Chapitre Trente trois : Nathan

- J’espère qu’elle a compris… jette l’aveugle en reposant le micro après s’être assuré une dernière fois que le signal restait désespérément muet.
- Vaudrait mieux ! acquiesce Montagne dans un fracas métallique tandis qu’il balance sur le dessus de la pile un énième corps de Cyborg tout démantibulé. Si la Hero Corps ne parvient pas à défendre les centrales à temps et que les boucliers de quartier tombent, il ne restera plus grand chose à sauver à Paragon… T’es bien certain de ton info j’espère, Fifi !!!
- Enfoirés !!! crache haineusement une petit voix hystérique au niveau du sol. J’te caufe plus !!! Vous aviez fromis, faloooooos !!!
- La ferme, Fifi ! souffle le monstrueux Tanker  avec lassitude. Disons qu’on est à égalité… T’as toujours ta petite zézette malgré ton entourloupe, non ? Alors estime toi heureux !!!
- T’afais pas à m’arraffer les guiboles, falopard !!! crachouille le cyborg qui n’a plus qu’un bras intact.
- T’avais qu’à pas te sauver pour rameuter tes potes quand on est arrivés en vue du centre de communication, connard ! rétorque Louis La Salle. Je t’aurai pas choper par les guitares pour leur cogner sur la tronche !!!
- VE FUIS PAS UNE GOURDIN, MERDE !!!
- Ah ça on est bien d’accord !!! Deux trois moulinets et tu te démontes de partout ! J’vais t’dire, Fifi : j’suis hyper déçu ! Je croyais que les implants Creys c’était d’la balle et j’avais même hésité un moment à m’en faire poser mais quand je vois comment t’es en rotin…
- Rhhhaaaaaa l’autre hé ! F’y crois pas !!! Il me fait tourner dans tous les fens et me cogne partout et fa fa encore être de ma faute !!! Tu m’a tout caboffé la tronfe, abruti !
- C’était donc ça ce bruit de grelot !!! T’inquiète, Fifi : pour ce qu’il y a dans ton crâne de piaf, il doit encore rester de la place même pour deux trois bastons avant que ton microscopique cervelet commence à être à l’étroit !
- ‘foiré… Tu fais combien fa coûte des implants fyber, gros fac ? Tu fais ?
- Nan pis j’m’en branle pour tout te dire ! On te demande des trucs pas compliqués mais faut que tu joues les héros alors viens pas couiner après, abruti ! Et arrête ça ou je t’arrache le bras qui te reste !!! menace Montagne qui en a marre que l’autre lui fasse des doigts d’honneur répétés avec son membre survivant. Bon, suite des opérations, Nat ?
- On admet que Fifi ne nous a pas menti, que  la HC a eu le message et on sort les copains du pétrin.
- Ca me va ! Concernant la môme, on a plutôt intérêt à débouler en force si l’autre gland a encore raison par contre !
- F’ai raifon, gros fadique !!! Y a un truc qui déconne afec le Démon ! Il font touf là bas afec la gamine !
- T’as plutôt intérêt… N’empêche que si la gosse y passe pendant qu’on sortait Mac de son trou, je te dévisse la tête, je te retourne et je te transforme en bilboquet, ras du sol !
- F’est dégueu !!! J’y fuis pour rien moi fi fous êtes fenu fous foutre dans la crotte en fenant là !
- Ouais mais j’aurai que toi sous la pogne pour me calmer les nerfs alors tu peux commencer à prier pour qu’on arrive à temps !
- Dépéfons nous alors !!! Il est au labo, le fioque ! F’est au troifième nifeau !
- On y va ! lance Montagne en attrapant Fifi par le catogan et en le jetant sur son épaule comme un sac de sport malgré ses glapissements.
- Pourquoi je n’étais pas emprisonné au même étage que Mac et Mélanie, Fifi ? demande l l’aveugle au cyborg qui pendouille dans le dos de Montagne et tressaute à chaque enjambée du Titan..
- Pafque… on defait… utilifer ton énérfie pour… aider les CoT à… faire un truc mafique, explique péniblement le morcelé entre deux soubresauts. Le fieux MouMouMac… est afec… les « barbaques » !
- Les barbaques ?
- Oui. Feux que fes tarés de Fahziloks découpent pour afoir des morfeaux de bidofe ! Il est fertainement défà tronfonné, l’anfêtre…
- Fonçons !!! s’élance Louis sans tenir compte des nouvelles plaintes de son fardeau qui rebondit maintenant comme une balle en caoutchouc.

Lorsque le Contrôleur d’arrête enfin devant la porte blindée indiquée par Fifi comme étant l’entrée des laboratoires Vahziloks, il se concentre un instant puis souffle :

- Deux types à l’entrée. Mortis ou Eventreurs, je sais pas trop. Peut être une douzaine d’adversaires à l’intérieur.
- Mac ?
- Il est là. Mais sa signature est très faible par contre… Soit il est dans les vapes, soit il est mourant ! murmure le Contrôleur en s’appuyant sur le mur avec difficulté.
- Tu vas tenir le coup ? s’inquiète le Colosse en constatant que la blessure qu’il a été contraint de causer à son ami pour arracher l’inhibiteur de pouvoir implanté dans son aine s’est remise à saigner abondamment.
- Ca ira… C’est pas cette plaie qui me rend fébrile… Je suis chargé à bloc et ça me fiche les jambes en coton. C’est le problème avec les pouvoirs Psy : inhibés, ils s’entassent quand même jusqu’à la surcharge si on ne les évacue pas naturellement. Nos adversaires ne vont pas être déçus là, tu peux me croire… Je m’occuperai de ce petit bobo quand on aura tiré Mac de là. Dépêche toi de shunter la serrure électronique, mon ami.
- On a pas le temps pour ça ! gronde Montagne en tirant une nouvelle micro-seringue de sa ceinture.
- Louis… supplie O’Neill tandis que le gigantesque Héros pique sa gorge de taureau sans hésiter. Tu vas finir par te tuer… Tu es déjà en surdose !
- Pousse toi, Nat ! Je suis déjà mort alors fais pas chier !!!

L’empathe s’écarte et Montagne balance un coup de latte si démentiel qui arrache carrément l’énorme porte blindée de ses gonds et l’envoie voler à travers la pièce comme un missile, disloquant au passage les deux Mortificators qui en assuraient la garde. Une seconde après, c’est l’infortuné Fifi qui s’envole en hurlant droit sur un malheureux bourreau qui avait commis l’erreur d’être le plus proche de l’entrée. La douzaine de Vahziloks présents dans le grand laboratoire se retourne avec la même stupeur inscrite sur leurs monstrueux faciès.

- J’ai failli attendre… gémit difficilement MouMouMac, sanglé à la table de dissection dégoulinante de sang, entièrement nu et le corps recouvert de tirets grossiers comme un quartier de bœuf pour faciliter l’équarrissage à venir.
 
En une seconde, Nathan a analysé la situation et sélectionné les cibles prioritaires. Le chef des bouchers se rue sur Montagne flanqué de ses acolytes non sans hurler auparavant à l’Eventreur brandissant une lourde scie circulaire qui se tient au dessus vieux Héros martyrisé :

- Tue le !!!

O’Neill peine encore un peu à doser ses terrifiants pouvoirs. La décharge Psy libérée est si intense que la tête du Vahzilok à la scie explose comme une citrouille tandis que son corps immonde s’effondre sur Mac comme un sac de viande. Les hachoirs et les couperets de ses compagnons arrivés au contact s’abattent sur Montagne mais le Tanker – camé à mort - n’en a cure. Une droite titanesque explose un crâne dans un craquement définitif. La gauche arrive une micro seconde plus tard dans la figure du leader Vahzi où elle s’enfonce jusqu’au poignet dans un bruit mou. Nullement ralentit par l’infect bracelet de chair, La Salle balance ses monstrueux battoirs sans se préoccuper des terrifiantes blessures que les sadiques aux tabliers ruisselant de sang lui infligent. Deux nouvelles beignes hallucinantes et un autre duo d’adversaires mord la poussière, la nuque en miettes et la tête réduite à une pulpe écœurante. Nathan en profite pour immobiliser les survivants ennemis d’une fulgurante attaque mentale et ils se tiennent le crâne en tentant de rester debout, les yeux exorbités et la bouche ouverte sur un cri muet. Constatant qu’il n’y a plus de menace immédiate, Montagne effectue un mouvement sec du poignet particulièrement violent qui sépare le corps du leader Vahzilok de sa tête toujours affreusement plantée sur son poing comme un gant cauchemardesque. Puis il se retourne, repère sa victime préférée dont le crâne cabossé est partiellement encastré dans une cage thoracique défoncée suite au lancer gagnant et lui lance d’un ton badin en désignant son trophée :

- Tu vois, Fifi ! Voilà ce qui t’arrivera si tu veux nous baiser la tronche…
- T’es un grand malade, toi !!! couine le cyborg-tronc en tentant de se dégager de son encombrant chapeau de chair avec son bras valide. Mon catogan est tout foutu là, f’suis fur !!! Décoinfe moi, putain !!!
- Mon Dieu, Mac ! s’étrangle O’Neill en dégageant le cadavre qui écrase le vieux Héros et en sentant  le sang ruisseler entre ses doigts.
- Cool, Nathan ! tempère le dégarni. Je suis encore un peu dans les vapes mais c’est à cause de leurs injections à la con. C’est pas mon raisiné. Les Vahzis ne sont pas les rois du ménage et c’est celui des mecs qu’ils ont découpé avant moi… Te bile pas, je suis entier. Tu peux me détacher par contre, je suis pas particulièrement pudique mais je réfléchis mieux quand j’ai pas le chibre à l’air…

Pendant que le Contrôleur achève de retirer les épaisses sangles qui entravent Mac, Montagne neutralise pas très proprement les Vahziloks toujours agités de tremblement. Pour couper court à ses jurons, il va ensuite pour libérer Fifi qui n’en finit pas de batailler contre son gluant couvre chef quand la voix féminine cassante retentit dans le fond de la pièce en provenance des cellules plongées dans l’obscurité.

- Oubliez pas l’artiste, m’sieurs-Dames…
- Tiens, tiens, tiens… se marre Montagne en s’approchant du coin sombre malgré les plaintes de Fifi qui aimerait bien qu’on ne l’oublie pas. Qu’est ce que deux gros salopards comme vous font ici ?
- A qui tu parles, Louis ? demande O’Neill.
- Mes voisins de chambrée probablement ! répond Mac en massant ses poignets endolories et en cherchant de quoi se couvrir du regard. On peut dire que la clientèle laisse un poil à désirer dans ce labo…
- Oh ça va, gras du bide ! ricane une des silhouette. Commence déjà à plus te promener avec Popaul au vent et tu pourras la ramener…
- Magnum et Kalash… souffle enfin l’aveugle après être parvenu à identifier les très particulières signatures astrales des deux prisonniers. Comment deux aussi habiles chasseurs de prîmes de la puissante Légion Hydra  se sont ils retrouvés dans ce trou à rat ?
- Fais nous déjà sortir de là et on t’explique, O’Neill ! ordonne sèchement la toujours très désagréable Kalash.
- Laissons les ici, Nat ! intervient louis en déplantant enfin Fifi qui se fend d’un déplacé « ah ben tout de même » qui lui vaut une taloche sur le museau. On a déjà assez à faire ici sans s’embourber des fumiers de mercenaires qui nous trahiront dés qu’un enculé leur promettra deux influs !
- Faites pas les cons ! s’époumone le minuscule Magnum. Vous pouvez pas nous laisser crever ici ! Pas comme ça, merde !  
- Bien sur qu’on peut, enfoiré ! ricane Montagne d’un ton haineux qui ne lui ressemble pas et inquiète un peu plus Nathan.
- On est dans la même galère, La Salle !!! crache Kalash qui perd un peu de sa détestable arrogance. On était pas tous seuls ici ! Demande au vieux ! On a nous aussi une ardoise à faire payer à ces bâtards!
- C’est vrai ce qu’elle dit ? demande Montagne à Mac qui acquiesce.
- Y en avait trois de plus avant que vous ne débarquiez…
- Ou qu’ils sont passés ?s’enquiert le Tanker avant de murmurer un « ah… » embarrassé quand MouMouMac désigne du menton un container à viande qui déborde de monceaux de chair sanglants.
- Bon ok, Kalash ! reprend Nathan. On t’écoute. Mais nous sommes un peu pressés alors tâche d’être convaincante car je te jure que vu la situation, je n’hésiterai pas un instant à t’abandonner avec ton dérangé de frangin si j’ai le sentiment que tu nous baratines.

Visiblement cassée malgré la morgue qu’elle tente encore d’afficher, la grande brune toujours dans l’ombre commence à parler d’un ton monocorde :

- Je vais pas te pipeauter, O’Neill…
- Ca commence mal là… glisse Montagne, acide.
- Ah fais pas chier, La Salle ! Trois de mes frangins ont été dépecés vivant et j’avais promis à papa de m’en occuper alors il va être super en pétard quand je le rejoindrai au Paradis…
- T’iras pas au Paradis, Kalash ! ricane le Tanker qui ne peut pas encadrer la mercenaire. Par contre, c’est clair que tu retrouveras quand même ce vieux salopard de Molotov quand tu passeras l’arme à gauche…
- Ordure ! Mes frères sont morts !!! C’était affreux !!! Ils criaient pendant qu’on les démembrait, un morceau après l’autre ! Merde… personne ne mérite de crever de cette façon…
- Ils ont du en faire une drôle de gueule quand il leurs ont ouvert le ciboulot et qu’il n’ y avait rien dedans, rigole le Tanker.
- Putain Montagne j’te jure…
- Au fait, Kalash… coupe Nat, sinistre.
- Ouais ça va… La Légion a été engagée par les Creys pour soutenir un assaut à venir sur Paragon. Toutes les organisations susceptibles de bosser pour du blé et pas trop regardantes sur l’employeur l’ont été en fait. Les Epines Pourpres, Cœur de Cendre, les D.E.A.T.H…Pleins d’autres…  Jusqu’à ces cintrés de Tchernos, t’imagine… Enfin bon… Bonne paie et juste à attendre ici le moment venu avant de bouger…
- Mais t’as pas pu attendre, hein Kalash… lance Louis.
- Y a une zone où il faut pas mettre les pieds ! élude la femme. INTERDIT ! Un niveau souterrain où il se passe des trucs pas clairs impliquant tout le gratin, CoT, Crey et Vahzis en tête.
- Alors t’as été voir des fois que l’info puisse se transformer en thune… continue Montagne.
- C’est Mag qui y est allé, ce crétin ! répond Kalash en jetant un regard noir à Magnum qui paraît d’un coup encore plus petit que d’habitude. Et ce con s’est fait choppé. Alors comme les autres voulaient lui faire ça fête, parce que c’était secret et tout ça, ben on s’est bagarrés quoi !
- Contre tous les autres louftingues ? s’étrangle le Tanker sincèrement abasourdi.
- Oui tiens ! Il est con, Mag, mais c’est un Hydra ! On allait pas le laisser tuer quand même. Bon, faut dire aussi que ça a un peu dégénéré… Vu que mon frère Uzi était sorti avec la petite Chardon des Epines, ils se sont ralliés à nous au départ de la bagarre. Ca a pas plu aux DEATH alors les Cœurs en ont profité pour leur tomber sur le râble pendant que les Tchernos mitraillaient tout le monde ! A la fin ce sont les Elites Creys et ces sournois de Démons qui ont calmé tout le monde ! Ils ont envoyé tous les survivants à coups de pompes dans des baraquements séparés du deuxième pour qu’il arrêtent de se cogner dessus et nous ils nous ont collés ici entre les paluches de ces malades de Vahzis pour faire un exemple; vous connaissez la suite…
- C’est assez débile pour être vrai ! se marre MouMouMac. Mettez trois maboules comme ces phénomènes là dans une pièce et vous aurez une guerre !
- Ouais ! acquiesce Montagne. Y a qu’à voir la trombine de ce blaireau de Mag pour s’en convaincre ! Je savais pas que Uzi était sorti avec Chardon ?! C’est fou ça avec la gueule qu’il a…
- Qu’il avait ! corrige Mac, sentencieux.
- Tu as vu quoi dans ce fameux niveau secret, Magnum ? demande O’Neill. Qu’est ce qu’ils peuvent bien cacher là bas de si terrible pour décider d’éliminer des alliés certes complètement abrutis mais dotés de pouvoirs à ne pas négliger ?
- Y a des zombis pleins de ferraille ! Pleins de milliers ! Partout ! Allongés en rang d’oignons à perte de vue, répond le petit bonhomme en tremblant.
- Et ils font quoi ? demande Louis.
- Rien. Enfin si : ils font drôlement peur ! C’est pas les mêmes que d’habitudes. Ils sont vachement plus grands avec des morceaux de Rikti partout.
- La fameuse armée d’invasion…murmure l’aveugle. Mac, libère les je te prie.
- Ca te va bien la touffe à la Kojac, ricane Montagne tandis que la grande brune baraquée sort de la cellule en tenue d’Eve flanquée de son frangin maigrichon qui lui arrive au nombril.
- Marre toi, crétin ! grince la mercenaire aussi haute que le Tanker. Attends que je récupère mon matos et qu’on en ait terminé avec ces enfoirés et on aura une discussion, ma touffe et toi, compte sur moi !
- Si tu le dis… souffle La Salle avec un sourire douloureux en s’injectant une nouvelle dose de boost, signifiant inconsciemment à Nathan qu’ils ont assez perdu de temps.
- Pour le matériel, c’est ici ! intervient Mac joyeusement après avoir ouvert une des grandes armoires murales.
- Chouette, mes guns !!! s’illumine Magnum en mettant ses redoutables mini-gatlings en bandoulières sans même penser à enfiler son caleçon avant.
- Avec ces deux tapés, on va sacrément gagner en puissance de feu, mon pote ! dit Louis à Nat en désignant leurs inespérés alliés. Ils ont peut être pas inventé la superadine mais quand ils sont remontés comme des coucous Suisses comme ça, même moi j’aimerai pas être en face. Profitons qu’ils ont la rage sinon ils vont réfléchir au meilleur moyen de nous faire un petit dans le dos avec leur mentalité de merde !
- Tu as raison ! jette le Contrôleur en regardant son ami avec inquiétude. Allez, on décolle ! Plus la peine de faire dans la dentelle maintenant : on trouve Mélanie, on fait tout péter et on décroche. Heu… Dans cet ordre hein…
  
Chapitre Trente deux : Kali

Kali le Scraper a livré des milliers de combats, survécu à des batailles de dimension cosmique et sauvé la Terre ainsi que trois où quatre univers divers un sacré paquet de fois depuis qu’il fait l’étrange métier de Super-Héros. Il compte parmi ses amis certains des combattants masqués les plus puissants de la planète et a affronté directement les plus dangereux criminels qui soient. Autant dire que l’Indien n’est pas un homme facilement impressionnable, loin de là…

Pourtant, alors qu’il embrasse du regard l’immense collecteur souterrain une nouvelle fois, il se prend un instant à devenir spectateur de l’hallucinant spectacle qui se déroule sous ses yeux écarquillés. Impossible de dire combien de créatures infectes son entassées dans la gigantesque salle car il s’en déverse sans discontinuer de tous les étroites galeries alentours. Des milliers probablement. Plus en tous cas que l’homme au turban n’en a jamais vu jusqu’ici. On ne peut même pas parler de groupe ou d’armée, ni même de Horde. C’est un flux. Une coulée de chair morte ininterrompue et terrifiante qui avance lentement, compacte et mortelle, uniquement dans le but de détruire l’obstacle que leurs Maîtres humains bien à l’abri leurs désignent. Un obstacle fait d’acier et de fureur : les Tanks Swipers Freakshow !

Féru d’histoire antique, Kali ne peut éviter le comparatif avec la Phalange Spartiate du Roi Léonidas affrontant les Myriades Perses dans le défilé des Thermopyles. Certes, son Léonidas à lui n’est qu’un petit bout de femme qui peine à atteindre le mètre soixante, ses Hoplites une bande de punks déments sans grande noblesse et le lieu de l’affrontement un égout puant perdu et oublié de tous mais quel spectacle !!!

Au départ, le Scraper a pensé que les Titans câblés ne tiendraient pas vingt secondes. A peine l’engagement initié, Eve Van Dorn avait grondé à un Kali stupéfait un « NE BOUGE PAS ! » sans appel. Les Colosses de métal s’étaient égayés dans toutes les directions à la fois à priori sans une once de stratégie, dévastant de leurs monstrueuses lames tranchantes comme des rasoirs géants les rangs des Abominations surprises. Mais l’Indien ignorait qu’il s’agissait en fait d’une manœuvre destinée à garantir aux tueurs affichant des Iroquoises bariolées l’environnement nécessaire pour qu’ils puissent exercer leurs mortels talents à leur paroxysme. Au moment même où Kali pense qu’ils vont tous succomber sous le nombre car les Abos menacent de déborder leurs flancs pour les prendre de dos, la frêle Clamor - restée au centre de la formation - hurle de sa petite voix stridente un « RETRAITE !!! » si puissant qu’il domine le fracas du combat. Juste avant le cri et comme par magie, les Tanks ont déjà entamé un replis parfaitement réglé jusqu’à se retrouver dos à dos, leur chef et le Scraper médusé abrités au centre.

Les invincibles colosses répètent six fois la même technique et plusieurs centaines d’Abominations ont succombé à l’habile stratégie avant que leurs chefs ne comprennent que chacune de leurs avancées désordonnées se transforme en débâcle terrible. Des morceaux déchiquetés agités de mouvements sporadiques saccadés couvrent un rayon sanglant d’une vingtaine de mètres autours du cercle que les Swipers regroupés viennent une fois de plus de former. Et le tout n’a pas duré une minute… Les Punks sont couverts de bouts de chair sanguinolente et leurs faux ou leurs pinces de combat dégoulinent de fluides épais infâmes. Du fait de leur taille gigantesque, seuls sept d’entre eux ont reçu sur le visage des éclaboussures du vomi immonde et corrosif que les zombis ont la détestable habitude de balancer mais aucune blessure sérieuse n’est à déplorer. Un miracle ! Décontenancés par la violence des assauts répétés, les Vahziloks demeurent maintenant immobiles, contemplant de leurs yeux vitreux les restes de leurs compagnons massacrés qui continuent à se tortiller dans la fange verdâtre. De leur coté, les Punks reprennent leur souffle, grondant comme des forges infernales et faisant cliqueter leurs armes comme une bande de crabes mutants. Clamor en profite pour s’adresser à Kali sans le regarder, les yeux fermés et le front plissé par la concentration.

- Ca ne marchera pas une fois de plus ! Les groupes d’Explosifs progressent vers nous et même l’armure des Swipers ne résistera pas à des centaines de détonations simultanées ! Sans parler de nous deux…
- Comment tu sais que ces bombes sur pattes arrivent ? demande l’Indien qui ne voit que les épaulières gigantesques truffées de pointes de ses protecteurs.
- Mon optique, patate ! Je suis reliée aux implants oculaires des membres du groupe ! C’est d’ailleurs assez pénible avec des abrutis comme Antenne qui me fichent mal à la tête avec leur connerie de vision cyclope. Sans ça, comment crois-tu que je puisse coordonner les mouvements de ces tarés voyons ?!
- Ben je ne savais pas…
- Le Leader d’un peloton Swiper est toujours connecté à eux… A la manière d’un marionnettiste même si ces tronches de pioches n’en font bien souvent qu’à leur tête. Par contre si t’as une idée, je prends… Les Abos vont rester à bonne distance jusqu’à l’arrivée des bombes sur pattes  maintenant ! Si nous avançons au contact pour nous dégager, elles nous submergerons. Les Swipers sont invincibles en défense et dans des lieux exiguës mais ce sont de piètres combattants pour les bagarres qui demandent de la mobilité comme ici. A part un baroude d’honneur…
- Réfrène tes ardeurs, petite teigne ! sourit l’Indien en désignant les passerelles métalliques aériennes qui surplombent le collecteur. Tu penses pouvoir nous téléporter là bas ? Les Vahzis n’ont aucune compétence de déplacement et ils devront venir nous chercher ! La défense sera aisée pour tes copains en attendant mieux…
- Excellent ! Gérons l’urgence et sauvons notre peau. Une fois là haut, nous aviserons…

Clamor ramène ses bras en croix, le menton collé à sa poitrine puis l’énergie se met à crépiter autours d’elle, nimbant ses compagnons. Elle écarte ses poings serrés, la tête basculée en arrière, et tout le groupe disparaît pour se rematérialiser une dizaine de mètres plus haut sur une des large plate-forme aérienne qui constituent un véritable enchevêtrement arachnéen d’acier. De son salutaire perchoir, Kali regarde – fasciné – la marée mortelle qui ondule dans tous les sens, forêt de bras et de têtes en putréfaction dont les milliers de mains décharnées se tendent maintenant vers eux comme dans une infernale prière. Sa contemplation est de courte durée et il comprend qu’il vient de commettre une monumentale erreur quand le sinistre craquement du vieux métal pourri et corrodé le ramène à des préoccupations plus immédiates.

- Le poids !!! Bon sang, ce dédale de fer est pourri jusque dans ses plus épaisses fondations !!!
- ECARTEZ-VOUS ! hurle Clamor aux Swipers étonnés et aussi lourdauds physiquement que mentalement. Répartissez la charge sur les passerelles secondaires où tout va s’effon…

Dans un bruit de métal torturé, la large passerelle ou le groupe vient d’atterrir brutalement - trop durement sollicitée après des années à ne rien faire d’autre que paisiblement rouiller- commence à se déchirer. Les monstrueux colosses s’élancent lourdement vers les embranchements les plus proches tandis que les mains griffues des Abos hors de portée se tendent avec avidité vers eux et qu’une terrifiante plainte sourde et avide s’échappe de leurs milliers de gorges couturées. Un des redoutables Swipers se met à paniquer quand sa lourde botte blindée perce le revêtement comme du papier. Pour retrouver un semblant d’équilibre, il tente de se raccrocher à ses compagnons les plus proches, les déstabilisant à leur tour. Pareils à de gigantesques dominos de métal, les malheureux basculent dans le vide sans un cri, broyant la masse des Vahziloks toujours serrés comme des asperges dessous. Toujours vivants mais allongés comme des tortues géantes, les énormes Tanks n’ont pas le temps de se redresser que déjà les Abominations et les Cadavres survoltés par ces proies impuissantes se jettent sur leurs visages offerts et les déchiquètent implacablement. Tentant de ne pas céder à la panique, Kali et Eve Van Dorn poussent de toutes leurs forces le dernier Swiper encore sur la lourde grille qui prend une inclinaison fatale. Le Punk parvient enfin à poser son gros pied démesuré sur la passerelle stable la plus proche lorsque la large plaque bascule dans un fracas d’enfer. Les tonnes de ferraille aplatissent comme des cafards les monstres qui grouillaient dessous, toujours afférés à mutiler le quatuor d’infortunés Tankers. D’un spectaculaire coup de rein, la petite tueuse se catapulte sur une des poutrelles de soutènement qui tient encore miraculeusement debout. De son coté, Kali parvient à se jeter au dernier moment en direction d’une providentielle rambarde qu’il accroche du bout des doigts in extremis. Tandis qu’il raffermit sa prise, il regarde avec horreur le Tanker toujours en équilibre. Il le reconnaît à sa curieuse antenne plantée dans le front et à ses yeux cousus et assiste, impuissant, aux oscillations angoissantes qui le font hésiter avec une lenteur onirique entre salut et trépas. Le Tanker à la crête bleue électrique avec qui « Antenne » avait failli s’étriper quelques minutes auparavant s’élance vers son meilleur ennemi, son énorme pince de combat tendue devant lui en rugissant :

- Tiens bon, Antenne !!! Tiens bon, connard !!!
- MORTAR !!! hurle Clamor. RECULE !!! TU VAS Y PASSER AVEC LUI !!!

Au moment ou le punk à l’iroquoise parvient au niveau d’Antenne, celui ci bascule en arrière comme un sac de plomb. Mortar se jette lourdement en avant de toute la force de ses membres câblés et abat sa pince avec une rapidité surhumaine. S’écrasant dans un bruit de casseroles plus qu’il n’atterrit sur la tremblante passerelle, il parvient à enserrer le bras d’acier de son camarade qui reste suspendu dans le vide. La violence de la chute et le double poids soudain font exploser les boulons comme des balles de fusil et le fer rongé par la corrosion commence à se tordre dangereusement.

- LACHE LE ! s’époumone à nouveau la Leader du groupe. VOUS ALLEZ TOMBER TOUS LES DEUX !
- Elle a raison… souffle Antenne, le regard dur. Lâche moi, abruti !
- Toi tu ferme ta gueule et tu utilises ta pique de blaireau pour remonter, ok ?
- Où tu veux que je la plante, patate ? ricane Antenne. Y a rien à ma portée !
- Plante la sur moi, tachon ! On va voir si ton matos de Skull est meilleur que mon blindage depuis le temps que tu me cherches…
- Tu vas tenir le coup ? s’inquiète sincèrement Antenne.
- Dis donc, minable, je suis un Swiper oui ou merde !
- Ok ! gronde le suspendu en ramenant son bras terminé par la terrible pointe indestructible. Je… J’y vais ?
- Mais oui bordel !!! FRAPPE !!! Attends pas que je rouille !!!

Antenne plante profondément la pioche dans le dos de Mortar qui pousse un grondement de douleur puis commence son incroyable ascension. Au niveau du sol, les Abomination déchaînées se piétinent pour tenter d’attraper l’inespérée friandise malheureusement bien trop haute. Un nouveau craquement sinistre et la plaque de métal sur laquelle Mortar est allongé commence à se lever à la verticale lentement, transformant peu à peu le frêle abri en un cauchemardesque toboggan.

- FAITES CONTRE-POIDS !!! ordonne Kali à deux Swipers proches de la scène et captivés par l’incroyable sauvetage. Empêchez cette fichue glissière de se lever !!!  
 
Clamor se retourne vers le gros du commando encore composé d’une douzaine de Tanks qui se tient frileusement sur une passerelle secondaire.

- En binômes !!! Ecartez vous les uns des autres et dispersez vous sur les coursives ou tout va vous péter à nouveau sous les pieds, tas de golios !!!

Comme les colosses s’exécutent prudemment, la punkette jette un coup d’œil en bas et se remet à s’agiter dans tous les sens en constatant que les premières Abominations commencent à s’engager sur toutes les étroites passerelles accessibles qui mènent à l’étage :

- Ils montent !!! Détruisez les rampes d’accès !
- C’est pas un tas de viande qui va me faire reculer ! fanfaronne un immense Swiper en s’élançant lourdement vers les Cadavres qui parviennent doucement au niveau supérieur.
- RECULE !!! NE LES APPROCHE SURTOUT PAS ! s’égosille Clamor.

Ignorant l’avertissement, le Swiper – à qui ses compagnons pressés d’en découdre à nouveau ont emboîté le pas au lieu d’obéir aux injonctions de la jeune femme - n’a même pas le temps d’être surpris. Alors qu’il arrive au contact, le groupe de zombis ne fait aucun mouvement pour se protéger mais se met à sauter stupidement sur les grilles branlantes. Quand le Titan d’acier et ses camarades comprennent ce que les créatures pourrissantes tentent de faire, il est trop tard pour manœuvrer. Une énorme portion de l’échafaudage incapable de supporter le surpoids soudain et les vibrations causées par les andouilles sautillantes se disloque comme un château de carte et le Punk à l’origine de la catastrophe bascule irrémédiablement vers le sol grouillant de vermines en poussant un « et meeeeeeeerde » de circonstance mais un poil tardif. La masse des Abos qui continuent à se déverser sans discontinuer sur les quelques échafaudages de métal encore intacts font trembler et osciller maintenant tout l’ensemble des passerelles aériennes qui survolent le centre du collecteur. Seuls les quatre titanesques pylônes centraux évitent encore un effondrement général.

- C’est foutu !!! lance Eve Van Dorn, le maquillage dévasté par la sueur la transformant peu à peu en caricature de clown.
- Mon Dieu, quelle massacre ! se lamente Kali en aidant le miraculé Antenne à se redresser après son ascension épique.
- T’étais pas obligé de me piquer dans le cul !!! gronde méchamment Mortar en se redressant péniblement. Avoue que t’a visé, fumier !!!
- J’ai frappé dans ce qu’il y avait de plus gros sur ta carcasse, abruti ! répond Antenne.
- Vous allez pas recommencer votre cirque ? s’emporte l’Indien. Ca vous suffit pas d’avoir des milliers de Vahziloks prêts à vous tailler en pièces sous les pieds, il faut encore que vous…

La fin de la arrange du Scraper se perd dans un nouveau fracas infernal. Les Deux Swipers qui maintenaient péniblement la plaque à l’horizontale disparaissent dans le vide en hurlant de stupeur à la suite du tapis d’acier sur lequel ils se tenaient. La passerelle s’incline immédiatement et Mortar a juste le temps de tomber une fois encore en avant de toute sa masse pour rétablir à nouveau l’équilibre.

- Je vais finir par croire que tu aimes t’allonger, tapette !!! raille Antenne.
- Ils abattent les soutènement !!! rugit Clamor avant que le Tank aux cheveux bleus ne puisse balancer une réplique bien sentie. Quittez les échafaudages du centre !!! Téléporte les, Kali !!!
- Je n’ai pas ta maîtrise du TP !!! Je ne peux prendre qu’un seul d’entre eux avec moi, braille l’Indien en désignant le duo de Tanks qui n’en mène pas large. C’est eux qui garantissent l’équilibre !!! Il faut les téléporter en même temps sinon la plaque va basculer !

A l’instant ou la Punkette se recroqueville pour déclencher son pouvoir, une nuée de carreaux d’arbalète fond sur elle : les Mortificators se sont joints à la fête ! Elle disparaît juste à temps et les traits mortels ne frappent que le vide mais à l’instant où elle se matérialise à l’abri sur une large passerelle salutairement fixée au mur, les Vahziloks la reprennent pour cible. Incapable de se concentrer suffisamment longtemps pour espérer ramener ses compagnons, Clamor entame une série d’acrobaties époustouflantes pour éviter la menace directe non sans continuer à brailler :
 
- Sortez du centre !!! Dégagez et collez vous aux passerelles qui sont fixées directement sur les murs ! MAINTENANT !!!

Mortar tient la plaque fermement le temps que Antenne et Kali le rejoignent sur la coursive branlante puis les trois hommes s’élancent, aiguillonnés par la panique du ton de la Punkette peu habituée à se laisser ainsi aller. Sous leurs pieds, des centaines d’Abominations survoltées sont agglutinées comme des cafards aux énormes pylônes qui maintiennent encore l’étage. La galerie la plus proche de la muraille est à plus de dix mètres et le Scraper tente de maintenir en équilibre ses deux pesants fardeaux qui peinent à avancer en jurant. Les Cadavres donnent un terrible coup de boutoir et une première poutre d’acier gigantesque s’abat sur la meute des morts-vivants, fragilisant encore plus dangereusement l’édifice aérien. Il reste sept mètres quand la seconde poutre est pulvérisée sous la poussée des Vahziloks et que l’ensemble s’ébranle dans une tonnerre insupportable. Plus que cinq mètres. Autant dire que la passerelle représentant leur salut pourrait être sur la Lune. Un Tank Swiper peine déjà à marcher alors pour ce qui est de sauter…

- KALI !!! LAISSE LES !!! hurle Eve Van Dorn hystériquement en constatant que les deux derniers pylônes vibrent dangereusement sous la poussée redoublée des Abominations.

Distraite, elle ne voit pas les chefs Eidolons de la Horde fendre la masse et s’approcher. Quand Vivisector et Morten tendent leurs mains gantées de cuir dans sa direction, elle est toujours focalisée sur les projectiles qui continuent de la menacer. La double décharge d’énergie négative la frappe en pleine figure, brûlant cruellement son visage et l’étourdissant suffisamment pour qu’un carreau d’acier s’enfonce profondément dans son plastron de combat. Le choc la colle contre la paroi et tandis qu’elle glisse lentement le long du mur, le décorant d’une épaisse trace brune, elle reçoit quatre autres traits qui la clouent violemment dans la muraille avec un bruit mat. Alors que sa vue se brouille, elle distingue péniblement les trois formes nimbées de poussière battant des bras désespérément comme d’improbables surfeurs débutants - toujours en équilibre sur la plaque d’acier qui flotte un instant en l’air, privée de soutènement car les deux poutres principales rescapées viennent de céder à leur tour. Ses yeux se ferment et sa tête retombe mollement à l’instant ou la « passerelle surf » s’incline et tombe comme une pierre avec son trio d’occupants vers les Vahziloks déchaînés. 

Prochainement : Monsieur Social