Chapitre Trente sept : Kirby

Samuel Kirby ignore a quel moment exact il a rejoint le Refuge. Probablement dés que les prémices de l’Infection se sont avérées définitifs. Bien à l’abris de ses souvenirs, plongé au cœur de la forteresse mentale qu’il a appris à développer lorsque Ravage menaçait de le submerger , il se revoit plongé à l’époque où il habitait chez tante Paula, bien avant la naissance de Mélanie. Il revoit ses parents, Andrew et Sybill, lors de leur visite annuelle, sorte de rituel immuable qui le terrifiait où ils apparaissaient accompagnés comme à leur habitude de tous ces gens inquiétants qui passaient leur temps à lui faire du mal avec leurs affreux appareils en métal bardés de diodes multicolores. Il revoit sa rencontre avec celle qui changerait sa vie, Miss Roulette comme il aimait à l’appeler pour la taquiner. Puis il gémit lorsqu’il revit le terrible affrontement qui avait mis fin à sa quiétude pour toujours, faisant de Samuel un Héros contraint et forcé. La fin de son innocence. Le début du cauchemar. L’avènement de Ravage.

La voix se fait plus précise.
Mais d’où vient elle ?
Ne sait elle pas que l’immonde masque de cuir l’a peu à peu privé de ses sens ?!
Qu’il est corrompu pas la gangrène méphitique du monstre Vahzilok ?


Un instant, il tente de se repérer au son qu’il perçoit inexplicablement mais se souvient que ses yeux ne sont plus que des orbites vides obstrués par la pourriture et les morceaux de peaux humaines tannées cousues les unes aux autres jusqu’à composer la cagoule abominable. Il se terre un peu plus profondément dans le Refuge, craignant que ses défenses n’aient été forcées, guettant une éventuelle présence maligne qui viendrait mettre à mal sa sécurité.
 
« KIRBY, MERDE !!! » insiste encore la voix impossible.
 

Ah mais qui l’appelle ainsi ? Il n’est plus Kirby. Il est devenu le Patient Zéro. C’est pour cela qu’il s’est réfugié à l’intérieur de lui même comme Miss Roulettes le lui avait appris. Pour se préserver. Pour ne pas tomber dans cette folie qu’il sent monter en lui et qui le guette comme une bête patiente et impitoyable à la lisière de sa conscience. Il ne peut pas répondre. Ce serait se découvrir. A nouveau retomber dans la démence sans espoir de recouvrer son esprit. Il a vu les choses onduler sur tout son corps sous le vêtement de peau. Le Mal. Son enveloppe est infectée. Son salut réside dans sa capacité à se dissimuler, la voix ne le sait elle donc pas ? Ne s’adresse t’elle à lui que pour le débusquer, le priver de sa dernière protection à jamais ? Ignore t’elle que Samuel a déjà vécu une semblable attaque par le passé et qu’il SAIT ce qui lui en coûtera de se découvrir ?

« Espèce d’enculé de Vigilant de merde !!! »

Le ton est différent de celui qu’utilisent ordinairement les Sirènes infernales. La voix le… menace !? Espère t’elle parvenir à lui faire peur alors qu’il est intouchable dans le Refuge ?

« Réagit, salopard ! Réagit ou nous allons tous y passer !!! Putain… Si je m’en sors, je te crèverai, ordure !!! »

Curieusement, les vers du Mal se mettent à nouveau à s’agiter sous la combinaison de cuir et un liquide épais et corrompu s’échappe de ses orbites béants en vagues écœurantes, tentant de s’infiltrer à nouveau jusqu’à lui. Est-ce la voix qui provoque une telle effervescence ? Il faut qu’elle arrête avant que la menace ne se fasse plus agressive. Jusqu’ici, elle n’a pas été à même de trouver le Refuge mais elle sent sa présence et la voix rend ses recherches fébriles plus pressantes, plus précises. Les yeux morts pourrissants se plongent dans son âme, fouillant les zones obscures, s’arrêtant un instant sur le Refuge avant de poursuivre sa surveillance. L’alerte a été chaude. Comment dire à cette voix de cesser ?  Il tremble d’effroi devant ce spectacle effrayant de sa chair qui est une fois de plus agitée de spasmes violents, la peau tendue à éclater sous le costume en peau humaine. S’en est trop ! Il va pour s’enfoncer encore plus profond au creux de son âme jusqu’à se perdre dans des confins du Refuge qu’il n’avait encore jamais arpenté quand il reçoit la nouvelle injonction de la Voix. Elle lui fait l’effet d’une pointe d’acier en pleins cœur :

 « RAVAAAAAAAAGE !!! NOUS T’AVIONS FAIT CONFIANCE !!! »

Dreck !

La lucidité chargée de culpabilité honteuse balaie le mental du Héros avec la force d’un Tsunami. Abandonnant le Refuge, il déboule dans la réalité comme un boulet de canon, combattant de toutes ses forces les grouillement sous sa peau et l’abyssale néant purulent qui a remplacé son visage. S’il tente d’ouvrir les yeux maintenant, il sera submergé. Il le sait. Il redeviendra le pantin des forces de l’Enfer à jamais. Son hésitation manque de lui coûter cher. Les parasites gorgés de malfaisance pure sous le cuir épais altèrent déjà le souvenir du Freakshow  qui l’appelle à l’aide et Kirby va s’enfuir à nouveau. Pour la dernière fois. L’image de Miss Roulettes se superpose une fraction de seconde à celle du Punk et agit comme un révélateur. Enfin, Samuel ouvre les yeux.

Tous ses sens réactivés percutent l’esprit du Vigilant avec une puissance insupportable.
 
Mais le Mal ne l’a pas terrassé ! Le flamboiement des attaques Psys que lancent les Empathes Losts avec rage et le fracas des décharges électriques Freakshows le font tituber. Redevenu une éponge sensitive après la paix totale du Refuge, son crâne est à la limite de l’explosion, toujours sous le coup de l’infection psychique, hésitant entre le rêve et la réalité. Les images se bousculent sans qu’il puisse leur donner un sens ni réagir en fonction. La monumentale gifle – bien physique ! - le fait redescendre dans ses bottes de combat avec une efficacité que lui envieraient tous les meilleurs praticiens psychiatriques au monde. Kirby suit le chemin de la douleur comme s’il s’agissait d’un inespéré fil d’Ariane et il pose un regard encore flou sur un Dreck ruisselant de sang et écumant de fureur à ses cotés :

- SORS NOUS DE LA, FUMIER !!!

Le Héros s’aperçoit qu’il n’a pas bougé de la position dans laquelle il était lorsque le Patient Zéro et lui se sont combattus. S’ils se sont combattus un jour… Il est cerné de toutes parts, petite île insignifiante dans la mer de cuir Eidolon. Mais il a maintenant un compagnon qui a fort à faire pour ne pas succomber sous la meute infâme. Les deux Eidolons qui fondent sur le dos découvert du chef de guerre Punk pensent que le Vigilant est toujours sous l’emprise du Patient Zéro. Les affreux guerriers de cuir connaissent bien les pouvoirs du plus puissant d’entre eux qui réduit la cervelle de ses cibles à une bouillie grise informe. Aucune victime frappée par ses attaques n’a jamais été en mesure de s’en remettre car le Patient Zéro utilise les peurs les plus intimes de ses cibles pour les défaire, les emprisonnant à jamais dans le labyrinthe de leur propre frayeur. Dés lors, ils se sont désintéressés du Héros à l’instant même où la rafale empathique l’a touché pour se concentrer sur ses alliés désemparés par sa subite immobilité. Seule la folie furieuse de ce colossale Punk tatoué aux poings meurtriers les a fait reculés, lui permettant de rejoindre Ravage au cœur de la meute. Mais le Freak s’est condamné du même coup. Et s’il espère pouvoir compter sur son allié à l’esprit irrémédiablement grillé, il va en être pour ses frais. C’est ce que pense la sauvage Luminodon qui va massacrer le punk avant que l’implacable Lame de combat surgit comme par enchantement ne lui transperce le visage de part en part. Ensuite, elle n’est plus vraiment en mesure de coordonner ses synapses et s’effondre pour toujours à l’instant ou la seconde Lame de Kirby éventre son camarade le plus proche.

- T’as mis le temps ! gronde Dreck en se positionnant dans le dos de Ravage. Tu jouais à quoi, Bordel ?
- Disons que je testasi l’efficacité de mes inconstants alliés ! raille Samue,l encore fébrile  tandis qu’une vague de monstres de cuir se retourne dans sa direction, pleinement consciente de la menace revenue.

- Ouais ben t’as plutôt intérêt à te reprendre, mon pote ! Les Losts ne tiendront plus longtemps après ce qu’ils ont morflés et mes mecs ne sont plus qu’une poignée !!!
- Est ce à dire que tu comptes sur moi pour nous sortir de ce foutoir ? s’esclaffe le Vigilant avant d’empoigner le Punk par les épaules et de le propulser sans effort en direction de ses hommes submergés. Retourne dans ton bac à sable et laisse les grands jouer entre eux, p’tit bonhomme !!!
- MAIS MERDEEEEEEEEEEE !!! PREEEEEEEEVIENS QUAND TU FAIS CA !!! hurle le colosse volant abasourdi avant de s’affaler de tout son long derrière les premiers rangs des Freaks un instant hilares.

Les Eidolons ont compris qu’elle serait la seconde action de Ravage et lui opposent un rempart de cuir pour l’empêcher de rejoindre le Patient Zéro qui pointe un doigt décharné et haineux sur le Héros. Samuel n’a pas de difficulté à s’appercevoir que ses compagnons sont à la limite de la déroute. Déjà, les attaques mentales des Aberrations Losts se font plus rares et le crépitement bleuté des décharges Freaks ne nimbent plus que rarement les murs gluants du couloir reconverti en abattoir. Il doit mettre un terme à la bataille. Maintenant.

Au moment ou il bondit, des dizaine de guerriers de cuir noir s’élèvent devant lui, bouclier de chair putréfié imparable et terrifiant. La suite est époustouflante. Seuls les Freakshows possédant une vision cybernétique seront en mesure de confirmer la scène incroyable totalement imperceptible pour un œil humain qui se déroule dans ce lieu puant transformé en charnier écarlate. Et encore… La plupart penseront que les implants ont été un instant déficients à cause de la fatigue et de l’intensité du combat. Pour les autres, il n’y a qu’une silhouette aux mouvements si rapides qu’elle en devient flou, comme nimbée d’une multitude de membres mortels qui frappent en tous sens, transformant les assaillants monstrueux en pulpe sanglante. Les débris infâmes ne sont pas encore tous retombés sur la Horde Vahzolik médusée par une telle sauvagerie que Kirby est au contact du Patient Zéro. L’attaque mentale le frappe une seconde fois avec la puissance d’un bulldozer mais la fantastique armure façonnée par Miss Roulettes remplit son office et absorbe partiellement l’impact qu’elle est maintenant en mesure d’identifier. L’apprentissage de l’agression… Le grand secret du fantastique costume… Mais le héros ne s’extasie pas sur le miracle. Il enfonce sont poing garni d’acier dans la poitrine de la créature abominable avec un bruit mou. Sans grand résultat. Le fluide épais et noirâtre s’échappe un instant avant de refermer la blessure létale comme par magie.

Les Eidolons vont pour s’abattre sur le Héros mais ils doivent reporter leur attention sur les alliés de Samuel galvanisés par son attaque et qui chargent leurs ranges avec l’énergie du désespoir.

L’issue de la bataille se règlera entre les deux Champions.
Un match au finish…

Pour lequel Kirby a intérêt à très rapidement trouver une technique effective car cet enfoiré ne se contente pas d’attaquer son cerveau comme il le prouve en lui balançant dans le ventre un gnon qui le décolle du sol et l’envoie rouler à plusieurs mètres. Le bâtard sait cogner ! D’un coup de rein puissant, le Vigilant est debout. Juste à temps pour encaisser la charge de son adversaire qui le percute pire qu’un char d’assaut, s’empalant profondément sur les pointes « vivantes » que l’armure agressée fait surgir instantanément. Soudés comme des siamois grotesques, les deux guerriers se déchaînent. Kirby prie pour que sa tenue de combat résiste plus longtemps que l’hallucinant pouvoir de régénération du patient Zéro. Le combat tourne au massacre. Par endroit, l’armure est tellement martelée que les capteurs ne parviennent plus à produire d’aiguilles ni à absorber les impacts. Samuel sent ses côtes se briser sous un coup particulièrement violent mais son cri de douleur se transforme en rugissement de triomphe lorsqu’il constate que certaines entailles du Vahzilok ne se referment plus. Le fluide se tarit. Ainsi donc, même ce monstre a une limite. Il n’en faut pas plus au héros pour redoubler de fureur. Il ne s’aperçoit même pas que son bras droit brisé ne se lève plus pour déchiqueter la créature dont les multiples blessures restent béantes. Lorsqu’il met le genoux gauche dans la fange, Ravage tente de se relever en ignorant que son fémur gauche est en bouillie après un énième coup de genoux démentiel. Titubant, il se projette sur le Monstre qui vacille sous la charge et ils roulent dans la fange putride devenue pourpre. Dans un ultime sursaut, le Patient Zéro bloque le poing gauche qui menaçait sa gorge et utilise ses dernières forces pour tordre le poignet du Héros jusqu’à ce qu’il se casse comme une branche morte. Mais Kirby, tout à sa folie, ignore à nouveau l’insupportable souffrance et pulvérise l’immonde visage découvert à coups de tête continus, transformant la peau de son front en bouillie. A mesure que le faciès défoncé du Patient Zéro passe comiquement au concave, la lueur maléfique qui habite ses orbites béantes s’atténue. Puis s’éteint. Enfin. Vidé, submergé par la douleur maintenant que la tension retombe, Ravage s’effondre sur son adversaire sans vie au moment ou les survivants de l’armée Eidolons basculent comme des pantins désarticulés sous les clameurs des Gangs de Paragon miraculés.
  
Chapitre Trente huit : Marada

- Il va s’en sortir ?

La jeune Skull qui s’est improvisée infirmière pose sur Marada un regard aussi surpris qu’hostile avant de cracher d’une petite voix infantile contrastant avec ses propos :

- Qu’est ce que ça peut te foutre ? C’est qu’un Skull, non ?

Piquée et frappée presque physiquement par la violence verbale de la fille, la Contrôleuse ne peut que balbutier stupidement :

- Il m’a sauvée la vie… Je ne voulais pas…
- Ca va… jette la Skull avec lassitude. C’est qu’on est pas habitués à beaucoup de sollicitude de la part des Capes. Oui, il va s’en tirer. Il sera probablement un peu plus moche qu’avant mais une fois son masque de Gang sur la trombine, il devrait pouvoir se la péter. Vu ce qu’il a réussi ici, je le vois bien chef des Skulls dans pas longtemps, le Kneecracker.

L’intéressé pousse une longue plainte faible qui s’atténue quand la gosse lui injecte une nouvelle dose d’anti-douleur. Marada regrette de ne plus en mesure d’atténuer ses souffrances pour le moment mais elle s’est épuisée à dispenser des soins aux camarades les plus sérieusement touchés. Tant de victimes… Quel carnage effrayant ! Jamais elle n’avait participé à une bataille d’une telle cruauté avec les Héros. Puis elle en vient à penser qu’elle se fourvoie. Elle a déjà causé des dégâts pareils avec ses compagnons. C’est simplement qu’avant, elle ne s’était jamais vraiment préoccupé de l’effet de leurs pouvoirs sur ces cibles misérables et méprisées. Après ce qu’elle vient de vivre, Marada sait qu’elle ne pourra plus jamais affronter les bandes mineures avec cette insouciance effrayante qui l’habitait. Certes, ils sont une menace avérée pour la société. Mais la société n’est elle pas responsable de leur existence ? Ils sont si jeunes… mon Dieu ! Et si vieux à la fois… Malgré son âge, elle fait presque figure de Vétéran à coté de la plupart d’entre eux. Combien ont délibérément choisi d’intégrer les Gangs ? Le monde moderne est il devenu si inhumain que des adolescents choisissent une existence asociale à seule fin d’exister ? Où se trouve la barrière entre le permissif et le répressif ? La seule différence entre elle et la jeune Skull gorgée de haine se résume t’elle à la chance d’avoir rencontré Nathan O’Neill et sa Brigade ? L’Héroïne est plongée dans ces pensées troublantes quand l’immense baraque qui dirige les Warriors pose doucement sa grosse patte sur sa frêle épaule :

- Marada ! Un de mes gars est parvenu à réparer l’inter-comm. Bon, c’est du bricolage mais ça devrait tenir au moins pour un appel. Tu veux essayer de contacter la Hero Corps à nouveau ? 
- Oui merci, Héraclès…
- Pas de problème ! sourit le Colosse d’ébène, découvrant une dentition à faire pâlir une Abo. Viens avec moi s’il te plait.

Comme elle suit le guerrier aux muscles saillants, Marada se demande comment un homme profondément humain et sensible comme Nathan parvient à concilier son devoir à défendre les victimes et sa pitié pour des laissés pour compte dont la survie dépend d’expédients et de larcins. Les Héros ne sont finalement qu’un bien piètre remède qui s’attèle à garantir un calme relatif sans résoudre le mal profond. La pauvreté et le désespoir sont les vrais maux de Paragon mais aucun Héros n’a le pouvoir de les éradiquer. Elle a toujours considéré les Hellions ou les Skulls au même titre que les 5ème colonne ou les Creys, simplifiant à dessein son approche afin de ne pas se poser les questions qui la torturent à présent. Oh, ce ne sont pas des enfants de cœur pour autant et elle est consciente de son utilité à combattre des bandes qui sacrifient elles aussi à la facilité en s’en prenant aux plus faibles qu’eux. Mais elle espère que cette terrifiante menace qu’ils ont combattue cote à cote aura permis à tous de relativiser des rapports bien radicaux à l’avenir. A défaut de se comprendre, au moins se respecter.

- Contrôleuse ? demande, amusé, le grand black en lui tendant le micro du communicateur. Tu es avec nous ?
- Oui… Enfin non ! En fait, je me disais… Je peux te poser une question, Hera ?
- Après ce que tu as accompli à nos cotés, tu peux même espérer une réponse franche et honnête, Héroïne ! se marre le bonhomme.
- Pense-tu que la situation va évoluer ensuite ? Après ce qu’on a vécu, je veux dire…
- Oui et non ! sourit joyeusement le Guerrier. Les Gangs mineurs resteront en marge de la Loi et les Héros s’assureront de leur botter les fesses quand ce sera possible si c’était le sens de ta question.
- Tu vois, je pense que tout cela était vraiment navrant. Nous vous tapons dessus parce que vous enfreignez les Lois mais avez vous vraiment les moyens de survivre sans ça ?
- Excellente question ! se met à rire le Vilain visiblement très amusé. Tu es embêtée parce que tu viens de découvrir que nous pouvions aussi être considérés comme des êtres humains, c’est ça ? Tu penses que la société nous a poussés à nous marginaliser ?
- Exactement ! s’enflamme la Contrôleuse.
- C’est bien plus compliqué que ça, jeune héroïne… tempère le Colosse noir avec un clin d’œil.
- Explique moi ton point de vue dans ce cas, Oh puissant Héraclès ! lance Marada un brin boudeuse.
- Hahaha d’accord ! Imagine le topo… Je t’accorde que les Gangs sont nés de la misère et du désespoir, c’est vrai. Cependant, nous avons considérablement évolués par la suite. Certains d’entre-nous considèrent les options proposées par la Société comme trop restrictives et se sont choisis une alternative en entrant dans une bande. Une sorte de vie à l’ancienne inspirée des Pirates si tu veux. Nous ne sommes pas des gentils, rassure toi. Même si le malheur conduit parfois les jeunes dans nos rangs, ajoute à ça une forme de facilité voir de fascination pour l’interdit propre à la jeunesse. En faisant simple, il est plus aisé de rejoindre les Hellions que de se battre pour se faire une place au soleil dans TA société. C’est plus risqué physiquement, certes, mais tu n’es plus seul comme vous pouvez l’être dés lors que tu es pauvre, abandonné ou faible. Ces derniers étant d’ailleurs nos cibles de prédilection car il ne faut pas nous prendre pour des Robin des Bois des temps modernes. Pour beaucoup, le passage dans les Gangs est une étape, une simple épreuve avant de rejoindre le monde « normal ». Une sorte d’initiation à l’interdit avant de rentrer dans le rang. C’est ce qui nous différencie avant tout d’organismes totalitaires et puissants comme les 5ème ou les CoT qui veulent dominer et imposer. Tout comme cette société que tu défends…
- Alors rien ne changera ?
- Paragon assoie ses institutions sur un tas de fumier, ma jeune amie. Les puissants le sont de plus en plus au détriment des masses. Chacun cherche à récupérer le maximum pour lui et la seule chose qui nous différencie des citoyens habituels est le moyen pour y arriver. Certains d’entre-nous – comme les Freakshows - prônent l’anarchie mais nous ne pouvons finalement survivre qu’en parasitant cette société qui nous combat. C’est tout le paradoxe ridicule de cette situation. Finalement les plus à plaindre sont les Héros comme toi qui s’évertuent à défendre les plus faibles mais ne peuvent pas les sortir de leur misère. J’ai longtemps fait parti de cette majorité silencieuse et tremblante. Je ne suis pas né dans le ruisseau et j’ai même quelques beaux diplômes à mon actif…
- Ca s’entend à ta façon de t’exprimer. Et au choix de ton nom de guerre…
- Merci. Mais tu vois, un matin je me suis réveillé et ma vie était toute tracée : un travail, une famille, une retraite. Il n’y a rien de déshonorant là dedans mais j’aspirai à l’aventure et au danger. Alors j’ai rejoint les Warriors et j’y ai fait mon trou. Ne confonds pas notre monde avec une vision du Paradis, Marada. Ca n’est pas non plus l’enfer. C’est simplement un équilibre entre les deux qui permet à une majorité d’humains de vivre où de survivre. Et le rôle des Héros n’est rien d’autre que de garantir cet équilibre, pas de faire pencher la balance. C’est à nos yeux - nous les petits gangs mineurs - ce qui différencie les groupes de Héros non alignés des organismes mercenaires comme la Hero que nous détestons car ils ne valent pas mieux que des Family. Ordre et Chaos. Bien et Mal. Un équilibre subtil aussi complexe qu’une personne. Multiplié par des milliards d’identités, tu comprends bien que cet âge d’or auquel tu aspires viendra des gens eux-même. Pas des Héros… ça répond à ta question ?
- Je ne suis pas sure…
- J’ai tendance à être un peu trop prosaïque. Mes potes me le reprochent souvent !!! En faisant simple, lorsque tout cela sera terminé, nous recommenceront à nous taper sur la figure. Vous d’un coté des sacs à main, nous de l’autre. Seul une uniformisation intégrale de l’humanité garantirait la Paix pour tous. Mais c’est malheureusement la mort de cette humanité qui serait privée de son libre-arbitre puisqu’elle conduirait à la pensée unique et à la dictature. L’équilibre ! C’est de là que viendra le salut. Un jour… En attendant, jouons nos rôles, petite Héroïne !
- J’espère qu’à l’avenir je n’hésiterai pas à lancer une attaque Psy sur les gangs maintenant que je sais quelles pensées subtiles et complexes peuvent s’abriter sous un crâne aussi épais… sourit la Contrôleuse. 
- T’inquiète, Marada, une telle chose n’arrivera pas : un bon coup de poing dans le pif te remettra rapidement les idées en place, crois en mon expérience ! Maintenant si tu rassurais tes amis et retournais auprès de l’autre andouille balafrée, hein ? J’aime pas les Skulls mais celui là à bien mérité d’avoir une belle frimousse comme la tienne à contempler lorsqu’il ouvrira les yeux !
- Vous êtes pas croyables ! Même entre-vous, vous ne pouvez pas vous encadrer ! rigole la jeune femme.
- Pourquoi on ferait ça ?répond Héraclès en feignant l’étonnement. T’aime  tous les Héros toi ?
- Heu… Ben non ! Y a de sacrés abrutis qui se la jouent des fois…
- Ben tu vois ! Ca aussi, c’est l’équilibre, ma belle !

Prochainement : Roxy