Chapitre trente neuf : Roxy

- C’est encore loin ? demande Ravage le Démon pour la centième fois en traînant les pieds sur le sol brumeux de l’immense galerie qui n’en fini pas et s’étire à perte de vue.
- Tais toi et marche ! rétorque Mélanie Kirby pour la centième fois, les yeux au ciel.
- Moi, je suis pas pressé d’arriver… murmure Tic le Glups qui a retrouvé un semblant de cohérence depuis l’arrivée de Roxy et de son Parasite. Ce Monsieur Social est chez lui ici. Il est le Maître. Il va tous nous écraser comme des insectes et s’en sera fini de nos pauvres existences...
- S’il voulait nous tuer, ce serait déjà fait ! intervient Guildaran le Noir d’un ton sépulcral. Et pour ce qui est de t’écraser, c’est précisément ce qu’il va t’arriver si tu continues à te lamenter comme une pleureuse, Tic le Glups.

- Hin Hin Hin ouèèèè ! ricane Ravage, peu au fait du soutien confraternel entre créatures démoniaques. Comme un insecte !!! CRAC !!! Hin Hin Hin !!!
- Tu le suivras de peu, Démon Ravage… prédit sombrement le Paladin d’ébène sans même regarder sa cible ce qui a pour effet de transformer le visage riant en un masque angoissé.
- Social nous garde peut être en vie afin d’être assuré de pouvoir utiliser nos pouvoirs le moment venu, propose Mélanie.
- Non, ma douce amie ! répond Guildaran le Juste. Contrairement à toi qui a été imposée ici magiquement  avec ton Familier, notre puissance lui est acquise depuis que nous sommes entrés dans son Univers fantasque. L’éradication des microbes insignifiants que nous sommes pour lui n’est simplement pas une priorité tant que nous nous tenons tranquilles. Il a assez à faire avec les Sorciers CoT pour le moment et ne souhaite pas disperser son énergie à seule fin d’éliminer les quantités négligeables que nous représentons à ses yeux.
- Si nous sommes si insignifiants, que faisons nous là alors ? se rebiffe la jeune fille en grondant.
- Nous tuons le temps avant qu’il ne nous tue ! pontifie mystérieusement Guildaran le Noir.
- Alors c’est ça hein ? C’est râpé ? Nous errons dans ces galeries sans fin uniquement pour nous donner un semblant d’utilité mais c’est fini ?
- J’arrête pas de le dire… se désespère Tic le Glups.
- Ah ben alors on est pas près d’arriver… se renfrogne Ravage, levant les mains en préemptif au cas ou le Paladin méchant souhaiterait lui en claquer une sur le museau. 
- Tout est écrit, reprend doucement le Guildaran de Lumière. C’est ainsi, ma jeune amie.
- Et ben non !!! hurle Mélanie en s’arrêtant, les poins serrés. C’est des conneries ces histoires là !!!
- Voyez-vous ça… s’arrête à son tour le Paladin. T’emporter ainsi ne sert à rien, Mélanie. L’Ordre Cosmique est ainsi fait et ta révolte – bien que charmante et compréhensible – ne changera pas l’immuabilité tragique qui nous attend au bout du chemin ! Il faut accepter…
- Queue dalle !!! siffle Roxy, mauvaise. J’accepte rien moi ! C’est du pipeau pour les mous du bide  et les faibles du bulbe, tes histoires !!!
- Mélanie… tente le grand Chevalier avec un sourire triste, les paumes tendues devant lui en signe d’apaisement.
- Ne me touche pas ! T’es qu’un faux cul !!! Alors tous tes grands discours sur la spécificité de la race humaine qui avait conquis son droit à disposer de son destin, c’est du flanc ?
- Au dessus de la Balance Cosmique, il y a des Entités supérieures qui fixent des règles et…
- Les règles sont faites pour être transgressées si elles sont mauvaises ! J’estime que si des mecs ont écrit quand et comment je devais mourir des éons avant ma naissance, mon rôle est de leur prouver à quel point ils se sont fourrés le doigt dans l’œil jusqu’au trognon et pis c’est tout ! Il paraît que je suis unique ! Que je ne devrais même pas exister ! Que je suis une aberration au regard de tes fameuses règles cosmiques et j’entends bien démontrer que l’aberration ne se laissera pas faire. S’il y a un moyen de tuer Monsieur Social et de préserver ma petite planète sans importance, je le trouverai…
- Il n’y en a pas…
- …et j’espère que tes sois disant puissances supérieures ont des barils de « tipex » sous le coude parce qu’ils n’ont pas fini de faire des ratures pour corriger le tir dans leurs satanés bouquins à la noix où TOUT est déjà marqué !!! Nanmého !!!

Guildaran le Juste est bouché bée, le sourcil levé de surprise et hésite entre colère et tempérance tandis que son pendant maléfique observe la jeune fille avec un sourire ravi et que les deux démons sont agités de spasmes faciaux incontrôlables.

- Faut pas dire des choses comme ça, mademoiselle !!! couine Tic le Glups. C’est pas bien !
- Elle va nous attirer les foudres des Dieux Supérieurs !!! geint Ravage en écho.
- Puisque nous sommes condamnés, je vois pas ce que ça changera ! ricane Mélanie. Ils vont pas me faire un deuxième trou de balle, tes Dieux à la manque !!!
- Rhaaaaaaaaaaaaaa !!! pleurent de concert les Démons en frappant leurs petites cornes sans s’arrêter. La folle !!! Ecartez-vous d’elle, les Dieux vont la pulvériser en un million de morceaux tout moches qui tâchent !!!
- Ben alors ? insiste Roxy en feignant la surprise, bras écartés, son petit nez retroussé au vent. J’explose pas ? Ils sont sourdingues en plus d’écrire des conneries, vos glandus d’en Haut ?
- Hum… murmure Guildaran le Juste en regardant autours de lui comme s’il s’étonnait effectivement de ne pas voir la gosse s’effondrer sous le poids de la colère Divine.
- Je vais vous dire, tas de neuneus : Vos Dieux en rotin ne peuvent RIEN contre moi parce que leurs fameuses Lois n’ont pas prévu mon existence ! C’est couillon, hein !
- Dame Mélanie marque un point là ! acquiesce Guildaran le Noir avec admiration. Le fait est qu’elle ne meurt toujours pas quand on regarde bien.
- Peut être que le Dieu chargé de nous surveiller est aux cabinets… propose Tic le Glups, pragmatique.
- Les Dieux Cosmiques ne font probablement pas caca comme nous ! précise Ravage avec sérieux.
- Quand je vois toute la merde qui nous tombe sur le citron depuis le début de cette histoire, je me demande… insiste Tic.
- Il suffit, minables créatures ! gronde le Paladin Sombre. Peut être que cette jeune fille est effectivement hermétique aux Lois de l’Univers après tout.
- Je ne peux l’accepter ! s’entête le Chevalier de Lumière. Se serait remettre en question les fondements même de notre Foi. Cela reviendrait à… nous renier !
- Quelle lâcheté, mon Frère ! jette le défenseur du Chaos. Tu préfères ignorer ce phénomène que te remettre en question ? Est ce là l’attitude qu’on attend d’un Juste ? Tu préfèrerais mourir aveuglé par tes certitudes plutôt que de reconsidérer ce qui était jusqu’ici tes évidences et survivre ? Notre Monde évolue, c’est ainsi ! Cette enfant le prouve ! Comme elle le dit, son existence même reflète une faille dans le Destin de toutes choses. L’humanité semble s’être véritablement affranchie ! Peut être est ce le cas depuis longtemps… Peut être l’avons nous ignoré à dessein car il était plus aisé de nous reposer sur une inévitabilité supérieure qui rendait nos épreuves tolérables et nos erreurs excusables.
- J’ai rien compris… murmure Tic le Glups.
- Moi non plus… approuve Ravage.

Guildaran le Juste prend une profonde inspiration, masse ses yeux devenus douloureux puis pose son regard intense sur la petite bonne femme qui lui fait face, les bras croisés sur sa menue poitrine.

- Très bien… lâche t’il avec difficulté. Admettons que Mélanie échappe à l’emprise des Forces Supérieures de part sa nature très… inhabituelle. Je ne vois pas en quoi cela résoudra notre problème. Son enveloppe est restée dans la réalité et seul son Karma nous a rejoint. Lorsque Monsieur Social aura brisé les boucliers CoT, il déversera ses identités multiples dans le corps des Super-Abominations et s’en sera fini de sa dépouille.
- Alors frappons Social à la tête ! s’emporte Roxy. C’est bien pour ça qu’on traîne nos pompes depuis des heures dans ce dédale, non ? Vous avez dit que ce type était une sorte de grosse pieuvre dont les personnalités seraient les tentacules. Tuons le chef ! C’est pas compliqué ! Et magnons nous le train au lieu de causer paske ces andouilles de magiciens en chiaient déjà des ronds de chapeau pour le contenir quand je suis partie !!!
- Le temps ici n’est pas soumis aux mêmes règles que la Terre, Mélanie ! précise Guildaran le Preux. Une éternité peut ne représenter qu’une fraction de seconde ou l’inverse et le continuum...
- Raison de plus pour nous bouger alors ! interrompt abruptement la Skull. Allez « zou » !!!  En route, mauvaise troupe !!!
- Pfffff… j’en ai ras les sabots sans dec’ ! dit plaintivement Ravage avant de constater qu’il est tout seul et de s’élancer en couinant à la suite du petit groupe.

Enfin parvenus à l’orée du couloir sans fin, les cinq compagnons s’arrêtent, médusés. Ils contemplent une pièce de forme sphérique aux dimensions si gigantesques qu’il leur est impossible d’en distinguer les extrémités et le centre. Des milliers de galeries identiques à celle qu’ils viennent d’emprunter percent les parois de la sphère creuse comme autant d’ouvertures sombres vers l’extérieur. Toutes convergent au cœur de la sphère par des passerelles diaphanes qui tissent un réseau complexe pareil à une monstrueuse toile d’araignée aux proportions impossibles.

- Whao…s’exclame Mélanie Kirby, fascinée.
- Beurk ! commente sobrement Ravage. 
- Ohlalala… gémit Tic le Glups.
- Voilà le cœur de l’Entité Sociale, explique Guildaran le Juste à Roxy. Une fois que nous aurons franchi la passerelle, nous entreront dans le Royaume des Identités. Chacun des ponts suspendus appartient à l’une d’entre elles et le cœur de la sphère leur permet de se retrouver lorsque c’est nécessaire. Le centre est une micro-société à part entière dont la Personnalité Originelle est la Maîtresse absolue. Nous y trouveront des ennemis acharnés mais aussi des alliés potentiels car contrairement à ce que tu pourrais penser, Monsieur Social reste un assemblage d’identités aussi disparates que fantasques dont certaines ont fini par acquérir une autonomie étonnante.
- Le grand Méchant est là dedans? demande la jeune fille en désignant le cœur de la sphère creuse aux contours brumeux.
- Oui, Dame Mélanie, intervient Guildaran le Sombre. Mais nous n’avons jamais été en mesure de l’identifier personnellement car c’est de son Art à la non-existence que l’identité Originelle tire son invincibilité. En plusieurs mois, nous n’avons été capables que d’apprendre le nom sous lequel les autres identités le désignent avec crainte : Nemo. C’est à dire « personne »…
- Bon et bien allons y ! lance joyeusement l’Héroïne en s’élançant sur la passerelle d’un pas ferme. Allons voir ce qui se cache dans ce brouillard mystérieux et trouvons cet enfoiré qui n’existe pas ! Puis tuons le !
- C’est pas une bonne idée… dodeline de la tête Tic le Glups avant de s’engager derrière la gosse qui s’éloigne suivie des deux Paladins silencieux.
- Je sais pas pour toi, murmure Ravage à son collègue en se maintenant à son niveau, mais je sens qu’on va se prendre une sacrée diarrhée Divine sur le chignon une fois là dedans…

Chapitre quarante : Kali

En équilibre instable sur la plaque d’acier qui tombe vers la meute Vahzilok comme un surf géant, Kali comprend qu’il plonge vers son trépas. Occupé à maintenir son équilibre, il ne réussira pas à se concentrer suffisamment pour se téléporter. Et même s’il en était capable, il ne pourrait se résoudre à abandonner les deux Punks grotesques à la Horde infecte. Les Abominations tendent leurs bras putréfiés vers ces proies inespérées avec une avidité presque religieuse, leurs milliers de bouches mutilées poussant une plainte unique et terrifiante. C’est alors que le miracle se produit. L’un des deux piliers majeurs qui a causé la bascule de la frêle passerelle ou le trio est réfugié s’abat de tout son poids et vient percuter dans sa chute le grand rectangle métallique avec la puissance d’une catapulte avant d’écraser sous son poids gigantesque les zombis trop lents pour s’écarter. Plaqués à la passerelle sous la force de l’impact, Kali et les Swipers sont propulsés à l’instar d’une balle de cuir sous la frappe d’une batte droit sur la muraille la plus proche.

Ils ne vont pas mourir déchiquetés mais aplatis comme des crêpes !!!

Lorsque le choc se produit, la pierre usée par des années d’infiltrations vole en éclat sous la masse des Freaks et s’ouvre sur une pièce attenante au collecteur. Les équilibristes, étourdis par la violence de l’impact, frappent le sol de l’inespéré refuge chacun à sa manière. Kali atterrit souplement dans un roulé-boulé instinctif favorisé par des années d’entraînement acharné et ses deux compagnons se vautrent dans une gerbe d’étincelle en arrachant le béton sur plusieurs mètres avant de s’immobiliser enfin. La passerelle de fer est encore agitée d’oscillation assourdissantes que le Scrapper est déjà sur pied, s’attendant à voir déferler les Abominations sanguinaires. Rien ! Ils sont visiblement dans une espèce d’entrepôt lugubre sans ouverture directe vers le collecteur infernal. Seul le trou béant causé par leur chute qui troue la muraille cinq bons mètres au dessus de sa tête lui permet d’entendre l’horrible plainte de la Horde spoliée.

- Ou on est ? demande Mortar qui a visiblement utilisé son gros pif comme train d’atterrissage.
- Dans une espèce de remise, je suppose… répond l’ascète. Ces égouts sont truffés de galeries et de salles en tout genre. Une chance pour nous. Le mur aurait été plein…
- Y a de la chance que pour la canaille !!! s’esclaffe le Punk en récupérant habilement de la langue une grosse goutte écarlate échappée de son tarin éclaté.
- La chance, ça va, ça vient ! ajoute Kali. Sortons d’ici avant que les Vahziloks ne trouvent un couloir pour nous atteindre ou ne parviennent à passer par le trou du mur.
- Ca vous ferait chier de me donner un coup de main avant de plier les gaules ? hurle la voix d’Antenne sous la plaque d’acier « Surf ».
- Ahahaha s’te feignasse !!! Toujours à s’allonger pour un oui où un non décidément ! T’as du jus de Tsoos dans les câbles pour pas être capable de soulever une pôv tite plaque en rotin comme ça donc ?
- Gnagnagna !!! Si j’ose pas trop soulever ce machin, c’est simplement de peur que ça ne bascule et ne me retombe sur la tronche, s’pèce de CoT !
- Pour ce qu’il y a dedans… ricane Mortar en allant aider son meilleur ennemi avant de s’écrier à l’intention du Héros qui escalade le mur jusqu’à l’ouverture qui débouche sur l’ennemi : Hé ! T‘es pas bien, le Turban ? Qu’est ce que tu vas retourner foutre là bas ?
- Je ramène Eve ! Je veux pas que ces monstres n’en fasse une des leurs ! lance Kali avant de se téléporter maintenant qu’il est parvenu à visualiser la corniche ou se tenait la Punkette.
- Il est cintré ? demande Mortar à Antenne. Ramener Clamor ? Quel comique !!!
- Bah il doit pas savoir, c’est tout ! répond l’écrasé. Bon, tu lèves ce truc où tu causes sans dec’ ?
- J’avoue que j’hésite… se marre le Swiper taquin.

Quand il réapparaît sur la passerelle ou se tenait Eve Van Dorn avant la chute, Kali est éberlué de constater qu’il n’y a pas plus de cadavre ici que de cervelle en état de fonctionnement sous le scalp de ses deux lourdauds de camarades. Des traces de sang frais et des carreaux d’arbalètes profondément plantés dans la pierre lui confirment qu’il n’a pas eu la berlue durant sa chute quand il a vu la Tueuse se faire descendre par les Mortificators mais son cadavre a disparu. Le scrapper profite de sa position pour jeter un œil en bas prudemment. Le chaos causé par la chute de l’édifice aérien a mis un sacré bazar dans l’organisation Vahzilok. Vivisector et la Doctoresse Morben s’agitent dans tous les sens pendant que Mortis et Eventreurs tentent de rassembler les Abominations et autres Cadavres qui déambulent dans tous les sens comme des lemmings abrutis. Clair que les monstres ont d’autres chats à fouetter avant de les poursuivre ! Il n’y pas urgence… Il va falloir mettre cette pause inespérée à profit et au vu de la composition de la Horde, l’Indou se surprend à sourire. « C’est suicidaire mais ça aurait pu marcher si Eve avait été encore là ! » pense t’il en se relevant avec précaution avant de se téléporter à nouveau en lieu sur. 


Lorsqu’il réapparaît dans l’entrepôt, il constate qu’Antenne et Mortar sont occupés à s’empoigner en grondant et se précipite pour les séparer en maugréant quand la voix qu’il n’aurait plus jamais pensé entendre l’apostrophe :

- T’as mis le temps ! Tu m’as rapportée un carreau d’arbalète ? En souvenir…
- Eve ?


Kali se retourne et constate que la Tueuse est belle et bien en vie. Les effroyables perforations qui décorent maintenant son plastron d’assaut attestent de la violence de l’attaque dont elle a été victime et lorsqu’elle sort de l’ombre et que le Scrapper peut enfin contempler son visage, il comprend. L’énergie négative qui a frappé son visage sublime a partiellement fait fondre l’épiderme de la jeune femme et les reflets métalliques du crâne en Carbotitanium apparaissent par endroit.

- Tu es… une machine ? lâche le Héros abasourdi.
- Je préfère le terme de « Cyborg » si tu veux bien, confirme Eve Van Dorn avec un clin d’œil complice. Organisme cybernétique pour être exacte. Avec de vraies morceaux de Eve Van Dorn dedans. Enfin quelques uns…
- Mais comment ?
- Tu pensais que cette vieille histoire avec Manfred s’était terminée avec sa contamination par le Virus. Moi aussi. Je venais d’intégrer le gang des Freaks lorsque ses séides ont retrouvé ma trace pour me faire payer ma trahison. Oh, me capturer n’a pas été facile et ils ont payé un lourd tribu pour y parvenir mais j’ai longtemps regretté qu’ils ne m’aient pas tuée ce jour là.
- Qu’est ce qu’ils t’ont fait ? souffle Kali en sachant qu’il ne va pas aimer la réponse.  
- Ils m’ont inoculée la même saloperie que celle qui rongeait Manfred conformément à ses ordres. Tout simplement. Puis ils m’ont abandonnée en m’expliquant que j’étais devenue une monstruosité contagieuse. Un simple contact propagerait cette saleté à ceux qui voudraient m’aider et le virus allait me dévorer lentement jusqu’à ce que je meure enfin après un calvaire sans fin.
- Par tous les Dieux du Panthéon, Eve… pourquoi ne m’as-tu pas contacté ?
- Le temps m’était compté, Kali ! La dégénérescence virale s’attaque aux fonctions motrices et vocales en premier lieu. Elles sont définitives. Même si je l’avais souhaité, tu serai intervenu trop tard le temps que je parvienne à passer les gardes chiourmes de la Hero Corps pour t’expliquer la situation. Ce sont Antenne et Mortar qui m’ont trouvée… A l’époque, ils n’étaient que deux jeunes Freakshows insouciants et pas les… choses qu’ils sont devenus par ma faute.
- Bah s’pas grave… intervient Mortar.
- Meuh non ! confirme Antenne.
- Malgré les risques de contagion, poursuit Clamor, ils m’ont transportée jusqu’au camp principale du gang. La suite est facile à imaginer…
- Vous avez été reconstruits… propose Kali. Câblés pour remplacer les parties infectées de vos corps respectifs, c’est ça ? 
- Tout à fait. Paradoxalement, mes deux camarades étaient bien plus atteints que moi et les… changements furent bien plus lourds et radicaux que dans mon cas. Mais l’intégralité des mes organes internes avaient été irrémédiablement corrompus ainsi qu’une grande partie de mon squelette osseux. En dehors de quelques détails intimes mais finalement très plaisants, seul mon cerveau a été préservé. D’une certaine façon, j’ai survécu même si j’ai une tendance à passablement affoler les détecteurs de la sécurité des aéroports s’il me prend de voyager en navette.
- On a quand même pu sauver nos biroutes donc le moral est sauf ! précise Antenne à Kali avec un ton de comploteur.
- Je ne sais pas quoi dire… balbutie Kali.
- Tu pourrais essayer « Content de te revoir, Eve ! ». Ce serait amplement suffisant ! Puis tu pourrais ensuite refermer la bouche : l’accumulation d’Abominations dans le secteur amène son lot d’insectes déplaisants et tu devrais éviter de les tenter en restant connement le bec ouvert !
- Ahahahaha ! Trop forte cette Clamor ! se bidonne Mortar.
- Le bec ouvert ! renchérit Antenne. Fallait y penser !!!
- Bon, assez rigolé ! tranche la Punkette de son ton cassant revenu. Vu la cata qu’on vient de vivre, t’as une idée pour la suite où on décroche ?
- J’ai une idée… Par contre, on a une chance sur mille de s’en tirer, je préfère être clair ! souffle le scrapper.
- C’est plus que les chances de Mortar de se lever une gonzesse !!! ricane Antenne.
- Bon ben vu que j’y suis arrivé, c’est faisable alors ! rétorque l’intéressé.
- Tu t’es levé une nana, toi ?
-  Parfaitement Môssieur Neunoeil !!!
- Et qui est la pauvre victime si c’est pas indiscret ?
- Ca ne l’est pas ! C’est Boudina !
- WHAHAHAHAHA !!! s’étrangle Antenne. Tu peux pas appeler Boudina « une gonzesse », tachon ! C’est un thon fini ! Pis une nana ça a pas une moustache de cosaque et des épaules de déménageur !!!
- Bah c’est ses conneries de « boosters » qui font ça ! gémit le Casanova improvisé. N’empêche que tant qu’elle a une paire de Nibs et une moulanche, c’est une nana moi j’dis !!!
- Bon ben alors vu que les probabilités les plus impossibles peuvent se réaliser, on t’écoute, Héros ! se rend Antenne avant d’ajouter pour lui même. Boudina… Hihi ! Il aura ma peau, s’con là !!!
- Eve ? demande Kali. Tu es en état ?
- Mes fonctions réparatrices ont fait du bon boulot, t’inquiète. Encore deux ou trois petits bio-circuits à remettre en état et même les impacts extérieurs seront résorbés. Je suis d’attaque et méchamment décidée à me venger alors accouche !
- Voilà l’idée : à quatre, on ne pourra pas approcher les Leaders de la Horde pour les dérouiller donc on oublie. Si on ne peut pas frapper la tête, faisons péter le corps !
- Heu… Kali ? tente Mortar, frappé d’une inespérée crise de lucidité. Si on arrive pas à éclater Vivisector et sa pute, je nous vois mal démolir les Abos, mecs ! Bon, y en a un paquet qui a été rétamé au premier contact mais il en reste au moins autant. Quatre contre deux ou trois mille, ça te semble jouable ?
- Ouais « mec » ! singe l’Indien avec amusement. Seuls les Abos et les Cadavres ont été les grands perdants de l’affrontement jusqu’ici. Ca nous laisse la possibilité d’utiliser les Explosifs qui seront moins protégés. Si on parvient jusqu’au cœur du groupe, ces débiles paniqueront malgré les Mortis et se feront péter en boucle avec le résultat que vous imaginez.
- Pas con… sourit Antenne. Et comment on s’en va une fois qu’ils commencent à se pulvériser la trombine ?
- Eve nous téléporte en lieu sûr dés que la réaction en chaîne s’avère irréversible ! J’avoue que c’est risqué mais…
- Mes fonctions de téléportation ont été fracassées par un trait d’arbalète et les composants sont trop complexes pour être réparés avec mes moyens actuels, Kali… coupe Clamor sur un ton d’excuse.
- Alors c’est foutu. Tant pis, on décroche ! On aura fait ce qu’on pouvait ! lance le Scrapper.
- Non on y va ! crache la Punkette. Ton plan est bon et nous sommes ici pour accomplir une mission. Une ou deux petites modifs à l’idée de base et ça reste jouable !
- Hors de question ! gronde le Scrapper. Je ne parviendrais pas à vous téléporter… La densité de vos corps cybernétiques est trop pesante pour ma maîtrise de ce pouvoir…
- Et bien dans ce cas, TU  te téléporteras à l’abri dés que ça commencera à péter, ne t’en fais pas pour nous !
- Même vos Exo-Squelettes ne supporteront pas des centaines d’explosions simultanées. Vous allez être déchiquetés.
- Nous compterons donc sur toi pour retrouver nos têtes ensuite ! J’avais envie d’une armature avec deux tailles de bonnet en plus, ça tombe bien ! raille la Freak, imperturbable.
- Tant que tu y seras, essaie donc de retrouver nos biroutes aussi, Héros ! annonce très sérieusement Mortar.
- Ouais hein ! C’est couillon mais on s’y attache et si l’autre gland revient voir Boudina sans quéquette, elle va en faire tout un foin !!! glousse Antenne.
- C’est de la folie… souffle Kali avec désespoir.
- Exactement ! acquiesce Eve van Dorn. C’est même pour ça que ça va marcher ! Les statistiques prouvent que l’impossible est à la mode depuis le succès incontesté de « l’affaire Boudina » !

Prochainement : la Maîtresse d’école