Chapitre quarante et un : la Maîtresse d’école

- Quelqu’un pourrait il prendre un balai et me nettoyer tout ça avant qu’une personne ne soit blessée, je vous prie ?! lance la Maîtresse d’école à la cantonade  en désignant les flaques de cervelles liquéfiées et les épaisses traînées d’humeur gluantes qui jonchent le sol du temple incantatoire improvisé. C’est pas le tout d’enlever les dépouilles de nos amis CoT, faudrait pas non plus céder à la facilité et négliger les détails !!! Allez ! Je veux plus voir un seul morceau par terre dans deux minutes !!!
- Si ça continue comme ça, y aura bientôt plus de trombines intactes pour dégueulasser le parquet, patronne ! susurre Croquemitaine en désignant la file des magiciens CoT tremblants de peur qui va en se tarissant toujours un peu plus.
- Je sais bien… Mais qu’est ce qu’elle peut bien être en train de trafiquer la dedans, l’autre fichue garce ? Je lui percerai bien ses petits tétons avec des aiguilles chauffées à blanc  pour la motiver un peu si j’étais certaine que ça lui fasse de l’effet, ricane la Démone en désignant l’enveloppe de Mélanie Kirby précautionneusement déposée sur un portant métallique.
- Ouais !!! s’excite Croquemitaine. Tripatouillons lui les nichons même si ça sert à rien !!! J’aime bien moi…
- Trop risqué ! Tu vois pas qu’elle s’en aperçoive et ne décide de nous faire une entourloupe ?C’est tout le problème avec ces saletés d’humains : tu rigoles un peu et ils en font toute une montagne.
- Pfffff… souffle Croque, déçu. Allez, patronne ! Juste un néné !!!
- Nan ! Pas tant qu’on aura pas la confirmation qu’elle a accompli sa mission. Après, tu lui feras ce que tu voudras…
- Ah ouais mais on va savoir quand qu’elle a réussi aussi ?
- Ben quand les autres andouilles en robe arrêteront de pisser leur matière grise par les oreilles, qu’est ce que tu veux que je te dise…

- Et pis si ça s’arrête pas ?
- J’ai bien peur que dans ce cas, on est d’autres préoccupations que la titillation coquine des ridicules mamelles de cette peste de Roxy !  

Le Marchand de Sable déboule comme à son accoutumée - hirsute et paniqué – ajoutant à l’ambiance oppressante qui plombe déjà la salle. Le regard noir de la Maîtresse le cloue sur place et il remet de l’ordre dans son costume, cesse de projeter des nuages de silice dans tous les sens pour se diriger vers ses deux compagnons démoniaques affichant une moue réprobatrice.

- Heu… Coucou les copains ! lance le Marchand, joyeux.
- Tu ne devais pas aller chercher ce qu’il restait du Contrôleur aveugle pour renforcer le bouclier Mental magique ? glisse suavement la Maîtresse avec un sourire avenant.
- Si.
- C’est moi où tu reviens tout seul là ?susurre la Vieille avant de proposer sournoisement : Ah mais peut être que les cyborgs Creys l’ont tellement découpé que tu transportes ses restes encore palpitants dans ta poche… C’est ça ?
- Pas précisément, Maîtresse… s’étrangle l’apostrophé en recommençant à balancer des petits grains d’angoisse.
- Marchand… gronde la Démone en pointant un doigt aussi décharné que menaçant sur son collègue tremblant, tu ne vas pas me dire qu’il y a un soucis avec Nathan O’Neill hein ? Dis moi que tu ne vas pas me dire ça !!!
- Ah mais heu comment je peux te le dire si je dois pas te le dire… gémit pitoyablement le malheureux, complètement perdu.
- C’est vrai ça ! intervient Croque. S’il peut pas le dire mais que c’est ce qu’il avait à dire, il est mal… Moi je dis « on le tue ! » ! Dans le doute ! Pis après on enquête ! Par honnêteté !
- Toi la ferme !!! hurle la Maîtresse. Personne tue personne avant que cette larve ne m’ait expliquée pourquoi il n’a pas ramené les morceaux de l’autre bigleux !!!
- Mais puisque j’ai pas le droit de dire que… tente le Marchand.
- Rhaaaaaaaa !!! s’étrangle la Momie, les yeux exorbités. Explique moi vraiment ce qu’il se passe, pauvre débile !!!
- Tu vas me taper…
- Non… l’encourage la Démone avec fébrilité.
- Si, j’suis sur…

- Je pense qu’elle va te taper aussi ! croit bon de préciser Croque avant de recevoir une mandale qui l’envoie cul par dessus tête dans les cochonneries infectes qui tapissent toujours le sol du temple improvisé.
- Voilà ! J’ai cogné sur l’autre crétin ! Maintenant je suis très calme ! ALORS ACCOUCHE !!!
- Tu jures hein…
- Je jure !
- Sur le 8ème cercle ?
- Sur le 8ème Cercle !
- Bon… Quand je suis arrivé au niveau 4, j’ai trouvé que des tripailles de Cyborg. Le Héros n’était plus là et le gros traître qui nous avait permis de l’attraper non plus !
- C’est pas vrai… glapit la Maîtresse en se tenant la tête à deux mains.
- Si, si, je te jure… insiste le Marchand avant de reprendre le cours de son récit en voyant sa mort très prochaine dans les yeux de la Momie s’il n’ajoute pas quelques chose. Alors je me suis dit « Ca doit être le gros traître qu’est pas mort… »
- Impossible ! Je lui ai grillé la cervelle !!!
- Oui mais c’est ce que je me suis dit…
- Admettons ! C’est complètement con mais on est pas à ça près… Continue !
- Donc je me suis dit « s’il est pas mort et qu’il a libéré le Héros, il vont aller chercher le rouquin avec le gros bide ! » et je suis allé au niveau du labo Vahzilok.
- Ne me dis pas que Moumoumac AUSSI s’est échappé ??? explose la Maîtresse.
- Bon d’accord…
- D’accord quoi ?
- D’accord je le dis pas…
- RHHAAAAAAAAAAAAAA ! couine de fureur la Démone avant de se retourner et de balancer un second gnon dans la truffe de Croque qui revenait enfin en se tenant la bouche et qui repart d’ou il venait. Y a pas à dire, ça résout rien mais ça calme… ET QU’ON ME NETTOIE CETTE FOUTUE SALLE OU JE TUE QUELQU’UN !!! Pas toi, Marchand… supplie la Maîtresse en constant que les tas de sable tremblant est parti chercher une balai et une serpillière. Continue ton récit sinon je débute mon passage de nerfs sur ta tronche de cake…
- Okéokéoké !!! pleurniche le Menacé en se protégeant le visage des deux mains par précaution. Bon ben j’avais raison : le rouquin aussi s’était fait la malle ! La porte blindée était enfoncée et tous les Mortificators étaient écrabouillés un peu partout.
- Alors tu t’es dit… encourage la Momie.
- Alors j’me suis dit « ils vont aller chercher la gamine maintenant ! » !
- Ca semble logique en effet ! acquiesce la Maîtresse. Et ?
- Ben j’avais raison ! s’enorgueillit joyeusement le Démon.
- Comment ça t’avais raison ? s’étrangle sa patronne.
- J’avais raison ! Ils sont au niveau 2, déchaînés comme des Croiseurs stellaires Riktis et remontent à toute vitesse vers ici en démontant tous ceux qui essaient de les arrêter !!!
- MAIS POURQUOI TU L’AS PAS DIT TOUT DE SUITE, ABRUTI ??? s’étouffe la Vieille en lui tapant sur le crâne des deux mains.
- Mais t’avais dit… supplie le punching-ball.
- Qu’est ce qu’il a dit ? s’enquiert Croque enfin de retour et tentant d’éponger le raisiné qui lui coule de partout.
- ALERTE GENERALE !!! hurle la Maîtresse en enclenchant l’intercomm de la base d’un violent coup de poing. INTRUS AU NIVEAU 2 !!! TOUTES LES UNITES DE COMBAT SUR ZONE ET PAS DE QUARTIER !!! Puis elle reporte son regard fiévreux de rage sur ses deux séides tremblants et lance, menaçante : Allez chercher ces feignasses de Mercenaires qu’ils justifient enfin leur honteux salaire autrement qu’en s’étripant entre eux dans les dortoirs ! Puis stoppez ces punaises de Héros ou crevez en essayant car cette fois, je vous promets de vous massacrer si horriblement que vous deviendrez des cas d’étude du cursus « Epouvante » à l’Académie s’ils parviennent jusqu’ici et que je survis à l’affrontement !!!
- Arf ! geint sournoisement le Marchand en s’éloignant avant de murmurer à l’attention de Croque qui le suit mollement : Hé dis donc !!! J’me disais « et si on la butait elle, cette méchante » !? Elle pourrait plus ensuite nous faire des misères…
- Ouais c’est vrai mais si on la rate…
- Hum… Allons chercher les Mercenaires !!!
 
Chapitre quarante deux : Sabra

Pareille à un fantôme, l’Héroïne se glisse en silence derrière le meuble le plus proche et épouse son contours avec la souplesse née de l’habitude. Pénétrer à l’intérieur des quartiers administratifs n’a pas été une mince affaire. Elle a perdu beaucoup de temps à éviter les agents spéciaux Sharpshooters postés sur les toits, scrutant l’enceinte extérieure avec leurs redoutables fusils de précision. La présence pour le moins inhabituelle de ces commandos d’élite Crey ici n’étaient que le signe avant coureur de la catastrophe qui se trame dans la centrale. A peine entrée dans les bureaux, Sabra constate l’activité fébrile anormale qui agite la base à cette heure avancée. Non seulement les sections de sécurité indépendantes qui assurent l’accès intérieur ont été remplacées par les unités d’assaut de la Comtesse mais il semblerait que les techniciens aussi ont laissé leur place à des agents et des scientifiques de la puissante organisation. Lorsqu’elle avise la présence des tristement célèbres lieutenants Tyler et Chalmers en train de disserter avec le tout aussi haïssable docteur Giacomo, elle a la confirmation que son instinct ne l’a pas trompé. Une fois de plus. Des représentants Creys de cette importance ne se déplacent que pour des missions de premier plan et dont le succès est vital pour la Corporation. Elle réprime un frisson d’angoisse en admettant que si Amadeo Giacomo est ici, la centrale doit être truffée de Protecteurs. Ce Psychopathe dangereux reste leur Officier direct et il ne se déplace jamais sans ces unités Cyborgs qui lui vouent un véritable culte. Au grand agacement de Hopkins, le bras droit de la Comtesse…

La connaissance des arcanes politiques des structures ennemis est une obligation pour tout espion qui se respecte. Sabra – bien que normalement rangée des voitures – n’a jamais été capable de s’affranchir de cette habitude et elle connaît parfaitement les dossiers liés à la politique interne et au relationnel de la Société Crey. Si la charismatique aristocrate reste la Leader incontestable et l’Icône social du groupe aux yeux du monde, elle doit cependant constamment arbitrer et tempérer les conflits aussi discrets que violents qui agitent parfois sa société. Le colossale Hopkins y tient le rôle d’administrateur et reste en charge de toutes les questions juridiques et décisionnelles. Giacomo, pour sa part, est responsable des questions scientifiques et logistiques. Les deux hommes se vouent une haine féroce que la Comtesse encourage sournoisement pour garantir un contre-pouvoir rassurant si d’aventure l’un d’entre eux avait des velléités de provoquer une révolte aboutissant à son éviction. Reléguant à plus tard les avantages éventuels qu’elle pourrait tirer de cette situation, Sabra jette un coup d’œil furtif vers la porte vitrée. 

Clair que ça ne va pas être une partie de plaisir…
Elle est seule en territoire ennemi.
Malheureusement, ses adversaires ne sont plus de simples humains fanatiques mais de redoutables Super-Vilains aux pouvoirs dévastateurs.
S’ils la repèrent, elle est morte.
Même la talentueuse Sabra ne pourra résister seule à une armée de Creys aussi entraînés que décidés et appuyés par les impitoyables Protecteurs.

Elle réfléchit aux différentes options qu’il lui reste en attendant patiemment que la patrouille qui vient de pénétrer dans le couloir central attenant au bureau où elle se dissimule ne disparaisse enfin. Ses stupéfiants pouvoirs d’infiltration apparentés à l’invisibilité - bien qu’il s’agisse simplement d’une aptitude à réfléchir la lumière environnante - seront ils efficaces contre les implants technos dont sont truffés ses adversaires ? Elle sait que la plupart des machines sophistiquées – les surprenants Drones Riktis lui ont permis d’en faire l’amère expérience… - sont insensibles aux manipulations luminescentes. Pour autant, rester ici à analyser ses chances ne la conduira qu’à une seule conclusion : elle devrait tourner les talons et repartir chercher des renforts. Sabra n’est plus habitée par les tendances morbides qui l’empoisonnaient jadis et elle hésite. Mais l’urgence évidente de la situation et son caractère exceptionnel l’emportent. Elle active le brouilleur visuel luminique qui relaie l’effet d’invisibilité sur sa tenue de combat, vérifie que tout est en ordre et se glisse hors du bureau.
Elle doit bouger vite et en silence car sa capacité à la dissimulation permet d’abuser l’adversaire mais ne résistera pas à une recherche approfondie de quelqu’un qui SAIT ce qu’il doit trouver. Collée aux murs du large couloir, elle progresse vers l’escalier des service qui mène aux générateurs du bouclier, négligeant à dessein les ascenseurs internes qui se transformeraient rapidement en une nasse mortelle. Elle passe le premier poste de contrôle sans encombre, retenant son souffle tandis qu’elle se glisse entre les sentinelles jusqu’à les toucher, et poursuit son avancée dans l’étroite galerie souterraine. L’entrée de l’étage inférieur suivant promet par contre d’être bien plus problématique : une lourde porte blindée  en protège l’accès et un contrôle rétinien est nécessaire. A moins « d’emprunter » l’œil d’un garde habilité où de passer en douce derrière une patrouille, elle voit mal comment elle pourrait poursuivre son chemin. Et il n’y a personne en vue…
« Si seulement j’avais eu la présence d’esprit d’emporter mon matériel d’infiltration !!! » peste la Tueuse avant de bondir dans l’entrelacs des tuyauteries qui surplombent le couloir en entendant des bruits métalliques qui approchent dans sa direction.

Un instant, elle se dit que la chance est de son coté et qu’elle va pouvoir se glisser à la suite des arrivants. Avant de déchanter en constatant qu’il s’agit de deux Protecteurs…
Nul chez les Héros n’ignore que les Protecteurs peuvent être de surprenants adversaires. Nantis d’une puissance effrayante de part leur Exosquelette Crey virtuellement indestructible, ils sont en outre façonnés à partir des dépouilles des Héros décédés rachetés en sous-main par la Corporation Crey. Bien qu’ils soient conditionnés ensuite avant d’être incorporés dans les rangs de l’unité d’élite, il n’est pas rare que les Protecteurs conservent des pouvoirs alternatifs hérités de leur ancienne vie en sus de leurs compétences de combattant. Tout cela fait d’eux des ennemis impossibles à anticiper et des machines à tuer redoutables.

La provenance hétéroclite du « matériel de base » qui permet d’élaborer un Protecteur n’autorise que très rarement un calibrage uniforme des unités et ceux qui passent maintenant à l’aplomb de Sabra en sont la parfaite illustration : un petit bonhomme chétif flanqué d’un gigantesque colosse aux épaules démesurés. « Les Laurel et Hardy de l’élite Crey ! » se marre intérieurement l’Officier de la Hero Corps en se préparant à s’élancer quand les Cyborgs parviennent au niveau de l’accès. Indétectable, elle se rapproche au maximum pour ne pas rater le coche. Quand les deux créatures enlèvent leur casque de façon parfaitement synchrone pour se soumettre au détecteur, Sabra ne peut réprimer un gémissement d’horreur. Son regard reste accroché, comme aimanté, par le visage découvert du plus petit des Protecteurs et la surprise est telle qu’elle perd instantanément sa concentration. Redevenue visible à deux mètres des monstres, l’objet de sa surprise pose ses yeux morts sur l’Héroïne tétanisée qui se trahit :

- Spartan ! sanglote la jeune femme, effondrée. Mon Dieu, Spartan… Qu’est ce qu’ils t’on fait ?

Aucun doute, la Tueuse est face au minuscule Defender tombé sous les coups de Requin lors de l’affaire des Larves de l’Apocalypse où elle avait elle même été défigurée. La large entaille grossièrement ravaudée qui barre sa gorge d’une oreille à l’autre confirme à celle qui fut sa meilleure amie qu’il s’agit bien de la dépouille de son camarade égorgé.

- INTRUS ! lance le petit homme d’une voix neutre sans que la Scrapper n’ébauche un geste pour l’en empêcher.
 
Son gigantesque compagnon tourne alors sa monstrueuse tête de cauchemar et plonge son regard dément sur l’Héroïne paralysée de chagrin en grondant sadiquement :

- Salut, petite pute !!! Ah ben si j’m’attendais…
- Requin !!! s’étrangle la Scrapper, la haine submergeant la tristesse et lui rendant instantanément le contrôle d’elle même.
- En arrêtes et en écailles, poufiasse !!! ricane le psychopathe.
- ELIMINER INTRUS, reprend Spartan en brassant l’air pour lancer une de ses légendaires bulles de protection infranchissable pendant que Sabra – à nouveau lucide - se projette en arrière avec agilité.
- Tout doux, l’minus !!! tempère Requin en posant son gant métallique sur l’épaule du minuscule Defender. Tu vas pas gâcher un moment béni des Dieux avec tes conneries de boucliers quand même ? Ce serait dommage, hein salope ?
- Comment, Requin ? supplie la Tueuse, les larmes aux yeux en voyant l’ancien Héros baisser docilement les bras, le regard mort. Comment une monstruosité pareille est elle possible ? La base a été désintégrée…
- La création des Protecteurs dépend de la capacité des Creys à récupérer les super-macchabées, ma belle… commence l’Assassin. Quand vous avez attaqué, la procédure de récupération a été initiée. Tout ce qui était encore utilisable a été téléporté par les techniciens de la Comtesse avant l’explosion. C’est à dire lui et moi ! Dommage que ces radasses de sœurs rafales et cette plaie de Caducée aient été à ce point esquintées sinon ils auraient presque pu remonter votre minable groupe de débiles ! Tu veux savoir autre chose avant que je ne te taille en pièces ? Cette fois ci, je ne me laisserai pas distraire par ta gueule après ce que j’en ai fait !!!
- Pourquoi Spartan est il dans cet état alors que tu as conservé ta lucidité ? Si tant est qu’on puisse parler de lucidité te concernant…
- Ahahaha ! s’esclaffe le Dément. Toujours cette langue de vipère bien pendue, hein, cochonne ! Profite en bien car je vais te l’arracher doucement avant de te l’enfoncer dans la chatte !!! T’aimerais ça hein ? Te brouter le minou toi même !!!
- Pauvre mala…
- Malade ?! Rhoooooooo… raille le Fou furieux en feignant d’être offusqué. Attention !!! Si tu me vexes, je te tuerai sans t’éclairer sur ce mystère qui fait de ton pote un légume alors que j’ai gardé cette brillante personnalité qui fait tant mouiller les putains dans ton genre ! Tu mouilles là, salope ?
- Tu es pathétique… crache Sabra avant d’adopter une posture de combat.
- Tout doux, vilain chaton à sale gueule ! tempère le Colosse les mains levées. On cause… Laisse moi savourer cet instant et te taquiner un peu avant de te mettre la matrice à l’air !!! C’est pas très compliqué en fait ! Même une grognasse avec la tronche en charpie comme toi devrait comprendre, c’est dire… Quand j’ai égorgé ton copain comme un porc, son âme – son essence, son Karma, appelle ça comme tu veux – s’est barré ailleurs comme pour tout humain normalement constitué. Du coup, ce que tu vois là c’est juste l’enveloppe de cette loque ! Même si ses pouvoirs mutants sont toujours bien présents comme tu l’as constaté… Dans mon cas, c’est pas la même histoire, poulette ! J’ai pactisé avec des petits roublards de Démons et mon psyché était bloqué entre le monde de ces connards et celui ci en attendant qu’on veuille bien remettre mon corps en état. Tu sais que t’avais fait de sacrés dégâts d’ailleurs ?
- Donc quand les Creys ont remis en marge ton cerveau pourri, élude Sabra, tu es revenu te loger dans ta carcasse infecte comme un gros cafard, c’est ça ?
- Plus où moins oui… Un de tes petits potes nommé Ravage m’a même donné un coup de main en m’estourbissant traîtreusement dans les Limbes, accélérant mon retour.
- Traîtreusement ? raille la jeune femme. Tu parles ! Je connais les talents de Ravage alors que toi, tu n’as toujours été qu’un pauvre nul et…
- Fais gaffe, salope !!! se rebiffe méchamment l’Assassin sadique. Je suis meilleur que n’importe qui ! D’ailleurs ta pauvre gueule à faire chialer les gosses doit te le rappeler tous les matins, hein ?
- Pas vraiment, Requin ! souffle suavement Sabra en faisant glisser son masque de protection, découvrant un visage à la beauté parfaite aux lèvres suavement étirées sur un sourire moqueur.
- PUTAIN DE MERDE ??? COMMENT T’AS FAIT CA, BORDEL ??? s’étrangle le Monstre avant de cracher, hors de lui : J’t’avais détruite !!! T’ETAIS UN MONSTRE !!! C’était pas possible de réparer le massacre à cause des toxines !!!  
- Même tes sois disant toxines infectieuses sont de la rigolade, tu vois ! T’es qu’une pathétique ruine, Requin ! Un boucher de deuxième zone incapable de finir ce qu’il commence ! T’es même pas capable de m’esquinter durablement, petit mec ! Tu veux que je te dise : t’es pire que rien !
- JE VAIS TE TUER !!! hurle le Psychopathe les yeux exorbités par la folie. JE VAIS TE BOUFFER LA GUEULE !!!
- ELIMINER L’INTRUS ! fait écho Spartan en formant une bulle de protection.
- LA FERME, TOI !!! explose Requin en menaçant le Defender. ELLE EST A MOI !
- CIBLE PRIORITAIRE ! insiste le Defender. ELIMI… tente le petit homme de son ton de robot avant de s’effondrer, le front défoncé et le cerveau irrémédiablement détruit par le coup de poing titanesque que le Malade vient de lui envoyer sous l’emprise de la fureur.
- TA GUEULE, T’AS COMPRIS, PAUVRE LARVE !!! s’acharne Requin qui perd maintenant toute lucidité et continue à écraser la tête sanglante du Héros mort.

Le coup de griffe arrache le globe oculaire droit du Monstre par surprise mais ne remplit pas son office en pénétrant dans l’orbite. Cette fois ci pourtant, la Scrapper ne fait pas l’erreur de rester au contact et les pointes empoisonnées de Requin n’embrassent que l’air lorsqu’il frappe, enragé pas la douleur et la folie :

- AAARRRRGGHHHH !!! TU M’AS CREVE L’ŒIL, SAAALOOOPE !!! hurle t’il en prenant le cadavre de Spartan par un pied avant de le faire tournoyer comme une massue malgré le poids de l’armure qui le recouvre. HAN !!!
- Ce que tu es lent, mon pauvre Requin… provoque Sabra d’un rire moqueur.

Elle évite de justesse l’arme de chair et d’acier qui fait exploser le béton du couloir sous les mouvements frénétiques du Vilain devenu Amok. Dans un espace aussi exiguë, elle ne pourra pas échapper éternellement aux frappes démentes. Sa seule et unique chance et d’énerver suffisamment le Fou pour qu’il commette une seconde erreur. Alors qui fait mine de récupérer son casque pour éviter de renouveler la triste expérience de leur première rencontre, l’Héroïne balance une petit talonnette précise qui envoie la protection loin derrière elle, hors de portée :

- Oups ! glousse t’elle en désignant d’une œillade taquine le globe sanglant qui décore toujours le bout de son poing acéré. Tiens… J’avais jamais vu que tu avais les yeux verts !

Le roulé boulé instinctif lui sauve la vie quand le corps de son ami toujours manié comme un fléau de guerre s’écrase sans discontinuer comme une balle de latex à tour de rôle sur les murs qui se lézardent sous les impacts titanesques.

- On va te rebaptiser… recommence t’elle en se jetant à terre tandis que le Spartan-massue tout démantibulé la frôle d’un cheveux …Requin-Cyclope !!!
- RHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!! éructe horriblement le Monstre sans faiblir.

Elle n’a que le temps de rouler sur le coté que déjà l’arme improvisée ébranle le sol en laissant un trou sous l’impact.

- Requin-Marteau ? Le neunoeil ? siffle t’elle hystériquement en bondissant dans les tuyaux aériens tandis que les moulinets se font plus précis. T’as mal, le fondu ? Tu sens le jus de ton œil pourri couler sur ta joue ? Moi je suis beeeeeeeeeeeeeelle !!! Hahahaha !!!

Sabra a anticipé le coup phénoménale d’une cabriole particulièrement acrobatique. Elle est déjà retombée à terre quand le cadavre en armure ballotté par le Taré hors de lui balaie les énormes tubes qui courent sur le plafond. Le plus gros tuyau qui charrie la vapeur en provenance du réacteur et qui maintient actifs les Boucliers de Quartier – bien que blindé - est pulvérisé et projette son contenu létal droit sur Requin. En une seconde, le Tueur infect est ébouillanté vivant dans son armure de métal comme un gigantesque homard plongé au bain-Marie. Même sa stupéfiante capacité de régénération est impuissante à empêcher sa tête de fondre à l’instar d’une vilaine méduse et il s’affaisse sans un cri, les os et la chair transformés en une bouillie infecte. Abandonnant son ennemi qui se ratatine toujours plus sous le sifflement brûlant discontinue, Sabra tire à l’abri ce qu’il reste de Spartan le Defender. Les yeux clos, elle pleure en silence, caressant tendrement l’épaule cabossée de son vieux compagnon mutilé. 

- Adieu, mon ami… Ils ne te feront pas revenir, cette fois ci.

Elle soulève péniblement le Protecteur et le projette sur le magma qu’est devenu Requin. L’air bouillant remplit son office sur le petit corps sans vie et la Scrapper se dirige vers la porte de sécurité. Amenant l’œil du Tueur devant le capteur optique, elle sourit quand la lourde plaque de titane se relève dans un chuintement caractéristique et franchit tranquillement l’ouverture. Constatant que l’épiderme de synthèse qui recouvre le  visage factice qu’elle porte pour dissimuler ses blessures au monde s’est désagrégée à cause de la chaleur humide, elle arrache le masque devenu inutile, découvrant un instant les cicatrices béantes qui ravagent toujours sa beauté enfuie. Puis, bien qu’il n’y ait personne pour constater les effroyables mutilations, elle rabat prestement sa cagoule de combat par habitude. Un sourire étire ses lèvres couturées lorsqu’elle pense que c’est le dépit de la croire à nouveau intacte qui a tué son bourreau. « L’esprit l’emportera sur la chair ! » murmure t’elle non sans un pincement au cœur avant de reprendre sa course vers son destin.

Prochainement : Monsieur Social