CA SUFFIT ! On est pas à un thé dansant, ma cocotte ! Je vous signale quand même que mon collègue et moi sommes venus pour vous arrêter, vous et vos complices, alors vous seriez bien mignonne de ne pas continuer à vous payer ma fiole car je vous assure que vous n’allez pas goûter l’adition !!!
- Quelle basse vénalité ! La maison mère ne rembourserait donc plus les notes de frais de ses fonctionnaires ? Je vous fais une fiche avec TVA si ça facilite…

Au regard excédé que le flic pose sur elle, Micheline comprend qu’il est temps de lâcher du lest. Après tout, ces deux officiers de police ne sont ici que de leur propre chef et uniquement dans le but de tirer Nathalie de ce guêpier en essayant d’éviter un bain de sang. Elle sourit avec sympathie à ce joli brun énervé, réellement touchée de constater qu’il existe encore des purs et durs capables de mettre la Justice au dessus des Lois. Son sourire est mal interprété par l’Agacé qui va pour aboyer, pensant probablement à une nouvelle raillerie, aussi s’empresse t’elle d’ajouter posément :

- Commissaire Morelli… Dites vous bien que les commandos qui nous attaquent n’ont pas vos nobles priorité et qu’elles élimineront tout obstacle à leur mission. Y compris deux flics s’il le faut.
- Mais qu’est ce que c’est ce foutoir?! demande Ricard le rouquin à nouveau étanche en frottant sa pommette tuméfiée tandis qu’une nouvelle explosion secoue les murs de la cave et fait encore tomber trois tonnes de cochonneries supplémentaires. OULA !!! Qui s’amuse à tirer au canon, Antoine ?
- Antoine… lance « la Fouine », faussement pensive, incapable de ne pas profiter de l’aubaine. C’est joli Antoine.
- On se fout de votre avis, Régeant ! s’excite le commissaire de l’Anti-gang en voyant que le contrôle de la discussion lui échappe encore.
- Vous avez un diminutif aussi, Commissaire ? reprend la Baleine, un sourire coquin en coin. Je ne sais pas moi… Genre Tony ? A l’américaine ? Ca collerait pas mal à un beau ténébreux comme vous…
- Ah ben bravo, Morelli ! s’insurge Ricard redevenu totalement lui même. Je te laisse deux secondes et tu es intime avec les suspects !!! Il a dû taper un peu trop fort le fondu au fusil décidément !!!
- Mais merde non ! C’est elle là qui fait rien que m’asticoter !!! couine le trahi.
- Trèves de plaisanterie, messieurs, reprend Micheline en provoquant un nouveau début d’étouffement chez « Tony ». Voilà la situation : le commando « Odalisque » des opérations spéciales de la DGSE - peut être quinze membres au total - attaque en ce moment même cette maison. Ces femmes ne doivent pas être sous-estimées et elle ne laisseront probablement pas de survivants.
- Les deux autres furieux sont restés en haut ? s’exclame Ricard, éberlué. Contre quinze commandos ?
- J’avoue que c’est un peu déséquilibré… Surtout que les « Odalisques » ne sont peut être pas en effectifs pleins. Mais elles n’avaient qu’à pas venir ici après tout, fanfaronne Micheline.
- Elle est complètement cinoque, cette nana… s’affole Ricard en regardant son collègue tout aussi effaré que lui.
- Ah ça… Dis moi plutôt un truc que je sais pas ! acquiesce Morelli avec lassitude.
- Nous avons une chance de passer inaperçus tant que Bibi et Farid résistent, continue la Grosse sans relever, mais ensuite, il faudra les repousser d’ici si elle trouvent notre cachette.
- Mais je ne veux pas me cacher, moi !!! s’emporte Ricard. Je suis un flic d’élite. Et je ne resterai pas dans ce terrier une minute de plus à jouer les spectateurs.
- Cause plus fort ! J’arrête pas de lui dire mais elle continue à nous prendre pour des bouffons !!! se lamente une fois de plus l’offusqué original.
- Meuh non allons… tempère la Fouine sur un ton qui altère considérablement ses propos.
- Si ! Vous nous prenez pour des pauvres caves incapables de se défendre !!!
- Plus maintenant, je vous assure ! rétorque la vilaine sur un registre oscillant entre une psy compréhensive et une maîtresse de maternelle. Et je promets de ne plus jamais parler de votre étrange manie de parer les coups de crosse avec vos dents.
- Elle m’éneeeeeeerve !!! trépigne Morelli. Faut que je tape sur quelque chose ou je réponds plus de rien !
- Calmez-vous, Monsieur le commissaire ! Mettons plutôt à profit le temps qui nous est accordé à fortifier notre défense au lieu de vous lancer dans un délire héroïque complètement inapproprié.
- Ca ne tire plus… Elles arrivent ! souffle Nathalie Cotré, tétanisée, coupant court aux réactions policières scandalisées éventuelles.
- Alors recevons les comme elles le méritent, répond Micheline en pointant son fusil vers l’escalier d’accès pendant que les deux flics se mettent aussi en position en maugréant.

Elle est heureuse de voir qu’elle a les paumes moites mais que le fusil ne tremble pas entre ces mains cette fois-ci.

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- Encore un assaut comme ça et on y passe, mon pote !

Que même cette fripouille de Tunisien se rende compte de leur situation désespérée arrache à Bibi une grimace qui serait une belle ébauche de sourire si ses blessures ne le faisaient pas tant souffrir.
Plus vautré qu’assis, Raoul Biscarosse est fatigué. C’est un homme d’une résistance inouïe, capable des réactions les plus surprenantes - voire  impossibles - pour rester en vie - il l’a maintes fois prouvé d’ailleurs durant les dernières quarante huit heures – mais  son époustouflante énergie vient d’atteindre ses limites. Même s’il ne l’avouera jamais, il est conscient de former avec l’arabe un duo aussi improbable que fracassant. Cependant, il sait aussi reconnaître quand tout est perdu. Et là c’est râpé. Il ne laissera pas les commandos se débarrasser de lui sans avoir à payer le prix fort mais il est assez lucide pour savoir que ces garces en treillis auront le dernier mot. Autant en emmener le maximum avec eux et donner une petite chance à Micheline de se sortir de ce guêpier. Aussi infime soit elle…

- Hé Clint ! Combien t’en as eu ? murmure Farid, transformé en statue de sel avec les débris de plâtre qui le recouvrent de la tête aux pieds.

Arraché à ses pensées morbides, le Tueur au Magnum pose un œil amusé sur la petite teigne qui vient de s’adosser à l’aplomb de la fenêtre donnant sur la cour et constate, alarmé, que les premiers affrontement ne l’ont pas non plus épargné :
.
- J’en sais rien en fait. Je ne sais même pas si j’en ai séché une. Leurs fichues tenues rendent les identifications difficiles. En plus, leurs saletés de grenades offensives me font pleurer du sang et je n’entends plus rien de l’oreille gauche.
- T’avais qu’à moins te branler quand t’étais mioche ! Pis t’as qu’à utiliser la droite, compatit le Tunisien à son inimitable façon. Moi je suis certain d’avoir sulfaté la première qui a déboulé à découvert avant que ses copines ne me dégomment la cuisse.
- Comment tu fais pour te faire flinguer une guibolle alors qu’y a que ta tronche de cake qui dépasse à la fenêtre ?
- Pffff c’est l’arnaque de ces vieilles baraques ! Je me croyais peinard planqué derrière du dur mais ça a ricoché sur la caillasse de ce fichu mur de derrière et je me suis pris une bastos par rebond !
- Incroyable !!! s’étrangle de rire Bicarosse. Ce mec est incroyable !!! Et t’es touché où ?
- Ben je viens de te le dire à l’instant ! C’est vrai que t’as les étiquettes amochées dis donc…
- Mais j’ai entendu, banane ! C’était pas une vraie question…
- J’vois l’genre... Ca fait plaisir de s’entendre dire que tu t’en cognes qu’on me fasse du mal ! Je suis pas étonné vu le malin plaisir que tu prends à m’en faire toi même mais enfin quand même…
- C’est pas vrai un rancunier pareil, se pince Bibi. Ah je te dis pas le vieux couple en seulement trois jours ! Heureusement qu’on va y rester sinon il m’aurait demandé de lui passer la bague au doigt !!!
- Tant que c’est pas le doigt dans la bague, glousse le Tunisien plâtré.
- Putain l’excité du pauvre ! ricane à son tour Raoul. Bon… Farid… Mon cher ami… OU es-tu touché, je te prie ?
- Un peu partout, rigole de plus belle l’arabe. J’ai donc une bastos dans la cuisse, un truc qui m’a percé le ventre mais qui est ressorti sans que je sache ce que c’était, des éclats de grenade dans le dos et une espèce de clou dans le mollet. Mais le truc qui me fait le plus mal reste une fichue écharde qui est rentrée sous l’ongle de mon pouce. Faut t’y être con quand même pour venir se planter là, t’avoueras !!!
- J’avoue ! Note qu’y avait pas de raison non plus que ton ongle soit moins con que le reste du bonhomme aussi…
- Ouais ben n’empêche… Vacherie !!!  J’en chiale !!! Et toi, qu’est ce t’as ?
- Je sens plus mon bras gauche mais par contre j’ai l’épaule en feu. J’ose même pas regarder tellement ça pisse le sang…
- Tu veux que j’zieute ?
- Nan ! Femmelette comme t’es, tu vas tourner de l’œil et faudra encore que je me tape tout le boulot ! Ou pire, la vision d’un corps viril et musclé te déprimera quand tu compareras avec ta carcasse de chèvre famélique.
- Je ne suis pas maigre ! Je suis bâti avec économie, nuance !
- A ce niveau là, c’est plus de l’économie, c’est de la radinerie !
- Je cause pas esthétisme avec un gras du bide qui n’a plus vu son nombril depuis le collège !
- Continue à me gonfler avec mes poignées d’amour et je t’appuie sur le pouce jusqu’à ce que l’écharde te ressorte par le trou de balle !!! menace Bibi.
- Sadique !!! couine Farid en s’écartant vivement de son futur tourmenteur pour jeter un rapide coup d’œil sur l’extérieur. Qu’est ce qu’elles foutent, les touffes ? On les entend plus…
- Elles doivent attendre patiemment que tu meures du doigt comme le douillet en sucre que tu es…
- T’aurais des vrais doigts et pas des saucisses obèses au bout des pognes…, commence le Tunisien en regardant à nouveau dehors avec précaution.

La balle qui le rate d’un cheveux va creuser un nouveau cratère dans le mur en pierre de taille et le mateur se retrouve plaqué au sol en jurant :

- Mais merde !!! Salopes de snipers !!!
- Estime toi heureux, ça rebondit pas ! Pis pense à la pauvre fille qui a eu ta sale gueule en gros plan dans sa lunette et qui doit probablement se traîner par terre victime d’une attaque cardiaque !
- Hin Hin Hin Ouèèèèèèè !!! glousse le malade. Ca la matte !!! N’empêche qu’elles assurent vraiment, ces garces ! Je préférais ces nouilles d’Albanais…
- Clair qu’on est un peu faits comme des rats là… Evite de zieuter dehors une seconde que je regarde ce que ça donne dans l’escalier.
- Y a rien à regarder, gros nase ! Maintenant que tu les as laissées entrer dans la cuisine, elles doivent attendre que tu pointes ton gros pif de nœud alors fait pas le con…
- Je les ai pas laissées entrer ! Elles m’ont sulfaté pire qu’à Verdun !!!
- Ah viens pas chialer hein ! Je t’avais bien dit de prendre autre chose que ton pistolet à bouchon aussi !!!
- Je sais… Mais c’est fait ! Farid… Si elles découvrent la trappe… Merde ! Je sais vraiment plus quoi faire là !
- Surveille la fenêtre à ma place, je vais te montrer comment on fait moi !
- Arrête tes âneries, avec ta guibolle en charpie, elles vont te descendre !!! C’est toi qui vient de dire qu’elles couvrent l’escalier, pôv trépané, alors comment tu vas les mettre en joue !
- Qui parle de les mettre en joue ? se marre « la Pierrade » avant de sortir deux « ananas » quadrillés de son blouson puis de ramper vers l’escalier en laissant sous lui une trace gluante et écarlate.
- Tu vais faire quoi là, espèce de crétin ? Gaspiller tes dernières grenades en les lançant à l’aveuglette ?
- Ca va pas non ! Je veux pas rater ces vicieuses !!! Je dégoupille et je descends moi même les leur apporter, p’tit mec !
- Tu vas crever comme une merde !
- Ouais mais pas seul… crache méchamment Farid, le regard glacial.
- « La Pierrade »…
- Ouais Clint ?
- Donne moi une grenade !!!

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- « Mère Poule » à « Poussins » ! Situation, « Poussins » ? demande le commandant Lydia Van Varenberg avec un calme qu’elle est bien loin de ressentir.
- « Poussin Noir » à « Mère Poule » : deux blessées dont une sérieusement qui nécessite des soins intensifs urgents, « Mère Poule ». Et… Marie - enfin Poussin quatre - y est restée.
- Chier… se lamente la grande brune athlétique aux cheveux courts parsemés de fils d’argent en masquant son émetteur de la paume. Tu vas me payer ça, Catherine… Je n’ai pas choisi cette mission mais tu vas me payer la mort de mes filles…
- « Mère Poule » ? s’inquiète à nouveau sa correspondante. Mon commandant…
- Oui pardon, « Poussin Noir »… s’ébroue l’officier des Odalisques. Objectifs ?
- Nous tenons l’entrée, la cuisine et nous avons sécurisé l’accès à l’étage. Nous venons de découvrir une espèce de trappe qui ressemble à une entrée de cave.
- Couvrez l’escalier du premier. Il est impératif de neutraliser les deux cibles hautes avant de poursuivre. « Poussin rouge », en renfort immédiat pour sécuriser cette trappe.
- « Poussin Rouge » bien compris et en mouvement, « Mère Poule ».
- « Poussin Vert » intact et toujours en soutien extérieur. Les cibles ne se montrent plus et il nous est impossible de confirmer si nous les avons  neutralisées ou pas.
- « Mère Poule » à « Poussin Vert » : restez en soutien et noyez moi les cibles sous votre feu si elles font mine de réapparaître !

Alors qu’elle se retourne pour faire signe à sa camarade de se relever pour  foncer vers la maison, la patronne des commandos se fige en voyant l’énorme type balafré essuyer son poignard sur son binôme qu’il vient tout juste de tuer en silence. Elle lève son PM par réflexe mais le coup de pied frontal fulgurant asséné par le blond le lui arrache des mains. Elle dégaine sa dague de combat et se ramasse sur elle même, cherchant l’ouverture quand l’homme monstrueux s’adresse à elle en souriant :

- « La Fouine » est à moi, « Mère Poule » ! Tu as le choix entre partir ou dire à tes poussins qu’ils vont très bientôt être orphelins…
- J’ai des ordres ! rétorque Lydia, presque en s’excusant.
- Alors on va les changer, « poulette » ! rugit le Monstre en avançant vers elle.

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L’équipe qui compose « Poussin rouge » dégage l’entrée de la cave protégée par ce qui reste de la section d’assaut « Poussin Noir ». Les deux commandos connaissent leur métier. La première ouvrira la trappe brièvement et la seconde lancera les grenades offensives dans l’ouverture aussi noire que l’enfer. Une fois l’effet de souffle terminé, elles descendront s’assurer que la pièce a été correctement nettoyée des rats qui s’y cachaient. Fussent ils humains.
La commando assure sa prise sur l’anneau et sa camarade active la petite boule de mort.

- « Mère Poule » à « Poussins » !

La jeune femme suspend son geste, attentive.

- A tous les « Poussins », ordre de rentrer à la Basse-court, souffle leur officier principale d’une voix lasse et saccadée.

Bien qu’interdites, les commandos sont si conditionnées à obéir qu’elles se replient instantanément et en bon ordre sans se poser de questions existentielles.

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Farid jette un œil prudent dans l’escalier et confirme le reflux des commandos à Bibi qui les suit prudemment de la fenêtre massacrée.

- Tu as raison… Je ne vois plus personne en bas. Tu crois que c’est un piège ?
- Franchement j’en doute. Y avait plus grand chose à piéger vu qu’on était cloués au sol comme des punaises et qu’elles avaient toutes les cartes en main, répond Raoul en serrant le garrot qui  entoure son biceps criblé d’éclats de toutes sortes.
- Ton bras ?
- C’est plus impressionnant que vraiment méchant finalement…
- Un peu comme toi quoi ! applaudit le Désopilant.
- Mon Dieu aidez moi, il ne fatigue jamais, gémit le grand Tueur.
- On descend voir ?
- D’après toi, mollusque ?! On va pas coucher ici... Je continue à surveiller du haut des fois qu’il y ait embrouille, tu t’occupes de faire sortir Micheline et les autres. Farid…
- Ouais, Clint ?
- Remets ces putains de goupilles sur les grenades, tu me fais peur là !
- Hihi !!! Ah ben mince quel con je suis alors !!! Tu vas pas me croire mais j’ai failli oublier les ananas et les remettre dans ma poche comme ça dis donc !!!
- Si je te crois… C’est bien ça qui me fait le plus flipper d’ailleurs !!!

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Les commandos sont remontés en bon ordre dans les véhicules tous terrains et s’éloignent conformément aux directives de leur commandant. Une main sur son ventre blessé et toujours tenue en respect par le gigantesque tueur, Lydia Van Varenberg dégage la mentonnière et fait glisser sont casque. L’air frais sur son visage ruisselant de sueur lui fait du bien.

- Pourquoi, Piavic ? Je connais votre dossier et je sais que vous la voulez morte au moins autant que mes employeurs.
- « La Fouine » ne peut mourir que de ma main. Elle est la dernière motivation qui me permet de rester en vie aujourd’hui. Il n’était pas acceptable que tes assassins mettent un terme à une histoire qui ne les concerne en rien. Elle est ma proie.

Rachko Piavic dit « l’Ange » compresse la profonde blessure qui irradie sa hanche. Cette belle garce l’a surpris et il n’est plus en condition d’achever sa mission.

- Vous allez m’achever ? demande « l’Odalisque ».
- Non. Tu as rempli ta part du marché et je suis fatigué. Suffisamment pour faire une entorse supplémentaire à mes habitudes car je respecte ta science du combat, « Mère Poule ». La dernière personne à m’avoir blessé était justement cette femme que je traque.
- C’est Catherine qui m’a entraînée… sourit timidement Lydia.
- Alors autant que sa technique lui survive à travers toi car elle, je ne l’épargnerais pas.
- Que va t’il se passer maintenant ?
- En ce qui te concerne ?
- Non. Concernant Catherine.
- « La Fouine » va à nouveau disparaître et tes employeurs la laisseront en paix puisqu’elle est parvenue à garantir l’intégrité des dossiers qu’elle a en sa possession. Qu’ils existent ou pas redevient finalement secondaire… Plus tard, lorsqu’elle baissera sa garde, je la retrouverai. Et je terminerai la partie.
- Vous dîtes ça comme si c’était aussi simple…
- Ca l’est. Dis à « la Fouine » que nous nous retrouverons bientôt.

Le commandant Van Varenberg regarde le géant s’éloigner avec la souplesse d’une monstrueuse panthère malgré sa blessure. Lorsqu’il s’arrête et se retourne, elle se dit qu’il vient de changer d’avis et va revenir la tuer. En fait elle distingue une lueur amusée dans ses yeux azur et il déclare :

- J’ai failli oublier, « Mère Poule »… Un de tes poussins envoyé chez « Monsieur » a survécu. Tu la trouveras ligotée dans le coffre d’une BMW métal à environs un demi kilomètre au nord.
- Elle n’a rien ? s’empresse de demander avec soulagement la brune car elle n’imaginait pas que Piavic aurait fait des prisonniers.
- Elle a les avant-bras brisés mais elle s’en tirera. Elle s’appelle Charlotte Briançon et elle a 23 ans. 
- Je connais son nom ainsi que son âge, Piavic…
- Adieu, Mère Poule, se détourne une dernière fois le géant.
- Piavic, attendez ! Juste une dernière chose que j’aimerai savoir… Pourquoi ? Pour quelle raison avez-vous épargné Charlotte ? C’est un risque qu’aucun professionnel de votre trempe n’aurait jamais dû prendre.
- Je sais, répond doucement le Balafré sans se retourner. Peut être est ce parce qu’au fond de ses yeux, je n’ai lu que de la peur mais pas de dégoût quand elle regardait mon visage.

********************

Agenouillée sur le sol ravagé de la cuisine, Micheline bande le bras de Bibi avec les moyens du bord. Malgré la douleur, il se sent bien. Le regard qu’elle a posé sur lui lorsqu’elle est sortie de la cave valait tous les médicaments du monde et il sourit béatement en se laissant faire comme un petit oiseau blessé entre les doigts boudinés.

- Trop mortel ! explose Farid. La tête de niais qu’il se trimballe, le Clint !!!

Ramené sur terre à la vitesse d’une enclume lancée du troisième étage de la Tour Eiffel, Raoul lance au boulet un regard mauvais.

- Tu perds rien pour attendre, cochonnerie ! Attends un peu que mon bras aille mieux et je t’apprendrai à te foutre de moi !!!
- Peuh ! Pour ce que ça changera ! Justement, j’en profite à fond pendant que t’es qu’un pôv crevard vu que de toute façon tu me cloqueras une beigne sur le chignon avec ta mentalité de méchante bête !
- Navré d’interrompre le numéro de duettistes qui aurait probablement fait un tabac à Las Vegas, messieurs-dames, intervient le commissaire principal Morelli, son arme pointée sur Farid toujours armé de son fusil, mais le jeu s’arrête ici. On dépose l’artillerie, « la Pierrade ».
- D’où il sort ce calibre, le poulet ? On les avait désarmé en sortant de la cave… se renfrogne le Tunisien.
- Faut regarder plus souvent la télé, mon bonhomme ! pontifie Antoine Morelli. La plupart des policiers ont toujours une arme d’appoint, généralement à la cheville.
- Trop fort… applaudit le « bonhomme » pas du tout impressionné.
- Ouais bon ça va bien… Pose ton bazooka, Farid ! On arrête les frais maintenant.
- Faudra me buter d’abord, flicard, balance Farid pas démonté pour deux sous.
- Ne faites pas l’imbécile, Belkacemi ! renforce Ricard, son arme levée à son tour.
- Tu t’appelles Belkacemi, demande Bibi sans s’occuper des flics qui les braquent.
- Tu t’attendais à quoi ? Martin ou Leblanc, abruti ? répond l’intéressé.
- Non mais je t’imaginais pas avec un nom de famille, c’est tout. Un peu comme Bourvil ou Coluche, tu vois ?! Ou Fernandel, vu ta gueule !!!
- Ben c’est Belkacemi. Ca commence par la même lettre que Bicarosse mais ça sonne moins crétin.
- Dîtes donc les comiques, s’énerve Morelli, ça va là ? On vous dérange pas trop ? On arrête le show on vous dit ! Vous êtes en état d’arrestation.
- Bonjour la gratitude… se poile le Tunisien.
- Nous sommes officiers de police, Belkacemi, intervient le capitaine Ricard. Vous êtes impliqués dans un massacre qui dure depuis plus de quarante huit heures et vous allez avoir des comptes à rendre même si je vous concède des circonstances atténuantes. Alors votre laïus sur le fair-play, vous mettez votre mouchoir par dessus. On est pas à Chicago pendant la prohibition ou dans Mad Max !
- T’as beau être plus sympa que ta truffe de collègue, j’irai pas en cabane… grogne Farid en se relevant et en faisant pivoter le Spas.
- Fais pas le con, merde !!! hurle Morelli en pointant son revolver sur la tête du Tunisien, relayé par Ricard.

Les deux policiers appuient au même instant sur les gâchettes mais un « clic » ridicule leur arrache une grimace mêlant étonnement et horreur qui fait exploser Farid de rire.

- Clic, clic, clic, singe « la Pierrade ». Pendant qu’y a des blaireaux qui font dodo, les pas blaireaux vident leurs pétards de secours parce qu’il regardent la télé ! J’ai vraiment à ce point une tête de débile pour que tu ais cru une micro crotte de seconde que je ne te fouillerais pas des pieds à la tête pendant que t’étais dans le cirage  ?
- Je peux répondre… tente Bibi.
- Par contre je précise, ricane le Tunisien en désignant son canon de la tête, que mon obusier marche parfaitement, lui. Juste au cas où y aurait un héros… Vu qu’on va pas s’éterniser et que Micheline veut pas que je vous explose, vous retournez à la cave le temps qu’on se trisse, les poulets.
- Vous faites une énorme erreur, crache Ricard.
- Je lui ai dit, rétorque Farid, mais elle dit que buter un flic ça porte malheur.
- On se retrouvera, grogne Morelli au Tunisien rigolard en descendant les marches.
- Dac mais vérifie tes flingues alors, le bourre, parce qu’avec tes techniques, ta seule chance de me tuer c’est de rire !!!

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Laissant derrière eux la maison ravagée de Nathalie, le quatuor s’éloigne en voiture à vive allure après que Micheline se soit brièvement entretenue avec Lydia Van Varenberg, l’officier blessé des Odalisques.

- On va faire quoi maintenant, demande Bibi.
- Une fois que vous serez soignés, nous nous ferons oublier quelques temps. Puis Nat et moi reprendront contact avec mes anciens employeurs pour les… rassurer et éviter que nous ne soyons victimes d’un nouveau malentendu.
- T’as de ces mots des fois, Micheline ! s’exclame le Tunisien. Et pis après ? Quand y aura plus de « malentendu » ?
- Nous aviserons… Entre les compétences de Nathalie et les vôtres, je pense qu’on peut surfer sur la réputation de « la Fouine » quelques temps en attendant que je sois à nouveau prête à assumer mon rôle de « légende vivante ».
- Ah tu vas faire un régime ! balance très sérieusement « la Pierrade » si bien que même Bibi ne croit pas bon de relever.
- C’est une option qui me semble effectivement séduisante, mon ami, sourit la Grosse en regardant tendrement Bibi. Je pense avoir besoin d’une remise en forme de fond.

Maintenant que la tension s’estompe, la fatigue tombe comme une chape de plomb sur les occupants du véhicule et chacun savoure ce silence reposant.
Mais pas longtemps.

- Elle te disait quoi ta grande copine la commando avant qu’on parte ? demande Farid.
- Que nous devions notre sursis à un Ange… élude Micheline.
- Un Ange ? Elle yoyote drôlement la pétasse ! Tu m’aurais dit le Diable encore, je t’aurais peut être cru, glousse le Tunisien.
- Et bien non pourtant. C’était un immense Ange tout blond. Je l’ai vu pour la première fois lorsqu’il m’a tuée il y a cinq ans. Il était simplement normal qu’il revienne veiller sur moi à sa manière lors de ma renaissance…

Fin de la première saison