Chapitre quarante deux : Monsieur Social

L’avancée des intrus d’échappe pas à Nemo. Normal puisque rien ne lui échappe ici dans la mesure où il est chez lui et qu’il a créé le monde des Identités. Bien qu’il soit lentement devenu le prisonnier torturé de son propre royaume psychique… Se pourrait il que ces inespérés invités soient LA solution ? Fébrilement, la frêle silhouette reporte son attention sur le cinq compagnons qui sont presque parvenus au bout de l’immense passerelle menant au Cœur et dont il suit le cheminement avec une attention tremblante baignée d’espoir. Il est tellement excité qu’il frôle la catastrophe et dilue le miroir de contemplation juste une seconde avant que ne retentisse la voix honnie :

- Nemo ? Vous êtes là, mon jeune ami ?
- Oui… confirme d’un ton suppliant le petit être.
- Encore en train de rêvasser ? tance hargneusement le monumental colosse en déboulant flanqué de ses terrifiants acolytes. Une chance qu’il y ait des Décideurs parmi tous ces Penseurs !!!

Monsieur Social.
Le vrai Maître des identités.
Le Monstre destructeur et ses camarades de Haines.
Les geôliers de Nemo.

- Où en est on de la destruction du bouclier mental, mon garçon ? s’enquiert le Titan entièrement vêtu de blanc. Ca avance bien ?
- Oui, Monsieur Social ! Les magiciens donnent des signes de fléchissement et ça n’est plus qu’une question d’heures. Quatre ou cinq, tout au plus.
- Bien, bien… sourit cruellement le Géant en posant sa lourde patte bardée de métal froid sur l’épaule nue de Nemo. Je suis d’humeur joyeuse, mon garçon ! Aussi vous accorderai-je une heure pour en finir avec cette histoire. Dans mon immense mansuétude…
- Une heure ? Mais Monsieur Social… balbutie le jeune homme.
- Ensuite, ignore le Monstre en resserrant ses doigts cruellement sur la chair découverte, je me verrai contraint de vous punir…
- S’il vous plaît… gémit Nemo, grimaçant de souffrance.
- …et vous savez à quel point je peux vous faire MAL ! crache sadiquement Social en serrant jusqu’à faire perler un liquide ambré sur la peau diaphane. Oh oui, vous le savez… souffle le tortionnaire, affichant un masque de pur plaisir malsain avant de relâcher son emprise et de reprendre du ton d’un professeur sermonnant un garnement. Vous ne voudriez pas m’obliger à de telles extrémités, n’est ce pas Nemo ?
- Non… souffle le garçon, le visage déformé par la douleur. Bien sur que non…
- Une heure, Nemo ! Ensuite je reviens ! Ou mieux : je vous laisse expliquer les raisons de votre échec à… Dame Féral !
- Je serai particulièrement attentive aux justifications de notre jeune ami, cher Social ! intervient l’énorme femme engoncée dans une tenue de cuir qui la boudine comiquement n’eut été ses deux petits yeux malsains enfoncés comme deux billes de cruauté dans ses orbites trop maquillés.
- Féral est parfois excessive et peu enclin à l’écoute, puissant compagnon ! croit bon de préciser un petit asiatique entre deux âges de son accent pincé. Je me joindrai volontiers à elle pour aider notre jeune Nemo à expier son erreur s’il advenait qu’il te déçoive…
- Parfait ! applaudit Monsieur Social en lançant des sourires extatiques alentours. Formidable !!! Savoir que le respectable Maître Wan se joindra à Dame Féral ne peut que vous motiver pleinement, mon garçon, n’est ce pas ?! 

Sans attendre de réponse, le trio satisfait tourne les talons et le dernier membre du quatuor d’origine qui était resté coi s’attarde en arrière, plongeant son regard lascif sur Nemo qui tressaille de peur avant de murmurer de son ton écœurant aux accents des steppes de l’Asie centrale :

- Terrrmine ta tâche, petit enfant !!! Ensuite, Borris rrreviendrrra te voirrr pourrr te câliner comme tu aimes…
- Je… je m’y remets… de suite, professeur Mejinsky… baffouille le garçon lorsque la main osseuse du vieillard au pommettes si saillantes qu’elles menacent de percer sa peau cadavérique effleure sa joue, agitant le corps de Nemo d’un frisson de dégoût.
- Tu as frrroid, petit ange ?! questionne avec une fausse candeur l’infect pervers en avançant à nouveau sa serre avide.
- BORIS !!! tonne Monsieur Social du pas de la porte sans se retourner. Tu serais assez aimable de ne pas distraire notre gentil Nemo avec tes taquineries. Il a fort à faire. Tu pourras le… réconforter quand tout sera enfin terminé !
- J’arrrrive, Social ! répond l’horrible personnage non sans passer une langue noire et épaisse comme une grosse limace obèse sur ses lèvres inexistantes en susurrant à l’éternel adolescent tétanisé : Une Heurrre… Après l’efforrrt, le réconforrrt…

Lorsque la porte se referme enfin sur les quatre créatures, Nemo reste agité de tremblements incontrôlables, incapable de réprimer les petits gémissements plaintifs qui le submergent après chacune de leurs rencontres. Il sait qu’il ne supportera plus ce qu’ils lui font subir très longtemps et qu’il glisse lentement mais sûrement sur la pente de la folie. Que peut il faire ? Se rebeller ? Ils tueraient Fleur sans hésiter maintenant qu’elle est entre leurs mains cruelles… Puis s’en prendraient tout aussi implacablement à Douceur. Voir même à Madame Sourire, la pauvre… Il est le dernier rempart qui empêche encore ces Abominations sans pitié de transformer le Cœur en charnier car ils ont BESOIN de lui. Mais dans une heure, lorsqu’il aura fait tomber le bouclier mental que ces pauvres CoT s’évertuent à maintenir et qu’il aurait pu faire éclater dés la première seconde, qu’adviendra t’il ? Ils seront à nouveaux libres de restaurer les Prétoriens et de reprendre la Terre en main. Définitivement cette fois. Avec l’appui des Super-Abominations, aucune créature vivante - si puissante soit elle - ne pourra les arrêter…
Ils le tueront ainsi que toutes les identités qui n’auront pas fait allégeance à Monsieur Social et à son rêve d’Ordre Nouveau, c’est évident. Mais peut être qu’ils se contenteront du monde réel ? Peut être qu’ils épargneront le Cœur puisqu’il ne sera plus une menace pour eux ? Peut être que Nemo et ses amis survivront à cette monstruosité ?! Peut être qu’ils pourront enfin… vivre ?!

Non…
Ce sont des créatures qui aiment causer la souffrance et jouissent de la douleur d’autrui.
Ils déchireront son âme de la plus effroyables des façons dés qu’ils en auront l’occasion, faisant durer son tourment durant l’éternité.
Nemo s’est menti à lui même trop longtemps et il est temps qu’il réagisse enfin.
Certes, il n’a pas la capacité de nuisance de Social et de ses acolytes mais le Cœur est son Royaume.
Ce qu’il lui faut, ce sont des Champions pour éliminer ces bêtes féroces !
Des combattants aussi braves qu’impitoyables.

Ses mains ont cessé de trembler lorsqu’il trace dans l’air les circonvolutions idoines et que le miroir de contemplation réapparaît, dévoilant les cinq silhouettes mal assorties qui pénètrent maintenant dans la brume épaisse qui mène à la citadelle des Identités. Une moue de dépit vient obscurcir son tendre visage asexué quand il détaille l’étrange groupe : deux Démons mineurs aussi peureux que caquetants, Un Paladin déchu et son pendant maléfique dont les pouvoirs ont été arrachés des mains même de Social qui se les a approprié et cette mystérieuse gamine à moitié déguisée comme un clown et à peine plus vieille que lui… Il hésite, sentant les affres de l’effroi revenir comme une mauvaise sueur, mais reprend le contrôle avant que la terreur ne le paralyse une fois de plus.

Des Champions…
Ca ressemble à ces laissés pour compte, des Champions ?

Aussi peu impressionnants soient ils, leur présence ici n’est elle pas finalement une preuve de valeur ?
Un signe ?

Surtout la fille qui est venue d’elle même s’immerger dans l’esprit de la créature la plus redoutée qui soit et n’a eu de cesse depuis que d’avancer avec une obstination qui force l’admiration.

Nemo ferme les yeux, sa décision prise. Ses flux mentaux filent à une vitesses impossible pour tout autre que lui et rejoignent alliés et indécis tandis qu’il se prépare à transformer l’accès au Cœur Central que viennent de quitter Social et ses malfaisants en forteresse inexpugnable. Le monde des Identités tel qu’il l’a créé – aspirant à en faire un sanctuaire de paix et de sérénité – va bientôt s’achever. Dans peu de temps, les premières Identités qui n’auront pas été convaincues par son discours iront prévenir l’ennemi dés qu’il devra . Il lui reste tout juste assez de temps pour tenter de s’attirer l’aide des nouveaux arrivants et d’en faire ses alliés avant que Monsieur Social ne les taille en pièces. Puis lui fasse payer sa forfaiture…

« Si tu veux la Paix, prépare la Guerre ! »disait les martiaux Romains de l’antiquité qui n’étaient pas à une incohérence près.
Et bien s’il faut en passer par là, qu’il en soit ainsi et que le les Identités se battent pour gagner leur liberté.
Ou disparaissent à jamais en essayant…
  
Chapitre quarante trois : Kali

- Si je tombe, ça va se voir… murmure Antenne en tremblant.
- Ben tombe pas, crétin ! répond Mortar par habitude mais pas vraiment rassuré non plus.

Après le triste épisode des passerelles aériennes et du massacre du Commando Freakshow, il avait fallu à Clamor et Kali déployer des trésors de créativité pour convaincre les deux Swipers de bien vouloir à nouveau déambuler dans les poutrelles métalliques du Collecteur. Le fait est que l’immense salle grouillait plus que jamais de Vahziloks afférés à restructurer leurs rangs toujours perturbés par l’effondrement des structures. Les pylônes de soutènement principaux ayant entraînés à leur suite la plupart des plaques qui composaient les chemins suspendus, le quatuor avait été contraint de se déplacer sur des longerons rivetés au plafond et à l’assise instable qui s’effritaient sous les doigts de façon angoissante à cause de la corrosion ambiante. Ce genre d’acrobatie – si elle est aisée pour des attaquants rapides et souples comme l’Indien et la Punkette – tenaient du tour de force concernant le duo de Tankers aux membres bardés d’alliage pesant.
La progression est lente. Très lente. Le fait qu’ils avancent précautionneusement dans les plus hautes structures encore intactes leur garanti de demeurer dans l’ombre et leur apporte une salutaire discrétion primordiale pour la réalisation du Plan mais par deux fois déjà, Mortar a glissé lorsqu’un montant pourri par la rouille s’est désintégré sous son poids colossale. Heureusement, le bruit – pourtant assourdissant – qu’il a provoqué en se rétablissant a été allègrement couvert par les Mortificators hurlants trente mètres dessous pour rassembler les Abominations encore déboussolées et il n’en a été que pour une bonne frayeur.

- Sur la gauche… souffle le héros au turban en désignant la masse grisâtre des Explosifs qui se dandinent stupidement d’un pied sur l’autre en poussant des petites plaintes rigolotes. On y est presque, les gars. Tenez bon…
- Tenez bon qu’il dit l’autre fétu d’paille !!! grommelle Mortar. Il en a d’bonnes sans dec’ ! Je voudrai bien l’y voir à trimballer deux tonnes de ferraille et de carbone sur un château de carte en rotin, tiens !!!
- Surtout que c’est la partie de plaisir, ça ! part Antenne d’un rire forcé en farfouillant l’obscurité de son étrange excroissance optique pour déceler une prise stable. Ca va être de la rigolade cette escalade à coté de la descente !
- Bah j’m’en fous de la descente moi ! ricane Mortar. Je saute, j’atterris sur deux ou trois Vahzis que j’aplatis avec ma grâce naturelle et mon style inimitable pis je me mets à taper dans le tas ! C’est pas bien sorcier… 
- Tu vas sauter d’ici sans dec’ ? s’étrangle Antenne.
- Si j’attends qu’on m’construise un ascenseur pour arriver en bas, on sera tous à la retraite, pôv blaireau des îles !!!
- Ah mais c’est pas ce que je voulais dire… couine le Cyciope. C’est seulement que c’est un peu haut, non ?
- T’as des guitares en Carbotitane montées sur des compresseurs hydrauliques capables d’encaisser des pressions bien plus importantes qu’un pauvre petit bond comme celui là enfin, andouille !
- Ben c’est que j’ai jamais vraiment testé…
- Heu ? Tu sautes pas partout pour rigoler ? En retombant sur l’ennemi pour l’écrabouiller ?
- C’est que… J’ai le vertige… avoue pitoyablement Antenne. Même si je trouve une chaise qui supporte mon poids et que je monte dessus, je me mets à trembler…
- Ahahahaha !!! j’y crois pas ! s’étrangle Mortar. Il est taillé pour résister à un tir direct d’artillerie lourde mais il se chie dessus dés qu’il a plus les pieds qui touchent par terre !!!
- Oh ça va hein ! On a tous nos petites faiblesses… Tu te tapes bien Boudina !
- T’as du cul que je ne puisse pas te mettre ma griffe dans la gueule sans me casser la margoulette, fumier !!! siffle le Vexé. Jamais j’aurai dû vous raconter ça sans dec’ !
- Ah non ça c’est clair !!! acquiesce le taquin, plié.
- M’en cogne ! Si tu dis aux copains que je me fais Boudina, je leur dit que t’as le vertige ! Comme ça, ils se foutront aussi de ta tronche et pis c’est tout !!!
- Faudrait déjà qu’il reste des copains à qui le dire… pleurniche Antenne.
- Ah mince ça c’est vrai… gémit à son tout Mortar.
- Dites donc derrière, gronde Eve Van Dorn, je trouve que ça cause beaucoup mais que ça avance pas bien vite…
- On pensait aux copains, Chef… renifle Antenne.
- Ouais et Antenne m’expliquait qu’il se chie dessus dés qu’il se retrouve en hauteur ! ajoute fielleusement Mortar.
- T’as le vertige, Antenne ? éclate de rire la Tueuse.
- S’pèce d’enfoiré… souffle le Moqué à la Balance hilare, éludant la question qui n’attendait de toute façon pas vraiment de réponse.
- Restez où vous êtes, ordonne Kali sèchement. Ca y est… Ils se déplacent… Les Explosifs vont passer pile sous nos positions.

Reportant leur attention sur la Horde qui s’ébranle enfin lentement vers la sortie principale du collecteur menant à la surface, le quatuor retient son souffle, prêt à l’action.

- Môman… couine de plus belle Antenne en constatant que les colossales Abos ressemblent à des fourmis toutes pourries vu d’où il se trouve.
- Mais regarde pas en bas, nez d’bœuf !!! rétorque Mortar les yeux au ciel. C’est pas croyab’ d’être aussi branque franchement…
- Et comment je saurai quand je devrai sauter si je regarde pas ?
- Ben Kali le dira, patate ! Hein Kali ?
- Oui, je donnerai le signal, pas de soucis, confirme tranquillement le Scrapper attentif à la progression des monstres.
- Voilà ! Dis donc, Antenne : ça te rend aussi sourdingue l’altitude ?
- Hein ?
- Nan rien… Bah pis dit toi que dans le pire des cas, je te balance un bon gnon dans la tronche pour t’aider à te décider vu que je t’en dois un de toute façon…
- D’où que tu me dois un gnon, saleté ? réagit le trouillard, aiguillonné par la provocation.
- Je sais plus trop mais je trouverai bien une raison, t’inquiète ! braille de rire le taré.

-Ouèèèèèèèèèèèèèèèè !!! explose à son tour l’autre débile plié par ce gag subtil.
- Préparez-vous… lance le Héros, tous les muscles bandés et les bras rabattus sur le torse en prévision de la téléportation. MAINTENANT !!!

Au moment où l’ascète disparaît dans une débauche d’énergie aveuglante qui illumine un instant la voûte obscure, les trois Freakshows se laissent tomber de tout leur poids droit sur la meute grouillante.

- WOOOUHHOOOUHOUOU !!! exulte Mortar tandis que Clamor, silencieuse, fait jaillir ses griffes de combat, un rictus joyeux déformant ses lèvres pleines.
- OOOOSSSCCCOUUUUURR !!! hurle en pleine panique Antenne en battant l’air de ses griffes terrifiantes tout le temps que dure la chute.

La reprise avec la terre ferme du trio ne passe pas inaperçu !

Une onde de choc hallucinante fait tituber les monstres qui se trouvent dans un rayon de vingt mètres autours des impacts quand ils ne se retrouvent pas carrément les quatre fers en l’air. Mortar a atterri le premier comme un bloc de fonte géant, pulvérisant un duo d’Explosifs qui – même s’il en avaient eu la capacité – n’ont pas le temps de comprendre ce qu’il leur arrive avant d’être transformée en pulpe sanglante. Il est suivi d’une fraction de seconde par Antenne qui touche le sol beaucoup moins gracieusement à cause de ses moulinets paniqués et arrive en croix, aplatissant pour le compte pas moins d’une demi-douzaine de créatures. Eve se pose sur son dos avec une grâce féline qui dément son poids réel, prévoyant durant la chute que le crétin allait se vautrer comme une bouse et qu’elle devrait lui gagner les quelques secondes nécessaires à sa remise sur pied. Pour sa part, Kali se rematérialise  un mètre au dessus du trou sanguinolent créé par ses alliés dans la meute Vahzilok et reprend contact avec le bourbier des égouts en tentant de ne pas se gaufrer en glissant sur un morceau d’Abo.
Mortar et Antenne – bien qu’encerclés par un péril mortel encore abasourdi – se tapent sur les cuisses et pleure de rire après la bonne blague qu’ils viennent de jouer aux zombis, imitant stupidement avec force grimaces et langues pendantes les trombines surprises de leurs inespérés matelas vivant. Clamor, les bras écartés en signe d’impuissance peinée, regarde Kali qui reste bouche bée devant l’inconscience hallucinante de ces fichus Swipers. Curieusement, c’est la Doctoresse Morben qui ramène les comiques a plus de lucidité. S’excitant hystériquement et sautant comme une puce survoltée pour s’assurer qu’elle ne rêve pas, la monstrueuse Eidolon darde ses petits yeux lumineux sur les intrus puis agite ses bras recouverts de cuir noir avant de hurler d’une voix stridente :

- SWIIIIIIIIIPEEEEEEEEEEEERS !!!
- Où ça ?! répondent plusieurs Mortificators incapables de distinguer les nouveaux arrivants au milieu de la forêt d’Abominations diverses qui les dépassent de deux bonnes têtes.
- MAIS LAAAAAAAAAAA, BANDE D’ABRUTIIIIIIIIIIS !!! ne désarme pas la folle furieuse en continuant à sautiller et à balancer ses membres décharnés dans tous les sens.
- Bon, les comiques… sourit Eve Van Dorn en entendant les glapissements continus, je crois qu’on est repérés…
- Quelle punaise cette Morben franchement ! crache Mortar. Ah pour te péter une ambiance, elle est championne !!!
- Ben au travail alors ! jette à regret Antenne en déployant ses Faux comme les ailes d’un rapace géant sous les regards abrutis des Explosifs qui ne savent toujours pas quelle position adoptée à l’égard de ces étranges invités surprises.
- Je fais diversion comme prévu ! lance Kali d’une voix calme en se propulsant d’un bon formidable droit sur la Doctoresse qui frappe maintenant sur la tête de ses compagnons Mortis qui n’y comprennent rien. MORBEN ! DEFENDS TOI !!!
- KALI LE SCRAPPER, s’étrangle l’Eidolon, ses globes oculaires flamboyants un peu plus de surprise avant de se reculer prestement et de pousser Eventreurs et Mortificators sur le Héros bardé d’esquilles osseuses menaçantes.

Tandis que l’Indien engage la bagarre avec sa redoutable efficacité habituelle, la Doctoresse qui s’est précautionneusement mise hors de portée du furieux tente de trouver une logique à l’attitude suicidaire de ce Héros réputé pour sa lucidité et sa retenue. Lorsqu’elle comprend, muette d’effroi, les gigantesques Tankers bardés d’acier sont parvenus à leurs fins. Fauchant rageusement les Explosifs les plus proches comme à l’abattoir, ils ont provoqué chez les monstruosités encore hors de portée la seule réaction que leurs Maîtres leurs ont inculquées en cas de menace : se faire exploser ! Dix, vingt , quarante Cadavres mortels se mettent à frémir des pieds à la tête, initiant ainsi dans quelques secondes la mise à feu des charges terrifiantes greffées sur leurs dos couturées.

- ECARTEZ-VOUS TOUS, hurle Morben à ses séides humains toujours occupés par Kali qui vient de croiser ses bras avec un sourire glacial, signe d’une disparition imminente. VITE !!! REPRENEZ LE CONTRÔLE DES EXPLOSIFS OU ILS VONT…

La première déflagration couvre le crépitement produit par le Héros au turban quand il se volatilise et la suite des propos de la monstruosités vêtue de cuir. Une micro-seconde plus tard, deux, trois, dix bombes vivantes transforment le centre du collecteur en une nova qui va en s’amplifiant à mesure que d’autres Explosifs menacés se font à leur tour détonner. Une boule de feu gigantesque précédée d’un souffle aussi brûlant que le soleil se répand dans toutes les directions, noyant l’armée Vahzilok hébétée sous un ras de marée surgit des tréfonds de l’Enfer, consumant les corps – vivants ou reconstruits - en un instant. Puis, aussi vite qu’elle s’est étendue, la monumentale vague mortelle disparaît comme par enchantement, laissant aux abords du collecteur des monceaux de viande diversement cuite, entassés pèle mêle par l’onde de choc, sorte de gigantesque Kébab d’où s’élève encore quelques plaintes déchirantes et une fumée à l’odeur insupportable. La température atteinte a été telle que les murs de pierre se sont déformés, fondant le minéral pourtant gorgé d’humidité jusqu’à le lisser à la perfection. L’infecte bourbier liquide qui parsème le sol des égouts quel qu’en soit normalement l’endroit s’est asséché et découvre au point d’impact originelle une large galette vitrifiée légèrement concave.
Le visage angoissé de Kali, qui s’était mis à l’abri dans le réduis attenant au collecteur qui lui avait déjà sauvé la vie lors de l’épisode du « surf-passerelle », apparaît – le turban comiquement fumant - et il embrasse la scène, tremblant d’horreur, tentant de distinguer ses compagnons parmi les tas de chair soudés à la pierre. Sans trop y croire. Une voix éraillée attire alors son attention et il distingue une forme sombre qui s’arrache en ahanant de souffrance à un amoncellement de cadavres plus ou moins mutilés : Morben !

- Aiiiiii… Aiiidez… Moiiiiii… gémit avec peine l’Eidolon toujours vivante. Quelqu’un … je vous en… supplie…

N’étaient ses exactions passées, la créature ferait presque pitié : son coté gauche a vraisemblablement reçu le plus gros de l’impact. Son armure de cuir, soudée à sa chair, laisse filtrer des humeurs brunâtres qui s’écoulent lentement de son bras gauche réduit à l’état de branchage carbonisé. S’aidant de son bras valide, elle s’extirpe enfin et le Héros constate que ses jambes ont été réduites à deux moignons fumants qui s’arrêtent à mi-cuisses. Seule la lueur palpitante qui s’échappe  toujours de son œil droit miraculeusement épargné brille toujours de cette vigueur insatiable. L’Indien va pour se laisser tomber à terre afin de commencer ses recherches quand il s’arrête : Vivisector et une cinquantaine de Mortificators pénètrent dans le gigantesque charnier en courrant comme des dératés avant de s’immobiliser de stupeur devant le terrifiant spectacle. Le Héros comprend que le Chef Vahzilok était parti reconnaître les galeries d’accès à la surface et c’est probablement le lien psychique qui le lie à la Doctoresse mourante qui l’a contraint à revenir en catastrophe. L’éidolons  reste les bras ballants, visiblement incapable d’admettre ce désastre impossible puis il pousse un tel hurlement de souffrance pure quand il VOIT sa Maîtresse mutilée que ses compagnons ont un mouvement de recul involontaire. Le Colosse de Cuir se rue sur ce qu’il reste de sa compagne, s’agenouille et pose la tête cruellement blessée sur ses genoux avec d’infinies précautions et une douceur afférée dont Kali l’aurait cru incapable. Malgré la dégoût  viscérale que ces tortionnaires sans pitié lui inspirent, le Scrapper peine à maîtriser la boule de tristesse qui obstrue sa trachée alors qu’il regarde le Monstre caresser tendrement le pauvre masque mourant et murmurer des paroles de réconforts. Lorsque la lueur qui palpitait de plus en plus faiblement dans l’orbite épargné de Morben se met à vaciller pour finalement s’éteindre définitivement, le crâne de Vivisector tombe doucement sur sa poitrine et il continue à bercer lentement le petit corps sans vie. Les Vahziloks qui accompagnaient le Veuf tout frais n’osent pas bouger ni parler de peur que la folie furieuse qui ne manquera pas de remplacer la détresse qui cloue encore l’Eidolons à terre ne se retourne contre eux. C’est le bruit de métal torturé et de vérins hydrauliques mis à rude épreuve qui fait enfin sortir la créature anéantie de sa torpeur.

A l’autre bout du Collecteur, une forme monumentale écarte des morceaux d’Abominations encore palpitants en gloussant :

- Ahahahahaha !!! Putain ! S’te patate que j’ai ramassé dans la gueule ! s’ébroue Mortar comme un grizzly de métal monstrueux avant de se mettre à brailler à tue têtes : HOUHOU !!! Y A QUELQU’UN DE PAS FONDU LA D’DANS ?

Kali a anticipé la réaction de Vivisector qui s’est redressé sans un mot et avance avec une lenteur aussi implacable que décidée droit sur le Swipper bruyant, les membres de son commando derrière lui. Le Scrapper se matérialise devant le Freakshow et annonce avec précipitation en voyant le Colosse brandir ses lourdes piques de combat :

- Tout doux, mon ami ! Ca n’est que moi !
- Kali… souffle le Punk visiblement soulagé. Je suis content de te voir, enfoiré de Héros ! Enfin façon de parler maintenant hein…

Tout d’abord interdit, l’ascète comprend mieux les propos incohérents de son compagnon en constatant que ses yeux cybernétiques ont disjonctés sous l’intensité de la lumière générée par la déflagration. Mortar est aveugle ! En dehors de ça et contre toute attente, son hallucinant exo-squelette de guerre semble avoir plutôt bien résisté à l’explosion. Il produit un bruit de casseroles torturés à chacun de ses mouvements et projette étincelles et jets de liquides divers comme une vieille bagnole dézinguée mais il a survécu. « Incroyable !!! Ces Tankers Freakshow sont décidément pleins de surprise… », sourit le Héros soulagé et priant que le miracle qui a épargné Mortar se soit reproduit pour Eve et Antenne. Mais pour l’instant, il faut gérer la menace qui converge à grands pas vers eux.

- Mortar ! Vivisector et une cinquantaine de Mortificators fous furieux mais parfaitement intactes nous foncent dessus !
- Tire toi de là alors, Héros ! Tu ne les arrêteras pas à toi tout seul ! Je suis complètement aveugle… Laisse moi les ralentir mais ne te sacrifie pas stupidement après avoir survécu à un truc pareil ! Il faut que quelqu’un survive… Pour raconter… Vas, Héros !
- Mortar, je…
- Heu… intervient une voix bien connue. Ca vous dérangerait de me sortir de là dedans, les copains ?
- Antenne ? ricane Mortar. T’es où, pôv débile ?
- Dans ton cul, abruti !!! explose de rire l’interpellé. Je suis encastré dans le mur derrière toi, crétin ! Je crois que mon armure et ce putain de béton de merde se sont mélangés sous la chaleur. Je peux plus bouger ! T’as toujours ta biroute ?
- Ouèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè !!! lance joyeusement l’aveugle.
- Antenne !!! hurle Kali. Tu vois les Vahzis qui arrivent ?
- Ben oui ! J’suis pas miraud !
- T’as quelque chose contre les non-voyants, connard ? grince Mortar.
- Rien de plus que ce que j’ai contre les golios qui se tapent des laiderons !!! Pourquoi, ça t’défrise malgré qu’t’es chauve, tête d’œuf ? menace l’encastré.
- VOS GUEULE !!! s’emporte Kali à la grande surprise des Tankers. Mortar a été aveuglé par l’explosion et toi tu es incapable de te battre !!!
- Même quand il est pas encastré de toute façon… commence Mortar.
- Tu vas être ses yeux ! Ta position te met hors de portée des attaques alors tu vas le guider !
- Hin Hin Hin, je veux un Mortar télécommandé pour Noël ! glousse Antenne. Antenne a dit « gratte toi l’cul ! », explose de rire le Punk.
- Si je m’en sors, je le tue… se renfrogne le taquiné avant de dire sombrement. Kali, je continue à penser que…
- Si tu pensais, ça se saurait ! coupe le Scrapper en se retournant vers l’ennemi qui est parvenu au contact et charge en hurlant d’une seule voix terrifiante.

L’Indien n’a pas besoin de feinter pour trouver sa cible. Naturellement, Vivisector s’est précipité sur lui et – sans qu’un seul mot n’ait besoin d’être prononcé – la meute des Mortis se jette sur le Swipper qui rugit comme une bête sauvage, dos au mur, à l’aplomb de Antenne :

- Frappe à droite ! lance les yeux suspendus de l’aveugle qui balance un coup phénoménale à gauche à la grande surprise de deux Vahziloks qui explosent sous l’impact. L’AUTRE DROITE ALORS !!! explose de rire le suspendu.
- Ah mais arrêtes, tu vas me faire gourer ! se marre Mortar malgré le coup de hachoir qui lui entaille profondément l’oreille.

L’audacieux Morti qui vient de blesser le Punk n’a pas le temps de se féliciter qu’un jet de vapeur brûlant surgit de l’armure déglinguée et le frappe en pleins visage. Guidé par le cri qui en découle, l’aveugle met fin à ses souffrances en l’empalant proprement sur sa pique ou il reste planté tel un pauvre pantin ballotté par les moulinets chaotiques et incessant de son assassin. Les Bouchers, refroidis par les réactions de leur proie, se reculent un instant et décident d’adopter une technique moins risquée. Il encochent les terribles carreaux dans leurs arbalètes de poignet avec un rictus mauvais.

- Ah mince… balance Antenne. Je crois bien qu’ils ont décidé de te transformer en porc-épic… Faut dire que t’es pas très coopératif non plus !
- Ah mince… fait échos Mortar. Je fais quoi ?
- Ben soit t’as vu Kung Fu et tu fais comme le vieux bigleux qu’étais capable d’éviter les flèches, soit tu te prépares à ce que la dernière chose qui te traversera l’esprit soit une putain de flèche de merde !!!
- Qui c’est Kung Fu ?

- Bon ben on est beaux tiens… Mets donc tes bras devant ta sale gueule, andouille ! Ils te visent !

Les premiers traits rebondissent sur le blindage du Tanker mais la pluie mortelle va en s’intensifiant. Il est clair que tôt ou tard, un carreau bien ajusté parviendra à franchir le barrage dérisoire.

- Attention !!! glapit Antenne. Y a des salopiots qui reviennent te taper dessus avec leurs cure-dents !
- Tu crois que je sens rien, crétin ? gronde Mortar pendant qu’une demi-douzaine de Mortis profitent de la couverture offerte par les arbalétriers pour essayer d’enfoncer leurs lames dans les jointures découvertes de l’exosquelette. T’es marrant toi !!! Si je les tape, je découvre ma tronche !!!
- WHAAAAAAAAAA !!! braille Antenne. Y en a un qui farfouille dans ton cache-quéquette !!!
- AH NON HEIN !!! se rebiffe Mortar. Fléché, d’accord ! Mais escouillé, jamais !!!

Les Mortificators sourient en voyant le Monstre de métal baisser ses titanesques bras. Puis ils se mettent à hurler à leur tour de surprise lorsque la frêle silhouette atterrit juste devant eux et envoie sur le tapis les attaquants qui menaçaient la virilité légendaire de l’aveugle.

- TAPE PAS, ANDOUILLE !!! C’EST LA CHEF !!! balance Antenne.
- T’as mis le temps… reproche Mortar avec soulagement en essuyant une nouvelle volée de carreaux à nouveau bien à l’abri derrière ses membres blindés relevés.
- C’est les gonzesses ça, pontifie le Suspendu, elle devait être occupée à faire un arrêt « pipi » j’te parie !!!
- Je vérifiais juste que Kali s’en sortait… rétorque la Tueuse en déchiquetant les Mortificators qui tentent de reprendre leurs armes blanches pour contrer les attaques démentielles de cette folle.
- Sympa pour les autres… se plaint le miraud avant d’abattre ses piques sur les cotés maintenant qu’il n’entend plus le choc des projectiles sur le métal, éventrant sans le vouloir les Mortis qui manquaient de déborder Clamor sur les cotés.
- Plug ça !!! siffle la Punkette en déposant d’une chiquenaude un contacteur dans les grosses pattes de l’infirme avant de retourner au baston avec entrain.
- Ah mais fais pas ça, tu vas blesser la patronne, andouille !!! intervient Antenne en voyant Mortar balancer un moulinet qui frôle de justesse le crâne de Eve mais ne rate pas les Vilains qui lui font face.
- Tais toi et sèche, blaireau !!! exulte Mortar. Je suis « branché » sur Clamor et je vois par ses yeux !!! PUTAIN CA VA CHIER !!! charge le mastodonte en déchaînant toute sa fantastique puissance.
- Rhaaaa l’veinard ! lance Antenne, rêveur. Si elle regarde dans son soustingue, tu m’raconteras hein !!!

Au début du combat, distrait qu’il était par la périlleuse situation des deux Swippers, Kali a bien failli être décapité par Vivisector. Incapable de se débarrasser de cette angoisse et de se concentrer sur son adversaire, il s’est contenté de reculer sous les assauts mais a ramassé deux vilaines frappes au visage qui ont fait éclater arcade et pommette comme des fruits mûrs. Dés que Eve Van Dorn est entrée dans la danse, l’Indien a repris le contrôle de la situation et maintenant c’est l‘Eidolon qui s’écarte vivement, le flanc lacéré par le coup de la longue pointe osseuse qui saille de la paume du Scrapper. Kali sait qu’il s’agit d’un match au finish et que son ennemi n’aspire qu’à le tuer et à rejoindre sa compagne du même coup. Il ne craint pas les compétences martiales du monstre de cuir mais sait par expérience que rien n’est aussi dangereux qu’un adversaire qui appelle la mort. De son coté, le Vahzilok sait bien qu’il ne peut rivaliser au corps à corps contre ce combattant hors norme à la réputation aussi justifiée qu’impitoyable aussi utilise t’il ses formidables pouvoirs des ténèbres pour l’emporter. Ce faisant, il découvre largement son torse et Kali le transperce d’une double frappe définitive avant de comprendre… Le nuage sombre – semblable à une fumée vivante et insatiable - s’échappe des bras tendus du monstre empalé, coulant droit sur son adversaire bloqué par sa propre attaque. La décharge frappe l’Indien au visage de plein fouet. Immédiatement, l’épaisse brume cannibale s’insère en lui par tous les orifices offerts, prenant possession du Héros implacablement, s’insurgeant toujours plus loin dans l’esprit sans défense de l’homme au turban. Vivissector – mourrant mais exultant – comprend qu’il vient de déchaîner une Force abominable quand il atteint la profonde tanière dans laquelle Kali a enfoui sa nature sombre. Réveillée, enfin libre de déchaîner sa malfaisance trop longtemps contenue, la bête immonde se jette sur cet agresseur inespéré et remonte le flux du lien psychique avec une avidité cauchemardesque, s’insinuant à son tour dans l’âme monstrueuse du Vahzilok qu’elle dévore implacablement.

Eve Van Dorn renonce à poursuivre les rares Mortificators survivants lorsqu’elle s’aperçoit que la créature de cuir et Kali s’effondrent de concert.

- Ah ben chef ?! se plaint Mortar en désignant la poignée de fuyards à regret. Il en reste là…     

Ignorant les jérémiades du Tanker, Clamor se précipite et s’assure que l’Eidolon est bien mort avant de reporter son attention sur le Héros. Seuls ses réflexes câblés lui évitent d’être transpercée par le coup sournois que le Scrapper lui porte avec – aucun doute là dessus – l’intention de la tuer.

- Hé ! s’indigne la jeune femme tandis que l’indien se remet debout. Cool, Kali ! C’est moi, Eve…

Le regard malsain qu’il pose alors sur elle la glace littéralement et c’est Mortar qui s’étrangle en « voyant » par les yeux de la Punkette le visage du Scrapper à nouveau bien campé sur ses deux pieds.

- Putain c’est quoi ça ? Il est shooté à la Superadine, le mec où quoi ?
- Recule lentement… ordonne Eve sans quitter la chose qu’est devenu son ami des yeux.
- Mais c’est Kali… Il m’a sauvé enfin… tente le Swipper qui – étonné – s’aperçoit qu’un sentiment qu’il avait oublié depuis bien longtemps est en train de monter implacablement le long de sa colonne vertébrale métallique. La peur. Lui qui pensait cette « maladie » à jamais enfuie, il se surprend à trembler et se même à pousser un petit cris aiguë à sa grande honte quand la « créature » s’adresse à eux d’une vois inhumaine venue des tréfonds de l’Enfer.
- Je suis Kali « la Noire », déesse immortelle de la Guerre et de la destruction, Maîtresse des Royaumes infernaux, Avatar de Shiva l’Implacable représentant la mort de toutes choses… et je suis enfin LIBRE !!!

Lorsque le corps du Héros possédé commence à s’agiter de tremblements d’une violence inouïe, les deux Freakshows reculent de plus belle, terrorisés. Une langue énorme et gluante dégoulinante de sang épais s’échappe de la bouche distendue de l’Indien aux gencives maintenant percées de longs crocs semblables à des poignards incurvés et sa peau prend une teinte noirâtre et malsaine. Lorsque ses cotes se mettent à craquer et que des excroissances infâmes en sortent, se dépliant comme des tentacules monstrueuses avant de se développer jusqu’à devenir deux nouvelles paires de bras menaçants, Antenne n’y tient plus :

- DECROCHEZ MOI DE LA PAR PITIE !!! braille le demi passe-muraille en se secouant dans tous les sens sans grand résultat.

Quand la monstruosité pose ses yeux alternativement sur le trio tremblant de peur, elle se fend d’un rictus qui se veut probablement un sourire avenant et lance, sa grosse langue infecte balayant l’air devant elle comme une limace obèse :

- Je me suis présentée, non ? Vous pourriez faire de même… Ne serait ce que par correction… D’autant que j’apprécie beaucoup de savoir QUI je vais massacrer ! Même s’agissant de créatures débiles et insignifiantes…  
- Débiles ? Nanmého !!! Tu t’es vu, grosse mocheté sans dec’ ? s’insurge Mortar plus vexé qu’effrayé avant de glisser sournoisement à Clamor, Ah tiens… si je lui dit que je m’appelle Statesman et que toi t’es Miss Liberty, tu crois que ça jouerait ? Genre elle flipperait sa race, t’vois ?
- Dans le doute, on va plutôt faire ce qu’on fait le mieux, gros sac… murmure Eve Van Dorn, tentant de maîtriser les tremblements qui menacent de la submerger.
- Heu ? Se tirer de là le plus vite possible ?
- Se battre, patate !!! Et espérer qu’il reste un peu du Kali que nous connaissons là dedans pour nous venir en aide à temps car je ne donne pas cher de nos chances sinon !

Prochainement : Nathan