Chapitre 5: un suppo et au lit !
 

Rachko le balafré a un triple problème : il parle français comme Dolph Lungren dans Rocky IV en version Québécoise, se trimballe globalement le même physique de montagne que l’acteur et sa tronche ravagée attire l’œil.
C’est amusant d’ailleurs cette fascination malsaine des gens pour ce qui fut visiblement beau et s’est transformé en vision de cauchemar. Il est évident que le Monstre avait jadis un visage à la symétrie parfaite et le peu de personnes qui osent le regarder plus d’une seconde sans ciller se posent systématiquement la question à deux balles : qu’à t’il bien pu arriver à ce pauvre garçon pour qu’il soit ainsi défiguré ? Rapidement, ces mêmes curieux se préoccupent simplement de leurs affaires s’ils croisent par malheur le regard mort du barjot tant il irradie l’inhumanité. 
Le fait est que tous ces éléments ajoutés rendent un poil difficile la visite qu’il a prévu de rendre à Dragan depuis qu’il a appris le fiasco de la dernière opération. Sa dernière piste s’arrête chez ce Max « le pianiste » qui a disparu de la surface de la terre comme par hasard. Du coup, sans une petite discussion avec l’hospitalisé survivant, le Géant doute de pouvoir retrouver ses proies avant que le patron ne s’énerve vraiment. De plus, il ne sait pas ce que le cinglé du rasoir a raconté aux poulets. Dragan a une peur bleue de Rachko et ne lâcherait jamais le morceau mais certaines drogues peuvent annihiler la terreur la plus absolue et permettre aux policiers de remonter jusqu’aux commanditaires.
Ce qu’il préfèrerait éviter…
Fort heureusement, Rachko est un pragmatique.
Pas toujours un modèle de finesse dans son approche mais c’est plus par choix et amour du danger que par manque de créativité car le balafré est un tueur brillant qui sait parfaitement évaluer les risques et les enjeux. Il sait par exemple que - la nuit tombée – les équipes hospitalières sont réduites, les visiteurs quasi-inexistants et les personnels de sécurité fatigués.
Avec les contacts du patron, il sait aussi que ce crétin de Dragan est en réanimation au troisième étage. Vu qu’il envisage d’animer le virtuose du rasoir juste le temps de lui poser quelques questions pour ensuite l’inanimer définitivement, ça lui convient plutôt bien.
Seul souci qui peut s’avérer majeur pour les statistiques de la préfecture de police : avec sa tronche de cake pré-découpé, il ne peut pas se permettre de croiser une seule personne et la laisser en vie. Rien de fondamentalement méchant dans son approche mais un simple constat selon lequel un procès sans témoin est plus facilement gagné. Et personne n’est à l’abri de se faire poisser de nos jours…

Revigoré par cette petite ballade à pied, Rachko fixe les  silencieux avec application au bout de ses deux monstrueux automatiques et pénètre dans l’hosto par l’entrée des urgences.
Il a l’impression d’être le T800 pénétrant dans l’immeuble de Police dans le premier « Terminator ». A part que Sarah Connor était nettement plus sexy que Dragan et qu’il espère qu’il n’y aura pas un hypothétique John Connor pour lui casser les roubignoles…
 

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Mollement vautré dans son lit d’hôpital, le lieutenant de police Franciné N’Ganno n’en revient pas !
Il a morflé deux balles dans la peau, a niqué irrémédiablement son plus beau costard et la seul chose que ce fumier chaud de Greg le Dèg trouve le moyen de faire est de lui envoyer cette andouille de Mat pour le cuisiner. Même pas une petite boîte de chocolats pour le réconforter !!!
S’empiffrer lui aurait permis de passer le temps entre cette foutue douleur au coté et l’autre pignouf de Didier Leçon qui ronfle comme un sonneur dans le pieu d’à coté.
D’après le toubib, ils ont vraiment eu beaucoup de chance.
Dans le cas de Franciné, les bastos ont traversé la viande sans rien endommager de sérieux. Ca ne l’empêche pas de grommeler en considérant son corps superbe plus adapté pour recevoir les savantes caresses de ses copines que des balles de plomb. Enfin puisque c’est fait, il va falloir rentabiliser ! Lui qui ne demande qu’à retirer ses fringues dés lors que les copines font pareil, il pourra ajouter à ses technique de drague un couplet héroïque pas inintéressant. Une chance qu’il n’ait pas mangé une valda dans une partie sournoise ou qui fait rire…
Genre dans le pied, pense t’il en regardant son collègue en gloussant bêtement. Ca doit faire un mal de chien et c’est même pas valorisant à montrer à une fille, un pied. Le bras et le coté du ventre au moins ça en jette ! Y a qu’à voir dans les films : le héros ne prend jamais de un coup de feu dans un panard, ça ferait marrer les spectateurs. Heureusement pour Didier qu’il se fiche des gonzesses en fait. Enfin ça serait plutôt les nanas qui se fichent de lui mais au final ça revient un peu au même. Didier c’est bien le genre à flamber devant une touffe en exhibant fièrement son pied troué d’ailleurs. Quand on porte des cravates comme les siennes, on a vraiment honte de rien  et ça devient presque un avantage. N’Ganno pensait pouvoir un jour aider ce guignol à devenir présentable mais maintenant qu’il l’a vu oser enfiler sa cravate en cuir rouge sur sa veste de pyjama d’hôpital, il sait que c’est une cause perdue. Resterait bien les godasses pour arranger l’ensemble mais vu l’état de ses panards au Didier, il est pas prêt de remettre des pompes neuves avant longtemps.
Ou alors les boites d’emballage ; à la limite piquer ses « tongs » au Yéti mais pour de l’Italienne cousue main, faut oublier !

L’envie d’uriner ramène le jeune black sur terre. Il massacre une fois de plus le bouton d’appel en maudissant l’infirmière de garde puis repense aux évènements qui l’ont conduit ici. Malgré les quelques éléments que Mat la Bat leur a communiqué durant le débriefing improvisé, il ne comprend pas bien ce qui leur est arrivé. Ils viennent juste faire un gentil contrôle de routine et tombent en pleine guerre totale. Il tord comiquement sa bouche en pensant qu’il n’a pas fini d’entendre le commissaire la ramener avec ses conneries habituelles…


« TOUJOURS porter son gilet, bande de navets ! C’est lourd et ça fait transpirer mais si vous êtes fatigués et puants c’est que vous êtes vivants !!! »
« TOUJOURS être sur vos gardes car ceux d’en face ne sont pas là pour vous talquer les fesses, tas de quiches ! Ou alors à la poudre !!!
« TOUJOURS une main sur le flingue et l’autre sur vos couilles, grappe de moules ! Mais faites gaffe de ne pas vous tromper quand vous dégainez !!! »
Un poète, le commissaire…
Mais pour le coup, il avait pas tort.

Mais qu’est ce qu’elle peut bien être en train de faire, cette feignasse d’infirmière ???
Et  pourquoi ces andouilles l’ont ils collé dans la même piaule que l’autre turbine à ronflements ? Cet emmerdeur de Didier le gêne même quand il pense avec ses bruits de bête malade. Il l’étoufferait bien avec un oreiller mais aurait du mal à faire croire aux toubibs que l’asphyxie est  une résultante d’une brûlure aux arpions.
« Pardon, docteur ! Le pansement a glissé ! »
Ca va pas le faire…


Ah ben justement, l’inspecteur Leçon est en pleine envolée lyrique de grognements qu’il en vient à s’étrangler et roule sur le coté pour redevenir  à nouveau paisible.
Cette inespérée période de rémission permet à Franciné d’apprécier enfin le silence de la nuit avant de distinguer avec joie la reptation pataude en provenance du couloir qui annonce l’arrivée de Miss Bassin.
C’est alors qu’il entend clairement le double « plop » caractéristique d’un réducteur de son et la chute étouffée d’un corps. Dans son état, il ne se sent pas trop chaud pour aller jouer les cow-boys. Il désactive l’interrupteur d’urgence du lit pour éviter d’attirer le propriétaire du flingue pas suffisamment muet à son goût et se laisse tomber dans le lit, immobile. Agacé par sa lâcheté, il reporte sa frustration sur la victime en blanc en se disant qu’elle se serrait  magnée le derrière de lui apporter le bassin, elle serait peut être encore en vie, cette feignasse !
Pendant dix secondes, il reste là, tentant de se persuader qu’il en a assez fait pour aujourd’hui. Puis il constate que l’envie d’uriner l’a quitté d’un coup, remplacée par une honte curieuse. N’Ganno est un garçon courageux qui considère son métier comme une noble mission. C’est en outre un bien piètre menteur, surtout lorsqu’il s’agit de s’abuser soi  même. Conscient de faire une grave erreur, il descend en grimaçant de son lit, s’approche de Leçon et plaque sa main sur la bouche du ruminant ce qui a pour effet de déclencher un bon de trois mètres et des tortillements  de lombric tronçonné chez l’homme à la cravate.

- Doucement, Didier… On a un problème…
 

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- C’est clair pour tout le monde ? grince le commissaire principal Grégoire Marmand aux cinq hommes qui lui font face dans la petite salle de briefing de l’anti-gang.
- A ceci près que ton Bibi peut être n’importe où, Greg, minaude le commissaire principal  Antoine Morelli, l’éternel meilleur ennemi de l’équipe de Marmand commandant la deuxième section de l’OCRB.
- Si j’avais eu une adresse où aller lever ces enfoirés, je n’aurai pas besoin de ta bande de bras cassés sur ce coup, Antoine. La seule chose qui nous rattache encore à Bibi et le mystérieux homme momie qui l’accompagne – à priori Farid « la pierrade » qu’on a pas retrouvé dans le charnier de l’entrepôt - est l’Audi que la vieille voisine a vu démarrer juste après le carnage.
- C’est maigre.
- Moins que ton QI ! J’ai demandé votre coopération, les filles ! Mais si vous avez décidé de me chier dans les bottes, je vous préviens à l’avance que ça va éclabousser grave autour.
- Calme toi, Greg. On cause là…
- Non on cause pas, bougre de gland ! J’ai un de mes gars qui risque de ne plus pouvoir se déplacer sans roulettes et l’autre qui a morflé deux balles dans le buffet alors j’estime qu’on a assez causé. Je veux ces mecs et je les veux maintenant.
- Mais merde ! On a beau se tirer un peu dans les pattes, Franciné et Didier sont aussi nos collègues et neutraliser ceux qui sont responsables de leurs misères est aussi notre priorité. Mais là c’est pas des renforts qu’il te faut, Greg, c’est un magicien ! s’emporte Morelli.
- David Coperfield est pas libre et Garcimore mange les pissenlits par la racine alors vous sortez vos baguettes magiques et vous me faites un putain de miracle !
- T’es gentil franchement !!! Tu nous demandes de laisser de coté les affaires courantes pour vous épauler toi et ton équipe mais arrivé là, tu nous engueules sans nous donner un seul élément d’enquête utilisable !!! T’avoueras que t’es gonflé aussi, achève le concurent de Marmand avec un mauvais rictus.
- C’est vrai Antoine… avoue Greg le Dèg’ en se passant la main sur les yeux. Je perds les pédales ! J’ai pas la plus petite piste… Seulement un tas de cadavres et des flingueurs ultra dangereux dans la nature avec des tarés Albanais au cul dont j’ignore les motivations…
- Bon ben revoyons les faits ensembles, tempère Antoine Morelli qui retrouve sa bonne humeur coutumière, conscient de l’abattement qui frappe Marmand. Ton autre type troué de la fiole qu’ils ont retrouvé avec tes lieutenants, il a toujours pas refait surface ?
- J’ai laissé un képi à sa porte pour qu’il le surveille et nous informe dés qu’il aura repris connaissance. Quoi qu’avec le cervelet percé, il risque d’être un peu à l’ouest, le bonhomme ! Avec les barrages dressés, on sait que Bibi n’a pas pu faire beaucoup plus de 150 bornes autour de Paris. Une bagnole rouge de ce genre, ça se retrouve. Et encore plus facilement quand un type avec la gueule pleine de pansement est dedans. Dur à planquer en plein été et l’option passe-montagne ferait un peu gag…

La sonnerie du téléphone allège un peu la tension. Mat la Batte décroche et tend le combiné à Marmand.

- C’est l’hosto… Franciné…
- Il dort pas à cette heure celui là ? C’est bien ma veine d’être tombé sur un blackos bosseur tiens !!! …Ouais qu’est ce que tu veux, toi ? Que je te change ton bassin ou que je supporte ton laïus sur l’exiguïté des embouts de pistolet à pipi qui n’acceptent pas ton démonte-pneu hors norme ?

Le commissaire principal de l’OCRB se décompose en une seconde.

- On t’envoie des renforts tout de suite mais le laisse pas partir, Franciné ! Et protège le troué de la tronche, c’est notre dernière piste sérieuse ! …Je m’en cogne que Didier puisse pas marcher, il a qu’à te couvrir à plat ventre !!! Zêtes à l’Anti-gang, bordel !!! Si vous vouliez vous glander, fallait devenir contractuel !

Greg le Dèg prend une seconde ligne téléphonique et s’adresse aux hommes présents dans la pièce en même temps.

- L’hôpital est attaqué par une espèce de géant monstrueux d’après le lieutenant N’Ganno. Après le coup du zombi escouillé , je me demande s’il ne nous fait pas un peu de fièvre genre Vaudou, l’africain, mais dans le doute, on fonce. Vous me prévenez les képis les plus proches, j’appelle l’unité du Raid même si ça me fait mal aux chevilles.
- T’as dit à Néné de s’en mêler, Greg ? demande Mat la Batte.
- Je lui ai dit de faire ce qu’il pouvait avec Didier, oui.
- C’est moi qui ai leurs flingues. A cause de l’enquête administrative obligatoire…
- Vacherie ! Faut faire fissa sinon on va avoir une deuxième brouette de macchabées sur les bras.
 

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Le commandant Pougin de Gérinand-Lacroix devrait être la quintessence de l’efficacité policière puisqu’il commande la légendaire équipe tactique du RAID, les commandos de la police nationale. En fait, c’est une nullité crasse absolue dont les seuls atouts sont d’avoir une famille aussi puissante que présente dans la nébuleuse des ministères. Lorsqu’il reçoit l’appel du capitaine Grégoire marmand, le fameux Greg le Deg’ de l’OCRB en personne, qui lui demande son aide, il se fend d’un grand sourire satisfait en raccrochant. Une fois n’est pas coutume - car il évite de mélanger les torchons et les serviettes – le Noble engoncé dans sa tenue de combat toute neuve descend carrément dans l’entrepôt ou sont en train de s’entraîner les « Ninjas » de son commando. Il monte sur la capot d’un véhicule tout terrain, glisse minablement, se fait méga mal au genoux, sert les dents, se redresse péniblement puis écarte les bras comme le messie requérant l’attention d’une foule innombrable et s’adresse à ses ouailles surpris et finalement en pleine glandite aiguë…

- Messieurs, les pathétiques pantins de l’anti-gang ont un problème ! Il semblerait qu’un suspect extrêmement dangereux fasse un massacre à l’hôpital central. Etant les plus proches du site et considérant que nous pouvons être confrontés à une prise d’otage, nous intervenons en premier. Nous devons prendre la cible vivante pour les besoins de l’enquête de ces messieurs les cow-boys et protéger les deux inspecteurs blessés déjà  hospitalisés sur place et engagés dans l’action.
- Cette histoire ne sent pas bon, mon commandant, renâcle le capitaine  Christian Ricard en calottant un de ses hommes qui couine à cause qu’il a pas le module de sauvegarde de partie et aimerait bien terminer son niveau de « Rayman » sur sa game-boy.
- Je partage entièrement votre sentiment, mon petit Ricard, reprend de Gérinand en pointant un doigt superbement ganté sur son adjoint. D’autant que nous devons faire dans le chirurgical pour permettre à Greg le Dèg de mener à bien son affaire.
- Sans vous offenser, je peux pas les voir ces enflures de l’anti-gang, mon commandant, s’énerve Ricard en écrasant la Game-boy tentatrice à coup de rangers non sans oublier ensuite de motiver de la même façon le commando en sanglot à monter dans le fourgon d’intervention. Ils ne jouent pas franc-jeu une fois de plus et nous risquons de nous heurter à forte partie par leur faute. Ce serait bien dans leurs méthodes de nous envoyer au casse-pipe soit disant contre un seul mec rien que pour nous voir nous vautrer quand on s’apercevra qu’il y a une armée !
- Moi non plus je ne les aime pas, mon petit Ricard, moi non plus… Et je sais bien que Marmand et ses sous-fifres sont aussi vicieux que mécréants. C’est pour ça qu’on débarque et qu’on tire dans le tas.
- Mais… s’étonne Ricard qui est un sanguin mais pas un tordu. Et les deux officiers blessés ?
- Dieu reconnaîtra les siens, pontifie le Noble. Enfin ceux qui ne seront pas trop abîmés…
 

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- Sans nos armes, ça pas être de la tarte à la rhubarbe, murmure le lieutenant N’Ganno en affirmant sa prise sur la béquille tout en surveillant par l’entrebâillement de la porte le Géant balafré qui entre doucement dans une nouvelle chambre.
- On va quand même pas l’attaquer à la crotte de nez, ton Monstre ! gémit l’inspecteur Didier Leçon. Passe  encore qu’on tente un truc en étant armés mais là, c’est n’importe quoi ! On est des miraculés, mon pote ! Demander un autre miracle dans la même journée ce serait abuser, crois moi.
- Ce mec a sulfaté l’infirmière de dos sans hésiter, Didier. Je ne sais pas à quoi il tire mais tu n’auras qu’à voir les trous qu’il lui a fait pour te convaincre qu’il faut que nous intervenions. Et ça fait trois piaule ou il rentre et d’où il sort en sulfatant les malades. Si on ne tente rien, il va transformer l’hôpital en abattoir et je ne pourrai pas vivre avec ça.
- Ben moi je préfère vivre avec des remords – même terribles et qui empêchent de dormir – que claquer bêtement pour les éviter et dormir définitivement …
- De toute façon on te demande pas ton avis ! Greg le Deg’ a été clair : nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher le Géant de dézinguer le Troué de la tête !
- Mais pourquoi t’as appelé le commissaire aussi, pauvre innocent ?! gémit le Cravaté. C’était évident que Marmand nous enverrait au charbon, il est complètement fondu !!! Et peut être que le Géant est un mec cool qui fait que passer et qu’il ne vient pas pour descendre le Troué, tu sais…
- Mais oui, Didier ! En attendant, on va sortir de cette piaule et aller appréhender le Géant cool qui se ballade peinard en shootant le personnel hospitalier et les patients sinon j’explique à Greg que tu as aussi paumé tes burnes pendant que tes panards rôtissaient, il appréciera !
- Balance !!! s’insurge le maigrichon rôti. Réfléchis un peu, Néné : il y a une sentinelle en faction devant la porte du troué, bon sang. Et elle est armée. C’est quand même pas toujours à nous de nous y coller !!!
- Je suis certain que le planton n’est pas à son poste sinon le géant l’aurait déjà refroidi et ne chercherait plus la piaule du Troué, c’est évident. Assez parlé, faut qu’on arrête ce malade.
- C’est ça ! Je lui lance du pipi à la figure et tu prends sa tension jusqu’à ce que mort s’en suive ! Mais merde, Franciné !!! C’est toi qui m’as décris la taille des flingues qu’il se trimballe !? Je pensais même pas que ça existait des machins pareils !
- C’est pas la taille qui importe, Didier ! Et tu devrais être content qu’un black comme moi avec une vraie biroute le confirme à un cul blanc comme toi équipé d’un matos décoratif.
- Ah ça c’est vraiment d’une finesse… Faut toujours que ça finisse au niveau du slip avec toi de toute façon !
- Ben non justement ! Pour une fois je vais écourter la discussion habituelle sur le zizi et on va aller fumer le salopard aux deux canons ! Tu vois, tout arrive !
- Et si je t’accorde pour une fois que les noirs ont des plus grosses quéquettes que les blancs… tente avec un sourire niais le pauvre Leçon.
- Me gonfle pas avec des évidences, Didier. On a assez perdu de temps maintenant. On sort, on cherche le Képi et on le prévient du problème. Il est armé, lui. Après, on avisera. J’ouvre la porte et on fonce.
- On fonce qu’il dit l’autre… Je fais comment moi avec mes panards comme des pompes de ski ? Je prends un cours accéléré pour avancer sur les mains, pauvre pomme ?
- Monte dans le fauteuil, je vais te pousser !
- La dernière fois que tu as conduis, je sais où ça nous a mené… assène le rancunier.
- Ben mets pas ta ceinture cette fois !
- Oh qu’il est drôle !!! Infirmière ! Pitié le bassin, mon collègue est un marrant !
 

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Tout va de travers !
Cet abruti de flic qui fait du gringue aux hôtesses d’accueil au lieu de surveiller la chambre de Dragan et qui sort son calibre, obligeant Rachko à le dégommer puis le personnel qui grouille dans les couloirs pire que des cafards. Dire qu’il paraît qu’ils sont en sous-effectifs dans les hôpitaux Français ! Ils devaient faire du préemptif sur son passage le jour où ils ont fait l’annonce.
N’empêche que sans la sentinelle pour repérer la chambre du blessé, il faut être méthodique. Ca devient pénible d’ouvrir les portes les unes après les autres pour s’assurer du contenu. Dommage pour les insomniaques qui ramassent leur petit « plop » définitif s’ils ont le malheur de dévisager leur curieux visiteur.
La dernière patiente qu’il vient de « soigner » l’a vraiment contrarié.
Quelle vieille carne à brailler comme une sauvage pour avoir ses cachets !!!
Mauvaise avec ça !
Et exigeante, la momie !
A dégoûter les pauvres infirmières du métier, ça c’est certain !
Enfin…
Vu les pilules qu’elle a ramassé, elle devrait plus creuser le trou de la sécu, la flétrie !
Engageant un nouveau chargeur, le balafré grimace un peu, contrarié, en tirant sur la culasse d’un de ses monstrueux Desert Eagle. Il a beau toujours prévoir large, Rachko se dit qu’à se régime là, il va être à cours de munitions et va devoir improviser et se rabattre sur son poignard de combat ce qui risque d’être légèrement plus bruyant et carrément salissant.
 

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- Je te gare là, Didier. Juste le temps de récupérer le pétard de cette andouille, annonce Franciné en se dirigeant vers le policier trépassé qui gît face contre terre à coté d’un joli duo d’infirmières très mortes aussi.
- C’est ça ! Laisse moi au milieu du couloir comme une pauvre cloche ! Je m’appelle Leçon avec un « C cédille », je te signale, pas Seguin avec une chèvre alors si tu veux que je serve d’appât au grand méchant loup, tu pourrais au moins me demander mon avis.
- Tire toi, Didier ! se met à hurler N’Ganno en voyant le balafré faire demi tour pour revenir  calmement en levant ses armes dans leur direction.

La première balle du tueur fait éclater le vase garni de fleurs de l’accueil à quelques centimètres de la tête du black qui prend toute la flotte en pleine figure avec quelques éclats d’émail en bonus. Il se laisse tomber derrière le comptoir évitant de justesse la seconde praline qui arrache un énorme morceau de bois à l’endroit exact qu’il vient d’abandonner.

- Mais il tire avec quoi, ce taré de Géant ? Un canon de marine ???

De son coté, Didier Leçon n’a pas attendu pour faire pivoter le fauteuil en sens inverse. Il active ses bras malingres en hurlant comme un damné pour faire avancer son étrange moyen de locomotion  le plus loin possible du sulfateur défiguré. Contre toute attente et malgré les doutes de Didier, un second miracle à lieu : l’assassin le met en joue et un projectile bien inspiré vient frapper l’arrière métallique du fauteuil, le projetant en avant vers la cage d’escalier à toute vitesse.
 

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Le commandant de Guérinand est en progression rapide en tête de la moitié du commando, l’autre groupe coupant l’accès à l’escalier sud de l’hôpital, lorsqu’il reçoit en pleine figure un type hurlant et son fauteuil.

- TIREZ PAS ! J’SUIS D’LA MAISON !!! braille Didier Leçon en agitant les bras face aux hommes du RAID éberlués. Il est dans le couloir !!! Faites gaffe à mon collègue qu’est planqué derrière l’accueil par contre.
- Ok on monte ! annonce le capitaine Ricard à son groupe.
- Et le Commandant ? demande un Ninja en désignant le fringuant de Guérinand les bras en croix et le pif de traviole.
- Merde… Fauteuil 1, Commandant 0 ! Il est Ko ! Bob, tu restes en couverture sur l’escalier  avec le patron et l’acrobate à roulettes.

Deux nouveaux coups de feu éclatent et les Ninjas se précipitent, excités par l’action toute proche.
 

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 « Passent encore le héros imprévu et le Ben Hur du pauvre mais là ça se complique beaucoup trop !!! », pense Rachko en voyant débouler les hommes en noir. Il désengage les réducteurs de son qui nuisent singulièrement à la précision de ses obusiers puis recule jusqu’au bout du couloir non sans vider ses chargeurs sur les gars du RAID qui s’abritent comme ils peuvent. Plaqué à la paroi, il recharge calmement les automatiques, constate que se sont ses dernières munitions, puis se dirige sans se presser vers une fenêtre latérale où il a repéré une corniche de soutènement. Pendant qui se laisse glisser souplement à l’extérieur, les commandos sécurisent l’endroit à leur manière en défouraillant dans les murs et les plafonds comme des malades.
 

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- Mais arrêtez de canarder comme des débiles !!! hurle Franciné N’Ganno. Vous voyez bien qu’il est en train de se sauver.
- Unité 2, lance le capitaine Ricard. Il vient vers vous.
- Négatif, unité 1. Nous sommes à l’appoint du couloir sud et il est vide.
- Foncez ! Il est probablement dans les chambres attenantes. Annoncez à vos gars que nous avons une possible situation de prise d’otage.
- Mais oui… souffle le jeune lieutenant de l’anti-gang soudain très fatigué en se laissant tomber pesamment au sol. Il est allé s’enfermer dans une chambre avec une poulette en attendant que la cavalerie vienne lui passer les menottes... Ce mec est un pro ! Il s’est tiré par l’extérieur, Ricard. Tu perds ton temps.
- Dis donc l’Africain, t’es pas très reconnaissant pour un type dont on vient de sauver les fesses, fussent elles charbonneuses, je trouve. Ca me ferait presque regretter qu’une balle perdue ne soit pas venue fermer ta grande gueule si tu veux tout savoir.
- Y en a une qu’à pas été perdue pour tout le monde, mon pote, répond Franciné en désignant de la tête un membre du RAID vautré dans une mare de sang comme une poupée cassée.
- Oh non... Un homme à terre, hurle Ricard dans son micro en se précipitant vers l’officier immobile.

Retournant le commando, le rouquin constate que la poitrine de son équipier est percée de deux petits trous fatals malgré le gilet pare-balles. Il n’ose pas imaginer les dégâts en sortie d’impact…
Le crépitement de l’oreillette lui remet les pieds sur terre :

- Unité 2 à Unité 1. Avons sécurisé les chambres, mon capitaine. C’est un véritable carnage là dedans !!! Nous pensons que la cible a quitté le bâtiment par une fenêtre de l’étage et nous engageons la poursuite. Les unités de police en patrouille autour du périmètre d’intervention ont été alertées.
- Attention !!! A toutes les unités en protection autours de l’hôpital, c’est le capitaine Ricard du RAID qui vous parle : le suspect est un gigantesque salopard balafré qui utilise des balles au téflon « tueur de flic » ! En conséquence, j’assume l’ordre qui suit et vous demande de l’appliquer à la lettre : tirez pour tuer et ne faites pas de sommation !
- Unité 2, bien reçu, capitaine. On l’aura, Ricard, fais nous confiance !
- Quel fiasco, balance Ricard à N’Ganno tandis que policiers et toubibs investissent les lieux. Le commandant blessé, un homme abattu et le suspect en fuite. On est des vrais burnes.
- Je dirais pas le contraire, acquiesce Franciné tristement. Mais le Balafré n’est pas encore tiré d’affaire et surtout le suspect à la tête trouée est probablement encore vivant. C’est tout ce qui comptait.
- Si tu le dis… murmure Ricard en contemplant le commando abattu qui ne terminera jamais le dernier niveau de « Rayman » et que les brancardiers charrient comme un tas de viande maintenant qu’ils ont constaté le décès.
- Et puis vous nous avez sauvé la peau à mon collègue et à moi, renchérit le jeune noir en tapant amicalement sur l’épaule du rouquin.
- Ca y est, je déprime…
 

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Pour un flic en tenue, il n’y a pas grand chose de plus pénible que les missions de soutien ! Même si ça casse la routine pesante du commissariat, ça ne sert finalement qu’aux équipes de cow-boys pour se la péter. Le quatuor de képis, tassé dans la 305 pour profiter à fond de la clim’ plus que pour surveiller la petite allée sombre qui jouxte l’hôpital, est à ce titre représentatif de l’état d’esprit de la majorité des résidants des postes de police français s’agissant d’épauler ces prétentieux en civil. Aussi, quand le jeune stagiaire – le seul à être excité comme une puce depuis le début de la mission - braque le projecteur portatif vers l’obscurité, il ne déclenche pas vraiment l’intérêt escompté chez ses collègues vétérans en s’écriant :

- Il y a un truc qui bouge là bas !!!
- Ah mais merde… grogne l’adjudant en jetant un œil fatigué au type qui approche lentement vers eux. Laisse tomber, les suspects s’éloignent des gyrophares, ils ne s’en approchent pas.

C’est vrai que Rachko Piavic, qui avance vers le véhicule de patrouille avec une nonchalance appliquée, n’a pas tellement le comportement type du fugitif traqué. C’est quand il arrive à une vingtaine de mètres et pointe  ses Desert Eagle sur le véhicule de police que le jeune stagiaire se met à hurler :

- PUTAIN C’EST LUI !!! C’EST LE TUEUR A LA BALAFRE !!!

La suite est assez confuse.
Une chose est sure : la première balle du Géant fracasse la vitre remontée pour cause de fraîcheur, traverse le projecteur portatif et fait exploser la tête du jeune stagiaire qui se trouvait bêtement derrière. Pendant que l’adjudant assis à coté du gosse gémit en constatant qu’il est couvert de morceaux de cervelle et de débris divers, les deux policiers assis à l’arrière descendent de la voiture aussi prestement qu’ils le peuvent par la porte opposée au tireur et se mettent à l’abri.
Piavic avance toujours.
Des deux mains, il tire trois fois sur le gros adjudant hébété qui glisse doucement de son siège la figure en bouillie. Les deux policiers survivants se relèvent courageusement dans un bel ensemble en position de tir et font feu. Le fou balafré ne ralentit même pas sa progression et continue à marcher calmement sur eux, ses armes levées. Il est à moins de dix mètres mais ce visage défiguré, cette effrayante carrure et cette nonchalance étudiée de monstre invincible font qu’ils perdent leur sang froid et ratent leur cible contre toute attente.
Pas Rachko.
Les monstrueux Desert Eagle aboient une fois chacun et crachent leur métal mortel droit dans les fronts des policiers qui décollent du sol dans un nuage écarlate et retombent horriblement deux mètres plus loin dans un bruit de sac à viande.
Le Géant passe la voiture de patrouille, enjambe ses dernières victimes en prenant soin de ne pas marcher dans la flaque poisseuse qui s’agrandit sur le trottoir, déboule enfin sur l’avenue pacifiée et traverse la route en petites foulées détendues avant de se perdre dans le parc tranquille qui jouxte l’hôpital.
Par deux fois en tentant  de sortit du parc, il manque croiser un nouveau véhicule de police qui se dirige vers son dernier carnage toutes sirènes hurlantes. Lorsqu’il est assuré de ne plus croiser un flic égaré, il enjambe prestement le muret du parc, traverse la route et s’engouffre dans son véhicule qu’il avait judicieusement garé à distance de l’objectif et sort le portable de la boite à gants.

- J’ai échoué, Monsieur, annonce calmement l’assassin. Et il y a eu de nombreuses victimes collatérales parmi les civils et les forces de l’Ordre.
- Tu es blessé ?
- Non, Monsieur.
- Fort bien. Laisse Dragan crever à l’hôpital, Rachko. J’ai eu confirmation qu’il avait été touché à la tête et qu’il était toujours dans un profond coma. Dés lors, le risque qu’il éclaire les policiers français est négligeable et il est devenu une cible secondaire. Quand à Régeant, je vient d’apprendre qu’elle avait réactivé son réseau. Il est donc inutile d’aller la chercher, elle viendra à nous.
- Pourquoi réagirait-elle maintenant ? Pourquoi après cinq ans, monsieur ? Elle pourrait continuer à se cacher.
- Simplement parce qu’elle n’a plus peur.


Chapitre 6: retour vers le futur


Ils attendent la nuit pour approcher la bicoque. C’est une jolie petite fermette à l’ancienne en bord de rivière, le genre d’endroit où on passerait bien sa retraite. Mais de retraite, Raoul et Farid risquent de pas en voir le bout d’une si Micheline n’en a pas un peu plus appris sur leurs poursuivants. La prochaine fois ils n’auront peut être pas autant de chance et à force d’évoluer dans le potage, on finit par boire la tasse.
Bibi n’est pas complètement idiot et se doute bien de l’identité des commanditaires mais il lui faut des certitudes. Y aller à tâtons avec ce style de mec finira mal et il a bien l’intention de profiter de la vie maintenant que sa moitié a retrouvé l’appétit de vivre.
Cinq ans qu’il attend ça chaque jour que Dieu ou un autre barbichu dans le style fait. C’est pas pour se laisser gâcher son bonheur par les fantômes du passé.

- Tout s’est bien déroulé ? demande Micheline en provenance du salon lorsqu’ils poussent la porte d’entrée.

Cette nana le scie littéralement. Raoul est certain qu’elle n’a même pas été s’assurer que c’était bien eux. Elle sait, point barre ! Comme s’il n’y avait pas eu d’autre épilogue possible à l’épisode chez Max.

- Un vrai tapis de bal ! Je me suis retrouvé dans une baignoire avec ton mec. C’est un sacré peloteur mais il a arrêté quand il a constaté que la réputation des Tunisiens n’était pas une légende. Sinon à part ça, tout baigne, ricane Farid. On s’est bien éclaté en tout cas !
- D’après la télé c’est plutôt les autres qui sont faits éclater mais si tu le dis, répond Micheline, amusée.

Elle est assise devant une de ses fichues bécanes, occupée à taper sur son clavier comme une pieuvre hystérique et ne se retourne même pas. Raoul sourit en constatant qu’elle s’est achetée des fringues qui ne la transforment plus trop en sac à patates. C’est pas encore la Casta mais on voit bien qu’il y a un effort de fait.
Ca lui fait plaisir.

- Il y a à manger dans le frigo, les garçons. Je termine un truc et je suis à vous, pianote la Grosse.
- A nous ? Chouette ! Remarque vu le morcif je peux même inviter des potes, taquine l’imprudent Farid.
- T’as pas cicatrisé encore du blair que t’en redemandes, le maso ? souffle Raoul.
- Tu fais bien de m’en reparler, Bibi ! Faudra que tu paies pour cette tape sournoise que tu m’as collé en pleins dans les pansements, vilain traître.
- Y avait pas d’endroit libre ailleurs avec ta tronche de momie, l’arbi ! A part tes joyeuses mais je ne suis pas tireur d’élite malgré ce que tu baratines !
- Fais ton malin devant ta gonzesse, t’as raison. N’empêche que j’oublie rien, moi ! D’ailleurs je voudrai bien que vous m’affranchissiez un poil sur les vilains qui nous talonnent. Histoire que je puisse expliquer à Allah ce que je fous là quand je rejoindrai le Paradis. J’aime pas avoir l’air con…
- Pour l’air, faudra un miracle mais pour l’histoire, je pense que tu as mérité une explication c’est vrai. Croûtons un morceau en attendant Micheline et elle te fera un petit topo. Elle raconte mieux et c’est surtout son histoire à elle.
- J’espère qu’elle a pas prévu que du porc, la grosse cochonne ! glousse Farid en ouvrant la porte du frigidaire d’une main et en se protégeant de l’autre.
- J’espère surtout pour toi que le carrelage est pas trop froid, rétorque Bibi en lui allongeant une gauche de bûcheron droit dans l’oreille.
 

********************


L’unique canapé du salon a manifesté bruyamment son mécontentement d’être sorti de sa poussiéreuse léthargie par le derrière imposant de Micheline. S’avouant finalement vaincu après qu’une troisième latte ait définitivement succombée, il supporte stoïquement le tendre câlin silencieux entre Raoul et son deux-tiers.

- Tu aurais quand même pu l’allonger sur un truc plus confortable, murmure Micheline, faussement outrée, en contemplant le Tunisien assommé toujours à plat ventre.
- Si j’étais assuré que ça le garderait dans le potage, je l’aurai bien collé dans son pieu mais tel que je connais le lascar, c’est le genre à pas trouver de différence entre pioncer sur des parpaings ou dans un lit à Baldaquin alors j’allais pas risquer une sciatique.  
- C’est amusant comme ton dos te laisse en paix par contre lorsqu’il est question de lui cloquer un taquet…
- Mon dos est pleins de bon sens, ma Puce, murmure le Tueur en affirmant un peu plus fermement sa prise sur l’amour de sa vie.
- Vous m’avez fait peur, Grand… lance Micheline comme à regret. Je vous attendais bien plus tôt et j’ai vraiment craint qu’il ne te soit arrivé quelque chose. C’était pas gentil, Bibi…
- Excuse ma puce, mais c’est pas l’impression que tu as donné quand on est arrivés pourtant, se rebiffe gentiment Bicarosse qui boit du petit lait.
- Je ne suis pas encore très douée pour faire part de me sentiments, tu sais. Avant, je les masquais pour survivre ; pendant cinq ans je n’en ai plus eu ; du coup, j’ai besoin d’un peu de temps pour réapprendre à simplement être naturelle.
- Tu auras tout le temps qu’il te faut, ma belle.
- En attendant que le moche au bois dormant refasse surface, tu me racontes ce qui vous a retardé ?
- C’était une idée de l’endormi. Après coup, j’avoue que c’était pas si idiot que ça en avait l’air. Mais tu lui dis pas ça hein !!! s’inquiète Raoul.
- Meuh non ! le tranquillise la Baleine, très amusée. Loin de moi l’envie de m’immiscer dans votre très virile et inespérée amitié !
- Vas y moque toi, tiens ! dodeline du chef le taquiné. Bon pour en revenir à notre affaire, on avait peu de chances d’être passés inaperçus en quittant ce qu’il restait de la maison de Max « le pianiste ». Il y avait de fortes chances pour que l’Audi qu’il nous avait laissés soit rapidement grillée malgré les jeux de plaques en cadeau.
- Vraiment sympa, le Max…
- Clair ! C’est quand je roulais pour regagner l’A6 et te rejoindre que l’autre emmerdeur m’a saoulé avec une histoire d’embrouille que ses cousins avaient à Orléans. Au départ j’étais pas jouasse mais c’est vrai qu’on prenait un sacré risque en piquant direct. Après coup en plus, j’avoue qu’on a même fait une bonne action.
- Farid et toi ? s’étrangle la grosse de rire.
- Nan sans dec’, tu vas voir ! Bon alors je mets le cap sur l’autoroute du Sud, direction Orléans. On grille un jeux de plaques jusqu’au péage et le second pour en sortir. Ca fait bien longtemps que je sais que les flics ne sont malheureusement pas aussi cons qu’ils en ont l’air…
- Connais ton ennemi et tu le respecteras, respecte le et tu le vaincras, méprise le et tu en mourras.
- Un truc dans le genre, ouais ! cligne de l’œil le Grand, toujours épaté par l’admirable à propos de sa compagne. Là par contre, on sait qu’il faut nous magner de refourguer la tire. On fait un saut rapido chez la  tante de Farid qui a des misères et la vieille rebeu nous fait un topo pas triste sur une bande de blacks pas piqués des hannetons. Tu les connais les Tunisiens, ce sont des sacrés baratineurs !!! Mais là, la tata elle me colle vraiment les boules quand j’entends de quoi sont capables les autres petites merdes. Du coup on est d’accord pour leur faire un plan pourri et on déboule avec l’Audi sur les bords de Loire dans un coin à putes pérave où les nuisibles rodent. On a bien pris soin de remettre les plaques d’origine sur la voiture avant. En cinq minutes, ils nous tombent dessus et nous chouravent la bagnole en allant même jusqu’à nous cogner dessus pour s’amuser avant de  filer. Tu veux qu’j’te dise : y a plus d’jeunesse !!! La suite est pas compliquée…
- Vous avez volé un nouveau véhicule moins voyant et vous m’avez rejoint.
- Bah vi…
- Donc vous voilà métamorphosés du statut de vilain criminels à celui de gentils justiciers finalement ?
- Exactement, madame la moqueuse ! Même que les poulets seront notre bras armé sans le savoir. Une sorte de coopération miraculeuse pour le bien des faibles !
- Ce qui va être miraculeux c’est si tu t’en tires cette fois tellement je vais taper fort, saloperie !!! gronde l’arabe qui se relève en massant sa pommette aux couleurs printanières.
- On dirait que t’as le réveil grognon, « la Pierrade » ! se renfrogne Bibi sans pour autant sortit du canapé.
- Normalement non pourtant, s’insurge l’arabe. J’ai la sortie de paddock joyeuse ! D’ailleurs je sens la bonne humeur qui revient vu la dérouillée que je vais te coller !
 

********************

Cinq ans qu’elle attendait ce moment sans même oser l’espérer. Elle aurait prié si elle avait toujours la foi, une denrée rare depuis « l’accident »…
Nathalie Cotré termine la seconde bouteille de champagne qu’elle s’est sifflée toute seule comme une grande après avoir reçu le message tant attendu.
Elle est carrément « paf » maintenant.
Et elle va se faire pipi dessus si elle n’arrive pas au toilettes à temps.
L’alcool ne l’aide pas franchement à récupérer ses béquilles et à se redresser. Aussi assurée qu’un culbuto en pleine tempête, elle fait avancer ses pauvres jambes mal soignées du mieux qu’elle peut mais sent qu’elle ne pourra pas se retenir plus longtemps.
Oh et pis mince !
Elle se laisse choir plus qu’elle ne s’assoit et urine tranquillement dans son pantalon. Se bitturer quand on a pas de prostate pour contrôler l’ensemble n’est pas franchement une idée très rationnelle.
La belle affaire !
Elle en crève d’être rationnelle.
Elle pisse paisiblement en soufflant d’aise, la tête légère.
Elle glousse stupidement en pensant à la tête que Catherine « la Fouine » ferait si elle voyait dans quel état pitoyable se trouve la pièce maîtresse de son réseau. Saoule comme une Polonaise en vacances et souillée comme un bambin mais arborant un franc sourire de joie absolue.
Elle se demande si Catherine la reconnaîtra après toutes ces années ?!
Comme d’habitude, elle sait que la tueuse n’aura pas bougé d’un iota, elle.
C’est le coté magique de « la Fouine » : une sorte de classe naturelle et une forme d’assurance innée qui rendent tous les hommes amoureux d’elle et les femmes haineuses.
Ou amoureuses aussi…
Nathalie se traîne vers la salle de bain. Il lui reste plus de temps qu’il n’en faut avant l’heure de son prochain contact avec « la Fouine » pour se requinquer sous une bonne douche brûlante. Elle aura même suffisamment de temps pour pleurer une fois encore sur ce qu’elle est devenue et appeler de toutes ses forces le funeste destin qui va être le siens maintenant que son amie est de retour.
 

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- Tu aimes les contes de fée, Farid ? demande la grosse au Tunisien qui – un peu interdit - consent à baisser le couteau de cuisine avec lequel il s’apprêtait à découper Bibi.
- Clair, cocotte ! Les Mille et une nuits, c’est pas une invention de Gaulois que j’sache !
- Et les contes de Grimm ?
- C’est les trucs avec les ogres, ça ?! Ouais j’aime bien même si ça m’foutait drôlement les jetons quand j’étais mioche.
- Alors laisse moi te raconter une histoire très triste et qui fait peur…
- Bon d’accord, grogne le Tunisien en baissant son arme. Je tuerai le gros salopard après…

Il s’assoit dans un fauteuil sous le regard franchement agaçant de Raoul qui feint la terreur, la bouche en cul de poule et les doigts papillonnant. Le taquin se calme et s’assoit à son tour après que Micheline lui ait adressé une de ces mauvaises œillades dont elle a le secret. Maintenant  que l’ambiance est enfin adéquate, le regard de la Grosse se perd dans le vide et elle commence d’une voix douce et profonde :

- Il était une fois une ancienne agent de terrain des services spéciaux de  la DGSE qui avait décidé de se mettre à son compte…
- Ah ben bonjour la princesse, tiens ! chuchote Farid.
- Farid… grince doucement Bibi.
- Ouais pardon. Donc une barbouze, quoi !
- Exactement. Cette femme était désabusée, écœurée par les magouilles des politiques et les coups pourris des grandes entreprises gouvernant le pays.
- …tous des voleurs…
- Elle se disait que quitte à faire des saloperies, autant qu’elle en vive et qu’elle les choisisse.
- …et elle avait bien raison ! Vaut mieux petit chez soi que grand chez les autres moi j’dis !
- Elle s’appelait Catherine Régeant et son nom de code était « la Fouine ».
- Ah ben tu parles si je connais !!! La « tueuse de fous » qu’on l’appelait , trouve bon de la ramener à nouveau le Tunisien. Elle dézinguait les sadiques et les marteaux qui massacraient les mômes ! Un genre de Zorro des zinzins mais avec une paire de meules, quoi !

Micheline s’arrête et regarde le trublion qui sourit aimablement de toutes ses dents absentes. Raoul se dit que ça va péter, qu’elle va probablement égorger le Tunisien avec un couteau à beurre rouillé pour ses interruptions ; ou pire : lui sauter dessus jusqu’à ce qu’il soit plus plat qu’une crêpe bretonne.
Mais non.
Faut croire que la Grosse a accepté que ce moment qu’elle espérait peut être chargé d’émotion n’est pas franchement adapté avec un public comme Farid. Elle aura beau mettre toute la souffrance et la douleur qu’elle veut dans ses propos, ces nuances n’effleureront pas « la Pierrade ». Il n’a pas l’imagination et la sensibilité nécessaires, ne peut pas rester concentré plus longtemps qu’un mouflet de cinq ans sans l’ouvrir et surtout, il est habitué à l’horreur et à la violence.
C’est un survivant tout comme elle et Bibi.
Elle se la jouera pompeuse et dramatique quand elle aura écrit ses mémoires et passera à la télé plutôt parce que là, face à ces deux barres de fer, le seul risque qu’elle prend est qu’ils partent en vrille en ricanant et que ça finisse pas l’agacer. Elle essaie quand même de sensibiliser le Tunisien au fait qu’elle aimerait placer plus d’une phrase sans qu’il ne commente :

- Je peux continuer ?
- Bien sur voyons. J’vais pas le faire à ta place, j’connais pô l’histoire d’toute façon ! Vas y j’dis plus rien. Sur la tête de ma sœur ! pontifie le futur parjure.
- Je ferai livrer des fleurs sur la tombe de la pauvre raccourcie… ne peut s’empêcher Bicarosse.
- Bibi… grince la Grosse.
- Fou ça… Y peut vraiment pô fermer son clape merde… en profite le Tunisien.
- Farid… gronde suavement Micheline.
- Ah ouais pardon… se rend la Momie.
- Donc… Les services français n’appréciaient pas vraiment de se séparer d’un agent aussi « brûlant » mais Catherine avait eu l’intelligence de mettre à l’abri suffisamment de dossiers sales impliquant des personnes de premier plan pour éviter les « accidents ».
- C’est bien ça… continue le pénible. Les accidents ça craint ! Moi je mets toujours ma ceinture. Surtout si je conduis un jour... Et aussi quand je monte avec certains caves…
- Le réseau de contacts et d’informateurs très complexe qu’elle avait développé durant toutes ces années restait sa seule propriété et elle l’utilisa alors pour s’imposer dans le monde de l’assassinat sous contrat. Ses débuts furent aussi spectaculaires que fulgurants et sa réputation d’infaillibilité lui amena rapidement une clientèle et des missions de choix.
- Même nous on l’aurait bien fait bosser, « la Fouine ». Pour effacer ce nuisible de Omar « Maroco » par exemple. Il tuait pas des moufflets mais il découpait les filles, c’était adapté pour « la Fouine » ! Mais elle coûtait trop cher pis fallait la joindre avec un ordinateur et tout ça. Déjà qu’entre mes télécommandes de télé et de magnétoscope, j’en chie des caisses alors un ordinateur…
- Pourtant – à sa façon – « la Fouine » était une idéaliste. Elle s’était  spécialisée dans les éliminations mafieuses et se tenait écartée de toute implication politique.
- C’est con. Omar ça collait « pile poil » ! Une vraie mafieuse, cette purge là ! Coté politique, je crois qu’il avait plus le droit de vote à cause d’un braquage qu’avait mal tourné en couilles. Une banale erreur de jeunesse comme tous les jeunes ils en font quoi… 
- La structure qu’elle avait développé lui garantissait un anonymat absolu et les mesures de sécurité qu’elle employait la prémunissaient contre toutes les tentatives de rétorsion et de vengeance dont les tueurs professionnels sont si souvent victimes. Elle gagna énormément d’argent en un laps de temps extraordinairement court et s’apprêtait à raccrocher définitivement. Mais elle crût bon d’accepter un dernier contrat…
- Ah ça, c’est comme le dernier verre, hein ! Enfin moi j’bois pas mais je vois le résultat…
- Il s’agissait d’une mission à l’étranger. En Albanie. La somme versée était faramineuse. Ca pouvait s’expliquer par le pays d’opération mais elle aurait quand même dû se méfier d’une avance pareille et se douter qu’elle ne toucherait jamais le solde. L’Albanie est un pays particulier,  miséreux, et peuplé d’habitants qui sont restés écartés du monde, écrasés par une dictature parmi les plus terribles qui soit. Ses mafieux sont à l’image du pays : durs, sans pitié et ils n’ont rien à perdre.
- Je connais les Albanais. Ce sont des salopes ! Genre tu leur sers la louche, ils te tirent ta montre et tes bagues ! Les hyènes que c’est, j’te jure !
- Il y a quelques années, de nouveaux réseaux de prostitution particulièrement immondes fleurissaient en occident. Des filles, pour la plupart enlevées ou abusées dans les anciennes républiques soviétiques, se retrouvaient dans des centres de dressage où elles étaient « prises en main » et cassées pour devenir de bons tapins. Privées de papier d’identité, ne connaissant pas la langue, changées de pays tous les mois, ces esclaves du sexe étaient entre autres la propriété de réseaux Albanais. Catherine Régeant avait effacé le principal parrain qui gangrenait l’Italie avec ses méthodes dégueulasses à la demande d’un gang Napolitain. La férocité sans nom de sa cible de l’époque avait grandement facilité les choses. Elle considérait ces monstres comme un cancer que nos gouvernements corrompus encourageaient par leur aveuglement et leur faiblesse. Au détriment de toutes les filles vendues et torturés.
- Ouais je sais… J’ai vu l’émission à la télé aussi. Déjà que nous on est pas des tendres avec les filles des fois, mais jamais on pourrait faire les trucs que ces malades font. C’est pas des hommes…
- Les employeurs de « la Fouine » souhaitaient faciliter sa mission au mieux et ils multipliaient les contacts pour elle sur place et les aides logistiques de toutes sortes. C’était courant dans les pays de ce style mais elle refusa comme à son habitude, ne comptant que sur son réseau habituel. Deux jours avant la date d’exécution, elle entrait en Albanie par ses propres moyens. La cible était un certain Rachko Piavic, un tueur redouté qui régissait le centre de « dressage » le plus horrible de tous.
- Et elle l’a buté ?
- T’es le genre à commencer un bouquin policier par la fin, toi ! intervient Raoul, excédé.
- Bouquin policier ?! Vas y l’autre, traite moi d’balance aussi ! Si j’peux même plus poser une question…
- Ce qu’elle ignorait, poursuit la Baleine calmement, c’est que son soi-disant client qui se faisait appeler « le Monsieur » était le frère du parrain Albanais qu’elle avait éliminé en Italie et que la mission était un leurre pour s’emparer d’elle et lui faire payer l’exécution. A cause des mesures de protection dont elle s’entourait, c’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour l’atteindre : l’engager.
- Pas con le mec. Alors les Albanais ont buté « la Fouine » !!!
- En quelque sorte… Elle fut capturée avant même d’avoir approché sa cible. L’endroit avait été organisé comme une véritable nasse pour l’empêcher de s’échapper. Ils payèrent le prix fort mais ils parvinrent à l’avoir vivante.
- Lalalalala comment elle a dû morfler…
- Rachko Piavic commit une erreur : il était fasciné par la mystérieuse tueuse et il tint à se trouver seul en face à face avec elle pour lui expliquer le traquenard où elle était tombée avant de l’exécuter. Comprenant qu’il s’agissait d’une dette de sang et qu’elle ne rachèterait jamais sa liberté par une rançon, elle lui lacéra horriblement le visage avec le verre en Cristal qu’il avait jugé bon de lui donner pour trinquer à sa défaite. Elle aurait su ce que lui coûterait cette ultime réaction, elle se serait plutôt tranchée la gorge…
- Il devait pas être jouasse le mec…
- Piavic était surnommé « l’Ange » pour sa beauté parfaite avant qu’elle ne le défigure. Il décida effectivement de lui faire payer sa blessure de la plus horrible façon.
- Oh ça va faire peur là…
- Elle fut emmenée dans le pire des centres d’abattage. Elle y fut attachée à même le sol puis violée à la chaîne et battue sans discontinuer. Comme elle n’était pas encore assez docile – et pour éviter un second « accident » perpétré sur un de ses tortionnaires qui voulait une petite gâterie – ils lui arrachèrent très précautionneusement les dents une après l’autre.
- Beurk… elle lui a croqué la tige… Sacré gonzesse dis donc !
- Après deux semaines de ce traitement, elle n’était plus qu’une bête, une créature primaire incapable de penser. Battue, tailladée, elle était devenue une plaie à vif mais était sous la surveillance constante du « Chirurgien », un Albanais aussi doué pour torturer que soigner qui lui dispensait les soins nécessaires pour qu’elle ne meurt pas « trop vite » et évite l’infection. Finalement, devenue totalement folle et mortifiée dans sa chair, ils la jetèrent dans un trou puant où ils venaient se soulager, décidés à l’y laisser pourrir lentement.
- Les enculés… Elle est morte dans un trou de chiottes… Vacherie…
- Ce que Rachko Piavic ignorait c’est que la nature humaine se marie mal avec les secrets. Les membres du centre s’étaient allègrement vantés d’avoir capturé leur légendaire proie et ils s’épanchaient volontiers sur ce qu’ils lui faisaient subir. Un membre du réseau de Catherine « la Fouine » s’était attaché à la localiser dès qu’elle avait disparue. Une fois le lieu de détention confirmé, il fut confronté à un problème autrement épineux : les Albanais et leurs méthodes terrorisaient déjà la plupart des gangs occidentaux et aucun n’osait entreprendre une action contre eux, a fortiori en Albanie, malgré la fortune qu’il offrait pour l’extraction.
- Une fortune genre combien ?
- Genre toute la fortune qu’elle avait amassé durant ces années d’activité s’il le fallait.
- C’est genre vachement j’imagine…
- Un peu plus que ça. Un seul mouvement accepta de s’impliquer : les Basques. Ils avaient besoin de fonds pour financer l'ETA et étaient déjà en guerre contre les Albanais qui étendaient leur lèpre jusqu'en Espagne. Ils disposaient d’une équipe de mercenaires sans scrupules et sacrifiables dès lors que le prix proposé était suffisant. Un  véritable commando militaire fut mis sur pied et envoyé en un temps record pour ramener « la Fouine ».
- Whao… Comme dans les films au Vietnam et tout…
- Sur les trente mercenaires engagés, seulement trois revinrent. Les Albanais sont des bourreaux effroyables mais aussi des combattants enragés. Ce qui restait de Catherine Régeant dit « la Fouine » fut emmené dans une clinique en Suisse où le solde de sa fortune permis de soigner son corps supplicié. A défaut de son esprit. Elle ne se remit jamais du traumatisme et disparu de la surface de la terre.
- Et ben… Trop flippante ton histoire… Mais déjà c’est bien qu’elle soit pas cannée dans la fosse à merde ! Ca finit bien. P’têtre même qu’elle s’est mariée avec un de ses sauveteurs et qu’elle a eu pleins de petites fouines après, on sait pas. Ses trous ont bien du se refermer à force !!! réfléchit le Tunisien.
- Mais c’est pas croyable ce que tu peux être con, mon pauvre Farid, explose de rire Raoul, les yeux au ciel.
- Quoi d’abord ? Puisque Micheline te dit qu’on sait pas pour après ! Moi j’aime les histoires qui se terminent bien, j’y peux rien si j’suis un sensible.
- C’est une allégorie cette histoire, Farid. Un joli récit simplifiée compréhensible par un pauvre cake tout crétin pour expliquer notre situation actuelle.
- De quoi donc ?
- Je faisais partie du commando qui a exfiltré Catherine d’Albanie, banane. Ca s’est passé à mon retour de la Légion et je faisais la seule chose que j’ai jamais su faire : je me battais pour le plus offrant.
- Ah ben voilà ! C’est pour ça que les Albanais nous cherchent ! Je suis pas complètement débile si on m’explique correctement, patate.
- C’est pas moi qu’ils cherchent, c’est Catherine.
- Tu sais ou qu’elle est ? Elle est plus cinoque ?
- Mais merde tu le fais exprès, gros nœud !!! Micheline EST Catherine Régeant. C’est ELLE la « la Fouine ».
- Ah… ?!
- Ben ouais…
- Moi je croyais que Micheline c’était genre le mec du réseau de « la Fouine » qui avait tout organisé. Avec son ordinateur et tout, tu vois.
- Ben non…
- Alors c’est toi « la Fouine », Micheline ?
- Disons que c’était moi, oui.
- Et t’es plus timbrée.
- Disons que je me réveille doucement.
- Et tu veux te venger ?
- La vengeance n’est pas ma motivation. Je suis simplement obligée de terminer ce que j’ai laissé inachevé si je veux survivre. Ils ne me lâcheront plus maintenant qu’ils ont retrouvé ma trace.
- C’est clair. C’est des Pitt-bulls ces Albanais…
- A nous de leur prouver que nous sommes des loups dans ce cas.
 

********************


- Messieurs, puisque le préfet m’a ordonné de jouer franc jeux avec vous, j’obéis aux ordres. Il a insisté pour que notre coopération se déroule dans un pur esprit de transparence et avec le recul et le respect dû à nos grades et attributions respectives grince Grégoire Marmand, une fesse posée sur le rebord de la table de réunion.
- Ce qui veut dire ? raille le commissaire principale Morelli.
- Ce qui veut dire que je commande et que tu fermes ta grande gueule. C’est assez clair ?
- Limpide. C’était juste pour être certain que tu n’avais pas ramassé un gnon sur le citron…
- Je m’inscris en faux, commissaire Marmand, s’excite le commandant de Guérinand en se trémoussant sur sa chaise pire qu’un fakir sur un matelas de plume. Je dispose d’un grade supérieur au votre et suis – par conséquent – implicitement l’officier en charge de l’opération.
- Ben non. Vous n’aurez qu’à demander au ministre si vous êtes pas content. C’est moi le patron et c’est comme ça et pis c’est tout. Faut croire que la rencontre inopportune à l’hôpital entre votre gros blair noble et le fauteuil roulant de l’inspecteur Leçon n’a pas renforcé votre crédibilité, j’y suis pour rien, l’achève Greg le Dèg’.
- C’est contraire à toutes les convenances… maugrée l’officier du RAID en tripotant distraitement sa gouttière nasale toute neuve.
- Provoquez le ministre en duel si vous êtes pas jouasse mais là on a du travail ! Voilà ce que nous savons, reprend Greg, ignorant le scandalisé et désignant la première photo épinglée sur le tableau de briefing. Raoul Bicarosse, dit « Bibi », probablement aidé d’un complice, a refroidi six types dans l’entrepôt de Farid « la Pierrade » ce matin. Ces mêmes types avaient au préalable exécuté froidement l’intégralité du gang de Farid d’une balle dans la nuque. De Guérinand, pas la peine de se focaliser sur la photo du Tunisien, il semblerait qu’il est légèrement changé de tronche.
- Chirurgie esthétique en si peu de temps, s’étonne le commandant du Raid. L’homme est habile !
- Plutôt un pruneau en pleine tronche d’après les premiers éléments de l’enquête…
- Ah je vois, conclue de Guérinand qui ne voit rien du tout et encore moins comment on peut ramasser une balle dans la figure et continuer à déambuler tranquillement. Déjà qu’un fauteuil roulant dans le blair ça fait un mal de chien alors une balle…
- On retrouve notre duo de choc au domicile de Maxime Reginski dit « le pianiste », un toubib du milieu qui rafistole les blessés thunés. Lorsque les lieutenants N’Ganno et Leçon arrivent sur place, ils se retrouvent en pleine bagarre. Le duo s’échappe encore, laissant derrière eux un nouveau tas de cadavres et un rescapé mystérieux tout esquinté que nous appellerons « le troué ».
- Le mec de l’hosto, souffle le commissaire Morelli à de Guérinand.
- Le balafré ? demande le mutilé du pif.
- Nan, celui avec un trou dans le crâne…
- Dites donc, Messieurs, si vous voulez ma place, faut me le dire, hein ! Je serai aussi bien le cul dans un fauteuil que debout à tenter d’expliquer l’inexplicable à deux navets dissipés ! Donc… On perd la trace des deux flingueurs et la seule piste restante est leur bagnole – une Audi sport - sur laquelle toutes les unités de France planchent en ce moment même. « Le Troué » est transporté à l’hôpital. C’est là que survient un nouveau nuisible…
- Le balafré, glisse de Guérinand à Antoine Morelli.
- …le balafré ! confirme Marmand, le regard noir.
- Ah… sourit le Noble, satisfait.
- Le balafré ET MERCI DE LA FERMER MAINTENANT est mis en déroute par les lieutenants N’Ganno et Leçon mais le RAID ne parvient pas à le capturer.
- Mon Dieu, ce qu’il ne faut pas entendre des fois… grommelle le commandant.
- Les premiers éléments de l’enquête nous ont permis de dire – grâce à des recherches fructueuses concernant les empreintes des mecs de l’entrepôt et les morceaux retrouvés dans le pavillon – que les agresseurs sont des Albanais. Forts de cette certitude, nous sommes parvenus à identifier « le balafré », un certain Rachko Piavic dit « l’Ange »…
- Avec la tronche qu’il se trimballe, ça doit être de l’humour Albanais, se marre Morelli.
- …et nous le recherchons activement. Commandant de Guérinand, votre priorité est d’appréhender ce Piavic vivant car – simple curiosité - j’aimerais bien comprendre pourquoi ses concitoyens veulent la peau de ce boulet de Bibi à ce point.
- Il a abattu un de mes hommes et quatre « képis », ça ne sera pas chose facile…
- M’en branle le rikiki ! « Le Troué » et ses sbires ont bien esquinté deux de mes gars et j’en fais pas une jaunisse ! On est les représentants de la Police Nationale, pas un escadron de la mort Brésilien.
- Et c’est lui qui dit ça, raille Morelli. Y en a qui chient pas la honte quand même…
- C’est pour moi que tu dis ça, le ravioli ? demande Greg, mauvais.
- Quand on est morveux, on s’mouche… rétorque l’autre, toujours souriant.

Les deux hommes se font face comme deux coqs de combat quand Mat « la Batte » entre dans le bureau pareil à une sonde lubrifiée chez un proctologue en agitant un fax pisseux comme s’il s’agissait du nouveau Goncourt :


- BOSS !!! ON A LOCALISE L’AUDI DE BIBI DANS LE LOIRET !

Prochainement : des cow-boys à la campagne