Chapitre soixante sept : Montagne

 - Tu veux pas arrêter de faire ça s’il te plaît… ?
- …
- Montagne ?!
- …
- MONTAGNE !!!

La petite rouquine fait un bond de deux mètres et retombe à terre en position de combat en poussant des « oukisson » ininterrompus avant de se calmer en constatant que la seule menace provient de la gamine Skull qui la dévisage, bras croisés, avec une moue de désapprobation affichée :

- Quoi ? Keskia ? demande l’ex-Géant.
- J’y crois pas… Tu recommences… Tu t’en rends même pas compte en fait… s’offusque Roxy.
- Mais tu parles de quoi bordel ? Pis ça va pas la tête de beugler comme ça sans dec’ ?!
- Je parle de ce… de cette manie que tu as de te tripoter le berlingot depuis toute à l’heure.
- Le berlingot ?
- Oui… Le Berlingot… La… Le sexe quoi !

- Aaah la chatte !!! ‘Tain toi faut t’suivre sans déconner !!! Pis abuse pas, j’ai mis un futal et un T-shirt non ?
- Franchement, Montagne, ça fait super bizarre…
- M’en parle pas, j’ai des frissons partout ! J’suis sacrément sensible du bouton !!!
- Ah mais je ne parle pas de tes tripotages, arrête un peu !!! Je parle de toi !
- Allons bon ! Qu’est ce que j’ai encore fait en plus de me faire reluire la moulanche ?
- Mais tout enfin !!! Tu as le physique d’une frêle jeune femme, un visage d’une rare pureté mais tu continues à agir comme un gros mec libidineux en jurant comme un charretier ! C’est très bizarre ! Je m’y fais pas…
- Ca c’est la meilleur !!! Tu crois que je m’y fais moi ? T’es plutôt gag quand tu t’y mets, Mélanie ! Tu espères quoi ? Que sous prétexte que je me suis retrouvé dans ce putain de corps il y a moins d’un heure, j’apprenne entre temps à boire du thé le rikiki en l’air en dissertant sur la tendance des ficelles de string l’été prochain ?!
- C’est pas ce que…commence la gosse en levant les mains pour calmer la rouquine qui tourne au rouge brique et sert ses petites menottes de façon menaçante.
- Ok j’ai l’apparence d’une gisquette mais je te rappelle quand même que sous ces tifs, y a l’mec Montagne, ma môme !!! continue à aboyer l’Enervée de son timbre clair et charmant. Alors « oui » effectivement je continue à causer comme Louis La Salle puisque je SUIS Louis La Salle, putain d’bordel !!! Et puis je me gratouille l’abricot tout simplement parce qu’ils y a encore pas si longtemps, je me tripotais les couilles et que c’est un sale tic – je sais !!! – mais que c’est comme ça et qu’il faudra bien t’y faire car j’ai pas du tout l’intention d’arrêter et que tu commencerais même un poil à me courir sur le haricot !!!
- Pardon Louis, se rend Mélanie Kirby en sentant dans la voix de son ami une vraie souffrance, c’est vrai que tout ceci est un peu singulier et je te comprends.
- Singulier ? Ah ben bordel c’est rien de le dire !!! Quant à me comprendre, gamine, je doute franchement que tu puisses sans vouloir te vexer !
- Je peux essayer de t’aider si tu m’expliques au moins ce qui ne va pas !
- Mais RIEN NE VA, nom de Dieu !!! Toute à l’heure, je m’éloigne pour simplement pisser et je mets déjà dix secondes à me souvenir qu’il va falloir que j’arrête de farfouiller dans ma braguette de futal et que je  m’accroupisse si je ne veux pas m’arroser les arpions ! Ca peut paraître couillon comme ça mais c’est hyper important en fait !!! Pis tiens, vu qu’on est sur le sujet, c’est l’enfer aussi cette foutue manie d’avoir tout le temps envie de pisser !!! C’est vraiment mal branlé un corps de meuf niveau tuyauterie…
- Ca demande de l’habitude et du contrôle… Bah, tu n’auras qu’à te faire greffer une prostate… ne peut s’empêcher de sourire Roxy en voyant la rouquine se dandiner d’un pied sur l’autre.
- C’est ça, grommelle Montagne dont la colère retombe déjà comme un soufflé, fous toi d’ma gueule ! Chier… C’est vrai quoi… Bon ben je reviens paske là ça urge…

« Hahaha !!! » s’étrangle de rire Ravage. « Le puissant Tanker Montagne réincarné en drôlesse accro à l’urologie ! Quelle ironie ! »
« Toi, je te conseille vivement de la mettre en veilleuse sinon tu vas manger chaud… » gronde Mélanie. « Essaie plutôt de retrouver la trace de Kali, ça t’occupera ! »
« Mais c’est justement la raison de mon intervention, mon Ange… Je tenais à t’informer d’un changement profond dans la Psyché des lieux… »
« Ce qui signifie en clair ? »
« Je pense que la Maîtresse s’est barrée, voilà ce que ça signifie ! Et je pense que ton pote Nathan les beaux yeux l’a senti et qu’il est en train de sortir du potage dans lequel son bouclier mental l’avait plongé ! »
« Les Super-Abominations ? »
« Hé Oh, je suis peut être un Démon mais faudrait pas non plus me prendre pour un bureau de renseignements ! »
« Je croyais que vos natures communes vous permettaient d’établir une sorte de lien privilégié, toi et tes semblables ? »
« Ca dépend, ma poule ! »
« M’appelle pas comme ça, je te préviens… »
« Ok, cocotte !!! »
« Ravage… »
« Oh ça va, cool sur les pincettes mentales, j’rigole… » gémit la Créature en sentant une désagréable sensation par trop familière. « Déjà il faut POUVOIR le faire et ça n’est possible qu’avec de VRAIS humains soumis à un pacte. Hors je te rappelle à toutes fins utiles que les Abos sont des morceaux de viandes réanimés et bricolés, pas des hôtes classiques. J’ajoute que parfois – je pense en l’occurrence à cette garce de Maîtresse – certains d’entre-nous ont fait de l’Empathie leur principal talent et que ceux là excellent dans l’art de dissimuler leur Aura tout en faisant allègrement chier celui des autres. »
« Oui donc en gros, tu ne sais pas ou est Kali, tu ne sais pas où est la Maîtresse d’école, tu ne sais pas où sont les Super-Abos ! T’es vraiment un gros nul qui sert à rien… »
« Ah ben ça fait plaisir tiens… Ca m’apprendra à vouloir aider une vilaine bête comme toi ! »
 « La ferme, boulet ! Montagne revient alors j’apprécierai que tu mettes en veilleuse tant que tu n’auras pas une information intéressante sinon je vais encore choper une migraine ou parler tout haut comme une dingue en te répondant ! »
 « Oui Chef, bien Chef ! » raille Ravage, fielleux. « Ah tiens, un dernier truc : propose donc à la Reine des fuites de troquer son blase de Montagne pour Pissou-Girl, ça sera plus adapté… Hin Hin Hin ! »
 « Y a pas à dire, tu es un poète, Ravage… »

- Ca va mieux ! sourit la rouquine de retour en frappant dans ses mains. On peut y aller !
- Ravage me disait que monsieur O’Neill refaisait surface et que ça voulait dire que la Maîtresse s’était trissée…
- Aïe… c’est pas bon signe, ça ! Et ses copains les gros zombis ?
- Il ne sait pas.
- L’est vraiment trop naze ton parasite sans dec’ !


 « J’suis p’têtre nul mais j’m’appelle pas Pissou-Girl moi en tout cas… » siffle mentalement l’Insulté avant de couiner et de se tenir tranquille après avoir reçu une grosse taloche mentale sur le groin.

- Y a un truc qui approche là bas… murmure Montagne en désignant une large galerie qui descend vers les niveaux inférieurs.
- Je crois que c’est Kali !!! exulte joyeusement Mélanie Kirby.
- Cache ta joie, gamine ! Il est pas seul… gronde l’ancien-Tanker en transformant d’instinct ses mains en menaçantes masses d’armes hérissées de pointes.
- Par le Masque, souffle la jeune Skull, les yeux écarquillés, il est suivi par une horde de Super-Abominations…
- Ca a pas l’air de l’affoler ! Il a peut être mangé  un coup de trop sur le turban ?! On fait quoi, bordel ? Ah ben voilà qu’il nous a vu et qu’il lève la main, ce con ! Ohlalala, il va nous faire repérer et  je sens que je vais plus avoir à me préoccuper de ma vessie avant longtemps…

A une trentaine de mètres, les Colosses couturés se sont docilement arrêtés sur un signe de l’Indien qui franchit en courant la distance qui le sépare encore des deux filles médusées. Visiblement très ému, il prend une Mélanie abasourdie entre ses grands bras nerveux et la serre sur son torse. Après quelques secondes, il recule, rouge comme une tomate d’avoir ainsi perdu le contrôle, se racle la gorge et affiche un sourire gêné en regardant la rouquine qui lui balance une tape sur l’épaule en lui faisant un clin d’œil avant de lancer, goguenarde :

- Sacré putain d’enfoiré d’Indien ! Ca fait plaisir de te revoir en un seul morceau sans déconner !
- Moi aussi… répond mécaniquement le Scraper en interrogeant Mélanie du regard sur cette étrange inconnue.
- C’est Montagne… tente la Skull avec une moue d’encouragement.
- Montagne ? LE Montagne ? glousse Kali.
- Ben oui, l’Asperge !!! s’énerve la rouquine en agitant ses mains-massues. C’est moi ! Pis tu devrais enlever ce sourire crétin et bien réfléchir avant de lancer la connerie à laquelle tu penses…
- Que le collier de crânes de la Déesse Noire m’étouffe, pouffe de plus belle l’Indien après être brièvement passé en astral. C’est effectivement la signature Karmique de Louis… Elle est altérée mais c’est bien lui…
- Puisque je te le dis… confirme Roxy.
- Dîtes les tachons, ça vous dérangerait de ME causer perso au lieu de vous la péter comme si j’étais pas là ?! se renfrogne la transformée.
- Ben mon Louis, taquine Kali contre toute attente, tu as été décoloré à la javel et frappé par un rayon rétrécisseur ? Tu sais que tu es drôlement sexy, mon vieux…
- Putain kali, si même toi tu me gonfle avec ça, ça va chier des bulles graves sans dec’ !!!
- Kali plaisante, Louis… tente mélanie.
- Mais oui enfin, « ma belle », s’esclaffe l’Ascète malgré les yeux au ciel de la jeune Skull.
- Il se fout de ma tronche, tu veux dire !!! sautille de rage Montagne. Mais merde, c’est pas marrant !!! on m’a peut être troqué mon démonte-pneu pour une touffe et fait pousser une paire de miches mais ça va pas m’empêcher de vous ruiner la truffe si vous continuez, sans dec’ !!!
- C’est qui tes copains là bas, Kali ? s’enquiert Roxy en désignant le groupe de Super-Abominations pour changer de sujet.
- Des prisonniers de guerre, je suppose, répond l’Indien sans parvenir à décoller son regard étonné de Montagne. La Maîtresse les a abandonnés et ils se sont spontanément rendus quand je les ai trouvés.
- Tuons les… gronde Louis.
- Ils n’ont rien fait de mal… rétorque le Scraper.
- Parce qu’ils n’en ont pas eu l’occasion car sinon… insiste la rouquemoute.
-  On abat pas de sang froid un adversaire qui se rend, Montagne ! sermonne l’Ascète avant d’ajouter : Heu… Je peux encore t’appeler Montagne, Louis ? Même Louis, je peux ?!
- Ben oui, Banane… rétorque sèchement le Nominé. C’est mon blase que je sache non ? T’es lourdingue franchement… Comment tu voudrais m’appeler enfin ?!

« Propose Pissou-Girl qu’on se marre !!!  » explose mentalement de rire Ravage à Roxy qui préfère l’ignorer.

- Arrête de le regarder comme ça et bougeons avant qu’il ne pète un câble, murmure la gamine en prenant Kali par le bras. Ca serait un monde qu’on se batte entre-nous alors après avoir sauvé le monde…
- Tu as raison, se reprend l’Indien avant d’ajouter d’une voix forte : Bon… Remontons vers la surface, les renforts arrivent !

Le trio se remet en marche suivi à bonne distance par les Démons silencieux et Mélanie se dit que finalement tout est bien qui finit bien jusqu’à ce qu’ils croisent le chemin d’un quatuor composé d’un Aveugle et de trois Freakshows bien connus qui se dirigent eux aussi vers les galeries d’ascenseurs.

- Ca fait plaisir de vous revoir tous entiers, sourit Nathan O’Neill encore très faible et soutenu par une Clamor dont l’armure trouée a connu des jours meilleurs.
- Sympas vos potes, ricane Mortar sèchement en désignant les Super-Abos toujours dociles.
- C’est qui l’autre là ? demande Antenne innocemment en désignant Montagne.
- On t’expliquera… se précipite Roxy. En attendant, dépêchons-nous de rejoindre les copains et de les rassurer !
- T’es qui ? insiste Antenne avec un grand sourire charmeur après s’être rapproché de la rouquine. Une copine de la Skull ?
- Me gonfle pas, gros sac ! grogne méchamment l’interpellée. Si je te réponds, tu vas te marrer et si tu te marres, ça va m’agacer et si ça m’agace, je vais te démonter les boulons !
- Oh coulos, j’essaie d’être amical ! se rebiffe le Swiper. Drôlement soupe au lait vot’ copine…
- Je suis pas leur copinE… corrige l’Offensée. Mais continue comme ça et on pourra bientôt s’adresser à toi aussi au féminin…

Chapitre soixante Huit : ParaNews

« …les ruines fumantes derrière moi indiquent clairement l’effroyable violence du dernier affrontement qui a opposé une coalition de Factions criminelles aux Super-Héros Paragoniens. D’origine démoniaque, cette invasion sans précédent depuis les Guerres Riktis avait débuté il y a moins de quarante huit heures, se traduisant par des combats sans pitié dans tous les quartiers périphériques de la ville. A l’heure ou je vous parle, la menace serait enfin éradiquée mais le tribut payé par les courageux défenseurs du Bien est très lourd. »

(…)

- …peur non, car j’assure comme une bête, mais c’était méga chaud par moment !
- Encore merci, monsieur Antenne, pour toutes ces précisions. Une belle preuve d’espoir si les redoutés Freakshows eux-mêmes se sont fait les champions de la liberté aux cotés des Héros qu’ils affrontaient encore hier dans les rues de…
- C’est la télé ?
- S’il vous plaît…
- Casse toi, Mortar, j’cause à la Dame !!!
- Monsieur.. S’il vous plaît…
- Putain c’est la télé !!! Génial !!! BOUDINA !!! J’ARRIVE, PUCERON !!! ET J’AI TOUJOURS MON ZOBINOU ALORS LAVE TOI LA RAIE, TU VAS RAMASSER !!!

 (…)

« …malgré de nombreuses zones d’ombres restant à éclaircir concernant cette nébuleuse affaire, mais madame le Maire a assuré que « tous les moyens seraient mis en œuvre pour identifier les responsables afin de les punir avec une extrême fermeté ! ». Concernant les accusations honteuses et non fondées selon lesquelles Madame le Maire et son cabinet exécutifs auraient quitté la ville par Jet spécial au plus fort du conflit… »

(…)

- …puisqu’il s’agit de la légendaire Lady Oméga en personne! Lady oméga, s’il vous plaît, Amélyne Baker pour Paranews ! Êtes-vous en mesure de confirmer aux habitants de Paragon que le cauchemar est terminé ?
- En effet, Amélyne ! Après presque deux jours  de combats acharnés, la ville est a nouveau sous contrôle. 
- Un beau succès de plus pour la Hero Corps que vous représentez !
- Cette victoire est celle de tous les Paragoniens de bonne volonté, qu’ils soient dotés de super-pouvoirs ou pas. J’ajoute que sans le concours actif de certains gangs des rues, la HC et les Héros francs-tireurs auraient été submergés. Il ne faut pas l’oublier car les pertes qu’ils ont subies… 
- Probablement… Et qu’avez-vous à déclarer concernant le putch interne subi par Crey Industries et son implication dans l’invasion  malgré la tentative courageuse de la Comtesse Clarissa Van Dorn pour contrer la rébellion de ses plus proches lieutenants qui ont abusé de sa confiance ? 
- La Hero Corps n’a aucun commentaire à faire sur ce point, Amélyne…
- Et Lady Oméga ? A titre personnel ?
- Moi ? Et bien je pense que cette grosse salope ne s’en tirera pas comme ça… »
- Pardon ? 
- Et je pense aussi que je vais l’étrangler avec son putain de foulard Hermès de mes propres mains, voilà ce que je pense !!! 
- Lady Oméga.. Nous sommes en direct… 
- J’EN AI RIEN A FOUTRE, CONNASSE !!! AU NOM DE TOUS MES COMPAGNONS DISPARUS, ELLE VA EN AVOIR POUR DES ANNEES DE PROCTOLOGIE INTENSIVE QUAND JE L’AURAI RAMONE A COUPS DE POINGS DANS LE C…  »

(…)

 « …pour des semaines de reconstruction avant que notre ville ne retrouve sa majesté passée. Par ailleurs, la société Crey Industries – toujours soucieuse d’assumer ses responsabilités et sa position de première compagnie du continent – a confirmé aux autorités que la menace représentée par les Super-Abominations sera étudiée en toute sécurité et pour le bien de tous au sein de leur division recherche une fois que les monstrueuses créatures lui auront été remises conformément aux souhaits des militaires. Cette alternative - jugée préférable à la demande du tristement célèbre Docteur Vahzilok qui avait émis par voix de presse le souhait de  récupérer ses créations… »

(…) 

- …éclairer nos auditeurs qui se demandent comment une jeune civile innocente s’est retrouvée impliquée dans l’épilogue sanglant de ce conflit meurtrier, mademoiselle. 
- Monsieur !
- …
- Pis pour le « jeune », tu r’passeras, j’ai 43 piges, cocottes !
- …
- Et j’suis pas une civile, bordel ! J’suis un putain de Héros !!!
- …
- Bon, j’te laisse le temps de trouver des gogues dans le coin avant que je ne m’arrose les pompes, ça me reprend…
- Hum… Après avoir soigné les corps, les autorités médicales devront indubitablement s’atteler à guérir les profonds  traumatismes psychologiques des nombreuses victimes…

 (…)

« …dont le représentant légal a décidé d’attaquer la ville et les institutions Héroïques pour « harcèlement policier et entrave à la liberté de Culte ». Rappelons que le Baron Zoria n’était pas intervenu directement depuis l’affaire qui avait opposé la confrérie des CoT à Midnight Squad, affaire durant laquelle… »

(…)

- …moitié bière Valstar et moitié vin rouge ! D’où le nom de « Valstar Rouge » !!!
- Hin Hin Hin ouèèèèèè !!! Mais gaffe hein ! Au delà de douze litres, ça rend sourd du coude gauche !!!
- Cette truffe de Sado a raison, m’dame : faut pas abuser ! Tiens, j’me rappelle la fois où mon troisième œil…
- C’est certes passionnant, Héros Toto, mais qu’en est il des répercutions factuelles sur l’activité à venir des Veilleurs de l’Ombre en tant que Super-Groupe dans leur combat contre le crime ?
- Ah ça… Heu… Crisse de chien sale, faudrait que vous demandiez à un spécialiste là… Rhhhaaa pis c’est ballot franchement car not’ patron Varagh il est a l’hosto…
- Des blessures consécutives aux terribles combats que vous avez livrés ?
- Nan. Des blessures depuis qu’il revu Montagne en meuf’ et s’est permis de sourire, le con…

(…)

« …une demande de trêve exceptionnel pour garantir « la solennité nécessaire lors de l’inhumation de l’amiral Erlak ». Officier en chef des forces d’occupation Riktis, Erlak – aussi connu sous le nom du « Tueur de Planète »- avait trouvé la mort lors des affrontements avec l’armée et les Franc-Tireurs durant la bataille d’Independance Port qui avait marqué un tournant décisif dans l’Invasion. Le Haut Commandement Militaire n’a pas souhaité donner suite à cette requête jugée inique alors que des milliers de soldats sont toujours engagés dans une offensive incertaine au sud de… »
   
Chapitre soixante neuf : Lady Oméga

- On reconstruit, on pleure nos amis tombés et la vie continue ? C’est aussi simple que ça ?
- Ca n’a jamais été plus compliqué, Officier Luciole, confirme Lady Oméga en terminant de remballer ses affaires.
- N’empêche que c’est dégueulasse ce qu’il vous font… Vous aviez bien raison !
- Là n’est pas la question, ma jeune amie, sourie la grande Blonde. Je représente une institution et rétrospectivement, je dois admettre que mes propos étaient peu adaptés. Même si ça fait du bien… Et puis il ne s’agit que d’un congé même s’il est un peu forcé.
- Vous allez en profiter pour faire quoi pendant vos vacances, Madame ?
- Voir si je peux rattraper le temps perdu avec Nathan déjà… Toute cette histoire aura au moins eu le mérite de me donner une seconde chance sur un plan privé. C’est un homme compliqué et je ne suis pas simple non plus mais ces épreuves nous ont changés. Reste à voir si ça suffira mais c’est déjà un sacré début !
- Alors j’viens d’apprendre que ces enculés te collaient sur la touche ??? déboule en braillant Montagne. Quel bande de bâtards…
- Monsieur Montagne… s’offusque Luciole. Rhooooooo c’est vraiment pas bien de dire des choses pareilles !!! Déjà qu’avant… Mais alors maintenant avec votre nouveau corps…
- Louis… tempère Catherine Thorgal en prenant la petite rouquine énervée par ses frêles épaules qui vient de tendre son majeur en direction de Luciole en lui tirant la langue. Mon vieil ami…
- Pas de ça, tu vas me faire chialer sans dec’, s’pèce de grande saucisse !!! Pis c’est bien que tu te rabiboches avec Nat… Vous êtes fait l’un pour l’autre même si vous êtes deux grosses têtes de pioche !
- On se voit demain soir comme convenu alors ?
- Ben ouais tiens ! Et pour Kali ? Il sera là alors ou pas ?
- Il n’y a rien de sur… Après sa discussion avec Kirby, il reste persuadé que Sabra est en vie et qu’elle a besoin d’aide. J’ai eu beau lui expliquer mon point de vue, tu le connais…
- Clair que quand il a une idée sous le turban, il l’a pas dans le pagne, l’Indien ! De toute façon, si Sabra s’en est sortie, c’est plus la même et il le sait. Si elle n’a pas envi d’être retrouvée, il va perdre son temps. Il ferait mieux de se joindre à nous pour retrouver cette vieille salope de Maîtresse et ces enflures de Prétoriens…
- On les retrouvera, Louis. Les connaissant, ils finiront bien par refaire surface pour préparer un mauvais coup et ce jour là…
- J’sais bien ! C’est l’avantage avec les Vilains : ils savent pas s’arrêter ! Nan ce qui m’emmerde déjà plus, c’est les autres enflés comme Vahzilok ou Zoria qui vont encore s’en tirer. Sans parler de la Crey qui passe carrément pour la sauveuse de Paragon ! Putain de politique de merde…
- Tout se paie un jour, Louis… Et puis à l’exception de la Comtesse, les deux autres charognes ne sont pas faciles à débusquer, tu en conviendras…
- Ouais p’t’être… Mais quand même, ça gave ! Enfin bon, pour le moment j’ai bien assez de problèmes…
- Tu as des soucis, mon Louis ?
- Bah tiens !!! Entre ces feignasses de l’administration qui me gonflent rapport à mon statut social qu’est plus conforme à mon nouveau corps, mon foutu appart’ qu’était adapté à un célibataire mâle trois fois plus grand et mes grandes questions existentielles relatives à la bagatelle et le comment que je vais gérer ça vu que j’ai la gerbe rien qu’en m’imaginant faire un bisous à un mec, je peux pas dire que j’m’emmerde !!!
- Bon ça y est, annonce Lady Oméga en brandissant son carton, mon remplaçant par intérim a maintenant une chance de pouvoir poser un stylo sur ce bureau ! Je me dépêche d’aller profiter des massages légendaires dispensés par mon aveugle préféré avant qu’il ne soit reparti sauver le monde…
- Prenez soin de vous, Madame et à très bientôt.
- Tchô, Cat ! Et à d’main ! Dis donc Luciole, t’as un mec ? Nan mais fais pas cette tronche…Je m’disais simplement que vu qu’on a sensiblement l’même âge maintenant et que t’es sacrément roulée malgré ta tronche de pisse-froid, tu pouvais p’t’être me donner des tuyaux,t’vois ? Entre copines…
   
Chapitre soixante dix : Kirby

- C’est une bonne décision, Mac, lance Samuel Kirby en roulant lentement sur le coté du lit d’hôpital pour atténuer la douleur due aux brûlures. Je te regretterai comme collègue, je ne te le cache pas, mais je pense sincèrement que la HC ne pouvait rêver meilleur instructeur pour ses cadets après la disparition de Sabra.
- Mais alors c’est décidé, Sam : tu restes à la brigade ? demande le vieux Héros.
- Je ne dis pas que je n’enfilerai pas mon costume de temps en temps mais je reste un flic dans l’âme, mon ami… Et je ne suis pas prêt à m’engager dans un groupe alors que j’ai retrouvé ma frangine. On a du taf tous les deux… ne serait ce que trouver un moyen de la débarrasser de Ravage.
- Monsieur O’Neill dit que ma cohabitation avec lui n’a rien à voir avec ton cas, grand frère ! intervient Mélanie. Il ne s’est même plus manifesté depuis le retour de Dark Astoria et mon statut de Juste…

- …ne te protégera pas de sa malfaisance s’il trouve un moyen de reprendre le contrôle, petite sœur ! coupe le Vigilant. Nathan m’a promis de nous aider sur le sujet et ça reste la priorité.
- Sans le Démon, nous ne saurons jamais vraiment ce qui s’est passé avec papa et maman, rétorque l’ex-skull.
- Je les ai tués… J’étais sous l’emprise de mon Parasite et il n’y a rien de plus à savoir !
- Tu ne t’en souviens même pas et Ravage en a suffisamment dit pour que je sois persuadée maintenant que les choses n’étaient pas aussi simples que tu voudrais le faire croire.
- Je pense que certains vieux fantômes doivent rester dans l’Ombre, Mel ! Je le sens. Découvrir la vérité concernant notre famille pourrait finalement nous coûter très cher…
- Tu es un Juste, frangin ! Et moi aussi ! Les Justes ne fuient pas la vérité, ils la défendent !!! Ensembles !
- Tu comprends mieux pourquoi je n’ai qu’une envie c’est de reprendre le travail, Mac ?! A ce propos, j’en connais une autre qui – toute Juste qu’elle est – va retourner à l’école à coups de pieds dans son derrière maigrichon car les grandes vacances sont terminées.

- Quel rabat-joie ! couine Roxy. Bon d’accord mais je pourrai quand même me battre contre les méchants aussi hien ?
- Seulement si tu as des bonnes notes…
- Pffff… Ca y est, je commence déjà à regretter que toute cette histoire soit terminée…

Epilogue

Clarissa Van Dorn AKA la Comtesse Crey est sensuellement lovée dans le grand canapé de cuir moelleux et sirote lentement son champagne tout en lançant de temps en temps un « Hum… » d’approbation en écoutant les nouvelles que son interlocuteur déverse dans sa micro-oreillette. Son fin sourcil racé fait un léger bond et elle rétorque d’une voix agacée :

- Ne me dîtes pas qu’avec ce que je vous paie, vous ne trouverez pas une pirouette juridique pour les mettre hors de cause !!! Hopkins et Giacomo sont des éléments indispensables dans la reconstruction de Crey et les Clones sont déjà prêts donc assez d’excuses et plus d’action, Maître Farelli !

A nouveau silencieuse, la magnifique brune dépose ses pieds nus sur la moquette aussi épaisse que la dette d’un Controleur de niveau deux accro au solo et elle tend ses doigts graciles vers la bouteille hors de prix qui trempe dans son seau en argent rempli de glace :

- Mais creusez vous un peu la tête, mon pauvre vieux ! Je ne vais quand même pas faire votre travail !!! Je ne sais pas moi… Ils ont pu être possédés par ces Démons… où hypnotisés puis manipulés !!! Vous n’avez que l’embarras du choix quand on réfléchit bien et ça n’est quand même pas moi qui vais vous sonner des cours de mensonge !!! Bon… J’en ai assez entendu : vous avez deux jours pour orchestrer leur retour et je ne reviendrai pas sur le sujet ! L’échec de l’opération et cette stupide reconstruction nous coûte déjà assez cher comme ça et il est crucial que nous relancions au plus tôt les autres projets !
- Vous ne devriez pas trop compter sur votre futur, madame la Comtesse… intervient une voix asexuée venue de nulle part.

Clarissa Van Dorn fait volte face. Croire qu’elle est arrivée là où elle est aujourd’hui en étant simplement une Noble milliardaire brillante et créative est dangereusement réducteur. Disposant de toutes les technologies de pointe développées par ses scientifiques, son corps parfait et discrètement mortel est à même de lui permettre d’affronter les plus grands périls sans crainte. Coupant la communication pour éviter d’être déconcentrée, elle scrute les ténèbres et lance d’une voix ferme :

- Je ne sais pas qui vous êtes mais je vous félicite ! Être parvenu jusqu’à moi sans attirer l’attention de la sécurité est plus qu’un exploit… Que les gardes paieront au prix fort, d’ailleurs…
- Vous feriez mieux de vous préoccuper de votre sort au lieu de réfléchir à la façon de punir vos pathétiques sous-fifres ! rétorque d’un ton neutre la voix désincarnée. D’autant qu’il n’ont plus peur de vous là où ils sont dorénavant. Il est donc inutile d’activer votre alarme d’urgence. Ceux qui étaient en mesure de vous venir en aide rapidement n’en sont plus capables et le temps que les renforts n’arrivent, ce sera fini…
- Vous me menacez ? glousse Clarissa avec un amusement onctueux. Allons, mon mystérieux adversaire, si vous êtes aussi bien renseigné sur mon entreprise, vous devez savoir que tuer mon enveloppe ne vous apportera rien ! J’ai déjà des clones prêts à accueillir mon esprit disséminés partout sur cette planète et jusque dans des dimensions qui vous sont à jamais interdites. J’ajoute qu’il y a une très nette différence entre souhaiter m’abattre et y parvenir…
- Je sais tout cela effectivement, Comtesse… C’est bien pour cela que je ne vais pas m’attaquer à votre enveloppe mais simplement m’assurer que votre esprit ne soit plus jamais en mesure de nuire.
- Mais qui êtes vous donc ?
- J’étais celle qui fut sauvée mais que vous avez contrainte à replonger dans l’horreur. Je suis celle qui ne rate jamais sa cible et qui n’existe plus !
- L’Ange Noir… murmure la magnifique brune avant de reprendre puisqu’aucune confirmation n’arrive : Vous savez, J’ai étudié vos méthodes. Vous êtes redoutable mais je doute cependant que vous puissiez sérieusement m’atteindre malgré la très factuelle preuve de vos talents. Ne serait ce qu’en considérant votre présence chez moi. Dés lors, plutôt que de nous déchirer, travaillez pour moi ! Je ne sais pas quelles sont vos motivations pour vouloir m’assassiner mais tout le monde a un prix. Et mes moyens sont illimités dés lors qu’il s’agit de me payer les services de  la meilleure Tueuse qui soit.
- La dette que je suis venue régler n’est pas dans vos moyens. Vous m’avez tuée, Clarissa Van Dorn ! Pour sauver Paragon, j’ai dû renier le peu d’humanité qu’il restait en moi et le moment est venu de vous le faire payer, à vous et tous les autres marionnettistes responsables de ce massacre restés dans l’obscurité.
- Très bien… J’aurai essayé… Alors allons y ! Je n’ai pas peur de vous, l’Ange ! Montrez-vous et finissons en ! Voyons si vous êtes aussi forte qu’on le dit face à une adversaire digne de ce nom !!!
- Oh mais qui a parlé de bataille épique, Comtesse ? Nous n’allons pas nous affronter dans le sang et la sueur même si l’envie de vous arracher le visage à main nues me fait trembler d’excitation. Non… Je vais vous plonger dans la folie ! Une folie dont vous ne reviendrez jamais et qui vous condamnera pour toujours dans cette unique enveloppe. Vous allez voir la nature même de la haine, Clarissa Van Dorn ! Je vais vous montrer… qui je suis VRAIMENT !
- Attendez… tente la Comtesse Crey dont tous les sens paniqués lui hurlent de fuir cette chose abominable et intangible qui l’entoure maintenant de sa présence glaciale..
- Il est trop tard, Clarissa. Vois, maintenant… Vois le visage du MAL !

Lorsque les Protecteurs d’élite parviennent dans les appartements de la directrice de Crey Industries moins d’une minute plus tard, ils pensent immédiatement à un enlèvement. C’est en passant l’immense salon au peigne fin qu’il retrouvent la forme prostrée et gémissante qui était il y a encore quelques instants la femme la plus puissante au monde. Masque d’épouvante et bouche ouverte sur un cri de terreur absolu qui ne viendra jamais, les monstres câblés endurcis par les crimes les plus abjectes qui soient reculent devant cette concrétisation insupportable de l’horreur.

- Dieu tout puissant… s’étrangle un gigantesque Tanker impitoyable qui n’avait pas dû utiliser une telle expression depuis sa pré-adolescence.
- Je crois que là où elle se trouve, déglutit péniblement l’Officier connu pour son sadisme sanguinaire, même les plus puissantes forces qui soient ne sauraient la retrouver…
- Elle est cinglée… La patronne est complètement cinglée… n’en revient pas le Tanker.
- Pire, souffle l’officier, regarde la bien. Elle est… ailleurs !