Chapitre quarante neuf : Monsieur Social

Ses deux poings énormes plantés sur la massive table de réunion, il souffle de rage comme une forge et gronde méchamment sans s’adresser à quelqu’un en particulier :

- J’aimerai quand même qu’on m’explique exactement ce qui se passe et comment nous avons pu en arriver là !!!
- C’est cette petite punaise de Nemo !!! commence le tas de saindoux à sa gauche qui répond au nom de Dame Feral  et dont la fureur fait trembler les quadruples mentons.
- Ce sont les chevalier Guildarrran et les parrrasites Démoniaques !!! crache en même temps Boris Mejinsky les yeux exorbités.
- C’est cette gamine folle furieuse !!! fait écho Maître Wan en désignant les horrible hématomes qui transforment sa figure poupine au teint habituellement bistre en œuvre d’art moderne rougeâtre. 
- Compagnons Prétoriens, coupe Monsieur Social emphatiquement en levant la main pour ramener un semblant de calme en constatant que le ton monte entre les alliés d’hier, tout notre plan part en sucette et j’aimerai bien comprendre pourquoi alors merci de vous comporter en Maîtres du Monde responsables sinon…

Connaissant la rectitude absolu de leur chef s’agissant des promesses qui impliquent un massacre où une punition éventuelle, les excités se figent instantanément avant d’adopter une attitude plus en adéquation avec leur statut de Méga-Vilains : Dame Feral cesse de morde le mollet droit de Boris qui lâche le cou de poulet malade de Maître Wan qui arrête d’arracher des poignées de cheveux du crâne poupin de Feral. Tous reprennent place dans leurs sièges respectifs, non sans se lancer de biais des œillades assassines et c’est la grosse qui peine à remettre de l’ordre dans sa chevelure mise à mal qui reprend, encouragée par un signe de tête de Social :

- Nemo nous a trompées !!! Nous savions que ce vermisseau tenterait probablement quelque chose pour sauver Fleur mais il nous a bernés : loin d’observer la prudente neutralité à laquelle il nous a habitués depuis la Fusion, il a lancé un soulèvement général des Identités au péril de sa propre survie. Les rares andouilles qui nous sont restées loyales en vu de l’invasion sont en ce moment même assiégés par les Natifs !
- Qu’en est il des Parfaits ? s’enquiert le Colosse sombre, agacé en regardant l’asiatique au visage tuméfié.
- Les Champions de Nemo ont fait de tels dégâts dans leurs rangs qu’ils ne se souviennent même plus de l’accord qui les liait à nous et qu’ils ont rejoint les rangs des insurgés, se lamente Wan. Même les Natifs Primaires ont considéré que le conflit mettait en péril l’intégrité du Cœur : Œil et Nez tout d’abord, puis rapidement tous les autres se sont rangés au coté de ce fourbe. Même que Oreille m’a menacée…
- C’est la fin !!! glapit Feral dans un geste théâtral. Les passerelles qui mènent vers l’extérieur s’effondrent les unes après les autres. Nemo est en train de retrouver sa cohésion !!! Amis, puisqu’il nous faut mourir… termine la baleine dans une glapissement suraigu.
- On se calme, grosse truie !!! menace Social ce qui provoque chez Feral un petit cri de souris apeuré. Boris ! Je croyais le cas des Guildaran et des Démons réglés !!! Tu m’avais assuré qu’ils n’étaient plus une menace depuis que nous nous étions appropriés leurs pouvoirs.
- Et c’était le cas, mon grrrand ami !!! Nous savions que leurrr potentiel combatif rrrestait intacte mais leurrr énerrrgie ayant été détourrrnée, il n’y avait plus de rrraison de se méfier ! Il a fallu un élément extérrrieurrr pourrr qu’il rrretrrrouvent leurrr combativité contrrre toute attente ! Doute le Parrrfait avait pourrrtant fait un trrravail rrremarrrquable surrr eux…
- C’EST A CAUSE D’ELLE !!! s’emporte Maître Wan en désignant son œil gauche qui ressemble à une courgette trop mûre. C’est cette gamine insupportable là : Roxy !!! Une furie ! Incontrôlable ! Elle est habillée comme une souillon et malpolie à un point que vous n’imaginez pas ! Et c’est UNE JUSTE, par mes ancêtres !!!
- Mais comment est elle arrivée jusqu’ici ? Toute la puissance des Guildaran était utilisée à seule fin de percer les protections que nos anciens alliés CoT tentaient de maintenir pour nous empêcher de déferler sur la Terre avec les Identités qui nous soutenaient dés qu’ils ont compris que nous les avions trompés.
- C’est Nemo qui nous a tous abusés dés le déparrrt, mon ami ! Nous n’aurrrions JAMAIS DU menacer sa trrrès cherrr Fleurrr ! Je suis cerrrtain qu’il aurrrait pu fairrre voler en éclat les boucliers mentaux des Magiciens à l’instant où il le souhaitait en fait… Mais il a joué surrr les deux tableaux : il a utilisé l’énerrrgie des Paladins pourrr occuper les CoT et les empêcher de lancer leurrr proprrre invasion puis nous a trrrompé uniquement en nous faisant crrroire que notrrre attaque devait êtrrre différrrée…
- Boris ? sourit Monsieur Social.
- Oui, mon cherrr ami ?
- Tu veux bien arrêter deux minutes avec ton accent à la con ? Il n’y a que nous là… Et franchement, vu le contexte, ça commence à m’agacer un poil, je ne te le cache pas…
- Hum… Très bien ! se rend le Fléau des steppes en rosissant. Donc je crois que Nemo avait tout calculé !!! Il nous a laissé faire juste pour permettre à cette punaise de Juste de rejoindre le Cœur et nous combattre ! Je suis parvenu à retracer plusieurs signaux psychiques qui nous avaient échappés : tous converrrgeaient verrrs ce satané Mentaliste trrrèèèèès puissant du nom de…
- Boris…
- Ah oui pardon… Nathan O’Neil !
- O’Neil ? L’Aveugle ? C’est vraiment un adversaire redoutable… Bien qu’il ignore que c’est lui et sa Brigade Improbable qui nous ont contraints à la Fusion avec Nemo, nous aurions dû le garder à l’œil, l’Aveugle ! Nous avons commis une énorme erreur en partant du principe que la Fusion avec Nemo n’aurait pas de répercutions pour nous : il a été en mesure de s’approprier nos souvenirs en interrogeant nos propres Natifs. Il a dû découvrir l’existence de O’Neil de cette façon et il a eu l’idée de s’en faire un allié. Je comprends maintenant pourquoi une héroïne de seconde zone comme cette Marada s’est retrouvée projetée dans les Limbes : elle n’était pas la cible du message mental ! C’était O‘Neil, son mentors, que Nemo tentait de contacter ! Sur le coup j’avais trouvé la manœuvre stupide mais j’aurai du comprendre que Nemo tâtonnait en fait. Il cherchait à contacter ce fichu infirme et s’est laissé abuser par les similitudes des empreintes mentales de l’élève avec son Maître. Contrairement à lui, elle n’a pas eu la résistance de supporter l’intrusion et a été arrachée à son enveloppe. Conscient de son erreur, Nemo a ensuite envoyé des signaux moins clairs mais tout aussi dangereux pour nous jusqu’à influencer l’Empathe pour qu’il arrive ici avec la Juste…
- Quoi qu’il en soit, nous sommes dans un drôle de caca maintenant ! gémit Dame Feral. Si nous restons ici, Nemo et ses camarades vont nous retrouver et je doute que la présence de Fleur à ses cotés suffise à nous accorder sa pitié après ce que nous lui avons fait subir.
- JE ME FOUS DE LA PITIE DE CET INSECTE !!! hurle Monsieur Social. Nous sommes les derniers Prétoriens !!! Notre existence toute entière n’est conditionnée que par deux choses : dominer et survivre ! A tout prix ! Je ne suis pas fat au point de ne pas comprendre quand je suis battu… mais je n’ai pas dit mon dernier mot pour autant.
- Qu’allons nous faire, Social ? demande Wan avec angoisse.
- Nous allons rallier les Cavernes de la conscience tant qu’il reste des passerelles pour quitter le Cœur puis nous reviendrons dans le Monde Tangible. Ici, Nemo est en passe de redevenir le Maître mais là bas, il y a toujours quatre Super-Abominations au potentiel de destruction inégalé qui nous attendent. A défaut d’une invasion à la tête des Identités, sauvons au moins notre peau ! Et magnons nous avant que toutes les enveloppes ne soient occupées par des Tentateurs démoniaques car je me vois mal jouer les sans-abris !
- Ca n’est pas très héroïque comme attitude… souffle Dame Feral à Boris qui lui fait signe de se taire.
- Mais dés qu’il sentira que nous avons quitté le Cœur, intervient Wan, Nemo va relâcher son emprise sur les CoT et ses alliés Démons pourront prendre possession des Super-Abominations à leur tour selon leur plan originel. La Terre risque de…
- Peu importe ce qu’il adviendra, s’énerve Social. Les Prétoriens doivent une fois de plus retourner dans l’ombre le temps de panser leurs blessures mais le Monde n’en a pas terminé avec nous… Laissons les Démons et les Héros s’affaiblirent mutuellement dans une lutte aussi âpre que stérile puis nous reviendrons régner sur les ruines fumantes de la désolation. Muhaha…
- Alors on fait quoi ? demande Dame Feral en coupant le rire mégalomaniaque de Social ce qui a toujours pour habitude de beaucoup le contrarier.
- On part le plus loin possible de la Tarée à couettes !!! s’empresse de préciser Wan pour attirer l’attention de Social dont le faciès horrible est agité de tics de contrariété.
- Et rrrapidement parrrce que j’entends déjà l’ennemi à nos porrrtes !!! ajoute Boris avant de croiser le regard meurtier de Social. Hum… Et vu le pauvre visage de Wan, j’avoue humblement ne pas souhaiter profiter des talents de cette Roxy ! Ou alors solidement entravée toute nue et les membres écartelés – surtout les cuisses – sur une table de…
- Même comme ça, elle serait dangereuse… tremble Maître Wan. C’est une furie ! Je ne suis pas parvenu à la toucher ne serait ce qu’une fois !!! Elle ne se déplace pas, elle vole ! Elle ne frappe pas, elle fracasse ! je n’ai JAMAIS vu une chose pareille ! Et en plus elle cause en cognant… Et elle ricane… C’est IN-SU-POR-TABLE !!! C’est un miracle que je me sois échappé…
- Nous retrouverons cette sale gosse plus tard, élude Monsieur Social. Elle et Nemo…Mais quand nous l’aurons décidé et quand nous serons prêts à les terrasser. Le résultat est important, certes, mais un Prétorien doit aussi TOUJOURS penser à la façon de vaincre. Style ET classe ! Toujours ! Rassurez-vous compagnons : il n’est pas dit qu’un ennemi qui est parvenu à vaincre un Prétorien sera capable de survivre assez longtemps pour s’en vanter ! Muhaha…
- Ah bon ? ose Dame Feral. Mais qu’en est il de  O’Neil alors ?
- Toi ta gueule maintenant ! hurle Social. Mais on va me laisser le lancer mon rire sardonique oui ou crotte ??? Je vous jure, des fois vous êtes vraiment pénibles…
- Pardon Social… s’excuse le trio piteusement.
-
Muhaha !
- C’est tout ? se lamente Wan.
- Oui. A cause de vous j’ai même plus envie ! Allez on y va et on se dépêche parce que j’entends un rire pas du tout sardonique mais carrément hystérique qui se rapproche et vu les bruits d’os brisés qui l’accompagnent, je vous confirme – fiers compagnons – qu’il vaut mieux tirer notre révérence sans plus tarder !
- Avec style !
- Et classe !
- Ouais mais vite…

Chapitre cinquante : le Marchand de Sable

- J’ai peur… tremble de tous ses grains le Marchand de Sable.
- Taisez-vous et arrêtez de balancer des morceaux de silice dans tous les sens où il va nous voir… tremble Raspoutine recroquevillé au coté de son employeur dans le fatras des câbles électriques qui surplombent le couloir. 

Le rugissement inhumain retentit une fois de plus, glaçant les deux planqués. Le pas lourd fait trembler les murs à mesure que la créature s’avance pour s’arrêter pile à l’aplomb du duo tétanisé.

- Mamaaaaaaaaaaaaan… gémit le Marchand.
- Ma Soeuuuuuuuuuur… fait écho Raspoutine en bon orphelin qu’il est.

L’inespérée rafale d’énergie frappe le monstre de plein fouet et il s’ébranle dans la direction de l’attaque en rugissant. Le combat est aussi acharné que rapide et le silence retombe sur le couloir, tout juste troublé par les pas du colosse meurtrier qui s’éloigne maintenant en direction du nord.

- Pfiouu… lâche le Marchand. C’était une bonne idée d’appeler les Cœurs de Cendre à la rescousse, je dois l’avouer !
- Pas de chance pour eux mais quand j’ai vu ce que cette… Chose avait fait de mes gars, je ne voyais vraiment pas d’autre moyen de nous en tirer. Alors c’est quoi ce truc ?
- Montagne !
- Le Tanker de la Hero Corps ????
- Disons le renégat de la Hero Corps maintenant. Il nous avait donné ses amis pour une sombre histoire de vengeance et je pensais qu’on l’avait liquidé mais je me suis visiblement trompé.
- Visiblement oui… grince Raspoutine.
- N’empêche, monsieur Raspoutine, que je vous retiens avec vos laïus sur vos capacités exceptionnelles et votre rapidité qui tue, hein ! Quand je me suis mis à l’abri à la première charge de ce tapé, je vous ai trouvé surtout rapide pour me pousser et coller votre derrière à coté du mien.
- Dîtes donc Patron, je vous retourne le compliment : on était censé alpaguer des Héros, pas une espèce de dingo tellement gavé à la Superadine qu’il fait des trous dans le béton chaque fois qu’il transpire. J’ai vu ce qu’il  a fait à mes Tankers, moi ! Et si je suis arrivé à mon âge canonique dans une profession aussi approximative que la mienne c’est pas non plus pour rien ! Vous avez aussi appelé les Epines Pourpres en renfort ?
- Heu ben oui…
- Bien, bien ! C’est bon pour le commerce et ça occupera l’autre macaque le temps qu’on se tire d’ici !
- Parce que vous partez ?
- Ecoutez moi monsieur de Sable…
- Marchand de Sable.
- Ouais si vous voulez… je préfère être moins riche et en état de dépenser les influes que j’ai mis de coté plutôt que blindé comme Crey mais tout démantibulé. Je ne sais pas où va ce mec mais je sais que moi je vais dans la direction qui est exactement à l’opposé ! Rien ou presque n’arrête un Tanker lourd habituellement et celui là – pour connaître suffisamment bien le dossier de Montagne - jouit déjà d’un sacré bon passif. Si en plus il est boosté à mort avec des Meta-Regen qui lui ont permis de survivre à une frappe frontale conjuguée des quatre Blasters les plus mortels que je connaissais, je n’insiste pas. Surtout qu’il a quand même ensuite traversé les boucliers de nos Defenders comme du papier - avant de leur traverser la cage thoracique encore plus aisément au passage - et que même les Servants de nos Contrôleurs défunts se sont fait la malle quand ils ont vu le sort de leurs Maîtres. Tous ces éléments indiscutables sont à mes yeux des signes suffisamment fort pour encourager un repli stratégique impliquant l’intégralité des unités Tchernos encore vivantes dans cette base.  
- Vous êtes combien encore ?
- Et bien si je fais le décompte, avec moi ça fait un ! Etant d’accord avec moi même, et bien que je ne sache pas jouer de la trompette pour sonner la retraite à l’ancienne, je me casse !
- Ah mais la Maîtresse d’Ecole me tuera si je laisse Montagne remonter jusqu’à la salle d’incantation.
- Montagne vous tuera si vous ne le laissez par remonter jusqu’à la salle d’incantation. J’ajoute que s’il y parvient - à remonter car pour ce qui est de vous tuer je n’ai aucun doute - il est peu probable que les morceaux de la Maîtresse soient en mesure de vous causer du tort…
- Elle est très forte la Maîtresse, vous savez…
- Non je ne sais pas mais je sais que Montagne est très très fort.
- Elle se vengera si elle apprend que vous l’avez trahie…
- Faudra déjà qu’elle s’en tire ! Et puis le Monde est grand ! D’autant qu’elle ne sera pas le premier employeur que je nique ni probablement le dernier, foi de Raspoutine ! J’ai commencé par baiser des Tsars et des princesses – au propre comme au figuré – alors je ne vais pas mouiller mon spandex sous prétexte que j’ai une Démone aux fesses !
- Vous êtes LE Raspoutine ?
- Ben oui tiens ! se marre le barbichu en lissant ses poils filasses. Faut pas croire que les Mutants sont apparus comme ça dans un choux magique un beau matin ! La différence notable entre la grande majorité des super-créatures diverses et moi c’est que j’ai décidé de vivre avec les « Norms » et de profiter de mes facultés mais je ne suis pas un cas si isolé. Regardez Jésus…
- Jésus était un Mutant ? s’étrange le Démon.
- Mais bien sur !!! se poile le Tueur. J’avais beau être encore dans les balloches d’un arrière-grand papa lointain à l’époque, un mec qui marche sur l’eau et ouvre la mer en deux, ça m’a  toujours fait penser à mon pote Hydro! Y a que pour les pains ou ça diffère : même les pizzas surgelées il est foutu de les foirer, ce con là…
- Et ben… Dîtes Raspoutine…
- Oui ?
- J’ai bien réfléchi là…
- Ah ! Et ?
- Vous pensez que ça va marcher l’invasion et tout ça ?
- Nan.
- Pourquoi ?
- Ben je ne sais pas comment se démerdent les Vilains mais à chaque fois ça foire… Même un truc super chiadé, il y a toujours une couille au dernier moment ! A croire des fois que c’est une histoire débile déjà écrite par un crétin avec un QI à deux chiffres sans rire. Donc je pense que ça va encore une fois se terminer en eau de boudin et qu’on pourra continuer à faire des affaires pendant que les Héros feront dans l’Héroïsme et les méchants dans l’effroyable. Pourquoi vous me demandez ça, patron ?
- Ben… Je me disais que j’aime bien la Terre moi ! Peu importe comment tout cela se termine, ma route à moi est toute tracée : je repartirai dans les Limbes en attendant une nouvelle affectation et franchement, c’est un endroit carrément mortel, les Limbes. Du coup je me disais… vous recruteriez pas chez les Tchernos des fois ? 
- Vu notre dernière presta, va falloir oui… explose de rire le Tueur en passant amicalement le bras sur les épaules du Démon et en ajoutant d’un ton complice : Bon franchement faut que je plie les gaules maintenant alors si tu es décidé, tu viens avec moi et je te promets que tu ne seras pas déçu du voyage !!!
- Bon ben… J’en suis !
- Génial !!!
- Ah… sans vouloir exagérer, vous pensez que mon copain Croque aurait une tite place chez vous ? Son groupe vient de se faire étriller par les copains de Nathan O’Neill et les choix qu’il a se résument entre retourner voir la Maîtresse ou tenter d’arrêter Montagne là.
- Comment tu sais ça ? Capacité démoniaque ? Un genre de télépathie ?
- Heu ben non : une oreillette sous ma capuche pourquoi ?
- Pour rien ! On croit toujours que les Démons ils font pleins de trucs tordus tu vois…
- Oui mais bon, un micro et un écouteur ça l’fait !
- C’est moins romantique.
- Franchement vu la conjoncture, j’ai pas trop envie de jouer de la mandoline sous un balcon…
- J’comprends ! Et ça veut dire que ta copine la Maîtresse aussi est au courant pour la foirade de ton collègue ?
- Heu non ça veut dire qu’il est dans une mouise carabinée et qu’il aimerait bien savoir ce que je compte faire de mon coté vu qu’il a pas trop envie de le dire à la Vieille !
- Et il assure ton pote ?
- Très honnêtement, il est surtout très con… Mais c’est mon pote quoi…
- Vendu ! S’il n’y avait que des lumières chez nous, je ne serai pas en phase d’embauche ! Allez on calte ! Dis à ton copain de nous retrouver à la sortie Est, tutoie moi et appelle moi Rasp, camarade Tcherno !
- Ok Rasp ! Hé dis… Entre-nous… Pour Jésus là… Tu déconnais hein ?

Chapitre cinquante et un : Roxy

- Comment ça « nous renvoyer chez nous » ? s’insurge Mélanie Kirby. Tu es gonflé Nemo ! Tu as finalement manipulé tout le monde pour te libérer de Social et sa bande au risque de causer la destruction de la Terre et maintenant que la Paix est en passe d’être restaurée sous ta petite tronche de piaf, tu nous dégages comme des Gerbouilles à coups de « démerdez-vous » ??? C’est très limite et je me demande si je ne vais pas te tataner à ton tour pour t’apprendre la reconnaissance moi !
- Nemo a beaucoup souffert sous la domination des Prétoriens, puissante Roxy, intervient Douceur. Depuis sa naissance, il a été le jouet de puissances qui l’ont utilisé dans le seul but d’en faire un instrument de haine et d’oppression alors que sa nature profonde le destinait à n’être qu’une créature de paix.
- Mais qu’est ce que tu es exactement Nemo… Comment peut il y avoir autant de chose en toi ? C’est quoi ce délire de Cœur, de passerelles et d’identité ? Comment puis-je « exister » et rester moi même dans ce qui n’est finalement que ton esprit ? C’est vrai quoi : il y a plus de monde ici que dans le métro de Paragon aux heures de pointe. C’est quoi exactement ton pouvoir, nom d’une cape ?
- D’après ce que je sais, commence le frêle jeune homme, je suis un psycho-morpher. Je suis capable – au sein d’un même corps – d’absorber les personnalités d’autrui et de dissocier les composantes qui façonnent la mienne. Je suis une sorte d’univers vivant, de point de transit. J’attire l’esprit des entités étrangères et je m’en nourris pour grandir et apprendre. Les Prétoriens m’avaient façonné pour je sois un refuge pour leurs personnalités corrompues au cas où leurs corps physiques subiraient des dommages irréversibles. Ce qui s’est produit il y a quelques années lorsqu’ils ont affronté des Héros valeureux conduis par Nathan O’Neill l’Empathe.
- Mais qui sont ces gens ? Et que veulent ils ?
- Monsieur Social et sa clique composent une société secrète dont l’origine remonte à la nuit des temps. Là ou tu crois que tes gouvernements dirigent le monde, il n’y a la main des Prétoriens qui tire les ficelles dans l’Ombre. On peut dire qu’ils possèdent ce Monde d’une certaine façon mais leur soif de pouvoir n’a d’égal que leur malfaisance et là seule chose qu’il craignent par dessus tout est la Mort. Lorsqu’ils m’ont découvert, ils ont compris que ma nature de « réceptacle » leur garantissait un point de repli au cas où ils seraient défaits sur le plan physique. L’émergence des Héros avait commencé à affaiblir leur omnipotence et leur défaite face à l’aveugle leur a fait prendre conscience de leur paradoxale fragilité. C’est alors que les Prétoriens ont décidé de revoir leur stratégie : puisqu’on leur disputait leur suprématie, ils allaient régner sur le Monde au grand jour et par la force, replongeant l’humanité dans la terreur et l’oppression.
- C’est bien gentil tout ça mais encore faut il en avoir les moyens ! rétorque Roxy.
- Précisément ! C’est pour cela que lorsqu’ils ont eu vent du plan d’invasion Démoniaque, ils m’ont utilisé comme un phare dans la nuit afin que je capture l’essence de Guildaran. Toujours en retrait, ils apprenaient de la Maîtresse, encourageant en sous main les tractations avec les différentes factions de Paragon, fourbissant leurs armes pour pouvoir utiliser les formidables facultés du Paladin afin de détourner l’armée d’invasion en gestation et servir leur cause. Je suis devenue la tête de pont de leur plan machiavélique : pendant qu’ils attiraient en moi toujours plus d’identités malfaisantes pour composer leurs soldats de demain, ils asservissaient mon Univers Intérieur et s’assuraient ma neutralité en emprisonnant Fleur, ma composante la plus chère à mes yeux.
- Oui alors d’ailleurs franchement si je peux me permettre, c’est un peu abusé ça… Tu es… amoureux d’un morceau de toi ?
- On peut dire ça comme ça, je suppose… rougit le petit bonhomme en serrant dans se bras une frêle jeune femme au regard doux.
- Du fait des manipulations dont Nemo a été l’objet tout au long de sa vie, lance Fleur de sa voix de velours, il a été amené à façonner les Natifs pour échapper à la folie. Notre… relation est incompréhensible pour un être humain classique. Sans vouloir t’offenser, la Juste.
- Donc si je comprends bien, maintenant que tout baigne sous ton super-scalp, tu laisses les Prétoriens retourner mettre le bousin dehors et tu nous expulses tous en te foutant royalement du résultat !!!
- Hum… Mon frère et moi demeurons ici, Dame Mélanie… glisse timidement Guildaran le Preux. Cet endroit nous a permis de retrouver la paix de l’âme et puisque Nemo nous y autorise, nous allons fusionner avec lui et deviendront les gardiens du Cœur des Identités…
- De mieux en mieux !!! Je vais donc me retrouver toute seule bombardée au milieu d’une guerre dont dépend le sort de la Terre et tout le monde s’en branle tant que ce petit coin de Paradis est préservé.
- J’ai gagné le droit au bonheur, se rebiffe Nemo. J’ajoute que sans ce que tu qualifies de « manipulations », tes compagnons et toi auriez été vaincus par l’Invasion de la Maîtresse sans même comprendre ce qui vous arrivait. Finalement, je vous ai donné une chance de survivre tout en me battant pour retrouver mon intégrité.
- Nemo… Ne crois pas que tu seras épargné… Cette vieille vacharde de Démone va se venger sur ton corps à l’instant même ou tu ne seras plus une menace directe pour elle.
- Non Mélanie. Au moment où les Prétorien et toi serez de retour dans votre Univers, mon corps – protégé par l’énergie des Paladins – passera en stase inviolable. Il deviendra indestructible et pourra entamer son voyage vers la conscience supérieure et l’exploration des Plans astraux.
- Ah ben tiens : pendant qu’on va se chicorer, l’arche de Nemo va partir en Lune de miel !!! Tu m’as bien baisée, charogne ! Tu m’as utilisée pour faire le ménage mais tu me renvoies vers une mort certaine !
- Détrompe toi, Mélanie Kirby, sourit mystérieusement le jeune homme, ton Destin – de par ta nature unique – ne se limitera pas à tomber sous les coups de la Maîtresse et de ses alliés. Ton voyage parmi nous a contribué à parachever ta mutation comme tu t’en es déjà rendu compte.
- Ok je suis plus forte que je ne l’ai jamais été mais pas au point d’affronter seule des centaines d’ennemis surpuissants et d’y survivre.
- Tu n’es pas seule ! Le démon Ravage repart avec toi !
- C’est le pompon… se lamente la gosse.
- Heu… je resterai bien ici moi ! propose Ravage avant de demander à Tic le Glups : tu restes, toi ?
- Ben… Madame Sourire – qui est en fait une sacrée coquine - et moi on s’est trouvé des affinités et… commence l’apostrophé.
- Lâcheur… crache le parasite démoniaque. Chier… Je vais quand même pas m’enfiler cette mocheté de Douceur pour avoir mon Visa !!!
- Le problème ne se pose pas puisque tu repars avec Mélanie, coupe Nemo. Roxy la Juste, Social est parvenu aux abords de ma conscience et je ne m’opposerai pas à son départ. Prépare toi à rejoindre ton Univers et à combattre pour sa survie. Sache qu’ici, nul n’oubliera ce que tu as accompli et que tu resteras dans nos cœurs.  
- Pfffff… Vous faîtes une belle bande de faux derches tiens ! sourit la gamine avec tristesse. Enfin bon… Je comprends à défaut d’excuser ! T’as de la chance d’être chargé de famille nombreuse, Nemo ! Pis il me reste encore cette carne de Ravage pour passer mes nerfs dessus donc je devrai survivre. Allez vas y, coco : envoie la sauce ! Puisque je suis la Star de ce psychodrame délirant, autant que je ne rate pas mon entrée. Maîtresse d’école, me revoilà et je peux te garantir que tu ne vas pas être déçue du voyage…
     
Prochainement : La Maîtresse d’Ecole