Chapitre 3: passoire et barbecue
 

Lorsqu’il ouvre une paupière timide et tuméfiée, Bibi est immédiatement sur ses gardes. Il s’attendait à se retrouver devant un grand mec paisible avec une barbe blanche et engoncé dans un drap de lit – au pire un petit mauvais avec des cornes s’il s’était rencardé sur lui avant – mais certainement pas dans un pieu avec des tuyaux dans les naseaux. Puis il se dit que quand on est mort, on a plus mal. Personne n’est jamais revenu pour confirmer mais Bibi en a l’intime conviction. Vu comme il souffre du dos et de la jambe – sans parler de son fessier – faut croire que l’histoire s’est miraculeusement bien terminée. Donc à moins que les copains du rouquin le retapent pour mieux le retuer mais ça ferait un poil gag après tous les efforts déployés pour le sécher…

Posant son œil le moins gonflé sur son environnement immédiat, il constate qu’il est dans une chambre toute proprette avec un grand fauteuil calibré pour accueillir des fesses d’hippopotame juste à coté du lit et une télé allumée discrètement posée sur une table basse. Plus que le fauteuil, c’est le programme qui commence à la télé qui lui indique mieux qu’un long discours à qui il doit d’être encore de ce monde. Quand la porte s’ouvre et que la grosse entre juste à temps pour Derrick, il n’est donc pas surpris.

- J’ai eu peur que tu rates le début. J’allais t’appeler, croasse t’il difficilement.
- T’as eu du bol de ne pas te faire descendre après le générique de l’épisode sinon t’aurais dû attendre les pubs avant que j’arrive, sourit Micheline.
- Gros dégâts ?
- Rien de définitif. Ton inespérée période de feignasse t’as recouvert de suffisamment de gras pour que même les bastos de ces crétins se perdent avant de trouver un organe à exploser. Y a toujours un risque, même pour toi. Sauf s’ils visent ton cerveau qui est vraiment trop minuscule…
- Toi ce serait plutôt le cœur. Chacun son truc !


Raoul regrette immédiatement sa riposte pourtant tout à fait dans le cadre de leurs classiques passes d’arme. Normalement, tout glisse sur la Grosse mais là, devant l’absence de contre-mesures dont elle a le secret, il se rend compte qu’il l’a touchée. Et comme la dernière chose que souhaite le Tueur est de blesser sa Micheline, il rompt spontanément le silence pesant :

- Excuse moi. Je n’aurai pas dû dire ça, c’était aussi gratuit que méchant.
- Je survivrai. Et je suis assez lucide pour avouer que c’était non seulement bien placé mais en plus parfaitement exacte. J’ai été pire que la pire des saloperies avec toi, Raoul. 
- Meuh non voyons, rétorque le blessé gêné qui ne se souvient pas avoir jamais entendu sa compagne s’excuser depuis qu’ils se connaissent.

Le changement est d’ailleurs bien trop radical pour le Tueur qui reprend sur un ton badin :

- C’est quoi alors le diagnostique précis, belle infirmière ?
- Votre chance insolente vous a une fois de plus scandaleusement préservé, très troué malade, minaude en souriant la Grosse. A la limite le plus vilain c’est ton derrière. Mais c’était pas vraiment un scoop…
- Trop aimable. Dis donc, avant que je ne tombe dans les pommes, il y avait un rouquin sifflant du bec mais pas très commode qui tenait encore debout et envisageait de me faire des misères.
- Il ne tient plus très bien debout. L’absence de tête après un coup de Spas sans doute…
- Ah tu y es carrément allé avec cet obusier ?
- Fallait bien compenser. Cinq ans à jouer la larve, ça se paie niveau résultat.
- Clair ! Et on est où là ?
- Chez Max le pianiste.
- Et ben… On a bien fait de faire des économies alors.
- Vu dans l’état où tu étais, je pouvais difficilement faire la fine bouche. Tu as beau avoir la résistance d’un buffle- en plus de son intellect - c’était vraiment moins une avec tout le sang que tu as perdu. Max était pas trop bourré alors tu devrais t’en tirer avec des coutures correctes.
- Tu as croisé cette salope de Farid ?
- Mieux que ça. Je l’ai ramené avec toi. Il est dans la chambre à coté.
- Mais c’est toi qui est bourrée ou quoi ? C’est lui qui m’a balancé !!!
- Ca j’en doute, bébé ! Vu dans l’état ou je l’ai trouvé, je pense qu’il a été autant surpris que toi du traquenard.
- Méfie toi c’est un tordu ! Moi tant que j’ai pas de preuves de son innocence, il est pas blanc dans cette histoire, le Tunisien.
- Il l’a jamais été avant de toute façon mais il y avait les cinq membres de sa bande avec une balle dans la nuque pour le dédouaner suffisamment à mes yeux. Sans compter la bastos qu’il a mangé dans la tronche lui même.
- Il est mort ?
- Non. Juste un peu plus moche qu’avant mais il devrait s’en sortir.
- C’était qui les flingueurs.
- Je comptais sur toi pour me l’apprendre vu que je suis arrivée en fin de séance.
- Ils parlaient pas Français.
- Ben on avance alors… nous voilà avec 62 millions de suspects en moins. J’hésite à ajouter les Belges à cause des Flamands…
- C’était des vrais pros, ma belle ! J’ai franchement eu une veine de cocu !
- Tu remercieras le facteur, il était de passage pendant que j’attendais le plombier pour une séance de radada... Gags délirants mis à part, je n’ai rien trouvé sur tes agresseurs mais la fouille a été succincte. Il a fallu que je fasse fissa car le temps de te charger dans une camionnette avec l’autre face de carême, j’ai été à deux doigts de me faire épingler par les poulets qui arrivaient toutes sirènes hurlantes.
- Tu as récupéré mon flingue ?
- Oui. Même si c’est une belle connerie franchement. Tu devrais t’équiper d’autre chose que de cette arquebuse, Bibi.
- C’est mon pétard… se renfrogne le Tueur.
- Tu n’es vraiment qu’un sale gosse fétichiste des fois ! Un jour, tu paieras définitivement cet attachement idiot, mon grand !
- Ouais ben en attendant, il m’a plus souvent sauvé que l’inverse j’te ferai dire !
- Rien à en tirer… glousse Micheline. Si tu continues comme ça, tu vas même finir par lui donner un nom à ton soufflant préhistorique, tu verras !!!
- Mais il a un nom enfin !!! s’exclame le tuyauté scandalisé.
- Complètement cintré… Bon je ne veut même pas savoir comment tu as bien pu appeler ce morceau de ferrailles !
- Dommage pasque c’est poilant…
- Oui et bien compte tenu de ton sens de l’humour désopilant, je me permets de considérer qu’un gag par jour et suffisant alors je vais savourer le coup de la balle dans les fesse…
- C’est pas bien de se moquer ! Ca fait méga mal tu sais…
- Non je ne sais pas et je te prie de souffrir en silence pour me laisser regarder la télé, je sens un effet de manque là. Demain on cuisinera l’autre steak trop cuit s’il est en état.
- Micheline…
- Qu’est ce qu’il y a encore ?
- Merci, ma puce.
- Me remercie pas, pauvre andouille. Prépare toi plutôt psychologiquement à réparer la mini, j’ai été obligée de faire sauter le siège avant à coups de fusil pour pouvoir monter dedans. Je me demande si j’ai pas un peu forci en fait ?!
- Non. T’es toujours la plus belle.
- Dors. Les médocs te font dire des bêtises, gros pataud. 

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- Ces enculés sont arrivés les flingues en pogne ! Le petit Ali a essayé de prendre son pétard et ils l’ont séché sans hésiter. Moi ils m’ont emmené dans le bureau et c’est ta meuf qui m’a expliqué ce qu’ils avaient fait à mes frères ! Tchoulés d’fils de putes !!!

Avec le bandage qui lui couvre la moitié de la figure, Farid « la Pierrade » ressemble un peu au « Darkman » de Sam Raimi. Ses lèvres éclatées forcent à tendre l’oreille et font penser par moment à un mérou mâchouillant trois kilos de semoules. 

- Ils savaient que tu venais. Ceux là c’était seulement l’avant-garde pour nous neutraliser avec mes frères. Un autre mec devait arriver ensuite avec un second groupe. Je trouvais que ça faisait beaucoup pour un seul gus – sans vouloir t’offenser ! – mais faut croire que t’es pire que la gale et qu’il avaient raison.
- Comment tu sais tout ça, Farid ? s’étonne Raoul. J’entravais rien de ce qu’ils baragouinaient moi ces types.
- J’ai déjà fait affaire avec des mecs comme eux. Je maîtrise pas l’Albanais à fond les gamelles mais je m’défends assez pour le comprendre.

En voyant la tête du grand Tueur et de Micheline, Farid comprend que la révélation leur fait moyennement plaisir.

- Z’avez eu des embrouilles avec des Albanais c’est ça ?
- On peut le dire comme ça, oui ! élude Raoul en regardant Micheline de biais avec inquiétude.
La grosse s’est raidie mais elle ne s’effondre pas. Bibi sait que ça doit drôlement la remuer là dedans et qu’elle a obligatoirement retrouvé une bonne partie de son mental passé pour ne  pas se mettre à hurler. Continuer à parler. Ne pas lui laisser la possibilité de gamberger surtout.

- Y a un truc que je pige pas trop, Farid. Je comprends pas comment ces mecs se sont retrouvés spécialement aujourd’hui à m’attendre chez toi alors que ça fait plusieurs mois que j’étais au vert.
- Ben… J’avais entendu des rumeurs comme quoi des mecs te cherchaient pour un contrat juteux. Malgré l’épisode avec monsieur Bertrand où tu t’étais sauvé…
- Je me suis pas SAUVE… Farid, toute momie que t’es, tu vas prendre une tape dans la gueule…
- …Ah… Pardon… Enfin disons qu’après l’histoire d’avant où on sait pas ce qu’il s’est passé à part que tu t’es pas sauvé, on savait plus trop ou t’étais quoi. Mais ta réputation restait une sacrée garantie de bon business. Quand t’as accepté ma proposition, mes frangins étaient vachement contents de bosser avec toi. Genre ils en ont peut être un peu causé, quoi…
- Z’êtes vraiment une bande de quiches, les gars !
- Ouais enfin là je suis plutôt une bande de quiche toute seule maintenant, souffle tristement la Momie avant de se remettre à brailler. D’accord on a merdé mais je te rappelle quand même que mes cousins ont payé le prix fort. T’es toujours mon employé, Bibi ! Et on va se les faire ces fumiers chauds !
- Avec ta tronche de bandelettes et mon pruneau dans le cul, va falloir tempérer un poil la contre-attaque, mon pote.
- Restez au lit, les oisifs, intervient Micheline. Je vais m’occuper de trouver une piste pendant que vous faites du lard. Y en a un que ça dépaysera pas de toute façon…

Les deux blessés se retournent et regardent la Grosse qui sourit, les poings sur ses monumentales hanches. Farid est estomaqué de constater que cette montagne de bidoche possède une voix aussi charmante. Bibi est étonné de voir qu’elle n’est pas tétanisée ou hors d’elle comme il le craignait. Ses yeux brillent même à nouveau de cette lueur qui n’appartenait qu’à celle qu’elle avait été « avant », de cet air de se foutre de la gueule du monde sans pouvoir le prouver et qu’il aimait tant. Il en vient à espérer que la grosse Micheline laisse enfin définitivement la place à « la fouine » après toutes ces années horribles même s’il craint pour lui les implications directes d’un tel retour.

- C’est ta meuf ? demande Farid.
- Ouais. Et c’est elle qui t’a ramené jusqu’ici, grogne Bibi menaçant, flairant l’embrouille.
- Vu le morceau, elle a dû plus peiner à se ramener elle même qu’à me porter, ricane le Tunisien pour détendre l’atmosphère.
- Farid, je savais bien que tu finirais par prendre un calotte dans le beignet ! sourit sadiquement Bibi en approchant du Tunisien explosé de rire et rapidement explosé tout court.
 

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Dans le minuscule bureau que Max « le Pianiste » - le toubib aussi compréhensif qu’imbibé qui a accepté de les accueillir le temps de souffler – a mis à sa disposition, Micheline réfléchit aux options qu’elle a à sa disposition et à la meilleure façon de gérer les priorités. Elle est grisée de constater qu’elle est à nouveau capable d’organiser ses pensées avec cette froideur factuelle et inspirée qui était la sienne.
Elle récapitule sur le vieil ordinateur poussif les rares faits avérés et arrive rapidement à la conclusion qu’il va falloir les étoffer rapidement d’informations complémentaires si elle souhaite pouvoir survivre assez longtemps pour obtenir des réponses. Bien qu’elle ne sache pas « qui », ni « comment » ni « où » ni « quand », elle a eu grâce à Farid la confirmation du « pourquoi ».

Micheline est une femme extrêmement intelligente derrière son physique disgracieux. Bien que la raison de l’attaque la terrifie, car elle la renvoie à son passé qu’elle s’est tant efforcée de nier, elle est capable de se rendre compte que le temps de la passivité est terminée. Puisqu’ils l’ont retrouvée, elle va les affronter. Avec deux blessés et sa condition actuelle, il est évident qu’elle doit gagner du temps et le mettre à profit pour rassembler les morceaux d’un puzzle qu’elle perçoit aussi mortel qu’inévitable. Ces gens ne s’arrêteront pas avant qu’ils ne l’aient neutralisée d’une façon où d’une autre. Reste maintenant à identifier clairement l’ennemi pour aller porter la peur dans son camp. Avec tous ceux qui voulaient lui faire la peau jadis, ça n’est déjà pas une mince affaire…

Quand Micheline était encore « la Fouine », elle disposait d’un réseau d’informateurs qui lui avait sauvée la vie plus sûrement qu’une arme. Etait il seulement toujours actif après toutes ces années ? Pour s’en assurer, il va falloir qu’elle sorte. Avec sa robe de chambre miteuse et sa chemise de nuit moulée sur elle comme un string sur un derrière de brésilienne, elle risque de finir au ballon avant d’avoir été bien loin. Max le pianiste est fort heureusement une armoire à glace à gros bide qui devrait pouvoir la dépanner en frusques le temps qu’elle se refasse une garde-robe acceptable.

Lorsqu’elle débarque dans le cybercafé dans sa salopette en treillis après avoir garé la mini dont elle s’est miraculeusement extirpée sous les yeux des badauds, la grosse n’engendre pas la morosité. Micheline maudit une fois de plus son hôte au matériel informatique antédiluvien pour lequel le Web est une abstraction de l’esprit et elle pousse la porte de la boutique. L’endroit est gavé d’ados têtes à claques qui font un foin de tous les diables. Un cyber café, c’est comme une tribu : soit tu en fais partie, soit tu peux en faire partie une jour, sinon vaut mieux que tu dégages. Ou que tu t’imposes ! Comme elle sait d’expérience qu’il vont jouer les pénibles et la charrier, elle prend les devant en se dirigeant droit vers l’espèce de grande saucisse taillée comme une ablette en débardeur qui semble être le chef du petit groupe et s’adresse à lui sèchement :

- Cette bécane est libre !
- Ben non la grosse piske j’suis d’ssus ! répond l’asperge avec morgue.
- C’est pas une question, merdeux. Cette bécane est libre sinon je m’assois sur tes genoux et je te couvre de bisous baveux devant tes copains.
- Hé oh t’es pô bien toi là ! Faut te faire soigner !
- Faut surtout la faire maigrir, crois bon d’ajouter un blondinet avec les tifs gominés juste à coté.
- Toi on t’avait pas sonné mais je le fais quand même, grogne la baleine en lui retournant une taloche sèche modèle garanti « pour faire mal et vexer » qui envoie valdinguer « Blondin » sur son clavier.

Le petit groupe du cyber est plus habitué à s’étriper sur des jeux en ligne que dans la réalité et le bruit de la gifle et les couinements de la victime ont un effet radical sur l’environnement immédiat de Micheline qui se retrouve seule comme une mouffette dans une parfumerie dans la seconde qui suit. Délaissant pragmatiquement les sièges ergonomiques peu conciliables avec son popotin, elle se rabat sur un tabouret malchanceux qu’elle recouvre de sa masse puis s’immerge dans le réseau Internet.

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Assis derrière son superbe bureau qui lui donne une vue splendide sur le Trocadéro, l’homme est penché sur le boîtier de téléconférence ultra moderne et gronde, visiblement de fort méchante humeur.

- Je n’accepte pas tes excuses. Tes gars sont des nuls et c’est heureux pour eux qu’il les ait tous liquidés sans quoi je les aurais tués moi même.
- Ils l’ont quand même touché, Monsieur, gémit son interlocuteur invisible. Notre contact chez les policiers a eu accès au rapport préliminaire et il est évident qu’il n’a pas pu s’échapper seul après avoir perdu autant de sang. Lors du dernier contact avant l’arrivée de la seconde équipe, mes gars avaient confirmés que les arabes avaient été neutralisés. Il a bénéficié d’une aide extérieur inconnue. 
- C’est elle !!! exulte l’homme en frappant du poing sur l’ébène innocent du bureau. Ca ne peut être qu’elle ! J’avais fait le nécessaire pour que ce fameux Bicarosse se retrouve seul et soit traité comme un pestiféré afin qu’elle sorte de son trou. Puisqu’il est blessé, tu peux le trouver. Remue les balances et motive un peu les frileux, il n’a pas pu aller bien loin dans son état.
- S’il était dans un hôpital ou une clinique, je le saurais déjà. On rend visite à tous les mecs susceptibles de tenir un scalpel qui auraient pu lui porter assistance mais ces connards ne sont pas toujours très coopératifs.
- Alors utilise leur propre matériel sur eux s’il le faut mais je veux que vous ayez logé le blessé avant ce soir. Sinon c’est Rachko qui s’occupera de son cas. Et du tiens ensuite…

L’homme coupe la communication sans laisser à son interlocuteur le temps de répondre et s’adresse à l’unique personne présente avec lui dans la pièce. Le spectateur debout - qui est resté silencieux durant toute la conversation - est un colosse blond dont les traits jadis parfaits sont ravagés par une énorme cicatrice boursouflée qui le défigure de la racine des cheveux aux maxillaires.

- Qu’en penses-tu ? demande l’homme assis derrière le bureau.
- Je pense qu’il vaut mieux que je m’y mette dés maintenant, souffle le géant balafré d’une voix curieusement douce. Dragan a prouvé une fois de plus qu’on ne pouvait pas lui faire confiance.
- Si tu la trouves avant ce soir, je triple la somme habituelle.
- Gardez votre argent. Vous savez que tout ce qui touche de près ou de loin à « la Fouine » est devenu une affaire personnelle pour moi.
- N’échoue pas… cette fois.


Le blond caresse l’horrible entaille grossièrement ravaudée qui barre sa figure et un rictus de haine vient l’enlaidir un peu plus.

- Tranquillisez-vous, Monsieur. Tous les matins depuis cinq ans, j’appelle ces retrouvailles de toute mon âme lorsque je me contemple dans le miroir. Je vais la trouver et je vais la tuer. Je vais le faire d’une façon si horrible que ceux qui la découvriront resteront hantés par cette vision jusqu’à la fin de leurs jours.
- N’oublie pas son chevalier servant.
- Je commencerai par lui. Qu’elle voit ce qui l’attend et tremble de trouille avant d’y passer.

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- Et bien mon ami, c’est à se demander si vous n’avez pas crucifié le chef de l’état puis violé un chien d’aveugle, annonce Max le toubib en entrant dans la chambre de Bibi.
- Pour l’animal, c’était Farid, ricane Raoul. Ca devient chaud bouillant à ce point, Doc ?
- Pire que ça, mon cher Bibi ! Les recherches policières sont certes intenses mais sans comparaison possible avec le déchaînement de violence d’un certain petit groupe d’excités qui semble fort pressé de vous mettre leurs viriles paluches dessus.
- Des Albanais ?
- Possible mais non confirmé dans la mesure où il semblerait que ces messieurs soient plus disposés à poser les questions qu’à y répondre. Et la méthode employée pour y parvenir est pour le moins expéditive.
- J’ai eu affaire à eux. Je confirme, et ma fesse avec moi, qu’ils ne font pas dans la dentelle de salon.
- Seul bon point, amusant invité : ce sont des méthodiques. Donc une engeance facilement prévisible. Compte tenu du fait que je viens d’apprendre qu’ils viennent  juste de trancher la main de André « Bistouri » Capelle, j’estime être le prochain sur leur sanglante liste mais j’aimerai éviter le face à face : ces sauvages lui ont coupé la main.
- Ah oui quand même…
- Oui… Incontestablement, voilà qui ne va pas arranger la réputation de ce pauvre André. J’ai longtemps estimé qu’au vu des résultats déplorables de mon détestable confrère, il devait  opérer les inconscients qui le consultaient avec ses pieds. C’est le seul point positif : le préjudice professionnel reste négligeable, facteur esthétique et fonctionnel occultés s’entend.
- On a combien de temps selon toi, Doc ?
- Vous, autant que vous le souhaitez puisque que je quitte pour un temps non défini la Capitale sur l’heure et que je vous laisse l’officine en libre exploitation. Mon amour de Peter Pan s’orientant résolument plus clairement sur la fée Clochette que le crochet du capitaine éponyme, je m’en vais mettre mes mains – et le reste – à l’abri chez une tendre amie incontestablement amoureuse de mon passif d’interne en gynécologie.
- Nos flingues sont où ?
- Dans l’entrée. Avec des bonus demandés par votre charmant compagnon probablement égyptien si je me réfère aux bandelettes qui recouvre son très particulier visage.
- Cette plaie d’arabe n’est pas plus charmant qu’égyptien, se remet à rire le Tueur qui apprécie beaucoup le gros raffistoleur de barbaque jamais avare de bons mots. Tu sais, ça risque de chauffer, Doc… T’es assuré ?
- Je suis surtout assuré de pouvoir facilement trouver un nouveau cabinet avec ce que ta compagne m’a versé comme frais de consultation. Laisse la clef dans la boîte aux lettres au cas ou il en resterait une après votre amicale explication. Pour ce qui est des blessures, je t’ai recousu avec du solide et tu devrais pouvoir donner dans tes excès coutumiers après la transfusion que tu as subi. Pour ce qui est de ton ami…
- Ah mais enfin c’est pas mon ami ! supplie Raoul.
…je l’ai pansé avant de partir vu qu’il avait ramassé – distrait qu’il est – un nouveau gnon sur ce qui lui restait de nez. J’ajoute qu’il est de fort méchante humeur et envisage très sérieusement de – je le cite – « t’éclater ta tronche salingue de pourri sournois » une fois vos visiteurs éconduis.
- Ah ? Bon ben je vais le tuer avant alors, se marre Bibi en se levant. Merci pour tout, Doc.
- C’était un plaisir, mon cher Bibi.

Max le pianiste sort de la pièce et se retourne une dernière fois, hilare :

- Ah oui… Dîs donc, cher vieux : si par hasard tu trouvais le morceau égaré d’André dans les affaires des vilains, mets la moi dans le bac de congélation, je lui grefferai à mon retour. Il faut savoir se donner un coup de main entre collègues.
 

Chapitre 4: la police est invitée
 

Le commissaire principale Grégoire Marmand est un enfoiré.
Il n’aime pas les enfants, exècre les animaux, conspue les vieux, gerbe sur les étrangers et détesterait probablement aussi les femmes si ces dernières n’avaient pas déjà fait le premier pas. Plus radin qu’un écossais juif, il habite dans un hôtel miteux, roule en transport en commun après avoir raté l’examen du permis un nombre de fois qui lui a valu d’être cité dans le livre des records et porte des costumes en velours qui n’était déjà plus à la mode lorsque John Travolta avait la fièvre.Le commissaire principale Grégoire Marmand hait tout ce qui n’est pas lui et ça tombe bien car c’est réciproque.

Grâce à tous ces substantiels éléments , il est du coup le meilleur élément du très « respecté » OCRB, l’Organisme Central de répression du Banditisme – ex-brigade anti-gang - et son équipe en est le fer de lance absolu.

N’ayant que son travail comme unique but dans la vie, il a focalisé depuis toujours son énergie et son intelligence – curieusement brillante - dans le seul but de mettre le maximum de crapules derrière les verrous puisque « la tondeuse à nuques à malheureusement été abolie dans ce pays de couilles-molles ! ».

Les collègues de Grégoire Marmand sont – à défaut d’être simplement des enfoirés – un sacrée bande de taquins.
Ils ont affublé leur détestable supérieur de l’amicale surnom de Greg le Deg’, rapport à ses méthodes pas toujours très légales bien que redoutablement efficaces.
Les heureux veinards affectés à son équipe d’élite sont des phénomènes sociaux positivement fascinants qui feraient passer le Yéti et le monstre du Loch Ness pour des vérités historiques.
Le premier s’appelle Franciné N’Ganno.
C’est un jeune « Black » constamment jovial aux antipodes de son patron. Plus coureur qu’un lapin de garenne shooté au Viagra, il aime la fringue de marque et les « caisses qui en jettent à donf’ ». Il est aussi étrangement l’unique élément de la brigade à avoir choisi son affectation lorsqu’il est sorti premier de sa promotion. La preuve ultime pour Marmand qu’on peut être brillant mais quand même déficient du bulbe…

Le second « winner » est l’inspecteur Matthieu Taylor ; « Mat la batte » pour les intimes.
Fils d’un acteur américain de seconde zone qui a abandonné sa maman en cloque jusqu’au yeux à la fin du tournage d’un film d’horreur minable dans le Cantal, c’est une armoire normande au front bas qui ne jure que par les Etats-Unis et ponctue toutes ses interventions d’anglicismes débiles alors qu’il maîtrise tout juste le français.

Le dernier extraterrestre répond au très difficile à porter patronyme de Didier Leçon.
Les approximatifs talents de frappe sur un clavier d’une administration peu sensible au « C  cédille » font de l’inspecteur Leçon un paranoïaque de l’orthographe rigoureuse traumatisé par des années de vexation nominale très mal vécues. Chétif, miro et plus frileux qu’un cul de babouin, il porte toute l’année un gilet piteux et une cravate « ficelle » en cuir rouge qui déclenchent chez Franciné N’Ganno des poilades à la limite de l’infarctus.

- C’est signé Bibi, affirme le commissaire Marmand d’un coup de poing vigoureux sur la table,  renversant le gobelet de chocolat de l’inspecteur Leçon et niquant du même coup les feuilles de rapport qu’il avait mis deux heures à taper.
- Qu’est ce qui te rend aussi affirmatif, Boss ? demande Mat Taylor, seul membre de l’équipe à tutoyer son patron sans ramasser un avertissement en forme de beigne après dix ans de binôme gagnant.
- Le flingue utilisé. Aujourd’hui plus personne n’utilise ce genre de bazooka. Coté pétard, l’aire est au 38 et au 9mm, voir même au 22, Messieurs ! Et toutes les petites frappes actuelles négligent le pistolet et le revolver de toute façon. Ils sont équipées d’armes d’assaut avec des chargeurs longs comme mon bras pour pouvoir sulfater comme des postillonneurs bègues sans apprendre à viser. Moi je vous l’dis, là, c’est du Bibi !!!
- C‘est qui ce Bibi, demande Franciné en souriant. Avec un blaze pareil, ça doit être un sacré rigolo.
- Raoul Bicarosse dit « Bibi », commence Didier Leçon, véritable encyclopédie des malfrats sur pattes. Il est né il y a…
- Version « light », steuplé Didier, coupe Mat la batte qui connaît bien le maigrichon et ses envolées lyriques.
- Bon… Pour faire simple, c’est un dur à cuir spécialisé dans l’action violente et le pétard canonesque. Il n’est pas difficile à tracer car il utilise exclusivement un magnum 44 avec un canon long comme mon zob.
- Ils font des canons courts sur ce genre de soufflants ? raille gentiment le black.
- Jamais coffré malgré un dossier haut comme la tour Eiffel, reprend Leçon non sans avoir jeté un regard navré à N’Ganno. On le croyait rangé des voitures suite au massacre du gang de monsieur Bertrand où il officiait comme première gâchette.  
- Il a des copains connus ? demande le jeune noir.
- Aucun, répond Leçon. Il travaille toujours seul et change régulièrement d’employeurs au gré des contrats. Un des rares dans la profession à pouvoir se permettre ces petites infidélités…
- Tu es en train de me dire que ton Bibi aurait ébousé à lui tout seul une demi-douzaine de mecs armés de scorpions avec un soufflant à six coups ? C’est l’inspecteur Harry, ton type ???
- Pire… C’est Rambo mais sans le réflexe patriotique à deux dollars ni la bouche en biais ou l’œil torve.
- Ah oui tiens, à quoi il ressemble ton Bibi ? s’amuse Franciné.
- A ça, sourit Didier Leçon en poussant une photo patinée qu’il est allé piocher dans une chemise en carton portant l’intitulé « méchants malades » et où on peut voir un grand brun baraqué à l’air timide engoncé dans un costume trop étroit visiblement gêné par l’objectif.
- Ben dis donc, il paie pas de mine, la terreur. Son costard est franchement tarte et il a du se couper les tifs lui même avec un sécateur pendant une éclipse. Il a même l’air gentil. Limite un peu niais. On dirait un représentant de commerce spécialisé dans les aspirateurs à mémères, s’esclaffe le Black.
- Ne t’y trompes pas… prévient très sérieusement Leçon en tortillant sa cravate « ficelle », preuve chez lui d’une grande contrariété. Sous son air con et sa vue basse, c’est une vraie terreur et coté nettoyage, il en connaît un rayon mais uniquement dans le définitif qui tâche.
- Didier a raison, Franciné, insiste le commissaire Marmand. Te fie pas à l’emballage ou le colis de pétera à la poire ! Bicarosse a fait deux séjours dans la Légion quand il était tout jeune suite à une histoire pas clean avec un gang turc. Les amoureux du boudin l’ont formé à toutes les techniques de trépassage possibles avant de le renvoyer en ville. Tu vois le cadeau… Le coup dans la gorge et des types flingués aussi proprement, c’est du Bibi ou je mange mon chapeau. Dés que j’en porterai un !
- Note qu’il a été salement « shooté » le Bibi si on se réfère à la mare de raisiné qu’il a laissé derrière lui, ajoute Mat. Il doit plus être tellement « aware » à l’heure ou j’te cause.
- C’est pour ça que je vous ai réunis, les gars. Une fois le Bibi pogné, on s’occupera des tondus qu’il a effacé parce qu’alors eux, c’est franchement la famille du Soldat Inconnu. On va faire le tour des rafistoleurs connus et pas regardants. Mat et moi on s’occupe de André Capelle dit « bistouri ».
- Bon ben alors je suppose que Franciné et moi on se fade Maxime Reginski dit « le pianiste », souffle Didier Leçon.
- T’as tout compris, l’intello ! Prenez en de la graine, les accros à la caféine : le chocolat c’est bon pour les méninges !!! sermonne pompeusement Greg le Deg’.
- Ouais mais c’est moyens sur les rapports d’enquête, glousse N’Ganno en secouant les feuilles dégoulinantes sous le regard fatigué de Didier Leçon qui achève de martyriser sa limace rouge innocente .

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Une grande partie de ses contacts est toujours active et Micheline est heureuse de constater que – la surprise initiale passée – ses interlocuteurs répondent présents. L’urgence du moment est de trouver une planque digne de ce nom pour les deux blessés le temps de se retourner. Sans ce répit obligatoire, impossible pour la proie de se transformer en chasseur. La grosse est toute excitée et elle tape sur le clavier avec fébrilité. Elle n’a plus peur. Enfin pas pour elle. Une vague de tendresse curieusement déplacée l’étreint tandis qu’elle pense à la grande  carcasse esquintée de Raoul.
Ce type est vraiment un phénomène !

Elle se marre intérieurement sur toutes les misères qu’elle lui a fait subir durant toutes ses années avec pour seul retour une gentillesse et une patience toujours plus grande. Elle est en train de se tasser dans la mini avec application quand le portable la ramène sur terre :

- Oui, Bibi ?

Pas dur de deviner, il est le seul à connaître son numéro.

- Il arrivent, balance le Tueur d’un ton neutre à égrainer une liste de courses. Doc vient de partir et après discussion avec Farid, on préfère les attendre ici que de prendre le risque de les croiser à découvert.
- Combien de temps ? demande t’elle de la même voix neutre malgré le frisson qui s’empare de sa colonne vertébrale.
- Ben… Plus une question de minutes que d’heures visiblement.
- J’ai trouvé une planque sure, grand. En vous dépêchant, vous pouvez éviter la bagarre et m’y retrouver, j’en suis certaine.
- Naaaan, trop risqué je te dis. On risque de les amener droit sur toi et je te rappelle que c’est exactement ce qu’ils veulent.
- Vous n’êtes pas en état de vous battre, imbécile !
- Ah ben permets moi de te dire que si ! On vient juste de se foutre sur la tronche avec l’arabe et il pourra te le confirmer dés qu’il sera sorti du cirage !!!
- C’est pas vrai ! Non mais vous êtes vraiment intenables tous les deux !!!
- Ah mais heu c’est lui qui…
- Arrête deux minutes de faire le singe, Bibi ! Pour ce qui est de la planque…
- Ne me dis rien. Si on s’en tire, je te rappellerai et on se démerdera pour te rejoindre. Vu leurs méthodes, je préfère ne rien savoir car j’aurai trop peur de parler.
- C’est 35 quai du Loing à Montargis dans le Loiret.
- Putain mais t’es conne où quoi, Micheline ! Qu’est ce que je viens de te dire là ?! s’emporte le tueur.
- Maintenant que tu sais, je pars là bas. Vu qu’ils m’y trouveront, tu n’as plus d’autre choix que de t’en sortir vivant, grand couillon.
- C’est pas prudent, ma puce. Je ne suis pas Superman, tu sais ?
- Quelle déception ! Moi qui espérais te voir en costume bleu sexy une fois que tu aurais fait un régime.
- Si je m’en sors, tu me verras même en tutu si ça te fait plaisir, beauté.
- Bibi…
- Oui, ma puce.
- Fais leur mal !
- T’inquiète, poussin ! Je suis peut être pas le meilleur compagnon auquel tu pouvais prétendre mais avec un feu en pogne, je suis champion. Je vais les faire saigner !

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Lorsqu’il gare le Zaffira devant le pavillon de Max « le pianiste », Dragan Tchernan est vraiment en pétard. Quel pays d’abrutis !!! Il avait demandé un véhicule capable de transporter l’ensemble du commando et on lui refile cette poubelle parce qu’elle a une capacité de sept sièges mais sans réfléchir qu’une fois tout le monde installé, il n’y a plus de place pour le matériel. Le moindre contrôle de police et on les trouvait avec les flingues et les gilets pare-balles sur les genoux ! En donnant le feu vert à ses gars, Dragan se dit qu’il va tailler la tronche à l’empaffé qui s’est occupé de la location avec grand plaisir une fois cette affaire de merde enfin terminée.

Les membres du commando enfilent leurs protections en Kevlar puis vérifient leurs émetteurs-récepteurs personnels et le chargement de leurs pistolets-mitrailleurs. Reluquant posément les alentours, Dragan se dit que l’endroit est parfait pour mener à bien leur mission. Le vieux bonhomme qu’ils viennent de quitter beuglait comme un âne quand ils l’ont rendu un peu plus compréhensif en lui coupant la main à la scie à métaux. Dans un immeuble, ça faisait désordre et ils ont du dérouiller une espèce de cow-boy qui avait décidé de jouer les héros en aidant le vioque. Ici, on va pouvoir prendre son temps… D ‘autant que Dragan a toujours aimé faire mal aux gens.  Surtout aux filles.  C’est d’ailleurs le seul moyen pour lui de les satisfaire ensuite mais faut avouer qu’elles sont souvent moins réceptives aux séances de tripotage une fois qu’il a terminé de les travailler au rasoir.
Là c’est con qu’il n’ait pas eu une nana sous la main après avoir torturé le vieux. Il était en condition pour satisfaire une éventuelle fille sans avoir à lui faire mal avant. Il espère que le fameux Max à qui ils vont rendre visite sera aussi peu coopératif que le précédent. Et qu’il aura une gonzesse. Même une vieille fera l’affaire. Rien que d’y penser, ça le fait bander…
Avant de descendre du monospace, Dragan croit bon de rappeler à ses gars à qui ils ont à faire :

- Ecoutez moi bien, tas de nuls ! Il est possible que les cibles soient ici. Si tel est le cas, je vous rappelle que ces enculés ont dégommés l’intégralité de l’équipe envoyée à l’entrepôt. Ce ne sont pas des civiles avec la peur au ventre mais des combattants entraînés qui rendront les coups alors ne faites pas l’erreur de les sous-estimer.

Le silence qui envahit l’habitacle est la meilleure illustration pour confirmer que le message est passé. Afin d’achever de motiver son équipe, le chef du commando croit bon d’ajouter :

- Juste à titre d’information, le Monsieur m’a signifié que si nous merdions sur ce coup, c’est Rachko qui terminerait le boulot avant de s’occuper de nous.

Cette fois ci c’est le bruit diffus de six glottes peinant à faire passer une salive devenu trop épaisse qui assure Dragan que le second message a parfaitement été intégré. Il n’ajoute rien et donne le signal du début de l’opération en descendant du véhicule. Les sept soldats faces à la maison paisible arment leurs scorpions pratiquement en même temps. Dragan  lève la main, les doigts en « V » et fait signe à quatre de ses gars qui se séparent en deux binômes. Ils avancent lentement, un groupe de chaque coté de la baraque. Lui reste légèrement en retrait en bas du perron tandis que Gabor – un gigantesque colosse de 130 kilos – et son jeune frère font face à la porte et attendent son signal pour la défoncer.

Cette façon d’opérer lui rappelle la Croatie et ce simple souvenir des opérations menées dans les villages civiles lui fout un peu plus la gaule. Il demande dans le micro miniature qui le relie chaque élément du  commando aux autres :
- Statut ?
- Groupe « un » en place.
- Groupe « deux » en place.
- Go !

Il s’agenouille, le pistolet mitrailleur braqué en couverture sur la porte d’entrée que l’énorme Gabor s’apprête à enfoncer avec un bélier portatif.

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- Deux sur la latérale droite, souffle Farid.
- Idem à gauche, répond Bibi.
- Donc trois sur la façade à mon décompte personnel… balance l’arabe solennel.
- Je suis certain que t’es une grosse buse en math ! J’aurai du recompter !
- Clair que ça m’aurait drôlement rassuré vu ta tronche de vainqueur !
- Farid… Y a pas que ça qui m’angoisse… Le coup de se mettre dans la baignoire est pas mal, je l’avoue. Nous protéger le crâne avec le matelas pour éviter les retombés, c’est aussi très habile. En fait, si cette foutue baignoire était un peu plus large et si tu avait les os du cul un peu moins saillants, je serais même plutôt satisfait. Mais je pense quand même – sans vouloir te froisser - que tu as eu la main franchement lourde avec l’explosif !
- T’avais qu’à le faire toi même si t’es pas content ! Moi je dis toujours « le C4 c’est comme la semoule dans le couscous, y en a jamais trop ! ».
- Ouais ben si on se retrouve en steak tartare à cause de ton dosage de malade, faudra pas s’étonner. En plus, j’ai peur que  Max soit pas méga jouasse si on lui refait la déco intérieure « façon Farid »…
- M’en branle ! Tu veux que j’te dise ?
- Non ! tente Bibi sans grand espoir.
- …et ben, continue le Tunisien qui n’aime pas décevoir,  si je suis capable d’entendre les remontrances du toubib, ça voudra dire que je m’en suis sorti !
- Rhhhhoooo comment tu causes bien quand tu veux dis donc, la Pierrade !!! Remontrances ! Carrément !!! Si tu continues, tu vas me balancer des péripatéticiennes longues comme le canon de mon flingue au lieu de tes sempiternelles « putain » !
- Putain de merde, ça y est les voilà !!! s’échauffe l’arabe sans écouter son compagnon. Heu, pardon ?! De quoi… ? Qu’est ce que tu dégoises ?
- Nan rien, laisse tomber et rabats le matelas sur ta tête ! Faut absolument protéger le monument de paradoxe que tu caches sous tes tifs, la pièce est unique !!!
- Tu fais chier, Bibi ! Des fois je comprends pas si tu me dis un truc sympa où si tu te fous de moi !
- Fais moi simplement penser à t’acheter un casque, je t’expliquerai plus tard…
- Un casque ? On va faire de la moto ? Ouèèèèèèèè tu parles tiens… Je suis sûr que tu te fous de moi là, hein ?
- Si peu. Rabats le matelas, le perspicace, sinon casque ou pas, on va ramasser grave : le trio de devant s’apprête à ouvrir la porte d’entrée !

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- T’es vraiment trop une truffe sans déconner, grommelle Franciné N’Ganno à son collègue penché sur la carte.
- Tu n’avais qu’à prendre une voiture de fonction classique avec un GPS qui marche, on en serait pas là, rétorque le lieutenant Didier Leçon. Mais non, tu penses bien  ! Fallait prendre la béhèmdoublevé paske Môssieur N’Ganno ne roule pas en 307 paske c’est pas assez classe !
- Avoue que ça en jette à mort, s’extasie le jeune noir en caressant le volant en cuir tressé main. T’as vu l’aspirateur à gonzesses ? T’as vu comment elle nous matait, les touffes ? Je te dis, Didier, les décapotables, c’est trop la classe !
- Ouais ben on a intérêt à la ramener entière cette voiture, mon petit père. Sinon tu vas entendre parler du pays par Greg le deg’ à « emprunter » comme ça un véhicule d’enquête confisqué par les stups sans autorisation.
- Attends c’est bon, Didier, Oh !  Je vais pas l’abîmer, ta bagnole ! Je referai même le plein tiens ! Ni vu, ni connu !
- Prends donc la prochaine à gauche, je crois qu’on y est.
- Ouais bravo, c’est la bonne rue ! Bon j’me gare où ?
- Ca a l’air tranquille. Mets toi donc derrière le Zaffira, tiens ! J’ai des nouvelles chaussures  qui me ruinent les pinceaux alors autant éviter de trop marcher comme une andouille si c’est possible.

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Lorsque le bélier frappe la porte piégée, c’est toute l’entrée qui se désintègre en étoile sur plus de deux mètres de diamètre.
Malgré sa masse, le colossal Gabor est soufflé comme un fétu de paille et un morceau de gros tronc démembré part s’écraser comme un boulet de viande sur Dragan toujours en retrait. Le jeune frère du volatilisé est littéralement atomisé en une multitude de paquets informes qui sont projetés dans tous les sens malgré le gilet en Kevlar qu’il portait lui aussi.
L’explosion se diffuse en droite ligne et le souffle désagrège le minuscule portail du pavillon avant de cueillir la BMW des flics au moment  même où Franciné se gare avec application. La voiture est soulevé du sol et retombe lourdement sur le toit au milieu de la rue.
Simultanément, la déflagration traverse le couloir qui relie l’avant de la maison à l’accès jardin et fait exploser la porte arrière derrière laquelle le premier groupe des assaillants était positionné. Les morceaux de bois transforment les deux commandos en bouillie sanglante et les expédie en petits tas pourpres gluants sur la pelouse dévastée.

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- T’as rien ?, demande Farid à Bibi qui à l’air complètement hébété.
- J’entends plus rien, se met à brailler le tueur au magnum en pointant le canon de son flingue vers ses oreilles.
- Ah ben nous v’là bien tiens ! Déjà que t’étais con comme une valise, te v’là sourdingue !!!

Le Tunisien fait signe au Tueur de se taire et esquisse un coup d’œil en dehors du matelas qui les recouvre toujours dans la baignoire en fonte.

 « Ohlala… Va pas être jouasse le Max quand il va retrouver sa bicoque… C’est un poil Beyrouth là, faut bien l’avouer », pense le Tunisien.

Farid va faire glisser le matelas pour sortir de sa cachette quand il entend des pas crisser sur le verre qui jonche le couloir dévasté. Il dégoupille les deux grenades défensives qu’il s’était réservé « des fois que » et commence à compter.

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Le lieutenant Franciné N’Ganno se relève péniblement. Sa manie de ne pas mettre de  ceinture de sécurité lui a incontestablement sauvé la vie car il a été éjecté sous la violence de la détonation qui a principalement endommagé son coté.
Par contre son costume est foutu !
Il s’approche – encore un peu sonné - de la décapotable retournée, s’attendant au pire.

- Didier ? T’es là dedans, vieux ?
- Où tu veux que je sois, pauvre andouille ? J’allais pas me téléporter comme dans Star Trek avec des airbags qui me pètent à la gueule de partout !!! Sors moi de là maintenant, cette fichue ceinture est bloquée et ça commence à sentir un peu trop l’essence à mon goût !

Effectivement le carburant commence à se répandre à gros bouillon et des flammèches inquiétantes crépitent de partout. Le jeune flic va pour se baisser et aider son collègue lorsqu’il avise devant la maison une espèce de zombi pleins de sang et de morceaux de bidoche qui se lève comme dans un film d’horreur. La vision de cauchemar a un Scorpion automatique dans la main droite et se tourne vers eux, les yeux fous.

- Dieu tout puissant… C’est quoi se truc… ? lâche le jeune flic en dégainant son arme à son tour.

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Les yeux rivés sur les cuillères éjectées, Bibi prie pour que ce taré de Farid connaisse le délais de fission d’une grenade et il commence à trouver le temps sacrément long. Lorsque les deux petite boules de mort partent enfin en direction du couloir, les deux survivants du commando arrivent juste au niveau de la porte de la salle de bain : la double explosion les met en pièces plus sûrement qu’un broyeur et leurs morceaux immondes projetés sur les murs criblés d’éclats achèvent de donner à la maison une petite touche indubitablement moderne et originale.

Farid  sourit de toutes ses dents manquantes et lève son pouce en direction de Bibi en faisant basculer le matelas. Les deux hommes braquent leurs armes en direction de la porte et sortent de la baignoire en se couvrant mutuellement. Ils se dirigent prudemment vers l’arrière de la maison.

- Normalement, le compte y est ! ricane le Tunisien.
- Pas mieux, tente subtilement Raoul sans attendre vraiment de retour.

Dans le jardin, c’est vraiment Verdun ! Enjambant les deux macchabées zigouillés au début de l’assaut, ils progressent souplement vers la haie qui marque le fond de la gentille propriété de Max le Pianiste. Ils espèrent que l’Audi que le toubib a eu la gentillesse de laisser à leur disposition dans la rue attenante au cas où ils échapperaient au traquenard n’a pas trop souffert et que les occupants du Zaffira n’avaient pas de renforts.

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A l’école de Police, Franciné N’Ganno était le meilleur élève de la promotion. Intelligent, intuitif et travailleur, il avait eu malgré tout de grosses difficultés à se faire accepter du fait de son origine Ivoirienne. Et probablement aussi à cause d’une sale habitude à discuter systématiquement certaines procédures du manuel qu’il trouvait « inadaptées »…
Le fait qu’il se mette à tirer sur le zombi qui lève le pistolet mitrailleur avant même de balancer les sommations d’usage et de s’identifier prouve qu’il n’a rien perdu de son passif d’emmerdeur.
Le zombi morfle les deux balles en plein cœur comme à l’entraînement et tombe à la renverse.

- Police ! Les mains en l’air et le cul par terre ! jette joyeusement le jeune inspecteur en soufflant dans son canon fumant comme dans les films. Des flammes commencent à lécher le châssis de la voiture et le Black se penche à nouveau vers son collègue toujours coincé. Excuse, copain ! J’ai dû rectifier une erreur de casting.
- Arrête tes bêtises et sors moi de là, Néné !!! Je sens la chaleur qui monte, je vais griller comme un rat, là !!! hurle Leçon.
- Ca va aller, Didier, tente de le rassurer N’Ganno en écartant les sangles de la ceinture pour faire glisser le prisonnier hors de l’habitacle.

Le feu se fait menaçant et le jeune noir redouble d’efforts en pestant tandis que son collègue commence à crier.

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Dragan ne bande plus.
Avec le trou sanglant qu’il a entre les jambes, il sait que ça ne risque plus d’arriver avant un bout de temps et que tous les coups de rasoirs qu’il pourra infliger à une gonzesse n’y changeront plus rien. A moins que ça repousse ce dont il doute un poil malgré son état de conscience encore très approximatif.
La grosse esquille de bois qui est fichée dans son lobe temporale ne l’aide pas vraiment à retrouver ses esprits non plus faut dire.
Il ne sait pas trop où il est ni ce qu’il peut bien faire ici…
Il sait par contre que cette racaille de négro lui a collé deux pruneaux dans le buffet !!!
L’impact lui a fait mal mais le gilet en Kevlar a fait son office.
Il se redresse lentement et pointe son arme sur le noir agenouillé à coté du coupé en feu.

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La rafale du Scorpion déchire le silence alors que Franciné vient juste de dégager l’épaule droite de Didier et qu’il commence à l’extraire en tirant de toute ses forces. Les balles frappent la carrosserie dans un bruit de casseroles et N’Ganno sent une douleur terrible irradier son épaule et son ventre. L’impact est tel que son automatique lui échappe et qu’il part en vrille comme une toupie pour se retrouver sur le dos à deux mètres de la voiture.

L’inspecteur Leçon hurle en se traînant enfin hors de la BMW, poussé par les flammes qui lui ravagent les jambes. Les yeux hagards et la bouche ouverte comme un poisson hors de l’eau, Franciné lève enfin la tête avec difficulté et voit le zombi avancer vers lui en titubant. Il n’aura pas la force de prendre son arme de cheville et le sait. Il se demande comment le mec peut bien faire pour marcher avec un morceau de bois planté dans la tronche. Il espère aussi que les balles qu’il vient de ramasser ne lui ont pas emporté les joyeuses en constatant que le zombi a du paumer les siennes en route. Malgré ses blessures, la vision d’horreur déclenche une salutaire poussée d’adrénaline et le flic recule sur les coudes hystériquement pour échapper au mort-vivant. Mais pas assez vite. Le monstre sanglant n’est plus qu’à quelques mètres de lui et relève le Scorpion en souriant joyeusement. N’Ganno voit clairement le petit trou obscur de l’arme pointé sur sa tête et il ferme les yeux bêtement lorsque la voiture décolle du sol dans une explosion assourdissante qui projette des traînées d’essence dans toutes les directions.

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- Tu peux pas rouler moins vite ? couine Farid le bandeletté plus blanc qu’un pot de lait.
- Attends : je suis pile à 130 et on est sur autoroute ! Avec une caisse comme celle-ci, j’ai déjà l’impression de me traîner comme un tombeau… J’ajoute que ça me gave aussi un poil de me retrouver sur la file de droite en Audi avec tous les blaireaux de la terre en Twingo qui me dépassent alors exagère pas trop.
- Ah mais te fâche pas !!! C’est juste que j’ai pas confiance quand je conduis pas…
- Ben tu m’as dit que t’avais pas le permis ?!
- Exactement. C’est même LA raison principale pour que je conduis pas d’ailleurs…
- Et ben moi, je l’ai, l’permis, ok ? Et je sais conduire. Parler aussi d’ailleurs ce qui n’est pas le cas de tout le monde dans cette bagnole mais j’accuse personne. Alors arrête de me gonfler.
- Ah non hein ! Pour la causerie, j’avoue que des fois il peut m’arriver de faire une faute d’oubli ou de maladresse dedans ma phrase…
- Si peu…
- …mais pour ce qui est de la conduite, t’as peut être ton permis, mais tu conduis comme l’autre là, le mec connu avec des lunettes noires !!!
- Jake des Blues Brothers ? tente Bibi.
- Nan, celui qui chante « sous les sunlights des Tropiques », répond très sérieusement « la Pierrade ».
-  Mais qu’est ce que t’y connais à la conduite, pôv blaireau ? T’es probablement dans le Guiness à la rubrique des recalés mondiaux du permis en nombre de tentatives et tu te permets encore de l’ouvrir ?
- Je vois pas le rapport avec la choucroute ! Je fais pas de ciné et pourtant je peux dire si un film est bon ! Ah !!! T’es mouché là !!!
- Complètement… esquive Bibi. Et c’est quoi un bon film pour toi ?
- Ca dépend… élude à son tour le rusé, flairant le piège. En action ou comique ?
- Disons plutôt en drame psychologique.
- Je te parlais ciné et tu me causes bouquins ! T’es lourd, Bibi, à pas écouter quand on te cause !
- Quel nœud !!! s’ébahit le concentré du bitume.
- Facile le coup du mépris… N’empêche que pour en revenir aux bagnoles, un mec qui conduit bien c’est quand je flippe pas, s’tout !
- Tu flippes tout le temps.
- C’est parce que je monte qu’avec des ruines ! J’y peux rien si j’ai pas de cul !
- Rhhhhaaaa le grave… Bon, on arrête là, tu me donnes la migraine avec tes théories à la tords-moi-le-chignon et ça va finir que je vais encore t’en mettre une et passer pour un méchant !
- Normal, T’ES un  méchant !
- Gniiiiiii ! se contient miraculeusement le Fangio au magnum. Ferme la avec ça et explique moi donc plutôt ce qu’on va faire à Orléans alors que Micheline nous attend à Montargis ?
- En fait c’est simple ! Même pour un Beugnot comme toi… Premiéro, il y a de bonnes chances que cette caisse soit cramée et que les bourres la recherchent dans très peu de temps DONC il valait mieux éviter d’aller directement rejoindre la copine sous peine d’y conduire aussi les flics. Toi y en a comprendre ?
- Je comprends que je vais voir si j’arrive à conduire d’une seule main si tu continues à me chercher oui…
- Deuxièmo, il y a une espèce de Négro de merde qui fait des embrouilles à mes cousins à Orléans et j’avais promis de descendre m’occuper du pénible.
- Attends… t’es pas bien là, Farid !!! On va pas aller faire les cow-boys à Orléans alors que la maison Poulaga au grand complet veut nous alpaguer sous prétexte que t’as des soucis de famille là bas ?!
- Meuh non ! C’est là le génie de Tonton Farid !!! L’indélicat tire des caisses comme tu te grattes le cul…
- Je ne me grattes pas le cul…
- C’est une expression !
- Ben elle aussi idiote que toi…
- Quoi qu’il en soit, SI Môssieur Bibi se grattait le cul aussi souvent que le mec duquel je cause vole des voitures, il aurait pas plus de poil aux fesses qu’une Brigitte Lahaye en fin de carrière. Avec ta tête à mater des cassettes de fion, ça doit te causer comme comparaison…
- Tu devrais arrêter de me chercher, « la Pierrade »… Donc ton plan génial c’est de laisser le tireur de caisses embourber l’Audi pour lui lâcher les pandores sur la frite et obliger comme un Seigneur tes cousins à la mie de pain ?
- Ben ouais ! Ah je sais, le jour de la distribution de matos à tronche, j’ai été gâté !!! bombe du torse l’emballé du crâne.
- Ah ça… Et une fois que l’autre nous a piqué la voiture, on va comment à Montargis ? En patin à roulettes ou carrément en canon puisque t’es un boulet ?
- Ah mais j’en sais rien moi ! T’as qu’à cogiter un peu aussi, c’est toujours moi d’abord !!!
- Je bée trop d’admiration, ça m’empêche de me concentrer ! Vu ta tronche aussi discrète qu’un phare Breton une nuit sans Lune, on va pas aller louer une bagnole ni faire du stop DONC on va piquer une AUTRE bagnole ! Probablement une poubelle pour éviter que tu te fasses dessus quand je conduirai… Non, je dois en convenir, c’est l’idée du siècle !!!
- De toute façon t’es jamais content !!! Quoi que je fasse, tu la ramènes et tu chiques la mauvaise foi alors que moi, pas chien, je te fais la conversation pour éviter que tu pionces au volant.
- D’où que t’as vu que je m’endors en conduisant, gros nuisible !?
- Ah oui pardon… Maintenant que je regarde mieux, c’est pas que t’es plus fatigué que d’habitude ! En fait, t’as les yeux qui tombent comme Droopy le clebs tout mou.
- Et comme Rocky Balboa, hein, charogne ! Ben j’ai pas que ses yeux, fûmelure !!! termine Bibi en balançant une droite terrible qui envoie le Tunisien au pays des passagers endormis -  donc sans peur - mais probablement pas sans reproches à leur réveil.

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- …mais je m’en cogne que des manouches préparent un casse demain !!! hurle le commissaire principal Grégoire Marmand dans l’infortuné  combiné non traité contre les postillons. J’ai deux lieutenants à l’hosto dans un sale état, un toubib véreux manchot, une baraque transformée en ruine fumante, un inconnu cuit comme un steak avec un trou dans la tête et des burnes en vacances et tellement de morceaux de viande à recoller que je ne suis pas certain du nombre de victimes qu’il y avait alors tu as deux minutes pour ramener ton équipe de branleurs au QG ou je te dépèce à la lime à ongles !!!

Greg le Deg’ écrase la touche du téléphone avec rage.

- Alors comme ça Monsieur Bibi donne dans l’explosif maintenant ! grogne t’il rageusement en regardant Mat qui recule devant son regard de barge. Déjà qu’il faisait des trous gros comme des couvercles de poubelle avec son soufflant de dingue mais ça lui suffit plus ! Il fait dans la charcuterie industriel, le roi du 44 ! Mais nous aussi on est des malades, il va s’en apercevoir. Pour commencer, on va lui balancer les cintrés du RAID sur le coin de la cafetière à ce fondu, ça l’occupera !
- C’est deux de nos gars qui sont en « Réa » là, boss ! Ca me fait mal aux cheveux de passer la main aux Ninjas franchement !
- J’ai dit qu’on les mettait sur le coup, pas qu’on abandonnait, banane ! Tu les as déjà vu choper autre chose qu’un rhume, les cagoulés ? J’ai juste besoin d’eux pour calmer le jeu et se faire engueuler en cas de foirage, rien d’autre. Avec l’équipe de Morelli en renfort, on va jouer le jeu à l’ancienne genre « tape dans la gueule d’indics » et « Bourre-pif à putes » jusqu’à ce qu’on nous le loge, le Bibi.
- Et ensuite ?
- Ensuite ? Ben ensuite on s’occupe de son cas. Mais en famille, hein ! Je voudrai pas qu’une autre division à la con vienne nous coiffer au poteau, tu m’as compris…
- C’est hypra mega « clear », Boss !
- En attendant Morelli et ses guenilles, tu fais un saut à l’hosto des fois que Didier et Néné seraient sortis du potage et tu me les essors comme des serpillières, les deux glandus. J’t’en foutrai de se faire rétamer pendant un simple contrôle, tiens !
- Ils ont quand même salement dégusté, Boss, tempère Mat sur un ton d’excuse.
- M’en cogne ! hurle à nouveau le commissaire principale avant de reporter sa colère sur le voyant « main libre » du téléphone qui s’excite dans son coin. QUOI ???… Ouais, salut Meunier ! Qu’est ce qui vous arrive aux « stups », z’avez sniffé du plâtre ?…. Comment ça ta BMW cabriolet ?… Mais qu’est ce que j’en ai à foutre de ta putain de bagnole moi, gros connard !?

Prochain épisode : un suppo et au lit !