Chapitre 9 : Boucherie !


Comme des idiots…
Ils se sont faits avoir comme des gosses !
Délestés de leurs armes, Micheline et Bibi se tiennent debout au milieu du salon, tenus en joue par les Apaches et face à un Grizzli qui pérore joyeusement :

- J’suis vachement déçu… Notre employeur nous a fait tout un speech plus flippant que l’intégrale d’ « Alien » sur les terreurs qu’ont devait attraper et on s’retrouve à piéger trois crétins tous nuls pires que les Charlots en Espagne.
- On ne peut pas gagner à tous les coups, sourie Micheline visiblement peu concernée mais consciente du fait que tant qu’elle parle, elle est vivante.
- Tu fais bien de la ramener, la grosse dondon ! Je m’attendais à me trouver face à Nikita en personne, moi !!! Et keske j’trouve ?! Une barrique de graisse toute moche sapée comme le Jason de Vendredi XIII. T ‘aurais presque un air de famille avec Tenaille si on te rasait la boule, glousse le Monstre en désignant une énorme skin à l’air mauvais – seule femme de leur groupe – affichant piercings et tatouages immondes.
- T’es pas avare de comparatifs cinématographiques, le biker ! lâche Bibi qui réfléchit au meilleur moyen de se débarrasser des cinq horreurs qui les entourent.
- Le cinoche c’est mon truc. Toi l’flingueur, vu ta réputation de terreur solitaire, je t’imaginais un peu à la Eastwood, tu vois ? Période « spaghetti ». Genre un grand sec avec un regard mystérieux qui transpire pas alors que les autres ruissellent autour. Et j’vois quoi ? Une espèce de Tom Hanks sans le talent et qu’aurait abusé du pâté…
- Ca me désole de te décevoir à ce point pour notre première rencontre, gros sac ! répond Bibi. J’aurais su que t’étais cinéphile, j’aurais mis un chapeau et des bottes pis j’me serais remis à fumer le cigare. Je me serais aussi équipé d’un gros six coups à l’ancienne pour trouer proprement ta face de cul.
- T’es un sacré comique, flingueur ! Et t’as une sacré paire dans le froc à oser me causer comme tu l’fais alors que t’es du mauvais coté du calibre. Profites en bien paske ça risque de pas durer des masses… Vous connaissez notre spécialité, les amoureux ?
- Les critiques de film dans les cahiers du cinéma ? tente Micheline.
- Nan. Même si j’aurai bien aimé. Mais que j’préfère mater les toiles à cause que j’écris moyen. Non en fait, notre truc, c’est la boucherie.
- Ca explique l’odeur de pieds de porc… nargue Bibi.
- T’es vraiment un sacré rigolo, toi !!! sourit méchamment Grizzli. Donc pour en revenir à not’ propos, si un type veut qu’un autre type disparaisse très salement et que ça fasse bien peur aux autres, c’est nous qu’on appelle.
- Clair ! Je vois vos tronches débarquer, j’ai peur ! insiste Raoul malgré les yeux au ciel de Micheline.
- L’autre truc dans le coin là, c’est une œuvre à nous par exemple ! se marre le monstre en désignant Mirko, apathique dans son fauteuil. C’est trois jours de boulot à la pince et à la cisaille ! Normalement on fait pas dans le moderne mais plutôt dans le médiéval ! Y a un coté artisanat qui motive.
- A part moi mais c’est pas souvent qu’on fait appel à mes talents, précise fièrement le dénommé Tronçonneuse, rapport à son ustensile de prédilection.
- Et ça nourrit son homme ? s’intéresse Micheline poliment.
- Y a des hauts et des bas, la grosse. Mais quand on aime son métier, c’est pas facile de se recycler tu sais… Je sais de quoi j’parle : j’ai commencé comme équarrisseur sur des bœufs. Mais les gens c’est bien plus motivant. Ca pleure et ça supplie !
- Heu… Grizzli ? interrompt un gigantesque noir baptisé poétiquement Hachoir par ses copains pour son amour de l’outil éponyme.
- Ouais keskia ? T’vois pas que j’cause avec ces messieurs/dames là ?
- Ben c’est pour l’arabe avec ses pansements… On en fait quoi ?
- Ah ouais, j’l’avais oublié celui là… glousse Grizzli en se retournant vers Bibi. L’est pas un peu spécial ton pote ?
- M’en parle pas… Pis c’est pas mon pote, j’précise vu que tu m’as l’air un poil malcomprenant.
- Première fois que je vois un mec à qui on braque trois calibres dessus qui nous saute sur le chignon au lieu de lever les mains, dit Grizzli, songeur. Il est drôlement courageux !
- Vu le résultat, moi j’dirai qu’il est complètement abruti mais c’est toi qui tient le pétard…
- T’es trop toi !!! explose de rire Grizzli. T’as quand même un coté Eastwood en fait. Bon pour la gueule c’est râpé mais coté mec qui se la joue cool en toutes circonstances, t’assure des caisses.
- Seulement en face de loosers… grince Bibi.
- Ca va me faire de la peine quand on va te faire du mal sincèrement. J’pense que quelque part je t’ai à la bonne. C’est con de se la faire arracher quand on a une langue aussi bien pendue, menace jovialement le tatoué.
- T’auras qu’à te la faire greffer ensuite, ça te changera de ta langue de veau, gros sac !
- Chef… Alors je fais quoi avec l’arabe ? insiste Hachoir tout fébrile.
- Mais tu gonfles, Hachoir, merde ! Il est mort ou il est pas mort ?
- Ben il saigne de la tête et après le coup que tu lui as collé sur la cafetière, je dirai qu’il est mort.
- Bon ben alors pourquoi tu me fais chier ?
- Ben c’est des fois qu’il soit pas complètement mort, chef. Genre juste la tête canée mais le reste qui marche toujours comme les canards.
- Ecoute t’as qu’à l’égorger vu qu’il fait pas partie du contrat. Ou éventre le ! Mange le même si tu veux mais laisse moi causer avec mon pote ! Pis tiens, tant que tu y es, dépose donc Mirko dans sa chambre au passage, il me fait de la peine à être là tout triste.
- Bon ben d’accord alors… repart Hachoir visiblement encore plus ennuyé qu’à son arrivée en portant le mutilé sur son épaule comme un sac à patates.
- Attends Hachoir, beugle Sécateur, un petit maigrichon tondu et tatoué de partout, accessoirement Skinhead fascisant et petit ami de Tenaille la mocheté rasée . Si on en mange des morceaux, je viens !!! Je peux, Grizzli ?
- Ouais mais je veux pas l’entendre gueuler s’il est pas claqué ! Vous le saignez d’abord avant de le bouffer. T’es pas chez mami ici et y a sûrement des vioques qui pioncent vu le standing de la résidence alors tenez-vous correctement, ça changera !
- Ouais c’est promis, s’éclipse Sécateur tout content.
- Des vrais gosses, sourit Grizzli à ses hôtes. Faut les excuser…
- Penses-tu, rétorque Micheline. C’est communicatif autant de joie de vivre.
- Je suis pas convaincu que Farid soit super enthousiaste de voir débarquer ces deux là surtout que le deuxième souhaite le becter. Note qu’il est pas dégoûté le mec. Croquer « la Pierrade » - même s’il est précuit - faut être quand même drôlement à la ramasse !!!
- Je confirme. C’est un peu le problème avec Sécateur… Mais attention ! Grand artiste avec son outil ! Les doigts – pieds et mains – sur Mirko, c’est le petit Sécateur tout seul ! Pour la quéquette je suis plus trop certain. Je crois bien que c’est moi qui l’avait arrachée à la main mais je n’en donnerai pas ma bite à couper ! Ou alors celle de Mirko !!! s’esclaffe l’homme montagne.
- Très amusant, se force Micheline qui sait vivre.
- Gros débile ! balance Bibi, moins au fait des convenances.

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Farid est allongé dans la baignoire, le crâne pissant le sang suite au coup de crosse phénoménale qu’il a ramassé sur le carafon quand il a réagi en s’apercevant qu’ils s’étaient faits baiser comme des couillons. Clair que sa réaction désespérée a surpris Grizzli et ses Apaches ! Mais pas suffisamment non plus pour permettre d’inverser la donne… L’étonnement passé, ces malfaisants lui sont tous tombés dessus pendant que l’espèce de géant barbu tenait Micheline et Bibi en joue avec son énorme flingue à chevrotine.
Purée ce qu’il a mangé !!!
Inspectant précautionneusement de la langue sa bouche explosée, il comprend qu’il est parti pour un abonnement longue durée aux soupes en brique. Rien qu’avec le matos qu’il collera sous son oreiller la nuit prochaine, la petite souris devrait lui permettre de se payer un séjour illimité dans un Palace des Caraïbes, c’est certain ! Il a pourtant l’habitude de se chicorer, le Tunisien. Mais face à des barges pareils, il n’a pas fait le poids très longtemps. Nombreux et méchants, ces navets ! Leur seule erreur est de penser l’avoir crever ! Et le Tunisien, ignorant les signaux de douleur que son corps meurtri tente d’envoyer à son cerveau submergé par la rage, est bien décidé à ce que cette boulette soit leur dernière… A leur décharge, ces gros nuls ne sont pas les premiers à le laisser pour mort suite à un coup sur la courge. Il remercie une fois de plus son cousin Ali - paix à son âme ! - qui l’avait poussé du plongeoir du cinq mètres à la Piscine municipale pour déconner et épater les meufs. Coté épate, ça avait été le jackpot quand sa tronche avait percuté le rebord du bassin au lieu de la flotte ! Enfin il paraît… C’est Ali qui lui avait raconté plus tard vu que sur le coup, il n’était pas trop en mesure d’apprécier l’effet frime sur les gisquettes. En tout cas, la plaque d’acier qu’on lui avait collé dans la calebasse pour remplacer ses os en bouillie vient une fois de plus de lui sauver la vie.

Refluant la souffrance avec un stoïcisme étonnant né de l’habitude, il écoute, essayant de dénombrer le nombre d’opposants présents. Quatre au moins. Il pourrait s’en assurer en comptant le nombre de semelles différentes qui ont du s’imprimer dans sa figure mais préfère mater son environnement direct pour trouver un truc qui pourra lui servir d’arme. Quelle dèche ! C’est fou ces touristes qui n’ont pas un pétard dans chaque pièce quand même ! A part le gros flacon de parfum, il ne trouve rien de satisfaisant. Même pas une paire de ciseaux à doigt de pied ! Va falloir donner dans l’improvisation bestiale et dans son état, « la Pierrade » doute singulièrement du résultat. Pendant une seconde, il hésite. Il se dit que sa meilleure chance de s’en tirer est de se la jouer furtif en s’éclipsant de ce piège en loucedé à la façon d’un pet sur une toile cirée. Mais le souvenir de ses frères massacrés dans l’entrepôt et son engagement tacite pour la cause de la Grosse ballaient la trop sage option. Il a promis à ses deux compagnons qu’il irait jusqu’au bout et c’est exactement ce qu’il va faire. Même s’il doit y laisser le peu de peau intact qu’il lui reste !

Le cul posé sur le rebord de la baignoire, il déverse le shampoing et le bain moussant sur le carrelage de la salle de bain, affirme sa prise sur la bonbonne de « sent-bon » et reprend sa place de gisant dans la baignoire en fermant les yeux comme le bon macchabée qu’il est censé être.

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Des hurlements affreux en provenance de la salle de bain retentissent soudain.

- Tiens l’est pô mort l’arabe, s’étonne Grizzli. Je perds la main moi… Quand on voit le coup que je lui ai cloqué sur le citron, j’aurai juré que ses cheveux dansaient sur sa langue.
- C’est traître un bougnoule, chef ! le rassure cette mocheté fachote et ferraillée de Tenaille.
- Je vous dis : des vrais gosses, reprend le Gigantesque. J’avais dit « en silence » mais on peut pas leur faire confiance. Je vais leur passer un sacré savon, vous pouvez me croire, se lamente Grizzli, paternaliste.
- Clair que tu peux pas laisser passer ça après les avoir prévenu. C’est important l’éducation ! parade Bibi qui commence à sérieusement s’inquiéter en voyant Micheline qui perd un peu plus pied à mesure que le temps passe.

Il regarde fébrilement autour de lui ce qui pourrait bien être utile pour se sortir de ce merdier.

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- Qui est le con qui a foutu cette merde par terre, beugle Hachoir qui vient de s’étaler de tout son long sur le carrelage comme une méduse noire géante.
- Vu la tronche du bicot, c’est pas lui qu’a joué les femmes de ménage négligentes, gros maladroit, se moque Sécateur en refermant la porte doucement et en approchant avec précaution de la baignoire aspergée de sang.
- Tu pourrais m’aider à me relever quand même, sale nain chauve ! grogne Hachoir à quatre pattes.
- Démerde toi, face de charbon ! D’toute façon zêtes bien des Singes tiens, vous autres les blackos ! On vous laisse deux secondes et on vous retrouve à quatre pattes !!! C’est dans les gènes…
- J’en ai marre de tes blagues racistes, Sécateur. Un de ces jours Grizzli sera pas là pour te tenir la main et je vous crèverai, toi et ta nazie d’pouffiasse aux piercings.
- Ben pourquoi attendre Bamboula, se retourne le skinhead, mauvais, un couteau à découper à la main.
- Fais pas l’andouille, je déconnais, tempère le grand noir toujours déséquilibré, une main levée devant le visage.
- Moi j’déconnais pas !!! répond le facho prêt à bondir.

Le flacon de parfum lancé par Farid explose dans la figure de Hachoir qui aggrave les terribles blessures causées par le verre planté dans son visage en tentant de frotter ses yeux brûlés par l’alcool. Eberlué, Sécateur le tondu se retourne et se trouve face à une vision de cauchemar pissant l’écarlate de la tête comme une fontaine qui se jette sur lui bouche ouverte, tous moignons de dents dehors, cherchant sa gorge avec un rugissement de bête enragée.

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Un ange passe dans le salon tandis que les effroyables cris vont crescendo, soutenus par des bruits de saccage plus qu’inquiétants. Une dizaine de secondes plus tard, un silence relatif et lourd de sens sonne comme un glas définitif. Micheline regarde Bibi comme une noyée.

- Bon, jette calmement Grizzli avec un sourire avenant. C’est pas le tout mais va peut être falloir qu’on abrège…
- Ah ? s’étonne Bibi. On nous massacre pas nous ?
- Ben non malheureusement, s’attriste le Monstre. Vous foutez une telle trouille à notre employeur qu’il a bien insisté pour qu’on vous descende vite fait sur place. J’aurai même pas du causer mais c’est pas tous les jours qu’on tombe sur des gens sympathiques.
- Mince… Bon ben je devrais seulement te croire sur parole alors concernant tes talents.
- J’en suis le premier navré, flingueur ! Je suis certain que tu ne nous aurais pas déçu…
- C’est toi et tes potes qu’allez pas être déçus si vous lâchez pas vos arquebuses tout d’suite, sac à merde ! hurle Farid à l’entrée du salon.

Le raisiné lui coule toujours sur le visage et son pansement pend sur sa joue déchiquetée. Il tient le gigantesque Hachoir dont le visage est horriblement lacéré devant lui comme un bouclier, le couteau de Sécateur passé sous sa gorge. Tout le monde se regarde et se jauge, immobile et silencieux.

C’est quand il entend « Police ! On se fixe !!! » que Grizzli lève son fusil à canons sciés.

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- NON MAIS C’EST PAS VRAI !!! QUI PEUT BIEN ÊTRE ASSEZ ABRUTI POUR FAIRE DES SOMMATIONS AVEC CES MECS LA ???  hurle Greg le Deg’ dans son micro perso. Vous voulez pas leur faire livrer des fleurs et des nougats non plus ?

Un coup de fusil lui répond suivi d’un lamentable « Un homme à terre !!! » qui sonne comme un sacré débit d’emmerdes dans l’écouteur. Marmand se retourne vers Morelli, toujours souriant :

- Dire qu’on avait progressé sans embrouille jusqu’ici et que tous les accès étaient sécurisés. Y avait plus qu’à les descendre tranquillement et il a fallu qu’un crétin se croit dans Navarro. C’est moi ou c’est une journée de merde, Antoine ?
- Un peu des deux je suppose. T’as reconnu la voix du Monsieur Loyal de l’annonce officielle au fait ?
- Me dit pas que c’était de Guérinand, putain !
- Qui d’autre… ?
- S’il s’en sort, je le bute cette fois !!!

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Toujours debout, Grizzli recharge tranquillement son canon-scié comme si les hommes du RAID étaient des insectes minables. Tenaille s’est plaquée contre le mur du salon et arrose sporadiquement le couloir avec son Uzi sans se découvrir. Tronçonneuse rampe derrière le canapé pour se placer face au couloir investi. Les inimitiés entre crapules se sont naturellement envolées avec l’arrivée de l’ennemi commun : le flic.

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Les deux commandos qui s’étaient infiltrés dans l’appartement tentent de tirer à eux leur officier abattu par Grizzli. En même temps, le capitaine Ricard couvre l’ouverture du salon et riposte aux coups de pistolet mitrailleur qui sont tirés du côté gauche de la pièce. Le rouquin est bien ennuyé : juste dans l’encadrement du salon, il distingue un petit mec tout sanguinolent du chignon et une espèce de gigantesque noir. Les deux sont de dos, immobiles, et le capitaine ne peut se résoudre à les flinguer sans avoir au préalable déterminé de qui il s’agissait.

Première urgence : sortir ce connard de Guérinand de là !

De toute façon, les cibles sont piégées comme des rats et le temps joue pour son camp.
Il se dit que les choses vont se gâter quand il entend clairement les cow-boys de l’Anti-gang rappliquer dans le couloir extérieur. Au risque de prendre une balle, il cesse de couvrir l’accès, met son arme en bandoulière et aide ses deux hommes à tracter le blessé en dehors du couloir mortel avant que les tarés du commissaire Marmand ne se déchaînent.
Il y est presque parvenu quand le « FEU ! » définitif rugit par Greg le Deg’ déchire son écouteur.

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Farid a l’impression d’être une tranche de jambon dans un sandwich. Outre l’aspect incongru de la comparaison eut égard à sa confession, il trouve la position très inconfortable et carrément antinomique avec ses désirs de vivre très vieux et très longtemps. Il fait aller ses yeux de hérisson pris dans les phares d’une bagnole sur une route de campagne dans tous les sens. Ca va péter, c’est certain ! Les flics qui viennent d’arriver n’ont probablement rien à envier aux cintrés qui les ont piégés. S’il bouge un orteil avant le bon moment, il est évident que ce sera son dernier. Il hésite encore, agité comme une girouette en pleine bourrasque. Heureusement, le cri qui retentit du coté des flics est sans équivoque : ils vont défourailler à tout va ! C’est maintenant ou jamais !

En un instant, le Tunisien fait pivoter le gros Hachoir toujours gémissant face aux policiers. Son cul au moins partiellement couvert coté flicaille, il plonge derrière le canapé le plus proche, percutant Tronçonneuse qui s’y était abrité et allait se relever en pleine figure. Il n’a pas encore terminé de souffler les bougies que la collision lui a allumées sous le chapeau que les six membres de l’OCRB – pieds écartés et les deux bras tendus comme à l’entraînement -  balancent la purée. Le gros noir aveugle est la première cible logique et il ramasse d’emblée pour tout le monde. Hachoir le bien nommé est haché sur pied et c’est l’impact des balles qui n’en finissent pas de transpercer son corps qui le tient debout comme un pantin ridicule.

Un percuteur frappant à vide signifie à tous que le premier acte vient de s’achever. L’étouffant nuage de cordite plane dans l’appartement, masquant les adversaires les uns aux autres tandis qu’un silence de mort s’abat sur le champ de bataille après que Hachoir - rebaptisé « Passoire » pour l’occasion - se soit avachi par terre avec un bruit mouillé et flasque.

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- Faut se tirer de là, puce ! murmure Bibi à Micheline.
- C’est foutu mon grand ! De toute façon je ne suis plus bonne à rien, pleure t’elle doucement. La légendaire « Fouine » !? renifle la grosse en souriant tristement. Tu parles ! Je me suis pissée dessus de trouille quand ils ont commencé à tirer.
- Ben comme ça tu pleureras moins, répond sèchement le tueur. On va pas crever ici comme des rats après tout ce qu’on a traversé, tu m’entends ! Il doit y avoir un moyen de s’échapper ! Y a toujours un moyen !!!
- Laisse moi ici, Bibi… Je suis grosse, je suis moche et je suis fatiguée… Catherine Régeant n’existe plus et elle ne reviendra plus jamais. Permets moi au moins de me reposer enfin.
- Mais qu’est ce que j’en ai à battre de « la Fouine », moi ? Ma femme s’appelle Micheline Beauregard. Je sais que c’est pas franchement un top model mais c’est la femme que j’aime depuis cinq ans alors tu vas lever ton gros cul et on va sortir d’ici ou crever en essayant, rugit Bibi avec hargne en cherchant une arme désespérément.
- Flingueur ! grogne Grizzli. Je m’étais pas trompé de beaucoup sur ta carrière cinématographique finalement : t’as bien un coté Eastwood !!! Par contre, c’était pas la période « Spaghetti » mais « Dirty Harry » ! Rien que pour ça, tu mérites de tenter ta chance ou au moins de crever un pétard à la main ! Prends ça et bonne chance… Clint ! dit il en lui lançant son 44.
- Qu’est ce qu’il débloque encore de timbré, maugrée Raoul en crochant le pétard au vol avant de vérifier barillet alors que l’enfer se déchaîne une fois de plus de part et d’autre. Tu parles d’un moment pour causer cinoche franchement !!!
- Harry… annone Micheline, visiblement un peu barrée. Ca sonne bien… Mais faut faire attention au nom derrière, hein ! Faut éviter Harry Cover !!! ricane t’elle stupidement.
- Ah ben voilà, elle a pété un fusible ! se lamente le Tueur. Déjà avant c’était pas gagné mais là, ça va donner si je dois en plus me trimballer un boulet qui débloque ! Reprends toi, Micheline, merde !!! rugit Bibi.
- Oui Harry, sourit bêtement la Grosse. Harry Krishna !!! explose t’elle dans la foulée.
- Oh purée, on est pas sortis de l’auberge… grince l’offensé.

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- Il est mort ? demande Marmand à Christian Ricard penché sur le Commandant de Guérinand.
- Non…
- C’est bien dommage, peste le mauvais. Vilaine blessure au moins ?
- Ben… je crois qu’en fait il s’est simplement évanoui quand la décharge a frappé son gilet en Kevlar, commissaire. Ah pis au pifomètre, je dirai que le Brave s’est aussi chié dessus dans la foulée…
- Tombé au champ d’honneur pour cause de trouillomètre à zéro, explose de rire Morelli. Il nous aura tout fait le Noble. Pourtant après le coup du fauteuil roulant, c’était un sacré challenge !!!
- Y a de la chance que pour la cacaille, crache Marmand dégoutté. Bon les gars, va falloir jouer serré : il y a deux pièces latérales dans ce couloir. Mat et moi on prend celle de gauche, Morelli et Léo vous prenez à droite. Ricard, toi et tes gars vous nous couvrez, le dernier binôme reste en réserve. Entamez un petit dialogue avec ces ordures que ça les occupe le temps qu’on progresse.

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- Ben qu’est ce qu’elle a à se marrer comme çà, la Bonbonne ? J’ai raté un truc ? demande Farid qui a enfin réussi à ramper jusqu’au couple prostré.
- Elle déprime… se lamente Bibi.
- Ah bon ? demande le Tunisien surpris. Ben pourquoi donc ? Tu lui as encore dit un truc qu’il fallait pas ?

Bibi regarde son meilleur ennemi comme s’il débarquait d’une autre dimension.

- Non mais t’es vraiment un taré, « la Pierrade »… Y a pas une minute on était à deux doigts d’y passer en étant découpés vivants par une bande de bouchers cannibales, maintenant une armée de flic campe devant l’unique porte de sortie de ce foutu d’appartement et toi tu me demandes ce qui déprime ma nana ??? Il a du taper drôlement fort sur ton crâne de piaf, le Grizzli !
- Hé oh calmos hein, j’y suis pour rien moi ! Pis remarque,  elle a la déprime sympa si ça la fait bidonner, c’est déjà ça ! Ah tiens… Qu’est ce qu’elle dégoise ? Aristochat… ?
- Harry Stocrate ! Elle fait des jeux de mots amusants… Laisse tomber…
- C’est drôle Aristocrate ? Tu m’expliques, dis ! Moi j’aime bien me marrer aussi !
- T’es vraiment un maboule, toi ! Je te dis qu’elle craque et que c’est pour ça qu’elle dit des trucs débiles et toi tu te préoccupes uniquement de comprendre les gags de madame la comique alors qu’on va crever comme des nuls ?!
- Faut pas t’exciter comme ça, mon pote ! se marre le Tunisien. Je sais déjà comment on va partir d’ici, t’inquiète !
- Ah oui ? On va aller sur le balcon et attendre qu’une paire d’ailes nous pousse dans la rondelle pour s’envoler peut être ?
- T’es pas loin du compte, Bibi ! sourit le sanglant de la tête en voyant Raoul rester comiquement la bouche ouverte de stupeur. Bon puisque notre sortie c’est réglé et que tu veux pas me dire pour Aristocrate, reprend il sur un ton de confidence, tu peux m’expliquer un autre trucs steuplé : pourquoi le grand tatoué il t’appelle Clint ?!

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- Vous êtes cernés ! Rendez-vous sans résistance et il ne vous sera fait aucun mal, lance le capitaine Ricard pendant que les cow-boys de l’OCRB avancent dans le couloir en silence.
- Tu peux me promettre que j’irai pas en cabane si je me rends, poulet ? demande le monstrueux Grizzli d’un ton suppliant, gagnant lui aussi du temps pour que Tronçonneuse - qui sort enfin du potage suite au coup de boule accidentel de Farid – reprenne sa position.
- Heu… Ben non ! répond le capitaine estomaqué. Mais je vous garantie que le juge en tiendra compte.
- M’en fous, du juge ! Je veux pas aller en prison. Si je dis que regrette et que je le ferai plus, c’est bon ? Je suis même prêt à signer un papier !
- Il est vraiment cintré ou il se moque de moi ?! demande l’officier du RAID à ses gars tout aussi surpris que lui.
- Et pis la taule c’est mauvais pour le teint continue Grizzli. Et pour les fesses aussi à ce qu’il paraît. Et moi j’ai des hémorroïdes alors je suis pas trop chaud.
- Mais il se fout de ma gueule cet enfoiré, hallucine Ricard en regardant ses gars qui ont du mal à garder leur sérieux.
- Il prépare un truc, mon capitaine… commence un des Ninjas.
- Tiens toi tranquille, les cow-boys y sont presque…

Les deux équipes viennent enfin d’atteindre leurs objectifs respectifs sans encombre quand des coups de feu éclatent en provenance des deux pièces investies à peine les portes  refermées. Immédiatement, Grizzli et ses groupies se joignent à la fête en défouraillant à tout va dans le couloir fort heureusement à nouveau vide, relayés par les Ninjas restés en couverture.

- Mais qu’est ce qu’ils fichent là dedans à jouer du pétard, bon sang !!! s’énerve le capitaine du RAID. Heureusement qu’on avait dit qu’il fallait y aller en douceur sinon qu’est ce que ce serait !!!

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- Mince… grince l’inspecteur Léonard Capron à son supérieur.
- Je crois qu’il n’a rien, Léo ! sourit Morelli en vérifiant le palpitant de Mirko le mutilé qui tente de ridiculiser un solo de batterie de death-metal.
- Ne me tuez pas !!! gémit l’infirme.
- Cool mon gars, le rassure Capron qui n’en revient pas d’avoir vidé son chargeur autour de la tête du mec sans le blesser. C’est que tu m’as foutu une trouille de tous les diables quand tu t’es redressé dans le pieu avec ton tire-bouchon à la place des pognes et tes lunettes genre « l’Aveu ». On est de la police ! achève t’il sur un ton d’excuse.
- C’est vous Mirko Rachac ? demande Morelli. Le propriétaire de cet appartement qui nous a fait prévenir ?
- Oui c’est moi…
- Combien sont ils là dedans, monsieur Rachac ?
- Je ne sais plus très bien. Il y a un gang… Celui de Grizzli et ses Apaches. Ils étaient cinq quand ils m’ont agressé, j’en suis certain. Mais ensuite ça s’est compliqué avec l’arrivée de « la Fouine » et de ses amis. C’est devenu assez confus… Et je crois qu’il y a eu des gens blessés dans la salle de bain.
- Gaffe dans la salle de bain ! tonne Antoine Morelli dans son micro. Il y a peut être des blessés dans la pièce.
- Heu… ben c’est un blessé un peu mort qu’on aurait plutôt maintenant, répond le commissaire Grégoire Marmand d’une petite voix gênée.
- Ah… s’étonne Morelli. Puis se retournant vers Capron. C’est le problème avec Greg tu vois Léo : même surpris, il a l’instinct mauvais. Il a dû sécher le blessé.
- Hé oh ! Il était déjà tout esquinté avant, s’excuse Marmand dans l’oreillette. Ces salauds ont du le faire partiellement manger par une espèce de gros animal qui lui avait dévoré la face. En plus je l’ai pas fait exprès, franchement. Je rentre dans la pièce mais un con avait balancé du shampoing sur le carrelage alors je me casse la gueule juste quand l’autre mâchouillé tout tondu sort de la baignoire en gémissant comme Dracula. C’était un genre de tire réflexe, quoi…
- Je confirme, renchérit Mat la Batte. Cette tronche en sang, ça surprend. Comment il m’a fait peur aussi, les mecs !!! Salement mal en point, le pôv type ! Bon, les deux valdas qu’on lui a collé dans le buffet ont pas du l’arranger, c’est sur…
- Dîtes les gars, quand vous aurez fini de raconter votre vie, vous nous donnerez peut être un tir de soutien ?! raille Ricard. Je vous rappelle gentiment qu’il y a un groupe de crétins à l’entrée du couloir – j’ajoute que je parle de moi et mes gars pour ceux qui ne suivaient plus - qui en a ras le casque de se faire sulfater par les méchants, là !
- Pardon le Ninja, glousse Marmand. Bon au « go » on ouvre les lourdes et on sécurise les cotés opposés du salon pendant que vous donnez tout ce que vous avez du couloir !
- J’espère que le clébard qu’a bouffé le mec est pas dans la pièce avec les autres, moi ! s’inquiète Mat. Il doit être énorme pour avoir arrangé le petit rasé comme ça !!!

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- C’est trop calme, balance justement le faux chien mangeur de Skin à Bibi qui tente de redresser une Micheline hilare qui vient juste de terminer Harry Zona et embraye joyeusement sur Harry Tmétique.
- Franchement ton plan est débile, Farid ! On va y rester !!! renâcle le Flingueur.
- Si t’as une meilleure idée, je suis preneur gros malin ! rétorque « la Pierrade » en ouvrant la baie vitrée et en passant sur le balcon.
- Un saut de quatre étages dans une piscine de résidence, ça va pas le faire !!!
- Ah ben si tu lances la Grosse avant nous, y aura plus de flotte c’est certain, se gondole l’idiot en enjambant le parapet. Oh mince, c’est vrai que c’est tout p’tit vu d’ici !!! se marre le fondu. En fin de compte tu devrais balancer la baleine avant, on a plus de chances de s’en sortir en atterrissant sur elle !

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Juste au moment où le lieutenant Léo Capron ouvre la porte de la chambre de Mirko, Tenaille la skin repasse le Uzi en direction du couloir pour remettre une petite giclée en traître. Le commissaire Morelli lui fait exploser la main et elle s’effondre en hurlant. Couverts par Ricard et les hommes du RAID qui font pleuvoir un déluge de feu sur Grizzli et Tronçonneuse contraints de s’abriter, Greg et Mat se précipitent hors de la salle de bain et plongent dans le salon respectivement derrière un fauteuil et une grosse Bibliothèque basse. Ils se relèvent au même moment que les deux malfrats embusqués, flingues pointés. Grizzli affiche un sourire éclatant , son fusil braqué sur la tête de Mat qui le tient lui même en joue. Marmand - qui est face à Tronçonneuse - pourrait être le frère jumeau du chef de gang vu le rictus malsain qu’il présente.

- On fait quoi là, flicaille ? demande le gigantesque Grizzly sans lâcher Mat des yeux qui n’en mène pas large devant cette tronche de dingue.
- On se calme… répond Greg sans baisser son Manurhin pour autant.
- Keep cool, man, souffle Mat, les yeux rivés à ceux du taré.

Les autres policiers arrivent à l’entrée de la pièce et se figent devant la scène avant de mettre les deux vilains en joue à leur tour.

- Y a comme une odeur d’abattoir, ricane Grizzli.
- On va tous baisser nos flingues tranquillement, commence Greg le Deg’. Personne n’a intérêt à ce que ça dégénère n’est ce pas ?

Grizzli sait quand les carottes sont cuites et il fait un léger signe de tête à Tronçonneuse. Les Flics et les crapules abaissent doucement leurs armes comme dans un ballet minutieusement répété. C’est probablement le cri de joie de Farid qui vient de plonger du balcon à la suite du couple maudit qui déclenche l’apocalypse : Grizzli relève le double canon par pur réflexe et la double dose de chevrotine désintègre la tête du lieutenant Mathieu Taylor au moment ou la balle de Marmand pénètre dans l’œil droit de Tronçonneuse. Tenaille, baignant dans une mare de sang et la main droite arrachée, se jette sur son Uzi de la gauche et pointe maladroitement l’arme sur les nouveaux arrivants. Morelli et Capron la clouent définitivement au sol comme une mauvaise araignée. Grizzli fait pivoter son fusil à canon scié vide vers les nouveaux arrivants qui le mitraillent à bout portant et l’épinglent sur le mur d’où il glisse lentement comme une grosse éponge trouée imbibée de raisiné.

- Les autres s’échappent !!! hurle Ricard qui s’est précipité sur le balcon et a juste le temps de voir le trio miraculé disparaître. Lancez un appel radio à toutes les unités du secteur !
- Ca se tente… commence l’inspecteur Capron en enjambant la balustrade avant d’être retenu par Morelli.
- Y a assez de dégâts comme ça, Léo, murmure le commissaire principale en désignant tristement de la tête la forme prostrée dans le salon.
- Je suis navré, Mat… sanglote le commissaire Grégoire Marmand en berçant doucement dans ses bras ce qu’il reste de celui qui était son seul ami depuis douze ans.

********************

- Whao le pied grave !!! exulte Farid en sortant de la piscine à la surprise de la gentille famille de quadragénaires qui arrive, la serviette sur l’épaule.
- Tirons nous d’ici, répond Bibi en tractant derrière lui une Micheline souriant toujours stupidement et visiblement abasourdie d’être encore en vie.
- Vous là bas !!! interpelle le père de famille grassouillet, les poings sur les hanches. Je vous mets fermement en garde : les plongeons sont interdits et l’activité de baignade est réservée aux propriétaires de la résidence seulement. Et qu’est ce que c’est que ces bruits de pétard  enfin ???
- Ouais pardon, m’sieur ! se gondole le Tunisien en s’éloignant. On visitait mais on prend pas l’appart en fait : les voisins sont vraiment trop bruyants, j’suis bien d’accord avec vous !
- Vous feriez mieux de partir avant que j’appelle la police, voyous ! menace le paon devant sa rombière admirative par cette virile démonstration d’autorité.
- Oh non m’sieur ! Pas la police !!! s’étrangle Farid, faussement outré.

Chapitre 10 : Un barbu, c’est un barbu, trois barbus, c’est des Barbouzes !

-
Nos choix sont assez restreints finalement, commence le colonel François Castel, le très charismatique mais contesté directeur des opérations spéciales de la DGSE. Au vu de leurs recommandations, les cow-boys de l’Anti-gang vont avoir accès à des informations que j’aurai préféré maintenir secrètes. Que nous ayons formé « la Fouine » n’est pas une révélation mais les détails de certaines… opération sur laquelle nous l’avons impliquée, c’est autre chose !
- Cette sale pute devrait être morte… gronde le commandant Galant, l’officier dirigeant le bras armé du service « Action », et qui n’a de courtois que le nom,. Où va le monde si on ne peut même plus faire confiance à ces tarés d’Albanais… Si cette fondue de Catherine apprend que c’est nous qui avons balancé son réseau pour nous débarrasser d’elle, elle risque de nous appliquer le même régime qu’à eux. Elle n’arrête JAMAIS. C’est pas « la Fouine » qu’on aurait dû lui donner comme nom de code, c’est « le Pitbull » !
- Clair que vous êtes bien payé pour le savoir, Galant. Si vous n’aviez pas formé cette bombe nucléaire sur pattes aussi bien, nous n’en serions pas là aussi.
- Oh hé, dîtes donc, là ! se rebiffe le petit homme dégarni qui s’avère être aussi mortel qu’il ne paie pas de mine. C’est facile de la ramener avec vos grands airs maintenant, patron ! Je vous signale quand même que vous ne crachiez pas dans la soupe quand elle bossait pour nous. C’est quand même un peu grâce à deux ou trois petits coups tordus pas vraiment ragoûtants qu’elle a effectué sous votre commandement que vous êtes toujours en place, faudrait pas l’oublier. Si vous espérez me faire porter le chapeau, va falloir vous trouver un autre pigeon !!! Je me laisserai pas faire et j’ai moi aussi quelques dossiers en sûreté qui…
- Nous en avons tous alors calmez-vous mon ami ! tempère son supérieur qui connaît bien les envolées lyriques dont son dangereux subordonné est coutumier. Il n’est pas question de nous entredéchirer dans de stériles débats sur les responsabilités alors que l’ennemi est à nos portes.
- Ouais ben faites bien gaffe quand même… n’en démord pas le déplumé au cou de taureau.
- Reprenez-vous, Galant ! Essayez plutôt d’être constructif et mettez un frein à votre paranoïa galopante, je vous en prie ! s’emporte son très guindé supérieur. Je n’ignore pas mes responsabilités dans ce dossier alors je vous serai gréé de me faire partager votre sentiment sur la question car cette histoire devient bien trop compliquée à mon goût.
- Je vois pas ce qu’il y a de compliqué franchement… Une tueuse revancharde élimine ceux qui avaient tenté de la tuer il y a quelques années et dont la tache avait été rendue possible par notre trahison.
- Je n’aime pas beaucoup ce mot…
- Par notre collaboration ?
- Non plus. Ca fait Vichyste.
- Dîtes donc patron, vous voulez que je parte en stage des synonymes dés maintenant ou après que nous ayons éliminé l’autre emmerdeuse ?
- On ne dit plus « éliminer », mon cher Galant, mais « effacer », je vous le rappelle.
- Rhhooo putain ce que vous pouvez être pénible quand vous faîtes ça mon Colonel sans déconner…
- L’équilibre, Galant, l’équilibre ! Bien que cela vous irrite, si je n’étais pas là pour donner à vos excès barbares un vernis de respectabilité rassurante, dîtes vous bien que ces politiques frileux qui votent les crédits auraient déjà démantelé votre division à l’instar de l’Unité Pourpre !
- L‘Unité Pourpre a été démantelée ?!
- Non ?
- Ben je ne crois pas…
- A l’instar de la Section 9 alors !
- La Section 9 est toujours active voyons patron ! C’est même elle qui est actuellement sur l’intervention en Côte d’Ivoire !
- Vraiment ?!
- Ouais. Ben regardez le résultat là bas pour vous en convaincre…
- Vous marquez un point effectivement ! Vous savez Galant, je me demande parfois si nos services ne se sont pas légèrement opacifiés avec le temps et si cela ne va pas finir par nuire à notre capacité à réagir.
- Bah chez les autres c’est pas mieux, patron. Regardez les Ricains ou les Rosbifs ! Ils ont tellement dégraissé dans leurs unités « Action » au profit de leurs foutus analystes et autres penseurs de mes couilles qu’on dirait une tribu ou il n’y a plus que des chefs et pas un seul indien pour exécuter les ordres. Voyez les Ruskofs !!! C’est l’inverse !!! Du muscle à tous les étages et pas une tête pour les diriger ! Y a guère que ces fûmelures d’Israéliens pour avoir su conserver un équilibre aujourd’hui…
- C’est ma foi vrai en plus !!! Pourquoi ce fichu Mossad parvient il a demeurer un service si performant quand on voit tous les ennemis qu’il a ? C’est stupéfiant !
- C’est surtout obligé !
- Vous croyez que le Mossad a aussi du mal a compter ses équipes de barbouzes, Galant ?
- Je sais pas et je m’en cogne, mon Colonel !
- Vous n’êtes pas un homme très ouvert sur le monde quand on regarde bien, mon vieux…
- Nan pas vraiment.
- Je dirai même que vous êtes parfois un peu rustique, voyez-vous ?!
- Si on donne dans le camembert, je préfère le Président !
- Je me trompe ou vous vous moquez complètement de ce que je suis en train de dire, mon ami ?!
- Nan vous avez raison, je m’en fous complètement, patron.
- Galant ?
- Oui, mon Colonel ?
- Est ce que vous m’aimez bien ?
- Non, mon Colonel.
- Pourquoi ?
- Ben… Vous êtes tordu, faux-derche, menteur, vénal et lâche. Pour faire rapide.
- …
- Heu… Je vous ai pas vexé au moins, patron ?
- Hein ?! Ah… Non, non ! Enfin pas seulement ! C’est… disons… que je ne suis pas habitué à ce que les gens me répondent ce genre de chose quand je leur pose une telle question…
- Ah ben ouais mais fallait pas demander non plus…
- Certes, me voilà bien attrapé ! Dîtes donc Galant : ça vous intéresse de savoir ce que je pense de vous ?
- Nan.
- Après ce que vous venez de m’asséner, ça me ferait du bien de vous le dire pourtant, comprenez-vous ?
- Oui mais je vous le déconseille, patron.
- Ah tiens ? Et pourquoi cela, je vous prie ?
- Parce que je pense que je vous collerai mon poing dans la gueule, patron, voilà pourquoi !
- Et qu’est ce qui m’empêche dans ce cas de vous frapper après le très humiliant jugement que vous avez porté sur moi ?
- Ben le fait que je vous balancerai aussi mon poing dans la gueule après avoir esquivé votre minable tentative, patron !
- Vous avez une approche des situations relativement simpliste en fait…
- On ne me paie pas pour faire dans le compliqué, mon Colonel.
- Je n’aime pas parler avec vous d’autres choses que des points qui concernent le Bureau finalement, Galant. Vous parvenez à me faire douter de la supériorité du cerveau sur le muscle et c’est extrêmement déstabilisant pour moi.
- J’en suis navré, mon Colonel.
- C’est faux, Galant.
- J’essayais d’être poli…
- N’essayez plus dans ce cas ! Est ce que j’essaie de vous frapper moi ?
- C’est mesquin ça, Patron !
- Vous aviez qu’à ne pas être sincère !!! Les espions n’ont pas à l’être et encore moins avec leur hiérarchie directe ! Bon… je ne sais vraiment pas pourquoi je me suis ouvert à vous alors que vous n’êtes vraiment qu’un être partiellement civilisé et incapable de compassion.
- Ah ben putain si j’avais su…
- Et bien c’est trop tard ! Voilà ! C’est dit ! Vous ne m’aimez pas, je sais pourquoi et vous ne savez pas ce que je pense de vous car vous n’en avez cure.
- Ben ouais…
- Revenons en à « la Fouine » maintenant que je sais à quoi m’en tenir concernant notre relation, je vous prie.
- Dac. Une conclusion s’impose d’elle même : si elle remonte jusqu’à « Monsieur », ce foutu macaque d’Albanais claquera plus sûrement qu’un élastique de Benji supportant Demi Roussos, moi j’vous l’dis !!! Et ensuite c’est nous qui prendrons l’élastique en pleine poire. Avec de l’élan !!!
- Certes ! Cet homme est un problème. Il est le seul lien qui ramène cette furie jusqu’à nous. Puisque nous ne savons pas où votre ex-agent se trouve, il me semble urgent d’éliminer cette menace potentielle avant que « la Fouine » ne retrouve sa piste.
- Ca marche. De toute façon j’ai jamais pu l’encadrer ce prétentieux…
- Vous n’aimez décidément pas grand monde, mon vieux…
- Hé Oh ça va pas recommencer hein !!!
- Pardon… Donc une fois cet obstacle fâcheux éradiqué, retrouvez les dossiers que cette informaticienne qui commandait le réseau de Catherine Régeant a en sa possession.
- Nathalie Cotré ? Elle n’a pas parlé il y a cinq ans… Et pourtant elle a dégusté, croyez moi su parole : j’étais intervenu personnellement sur la bête à la barre en plomb pour m’en assurer !
- A l’époque, ces dossiers était devenus secondaires tant que nous éliminions la « Fouine » et nous assurions de la collaboration de l’informaticienne. Mais maintenant que cette plaie de Tueuse est de retour, il faudra faire parler l’informaticienne pour que nous préparions notre riposte médiatique. Coûte que coûte ! Découpez là morceau par morceau s’il le faut mais il nous faut ces informations !!!
- C’est facile à dire quand on a le cul dans son fauteuil ça…
- Oh pas de ça avec moi, mon petit vieux ! Le topo est simple. Même pour vous… Compte tenu du contexte politique, nous ne survivront  pas à des révélations médiatiques. J’entends par là une signification très littérale, cher vieux… Le gouvernement actuel n’hésitera pas à sacrifier deux fusibles pour se préserver malgré tous les dossiers que nous pourrions avoir mis de coté, soyez en assuré !
- A défaut de les suivre, je connais les règles, mon Colonel.
- Fort bien alors. Qui allez vous mettre sur cette affaire ? Nous travaillons sans filet, inutile que j’insiste sur ce point…
- Inutile de préciser. Pour ce genre d’opération, je ne vois que les « Odalisques ».
- Ah tiens ?! Elles n’ont pas été démantelées celles là ? Après le coup de la Fouine justement, j’aurai juré que…
- Nan patron, toutes les unités Odalisques sont actives et au top, croyez moi !!! Je propose qu’on envoie une section de nettoyage pour l’Albanais et les deux autres chez  l’informaticienne des fois que cette plaie de Fouine y soit avec son duo de tarés. Catherine Régeant est une flamme qui nous crame le cul, j’vais la noyer  dans un brasier, moi !!!
- Ma foi, quelle emphase!!! s’étonne Castel agréablement surpris.
- De quoi donc ? mugit l’autre.
- Rien, commandant Galant… se lamente le colonel. Laissez tomber et lancez l’opération.

********************

- Passez moi le commissaire principal Marmand, je vous prie.
- Qui c’est ? demande le commissaire Morelli à son adjoint qui a décroché.
- C’est le ministre, répond Léo Capron mollement.
- Ah, balance Antoine, passionné. Y veut quoi ?
- Vous voulez quoi, m’sieur le ministre ? répète l’inespéré standardiste  d’un ton neutre.
- Je tiens à féliciter personnellement le commissaire principal Marmand pour son action !!! Vous êtes des héros, messieurs. Passez le moi maintenant.
- Il veut féliciter Greg paskon est des héros, annone Capron à son chef.
- Ah. Ben ça pas être facile là.
- Ca va pas être facile, m’sieur le ministre, balance le tondu du même ton plat.
- Non mais enfin voyons ! Qu’est ce que c’est que cette histoire, mon ami ?! Mettez-moi de ce pas en communication avec Marmand et arrêtez de me faire perdre mon temps.
- Il veut causer à Greg et que j’arrête de lui tenir la jambe.
- Ah. Bon ben passe le moi alors, se rend Morelli en tendant la main avant de jeter dans le combiné un « Allo ? » de circonstance.
- Marmand ? se rassure lui même le ministre. Félicitations, commissaire !!! Un infirme sauvé d’une bande de criminels sadiques, la presse en fait ses choux gras et notre politique sécuritaire rassure.
- C’est pas Marmand, monsieur le ministre.
- Allons bon ?! Et vous êtes qui vous maintenant ?! Où est le commissaire principal ?
- Je suis Antoine Morelli et je suis aussi commissaire principal à l’OCRB.
- Bien, bien… passez-moi votre collègue Grégoire Marmand alors, vous serez bien urbain.
- Ça c’est moins sur. Greg a un peu pété un câble en fait. Il est comme qui dirait chez les dingos là, monsieur le ministre.
- Ah mais c’est très ennuyeux ça… Une conférence de presse est déjà organisée ainsi que les séances photos.
- Greg en pyjama de jobard mâchouillant sa langue, ça va pas l’faire, monsieur le ministre.
- Comme c’est fâcheux ! On ne m’avait pas informé que le commissaire avait été interné…
- Ben si on vous disait à chaque fois qu’un flic débloque et part chez les zinzins, vous feriez que ça d’vos journées, nuit comprises, vous savez…
- Il me faut un officier pour concrétiser l’événement, Moretti !
- Morelli…
- Qui selon vous ferait l’affaire au sein de l’équipe qui est intervenue ? Vous mon ami ?
- Nan. J’suis pas rasé et j’imprime mal l’objectif sans vous offenser. Le capitaine Ricard du Raid est sur le terrain… Ah ben il resterait bien votre neveu, monsieur le ministre. Le Commissaire divisionnaire Pougin de Guérinand. En plus les photographes c’est plus son truc que les malfrats…
- Eusèbe-Firmin n’est pas à l’hôpital, blessé en action ?!
- Si on veut… Le plus salement touché c’est son froc vu qu’il a chié dedans mais son gilet l’a sauvé. Comme quoi certaines rallonges budgétaires des fois…
- Oui, oui, certes ! Attendez je réfléchis là ! Mais oui… C’est encore mieux effectivement !!! Eusèbe-Firmin a de l’allure et il a été blessé durant l’assaut…
- Il dit quoi ? se rencarde doucement Léo.
- Que le futal de Eusèbe-Firmin est un héros.
- Ah… commente très justement le rasé au bombers.
- Merci, Maronni ! s’exclame joyeusement le ministre. Excellente idée !!! Je prends contact avec le commissaire divisionnaire de Guérinand, c’est un candidat I-D-E-A-L. Beau travail, messieurs !!! Vraiment !
- Monsieur le ministre… lance Antoine rapidement.
- Oui quoi encore, mon ami ?
- Pour l’arrestation de la « Fouine », on est un peu dans la soupe là. Malgré sa métamorphose en passoire, Grizzli, le chef des détraqués, devrait s’en sortir mais il est toujours en soins intensifs et nous n’avons plus de piste sérieuse. Je pensais que…
- Ne pensez plus, Moreno. La DGSE reprend le dossier. Vous êtes tous suffisamment éprouvés par ces évènements. Et c’est un peu une histoire interne n’est-ce pas, mon vieux ? On ne vous l’avait pas signifié ?
- Non.
- Reposez-vous, mon ami ! Et excellent travail !!! raccroche le ministre.
- Il disait quoi ? questionne Léo.
- Il disait qu’ils vont tuer la Fouine...

********************

- Alors ? demande Farid.
- Elle s’est enfin endormie, répond Bibi.
- Dis donc elle a ramassé une sacré coup sur le chignon là, ta nana ! J’te cache pas que j’suis inquiet quand même… Avec son poids elle a du taper dans le fond d’la piscine après le saut, j’vois que ça.
- C’est les nerfs…
- Possible ! J’suis pas toubib moi ! J‘aurai plutôt penché sur le ciboulot si tu veux mon avis…
- Non.
- …mais c’est p’t’être AUSSI les nerfs. Ceux d’la tête quoi !
- Dis donc « la Pierrade », t’aurais pas été bercé trop près du mur aussi quand t’étais chiard ?
- Tu sais mon pater c’était plus les taloches que les berceuses…
- Ouais ben il avait la main lestée à la fonte ton Dab paske si tu comprends pas que la Micheline puisse craquer après ce qu’on a vécu toute à l’heure, c’est quand même que t’es un gros mou du bulbe !!!
- Oh t’excite pas là… C’est pas ma faute si elle est marteau, la baleine !
- Farid…
- Ouais ?
- J’vais pas te tarter...
- Ah ben c’est cool ça, mec.
- …mais si tu l’appelles une fois encore « la baleine », « Tim Tom trois tonnes », « L’obaise moi l’cul » ou une de tes joyeusetés habituelles, j’te flingue. C’est compris ?
- Hé j’suis pas débile quand même… ?
- J’réponds pas, on va pas s’fâcher à cette heure.
- Sans dec’, Bibi… Tu penses qu’elle est braque pour de bon la gro… Heu… Micheline ?
- J’pense pas. J’pense qu’après cinq piges à rien glander à part s’arroser le gosier, c’était un peu trop aujourd’hui tu vois. Genre son cerveau il s’est mis au point mort pour gérer l’truc.
- Et ça fait ricaner connement ?
- Ben ça peut. Regarde toi, tu ricanes bien connement tout le temps et tu comprends rien. Pourtant t’as pas eu de choc.
- Pas eu de choc, pas eu de choc, t’en as de bonnes toi, s’insurge le Tunisien en montrant l’énorme pansement qui lui entoure le crâne, lui donnant un air de pirate mauresque.
- J’parle de réaction mentale consécutive au stress, pas de beignes sur la frite !!!
- Peuh… J’vois vraiment pas s’qu’on a pu faire de si terrible ?!
- Je sais bien que tu vois pas, Farid, répond Bibi fatigué. Allons pioncer, mec. Demain Micheline sera d’attaque tu verras.
- Dis Bibi ?
- Quoi donc ?
- Y a quand même un truc qui me fait flipper…
- Ah ? Toi ? Ben dis…
- Tu sais le mec que j’ai un peu croqué…
- Oui et bien ?
- C’est possible que j’attrape le Sida avec son sang et tout ?
- Ben… je sais pas trop moi…
- Non paske tu vois, je l’ai déjà chopé alors je voudrais pas le rechoper quoi !
- Rechoper ?! Mais on « rechope » pas le Sida, patate ! On l’a ou on l’a pas !!! Tu l’as ???
- Meuh nan j’déconnais… explose de rire l’andouille. C’était juste pour voir ta gueule et pour être certain que tu me fasses pas les fesses tant que ta moitié est dans le pâté !!!
- Non mais quel abruti !!! C’est vrai qu’avec ta tronche de pub pour Urgo, t’inspire franchement le désir, Toutankarton !

********************

Nathalie Cotré prend connaissance du désastre sur le Net : le « trio sanglant » comme les ont  très prosaïquement baptisés les journalistes, a échappé par miracle au traquenard tendu par « Monsieur » chez Mirko le mutilé et la police a fait un carton.
Catherine est une femme brillante. Elle l’a prouvé simplement en étant encore en vie avec ses amis malgré la meute lancée à ses trousses. Elle a déjà dû faire le lien entre le piège et la seule personne qui était en mesure de les donner pour organiser le traquenard. Nathalie s’est donc préparée à sa visite. Elle est en paix avec elle même, bien qu’elle regrette sa lâcheté jamais démentie depuis toutes ces années qui lui a fait trahir la seule personne qu’elle aimait réellement. Les agents de la DGSE et les Albanais avaient été très… convaincants, ses jambes mortifiées en attestent. Et les cinq années de purgatoire qu’elle a vécu ensuite, avec son remord l’empoisonnant plus sûrement que la drogue qu’elle prend pour oublier la douleur de ses membres torturés, l’ont conduite à une forme de fatalisme étrange. En détruisant tout simplement les dossiers que Catherine lui avait jadis confiée, elle sait qu’elle vient de perdre sa dernière chance de troquer à nouveau sa misérable vie. Elle ne voulait pas prendre le risque de craquer encore lorsque les agents de la DGSE viendraient.
Pas cette fois.
Maintenant qu’elle a brûlé ses derniers bateaux, elle est curieusement paisible.
Elle va mourir.
Probablement de la main de celle là même qu’elle trahit jadis pour que cesse la douleur.
Elle se dirige vers la salle de bain, traînant ses jambes mortes après elle comme s’il s’agissait de son infamie et de sa honte.
Elle va se pomponner et se maquiller puis elle mettra sa plus belle robe et s’installera derrière sa console.
Comme avant.
Elle devrait avoir le temps.
Catherine n’a jamais été du soir pour ce genre de « travail ».

********************

- L’Anti-gang est officiellement dessaisie de l’affaire, annonce paisiblement l’homme sans regarder son interlocuteur. Les unités d’assaut de la DGSE vont les remplacer et n’oublieront pas de nettoyer ce gâchis. Elles vont venir pour moi maintenant. Tu peux t’en aller, Rachko. Il n’y a plus rien que tu puisses faire et je te remercie pour ta fidélité jamais démentie depuis toutes ces années.
- Il ne faut pas rester là en attendant qu’ils arrivent voyons ! On peut encore les prendre de vitesse et retourner chez nous, Monsieur. Une fois là bas, nous serons intouchables, s’enflamme le balafré.
- Les choses ont changé. Tu imagines que les méthodes des services spéciaux français sont différentes des nôtres ?! Plus maintenant… Ils ont appris de nous. Ils ont hérité de notre sauvagerie tandis que nous aspirions à nous intégrer à leur monde. Regarde moi ! Je suis devenu un homme d’affaire respecté et ma propre famille actuelle ignore jusqu’à l’homme que j’étais. Je ne peux plus redevenir cet homme aujourd’hui… Même si j’ai feint d’en être capable pour régler un vieux compte avec cette femme.
- C’est faux ! Ensemble… s’emporte le géant.
- Elle a hiberné, l’apaise « Monsieur » gentiment, posant sa main sur l’épaule du gigantesque assassin. Si son physique s’est détérioré, son mental est resté tel qu’il était il y a cinq ans. Elle s’est même probablement endurcie encore plus. Alors qu’elle était avant tout une solitaire, elle s’est entourée de deux redoutables assassins qui pallieront ses éventuelles faiblesses. La réveiller était une erreur. Je pensais devoir éliminer une seule bête féroce alors que je suis confronté à une meute. Je vais devoir payer le prix de cette erreur.
- Je la tuerai ! se rebiffe le Géant.
- Non car c’est devenu inutile. La partie est déjà terminée. L’échec et mat est annoncé même si le Roi vaincu est encore debout. Rentre en Albanie, Rachko. Par amitié pour moi. Laisse la DGSE éliminer le monstre qu’elle a créé et sauve ta vie tant que tu le peux.
- La « Fouine » retournera chez l’informaticienne. Pour lui faire payer sa trahison et récupérer les dossiers compromettant pour le gouvernement français qui lui permettront de négocier sa pitoyable existence.
- L’informaticienne n’a jamais confirmé l’existence de tels dossiers.
- A l’époque c’était secondaire puisqu’il s’agissait simplement de piéger cette garce de Régeant. Mais je SAIS que ces dossiers existent ! Je suis un transfuge des services spéciaux moi aussi. Sans de telles pièces, jamais elle n’aurait pu les quitter et survivre. Si je récupère les dossiers avant elle, j’achèterai notre vie auprès des Français.
- C’est trop tard, mon ami ! souffle l’homme en désignant les ombres furtives qui envahissent les écrans de contrôle de sa villa avant de se disperser dans l’immense parc privatif.
- Ils sont nombreux… lance froidement le tueur en reportant son attention sur les télés de surveillance.
- Pars. Ils ne sont là que pour moi. Ta mort ne servira à rien et je suis condamné de toute façon même si j’échappais à ce commando.
- Je vais les tuer. Tous. Puis je reviens vous chercher.
- Je sais que tu les tueras, mon ami. Tu es le meilleur et je ne doute même pas une seconde de ton succès. Mais qu’adviendra t’il ensuite selon toi ?
- Je ne sais pas… Mais nous serons sauvés… gémit le colosse blond.
- Ils s’en prendront à ma famille. A cette nouvelle famille bien lisse et honnête qui t’amuse tant mais qui n’a pas à être sacrifiée sur l’autel de ma survie.
- Non… balbutie le tueur. Nous pouvons… Nous pouvons aussi les protéger. Nous les emmènerons avec nous ! En Albanie ! Ce sera terminé !
- Rachko… soupire avec une douce patience l’homme puissant qui souhaite écourter cette discussion avant de craquer et de mendier pour sa survivance. Tu sais que c’est terminé. Tu sais de quoi ces hommes sont capables. Comprends que je suis devenu un témoin bien trop embarrassant. Je suis trop fatigué pour me battre contre eux.
- Je me battrais pour deux !!!

Rachko reporte son attention sur les caméras de surveillance, comptant mentalement les assassins qui progressent avec l’agilité d’une meute de loups. Il ne voit pas l’homme trembler quand il ouvre le tiroir et place le revolver de gros calibre dans sa bouche. Mais il le sent. Il se retourne et pousse un terrible cri de désespoir couvert par l’explosion qui retentit dans la pièce.

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- Alors ? C’est pas franchement nauséabond tout ça ? se désole le capitaine Ricard au téléphone.
- Laisse tomber, Christian, répond Morelli d’un ton froid. J’estime qu’on a assez donné dans cette histoire…Deux inspecteurs blessés,  un de tes ninjas refroidi et Mat décapité, ça fait cher le bout alors on passe la main. Y a que Greg le Deg’ enfin chez les loufdingues qui nous rembourse un peu mais ça vaut pas l’addition !
- Je suis navré mais je ne peux pas faire une chose pareille, Antoine. Je suis policier ! Savoir que le gouvernement qui me paie appointe aussi des meurtriers  puis les élimine en utilisant des gangs maffieux que je combat me débecte.
- Tu survivras. Surtout que si tu es aussi honnête que tu aimes à le dire, tu l’as toujours su sans simplement vouloir l’admettre. Alors me joue pas la grande scène du deux, tu veux ?! Pas à moi. De toute façon, le ministre a été très clair : on est plus sur l’affaire ! Tu ne devrais même plus être en train de consulter ces archives, mon pote.
- Il vont abattre cette femme comme une bête.
- Catherine Régeant est une bête, crache Morelli. C’est une meurtrière multirécidiviste et le fait qu’elle ait porté une carte tricolore à une époque ne change rien à cela.
- Tu as entendu ce qu’il lui ont fait subir ?
- C’est une criminelle. Elle connaissait les risques du milieu dans lequel elle avait choisi d’évoluer.
- Pas l’autre. Pas cette Nathalie Cotré. Elle était son alliée du temps de la DGSE et elle va aussi payer l’adition alors qu’elle n’est qu’une civile.
- Elle est sa complice. Elle a suivi Régeant après sa démission.
- Oui mais la peine de mort est abolie en France. Et la torture aussi au cas ou tu l’ignorerais, Antoine ! se rebiffe le rouquin.
- Abolie ? Ah oui… Par ceux là même qui se permettent d’exécuter ceux qui les dérangent. Rien n’a changé, Christian ! Les choses sont simplement plus opaques et permettent au gentil peuple d’avoir bonne conscience et de s’abrutir tranquillement pendant qu’on se massacre dans le noir. La République est une vieille Dame fausse et cruelle mais elle rassure.
- Tu es cynique, commissaire principal Morelli.
- Et toi idiot, capitaine Ricard.
- Je ne les laisserai pas tuer cette femme, raccroche l’officier du Raid avec froideur.

Antoine Morelli bascule en arrière dans son fauteuil qui a vu des jours meilleurs mais contribue à sa concentration. Il croise les mains derrière sa nuque, ferme les yeux et respire doucement « avec le ventre » comme son kiné le lui avait appris quand ses lombaires le taquinaient. Mais ça ne marche pas. Pas cette fois.

- Tu fais quoi ? demande l’inspecteur Léo Capron a son patron qui s’est levé comme un typhon et enfile son blouson, rouge de rage contenue.
- Une énorme connerie… gronde la tomate humaine. Je veux vérifier si j’ai vraiment discuté avec le dernier Zorro du pays et sauver son cul si j’en ai la possibilité.
- On est pas couverts sur ce coup, Antoine. Je viendrais bien mais avec les petites et tout ça…
- Te casse pas, Léo. De toute façon je t’ordonne de rester.
- Tu devrais pas y aller, mon pote : Zorro bossait en solo. 
- Raté gamin ! Zorro sortait jamais sans Bernardo, son serviteur muet !
- Oui ben fais pas le con sinon tu risques aussi de l’être. Définitivement.

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La tueuse de l’ombre progresse lentement. Elle fait partie de la section Alpha du commando « Odalisque », la crème du service « Action » de la DGSE, et son unité est uniquement composée d’agents féminins. Elle est jeune, brillante, particulièrement douée et elle n’a peur de rien. Son groupe fait sa force et elle tue sans pitié et sans états d’âme tous ceux qu’on lui désigne comme cible. Sa camarade qui la précède se fixe, accroupie, son arme pointée vers le haut des escaliers. C’est à elle de progresser maintenant. Elle se relève souplement, prête à s’élancer quand l’étau de fer s’abat sur ses bras et ses cotes et qu’une main énorme écrase sa bouche, la réduisant au silence. Littéralement soulevée du sol et entraînée en arrière, elle sait qu’elle va mourir et cette pensée qui ne l’avait jamais effleurée jusqu’ici la terrifie.
 

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Raoul Bicarosse dort d’un sommeil sans rêve. Lorsque Micheline lui pose la main sur le front tendrement, ses sens normalement aiguisés par des années de guerre et de violence s’apaisent paradoxalement. Il se laisse aller à la douceur de ce contact qui lui apporte un bonheur simple et absolu.

- Bibi…
- Oui, ma puce.
- Allons chez Nathalie.
- Tu te sens mieux, bébé ? élude Raoul.
- Disons que je suis redevenue lucide et que je n’aime pas la conclusion à laquelle j’arrive.
- C’est elle qui nous a donné n’est ce pas ?
- Elle était la seule à être au courant, Bibi. Et elle est aussi notre seule assurance vie. Les Albanais, c’est une chose, mais sans mes dossiers, jamais le Service ne me laissera en paix.
- Mais tu as tes dossiers, ma puce.
- Nat aussi. Il faut toujours deux jeux en cas de souci, c’est la règle. Mais si la DGSE trouve la copie que je lui ai laissée par sécurité, ils monteront immédiatement une opération de désinformation qui rendra mes faits caduques. C’est leur ignorance du contenu de ces documents qui crée la dangerosité pour eux. C’est un chantage subtil où il n’y a que des perdants si les faits sont dévoilés. Néanmoins, tu n’as pas idée à quel point ces gens sont habiles, Bibi. Surtout lorsqu’ils se retrouvent acculés comme maintenant. Ils sont probablement déjà en train de modifier les traces de mon passage chez eux et tu verras que demain, Catherine Régeant n’aura finalement été qu’une simple analyste inspirée mais certainement pas un officier de terrain sanguinaire. Du coup, ils n’auront pas d’autre choix ensuite que celui d’effacer tous ceux qui pourraient remettre en question cette nouvelle vérité.
- Ca se tient, acquiesce le Tueur. Mais il est tard, chérie. Et tu n’as pas eu une journée facile. Repose toi encore ou tu risques de craquer à nouveau. On ira demain matin, t’inquiète.
- Demain matin nous serons des morts en sursis, grand. Il est peut être même déjà trop tard…

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- Combien êtes vous ? souffle l’homme derrière la tueuse des « Odalisques » avec son désagréable accent de rocaille.
- Vous allez me tuer… gémit la fille.
- Si tu ne me réponds pas, oui.

Bien que la phrase laconique ne donne pas à la tueuse d’espoir sur sa survie, elle sait qu’il l’abattra sans hésitation si elle ne gagne pas du temps. Ses camarades sont déjà à sa recherche car leur mode opératoire est précis et sa disparition doit avoir été détectée quelques secondes après s’être produite. Gagner du temps.

- Nous ne sommes pas là pour vous faire du mal… commence la fille.

Son agresseur plaque à nouveau sa main sur sa bouche et enfonce la lame du poignard de combat profondément dans la fesse de la tueuse en tournant. La douleur est insupportable mais elle a beau se débattre, la poigne de fer la maintient tout le temps que l’acier fouille ses chairs horriblement.

- Combien êtes-vous ? répète l’homme.
- Cinq, souffle la tueuse, le corps encore irradié par cette intolérable souffrance. Nous sommes cinq. Nos ordres sont de…
- Merci, petite fille ! achève Rachko Piavic dit « l’Ange » en l’égorgeant d’une oreille à l’autre avant de faire doucement glisser son corps au sol car deux ombres s’approchent dangereusement de sa position.

Il doit sortir d’ici et aller chez cette amie de la « Fouine » pour le dernier acte une fois qu’il aura les quelques éléments stratégiques qui lui manquent. Il doit surtout faire vite car une seconde équipe est probablement déjà sur place pour en terminer avec cette histoire qui embarrasse décidément beaucoup trop de monde. Replaçant son poignard dans la gaine après l’avoir nettoyé sur la tenue de combat de sa victime, le géant entame une reptation silencieuse dans le jardin. Il va s’occuper du reste du commando présent ici dans un endroit plus adapté et il aura ses informations.
A sa façon.

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- Pourquoi elle t’a donnée ? demande le Tunisien mal réveillé de l’arrière de la voiture, la tête entre les sièges avant comme un sale gosse capricieux.
- C’est la chose que j’ignore encore, Farid. Nous étions amies et j’avais toute confiance en elle. Il est probable qu’ils l’ont torturée. S’ils l’avaient achetée, elle n’aurait pas commis l’imprudence de rester là quand elle a appris que j’étais encore vivante.
- Moi les balances, ça m’débecte !
- Les choses ne sont pas toujours aussi simples qu’elles n’y paraissent, tu sais.
- Balancer, c’est simple !
- Ouais ben si t’arrêtais justement de balancer des postillons dans toute la bagnole, ça m’ferait plaisir, grogne Bibi en serrant le volant un peu plus fort que nécessaire.
- Hé viens pas m’gonfler l’baigneur et concentre toi sur la route, Clint ! J’cause à la dame.
- Pourquoi il t’appelle Clint, grand ? demande la grosse en gloussant.
- Paske j’ai eu la faiblesse d’expliquer à ce pue du bec pourquoi Grizzli m’appelait comme ça. Pis toi, tu ferais bien de pas trop la ramener parce que tu as été plus que moyenne avec tes délires sur Harry…
- De quoi tu parles ? glousse Micheline.
- J’me comprends, se renfrogne le conducteur agacé.
- Bon… lâche la grosse qui comprend qu’elle n’a pas les fesses très propres sur ce coup. Alors à défaut de Harry, on peut m’expliquer le coup de Clint que je rigole aussi ?
- Non, grince le Tueur au 44.
- Meuh si t’inquiète, intervient le traître à bandelettes. Ouais trop mort de rire là ! Mate le topo, Micheline : l’autre tatoué là – Grizzly – il appelle le Bibi Clint Eastwood pask’il a le même flingue que l’acteur dans un film.
- Ah d’accord ! concède la Grosse poliment malgré son ignorance crasse concernant le cinéma américain.
- C’est ça qu’est mortel ! explose le Tunisien. Lui donner du Clint alors qu’on dirait Jean-Pierre Foucault, le Bibi !!! C’est comme si on m’appelait Omar Sharif paske je joue au tiercé et que j’suis arabe, tiens !
- Omar Sharif est égyptien, corrige Micheline.
- Ben c’est ce que je dis, contre le cinéphile géographe, définitif.
- Ah mais ferme là, bon sang !!! T’as vraiment une haleine de chacal le matin, Farid !!!
- Mais c’est pas ma faute ! C’est à cause des Apaches ! Ces saletés m’ont tiré tellement de penaltys dans la gueule chez Miko qu’ils m’ont fait sauter les plombages. Vu la taille des cratères que j’ai dans le bec, j’ai du mal à brosser dans les trous moi, se plaint le dévasté des chicots. Je suis un criminel endurci, pas un terrassier des ratiches, faut comprendre !
- Mouais ben on dirait quand même que t’as mangé tes chaussettes ! Pis ferme ta boîte à camembert, on arrive.
- Cette fois je prends l’artillerie lourde, renâcle l’égout buccal en préemptif.
- Cette fois je ne ferai pas la connerie de t’en empêcher, rétorque la Grosse.
- T’as peur Micheline, demande « la Pierrade ».
- Je suis terrifiée. Mais je ne craquerai plus.
- Et toi t’as peur, Clint ? insiste le boulet.
- J’ai peur de ne pas pouvoir m’empêcher de te mettre ma main sur la frite surtout !
- Ben moi j’ai pas peur…
- Normal. Faut de l’imagination pour ça.
- En place pour la conclusion mes amis, achève « la Fouine » en sortant de la voiture.

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Il sent l’ennemie avant même de la distinguer.
Rachko Piavic n’est pas devenu ce qu’il est aujourd’hui par choix. C’est la vie qui l’a formé et cette école sans pitié, et elle ne fut pas tendre avec lui. Enrôlé de force dans les milices du temps de la guerre civile yougoslave, le jeune étudiant en sociologie qu’il était a vite compris qu’il avait intérêt à utiliser son physique hors norme pour survivre. Il a appris à tuer. Difficile de dire s’il aime ça finalement. C’est plutôt une question de degré.
Lorsqu’un homme dépasse un certain stade dans l’horreur, il n’y a plus de retour possible. La sensibilité  qui était en lui est morte aussi sûrement que les premiers civiles qu’il a massacré sous la menace des armes de son propre camp. Quand on commet de tels actes, il n’y a plus que deux échappatoires : le dégoût de soi-même vous submerge et vous mettez fin à votre vie ou vous vous débrouillez pour que l’ennemi le fasse à votre place. Ou alors l’instinct de survie est plus fort que tout et vous vous enfoncez dans l’horreur chaque jour un peu plus en espérant que ce flot immonde qui menace de s’emparer de votre santé mentale se stabilise enfin.
Rachko a atteint ce stade.
Il est au delà de la folie.
Et il a un travail a terminer.


Il est clair que les tueuses de la DGSE ont découvert l’absence de leur équipière et le corps de « Monsieur » puisqu’elles se replient en formation «  triangle », trois d’entre elles gardant une pointe, la quatrième au centre pour renforcer l’angle qui serait attaqué.  Et elles avancent vite. Elle sont bonnes. Très bonnes. Le balafré pourrait les laisser partir puisqu’elles ne sont plus une menace directe pour lui mais le risque de les voir renforcer une éventuelle équipe envoyée chez cette Nathalie Cotré lui déplait et il faut qu’il connaisse la force de l’ennemi qu’il affrontera là bas. Et plus que tout, il a besoin de se vider de cette fureur étouffante que la mort de son mentor lui a causé. Il connaît de nombreuses techniques pour éradiquer le « triangle ». Il n’en connaît qu’une seule qui lui permettra de se purger de cette rage homicide qui menace de le faire hurler.

Lorsque les « Odalisques » arrivent à l’appoint de l’arbre sur lequel il est perché, il tombe souplement au milieu des commandos uniquement  armé de son terrible poignard et entame sa danse de mort.

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- Mademoiselle Cotré, nous ne sommes pas vos ennemis ! Il vaut mieux voir cette femme que vous appelez votre amie incarcérée que massacrée comme du bétail ! Je vous propose de lui sauver la vie, bordel !!! insiste Christian Ricard.

Le capitaine du RAID est déçu.
Déçu et très contrarié.
Il lui a fallut presque une heures interminable pour localiser la ferme isolée de l’informaticienne et il a été contraint de forcer sa porte pour pouvoir s’expliquer. Même après avoir très calmement rendu compte à cette femme de la situation, elle reste totalement inflexible. A croire qu’elle se fiche de survivre des fois ! Elle ne doit pas avoir que les jambes d’esquintés ! Ricard en vient à conclure que tous les acteurs de cette sordide histoire sont franchement azimutés, flics compris. Il souffle par la bouche pour se calmer quand l’informaticienne attaque à nouveau de cette voix désincarnée si déplaisante :

- Capitaine, je suis sensible à cette attention, ne vous méprenez pas. Ca ne vous donne pas pour autant le droit de faire irruption chez moi puis de jurer comme un charretier mal dégrossi. Je vous demande une nouvelle fois de partir avec votre ami. Ce qui se joue ici n’est que l’épilogue d’une tragédie qui remonte à des années et vous n’y avez pas votre place.
- Je connais tous les éléments du dossier « la Fouine », mademoiselle. Je sais ce qu’elle a enduré… Je sais aussi ce qu’ils vous ont fait subir. Mais je sais surtout que je ne vais pas vous permettre d’expier des fautes qui n’existent que dans votre tête au final.
- Vous ne savez rien du tout… lance la femme haineusement.
- On ne revient pas sur le passé, mademoiselle Cotré. L’urgence pour le moment est de vous faire sortir d’ici et d’éviter que toute cette histoire ne se termine dans un bain de sang inutile, intervient pour la première fois le commissaire Morelli. Accompagnez moi pendant que le capitaine Ricard attend votre amie pour la mettre en sécurité avant que la DGSE ne débarque.
- C’était ma meilleur amie… craque Nathalie en gémissant.
- Je sais tout ça, tempère Ricard, mal à l’aise. Il faut partir mademoiselle…
- Je l’aimais… et je l’ai trahie pour sauver ma vie et qu’ils arrêtent de me faire du mal…

Elle s’effondre en sanglots et les larmes ravagent le maquillage délicat qu’elle s’était attachée à parfaire pour donner une dimension noble à son départ. Les pleurs retenues pendant cinq ans qui la secouent la transforment en petit clown triste pathétique.

- Il y a eu assez de morts… Assez de souffrance… Je suis venue pour te sortir d’ici, Nathalie. Pas pour te faire souffrir ou te punir. Tu t’es bien assez punie toute seule et personne n’aurait pu résister à leurs méthodes. Je le sais mieux que quiconque, intervient une voix douce qui les fait tous sursauter.

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Tous les manuels de combat s’entendent sur un point avéré : le « triangle » est une formation de mouvement idéal pour repousser un ennemi extérieur. C’est aussi la pire des techniques si l’agresseur pénètre à l’intérieur du dispositif car il n’est plus possible de faire feu sur l’attaquant sous peine de toucher ses propres alliés. En bonnes professionnelles, les « Odalisques » n’ignorent rien de cette contrainte aussi ont elles immédiatement dégainé leurs dagues de combat, délaissant leurs fusils d’assaut.

La menace est un colosse immense.
Irréel.
Il est tombé sur leur officier qu’il maintient devant lui comme un bouclier, son poignard menaçant la gorge, tournant lentement sur place. Les Odalisques sont sûres d’elles car le géant blond s’est finalement piégé lui même : s’il se sépare de sa protection humaine pour attaquer, elles le submergeront à coup sur. S’il persiste dans son attitude défensive, il commettra tôt ou tard une erreur et l’une d’entre elles le neutralisera.

Aucun manuel n’a par contre référencé ce qui suit.

Au mépris de sa simple survie, Rachko égorge son otage sans hésitation et balance dans la foulée le corps encore agité de spasmes comme un obus sur une des trois tueuses, la propulsant au sol sous le choc. Leur camarade percutée n’est pas à terre que les deux autres agents se ruent sur le géant, chacune d’un coté, leur entraînement prenant le pas sur la colère et la tristesse qui les secouent. Rachko pare un coup sur son flanc gauche et détend sa jambe opposée de toute sa phénoménale puissance en direction de la hanche de sa seconde ennemie. Bien qu’elle bloque la ruade avec une technique parfaite, la jeune femme sent ses avant-bras se briser comme des brindilles sous la botte renforcée d’acier propulsée avec la puissance d’un boulet de canon. Elle réprime un cri et la fraction de seconde qu’elle perd en vérifiant la nature de ses blessures permet à l’agresseur de se déchaîner sur son unique camarade encore debout qui peine à contrer les furieux assauts  que le géant assène à une vitesse impossible pour sa fantastique carrure.
Complètement désemparée, cette dernière ne sent même pas le coup qui la tue – l’éventrant comme une pièce de viande du pubis au sternum malgré le gilet de protection. Elle pousse un simple gémissement de surprise et d’horreur en tentant de retenir ses organes qui se répandent à terre avant de tomber en avant. L’Odalisque mise à terre par le corps égorgé de l’officier dés le début du combat s’est relevée et se précipite sur le colosse, sa lame visant les reins imprudemment découverts. D’une mouvement tournant, le balafré a déjà ramené sa jambe en arc de cercle et il touche la jeune femme en pleine tête. Son casque empêche la botte de fracasser sa tempe mais la violence de l’impact est telle que ses cervicales se rompent dans un claquement écœurant et qu’elle s’effondre comme une marionnette.


L’unique survivante, ses bras blessés pendants pitoyablement devant elle, souffle sous ses protections soudain devenues trop lourdes. L’insupportable  douleur et la terreur irrépressible qui la submergent l’empêchent de contrôler sa respiration. Elle sait qu’elle est déjà morte car la respiration est le facteur clé d’une combat rapproché. Surtout face à ce monstrueux adversaire qui a éliminé tout son commando en quelques secondes alors que tous s’entendent à confirmer qu’elles sont les meilleures dans leur spécialité. Il s’approche d’elle et elle ne peut réprimer un gémissement qui lui fait honte. Avec une douceur effrayante, le tueur enlève le casque de la jeune femme et s’agenouille face à elle. Il essuie les gouttes de trouille qui ruissellent sur le beau visage aux yeux écarquillés par l’horreur et murmure lentement de sa voix sépulcrale :

- Quand l’autre groupe doit il attaquer la fermette de l’informaticienne, petite fille ?
- Je ne comprends pas le sens de votre question, tente la jeune femme dans un sursaut d’orgueil.
- Bien… souffle le Balafré en baissant la tête et en la secouant lentement comme pour marquer une triste désapprobation.
- Je vous jure… tente l’Odalisque avec un ton d’enfant suppliant.

Le Géant relève la tête et plante ses yeux glacés dans l’abîme de terreur qu’est le regard de la blessée :

- Petite fille, nous sommes deux soldats d’élite et je ne te ferai pas l’offense d’insulter ton intelligence. Tes amies sont mortes, tu es neutralisée et je suis pressé d’achever ma tâche. Si tu réponds à ma question, je te laisse intacte. Sinon, je te laisse vivre mais après avoir tellement déchiré ton visage que les enfants hurleront de peur sur ton passage.
- Je m’appelle Charlotte Briançon et j’ai 23 ans, monsieur, tente la commando en tentant de se remémorer sans paniquer toutes les ficelles de ses stages psychologiques visant à s’humaniser aux yeux de son adversaire.
- Enchanté Charlotte, rétorque le Tueur avec un rictus qui doit être sa façon de sourire. Je m’appelle Rachko Piavic et j’ai 34 ans. Je suis au delà de tes touchantes tentatives visant à m’inspirer la pitié ou la compassion car je suis descendu au plus profond de l’enfer et j’en suis revenu.

Vaincue plus sûrement mentalement que dans sa chair, la jeune femme éclate en sanglots, tout son entraînement réduit à néant par une peur primale absolue :

- Ils… Ils devraient bientôt arriver sur le site… Nous faisons notre rapport et en fonction de la situation ici… Le second groupe attaque… ou nous attend en renfort…
- Combien de soldats ?
- Dix. Deux unités comme la notre.
- Charlotte Briançon, 23 ans, tu vas appeler ton officier principal et le convaincre de différer l’attaque le temps que je puisse rallier l’objectif si tu souhaites ajouter une année supplémentaire à ton dossier.
- Oui… Nous avons une procédure qui…
- C’est très bien, coupe le géant en fouillant dans le sac de combat pour en extirper le cellulaire militaire. Sois persuasive comme si ta beauté parfaite en dépendait, Charlotte Briançon. Car c’est exactement la mise qui est en jeu…

********************

Ricard et Morelli lèvent la tête comiquement de concert, leurs mains cherchant leurs armes par réflexe en même temps.
Plus encore que l’énorme fusil de 12 Spas que Farid  « la pierrade » pointe sur eux, c’est son regard amusé semblant leur signifier de continuer pour lui permettre de tirer qui les convainc de lever les mains gentiment. A coté de l’arabe, Raoul Bicarosse les tient aussi en joue avec son revolver  incongru. Ses yeux étranges, presque minéraux, n’expriment aucune espèce de sentiment et ça rendrait le dingo au fusil presque sympathique. Une grosse bonne femme à l’âge incertain se tient entre les deux. Malgré sa salopette ridicule, elle ne donne pas franchement envie de sourire non plus. Elle dégage un aura de puissance et de volonté surprenant que même sa corpulence ne parvient pas à arrondir.

- Catherine… ? murmure Nathalie Cotré en relevant la tête, interdite.
- Les années n’ont pas été tendres avec moi non plus, ma vieille amie, sourit « la Fouine » avec douceur. Viens, Nat. Il est temps de partir.
- Mademoiselle Régeant, nous sommes officiers de Police, intervient Ricard.
- Genre ça se voit pas, raille Farid. T’aurais pas eu une trombine de Roycco que tu boufferais déjà les marguerites par la racine, flicard !
- Les pissenlits, corrige Bibi.
- Ouais aussi, acquiesce le Tunisien.
- Vous devez vous rendre. Je comprends bien que je ne suis pas en position de vous en convaincre présentement… reprends Ricard.
- Nan, mais tu peux essayer… provoque « la Pierrade ».
- …mais les charges qui pèsent sur vous peuvent s’expliquer par la légitime défense et sont défendables ! continue le rouquin. Vous n’avez blessé aucun représentant des forces de l’ordre…
- Ca pourrait bien changer d’ailleurs… menace Farid en souriant.
- …et nous avons suffisamment d’éléments pour impliquer les services secrets en dénonçant le complot et les actes barbares dont ils se sont rendus coupables.
- Cher monsieur, commence « la Fouine » tandis que Bibi vient aider Nathalie Cotré à les rejoindre, je suis honnêtement très sensible à votre éthique. Pourtant, je crains que cette histoire ne vous dépasse aussi vous feriez mieux de vous en tenir écartés car vous pourriez payer très cher votre altruiste implication. Maintenant mes amis et moi allons partir. Je n’ai jamais fait feu sur les forces de l’ordre jusqu’ici mais je vous préviens amicalement que compte tenu de la situation , nous n’hésiterons pas à vous abattre malgré votre bonne volonté évidente si vous tentez quoi que ce soit.
- Vous faîtes une terrible erreur, madame, dit Christian Ricard avec une tristesse non feinte.
- Probablement mais je n’ai pas le temps nécessaire pour vous convaincre de la justesse de mes réticences à l’égard de notre système judiciaire et politique, monsieur le policier. Quittez cet endroit. Et vite. Car ceux qui vont arriver ne feront pas de distinctions entre les flics et les voyous. Cette ferme est perdue au milieu de nulle part et vos insignes ne vous protégeront pas contre la raison d’état.

Tout le monde s’accroupit comiquement dans la pièce quand une voix ferme déchire le silence :

- Catherine ? C’est Lydia ! Donne nous les dossiers et tu pourras partir avec tes amis sans bobo. Sinon nous viendrons les chercher et tu sais ce que ça implique… Tu as cinq minutes.
- Pffff !!! ricane Farid. Comme dans les films de gangster !!! Ils ont qu’à venir, on va les recevoir. En plus, c’est une gonzesse qui cause alors ça va pas traîner. Deux coups de pétards en l’air et ça va cavaler pire que dans une basse-cour !!!
- Ce sont toutes des femmes, Farid. C’est le commando « Odalisque » des opérations spéciales de la DGSE. Elles ne fuiront pas.
- T’es bien sure de toi…
- Je les ai formées.
- Ah…
- On arrête les frais. On va leur donner les dossiers, tant pis, lâche doucement Micheline. Ca devient trop compliqué et on ne s’en sortira pas sans casse cette fois ci.
- Catherine… J’ai détruis les dossiers, gémit Nat.
- Chouette on va se battre, glousse Farid.

********************

La jeune Charlotte n’a pas menti et elle a suffisamment bien manœuvré pour permettre au tueur d’arriver à temps pour la dernière séance. Tandis qu’il gare la BMW dans un étroit sentier, le balafré regrette ce qu’il a été contraint de faire à la gamine et il en est le premier étonné. Malheureusement, on ne revient pas sur les actes passés et l’inespérée éclat d’humanité qui éclaire les yeux du Tueur disparaissent comme la timide flammèche d’une bougie au plus fort de la tempête. Lorsque le métal froid reprend le contrôle de son regard, Piavic se met en route vers le sud.
Il progresse en silence en se demandant ce qu’il fait là.
Le vide, l’absence de but, l’effraie soudain.
Il se fait l’impression d’être un de ses insectes stupides attirés par la lumière et incapable de s’empêcher d’aller brûler ses ailes.
Rachko Piavic a toujours eu besoin d’un chef à respecter, d’un donneur d’ordre qui puisse le guider, peu importe les actes qu’il était ensuite appelé à commettre. Probablement que son cerveau englué dans l’horreur s’est affranchi lentement de ses besoins décisionnels pour lui éviter de sombrer plus avant dans une folie homicide définitive qui lui ferait perpétrer un massacre terrifiant et aveugle.
« La Fouine » est le dernier objectif qu’il lui reste avant d’être confronté au néant absolu qu’il est devenu alors autant le savourer pleinement.
Ces commandos postées autour de la maison sont un obstacle à sa mission.
Il va les balayer comme les quantités négligeables qu’elles sont, ça l’échauffera.
Puis il tuera Catherine Régeant et tous ceux qui l’accompagnent.
Très lentement.
 

********************

Micheline désigne du menton les deux policiers à Farid qui s’avance vers eux, menaçant.

- Vous n’êtes pas obligée de faire ça… C’est notre peau aussi qui est en jeu je vous le rappelle, s’insurge Ricard.

Le coup de crosse le prend par surprise et le retour croche Morelli dans la foulée, l’envoyant à son tour au pays des rêves.

- Il croyait que j’allais le descendre, s’esclaffe Farid en contemplant les deux hommes assommés.
- Et moi je croyais que tu allais les FAIRE descendre simplement à la cave, Farid… se lamente la grosse. On risque d’avoir aussi besoin des policiers si on veut espérer s’en tirer !!!
- Tu ne les aurais pas flingués en l’absence de Micheline peut être ?! ironise Bibi.
- Leur coller un coup sur la cafetière, c’est un prêté pour un vomi quand on voit toutes les beignes qu’ils m’ont distribué dans le passé, ces fumiers de flics !!! Sinon, j’ai jamais buté un poulet jusqu’ici et je pense que ma mère se retournerait dans sa tombe si je faisais un truc pareil. Faut pas croire mais mes vieux c’étaient des sacrés respectueux de la Loi, tu sais !
- Non j’savais pas. Et faut croire qu’ils étaient pas si convaincants que ça quand on voit le rejeton… Dis nous ce que tu sais sur ces nanas, Micheline. Comment procèdent elles ?
- Dés qu’on aura éteint la lumière, elles vont mitrailler pendant que les binômes avancent. Normalement elles sont cinq dans un groupe : un officier qui maintient la cohérence de son unité avec l’officier principal et deux binômes modulables. Il y a trois  sections de ce type au maximum.
- Quinze ça fait beaucoup… grince Farid.
- Ben quoi ? T’as peur, « la Pierrade » ? taquine Bibi.
- Moi, peur ? J’ai peur de pas t’en laisser tu veux dire, oui ! Comment j’vais m’les croûter grave les belettes ! Cinq, dix ou cent, j’en ai rien à talquer ! Si rien ne m’a tué aujourd’hui, même pas les autres furieux de cannibales, c’est pas une bande de touffes qui va y arriver !
- Deux minutes, Catherine ! reprend la voix à l’extérieur.
- Farid : descends avec les autres, mec ! lance Raoul.
- Et te laisser toutes les meufs pour toi tout seul ? Tu rêves des genoux, Clint !!!
- Rien à en tirer de celui là… Puce… Toi, tu descends avec les flics et ta copine…
- Non Bibi je…
- Discute pas pour une putain de fois dans ta putain de vie ! coupe le grand brun, le visage grave. L’autre cintré et moi on va les réceptionner tes copines, tu peux nous faire confiance. La seule chose qui pourra faire la différence c’est la surprise. Prépare la cave pour les accueillir aussi au cas où. Avec les deux flics, ça fera peut être hésiter les « Odalisques » et aux pires elles auront un second front à gérer. Nous allons nous colleter avec des professionnelles et on ne s’en sortira pas si on doit te traîner derrière nous comme un boulet, Micheline. Et tu es une cible bien trop facile !!!

Il veut être méchant, la blesser profondément car il sait que s’il continue à discuter avec elle, elle le retournera à nouveau comme une crêpe.

- Bibi, tu…

La boule d’angoisse prend l’homme au magnum au ventre plus douloureusement qu’un coup de poing quand il voit les grosses larmes couler sur les bajoues qu’il aime tant.

- …Tu vas pas me laisser maintenant, hein ?
- Qui parle te de laisser ? T’as simplement le cul un peu lourd pour faire des roulades et bastonner des commandos en levant la guibole, excuse moi chérie.
- On y va, Clint ??? s’impatiente Farid dans l’escalier.
- On y va, mec, répond Raoul en essuyant les larmes qui n’en finissent plus de rouler sur le visage de celle qui est tout pour lui. Descends, ma puce, que je referme la trappe. Tu vas pas craquer maintenant, hein ?
- Non…
- Même si tu es ma Micheline, pour celles qui sont dehors tu es Catherine Régeant dit « la Fouine »… Une légende vivante ! Elles doivent en chier dans leurs treillis et c’est probablement notre meilleure arme. C’est aussi probablement l’explication majeure au fait qu’elles ne donnent pas l’assaut si facilement en dehors de cette histoire de dossiers, souviens t’en !!!
- Bibi… souffle Micheline presque désespérément en agrippant sa manche avant qu’il ne referme la trappe. Je t’aime, mon Bibi ! Je t’aime plus que tout alors ne te fais pas tuer, promets le moi !!!
- Ah ben tout de même… C’est promis, ma chérie. Et je t’aime aussi.
- Bon ça y est, ouais ?! trépigne la Pierrade. Vous allez pas non plus vous lécher la fiole devant tout le monde !!!
- Micheline ? reprend Bibi.
- Oui ?
- J’adore l’écho, emmerdeuse.

********************

- Catherine ? Le délai est expiré. J’attends ta réponse ! hurle la responsable des commandos « Odalisque ».
- Salut m’dame ! C’est Farid là, braille le Tunisien de l’intérieur de la maison.
- Où est Catherine Régeant ?
- Aux Gogues ! On a fait une soirée crêpes, elle a pas supporté le cidre…
- Ha ?! Bon… Vous avez les documents ?
- Ouais, ouais, bien sur !
- Alors sortez avec les mains levées et sans arme. Vous avez ma parole d’honneur qu’aucun mal ne vous sera fait et que vous pourrez repartir d’ici sans heurts.
- Oui d’accord mais je termine juste de les préparer là…
- Heu… Ils doivent être intacts !!! A quelle préparation faites vous allusion ?
- Je les roule bien serrés pour mieux te les enfoncer dans le cul, grosse pute !!!

Les balles traçantes déchirent la nuit qui va en s’estompant comme des frelons d’acier silencieux, les réducteurs de son donnant à la scène un air étrange et irréel. Fouetté par les moellons de plâtre et de pierre qui volent dans tous les sens, Farid se jette au sol à coté de Bibi qui lui déclare, les yeux au ciel :

- T’es champion pour la négociation, Farid ! Là, franchement, respect absolu !!!
- J’suis en section rattrapage, glousse le comique. Elles vont venir par où tu crois ?
- Si elles sont quinze, de partout. Et on va crever. Mais l’avantage c’est qu’elles sont en train de mettre un tel foutoir à tout bousiller que ça devrait suffire à masquer la trappe et à leur faire croire que les autres se sont sauvés…
- On gagne du temps mais on va y passer, je le sais bien ! J’avais compris, j’suis pas débile !
- Si t’étais pas débile, tu serais dans la cave avec eux…
- J’suis claustrophobe… avoue le Tunisien, honteux.
- Farid… Y a une pathologie que t’aurais pas des fois ?

Prochainement : Assaut final !