Chapitre Trente et un : Sabra

- Non, non et non ! Même s’il en restait un en état de marche, je n’utiliserai pas un module de téléportation pour vous faire livrer des palettes de bières alors n’insiste pas !!! s’emporte la Scraper masquée dans l’inter-Com.
- Alors ? demande une grosse voix pleine d’espoir que Sabra attribue presque à coup sur à ce pochetron de Super-Buzard.
- Elle veut pô ! lui répond Nyme.
- Mais ça provient de mes stocks, ça coûte rien à la HC !!! intervient le très facilement reconnaissable Super-Glouglou. Juste un saut à la Taverne et « hop » ! C’est pas compliqué quand même !!! Même pour les gens de la HC…
- Nyme ! Dis à cette volaille insolente qu’il n’a plus de stock de toute façon ! Les Family ont profité du désordre pour faire main basse dessus et refaire la déco de son bouge au shotgun.
- Rhaaaaaaaaaa les rats !!! s’étrangle le cambriolé à crête. Ils ne respectent rien !!! Attends que je revienne, va y avoir des soldes sur les Borsalinos, croyez moi !!!
- Et de toute façon, reprend l’Officier de la Hero Corps, j’ai besoin de vous ici et SOBRES dés que possible.   
 
- Alors ça, ça va pas être fastoche, j’te l’dis tout de suite ! prévient le Héros aux tifs rebelles.
- Ah ouais ? Tu vas me faire croire que vous avez trouvé de quoi vous biturer dans les ruines de Independance Port peut être ?
- Nan ! Pas besoin ! Distillator et Méga-Teuf ont mis leurs pouvoirs en commun afin d’organiser une petite nouba improvisée pour fêter notre victoire et ils ont concocté un chouette breuvage de la mort qui fait déjà fureur ! Ca chauffe grave autours des Boombox là, tu peux me croire !!!
- Bon ben alors je ne vois pas pourquoi tu me saoules avec tes histoires de bibines si vous êtes déjà pochetronés et titubants comme des Abos, franchement…
- Y a visiblement un effet secondaire pas prévu…Le genre gazeux, tu vois… Au départ, on accusait tous Loufman et Moufette mais cette dégueu de Coffy en a lâché un que même Louf il était admiratif ! Depuis ça s’arrange pas vraiment et on a même été obligés de passer en plein air pour éviter l’explosion quand on a vu que ce taré de Gannon voulait rallumer son cigare dans l’entrepôt où on bringuait. Un accident est vite arrivé et ça serait ballot après avoir survécu aux Riktis !
- Hin Hin Hin ouèèèèè ! commente fort à propos en passant un héros que Sabra ne reconnaît pas mais qui a l’air déjà sérieusement entamé.
- Je te signale quand même que nous sommes loin d’être tirés d’affaire, Nyme… Tu te souviens qu’on a une invasion Vahzis par les égouts et que ce sont les gangs des rues qui s’en occupent puisque toi et tes potes êtes occupés à déconner j’espère…
- Attends t’es gonflée sans dec’ ! Faudrait savoir ?! Quand je te dis « on revient », tu me dis « ah ben non, les terminaux du métro et les accès routiers sont en vrac ! ». J’te propose qu’on essaie de trouver un chemin  par les égouts et tu m’envoies péter – si je puis dire… - comme quoi on va mettre le bouzin dans la contre-attaque et tout ! Alors nous ben on s’emmerde, quoi ! Alors on décide de rigoler un peu… Franchement vas y, Sabra ! T’as qu’à me dire où y a un passage et je sonne le rassemblement !!!
- DTC !!! Hin Hin Hin ! braille l’entamé visiblement à nouveau de passage.
- C’est élégant ça, j’te jure, Toto…se lamente Nyme, dévoilant ainsi l’identité du comique .J’vai t’en coller une dans ton troisième œil toute à l’heure, tu vas comprendre !!! Font chier ces Veilleurs ! Pas un pour racheter l’autre sans dec’ ! J’t’ai dit pour Stonic qu’à rien trouver de mieux que de balancer ses espèces de saletés de Pets en forme d’étrons pour faire rire les autres quand on s’est aperçu de l’effet secondaire du cocktail ?
- Non tu m’as pas dit et je m’en fiche des Pets de Sto, Nyme… souffle Sabra. Fais bouger tes potes et ramenez-vous dés que possible. On a perdu toute trace du commando de O’Neill envoyé à Dark Astoria et deux des groupes d’assaut envoyés pour contrer les Vahziloks ne répondent plus. Franchement, ça sent pas bon cette histoire…
- A qui le dis tu !!! Beuuuuurk !!! S’te traîtresse de Neves vient d’en lâcher une à l’instant… Rhhhaaaaa la saleté !!! Personne s’est méfié avec sa tête d’innocente ! Je comprends mieux pourquoi elle s’est trissée en se marrant avec ce faux derche de Saint Drah, la fourbe !
- Tu m’écoutes pas, Nyme ! T’es gonflant je te jure !!!
- Mais si je t’écoute ! Bon, et le troisième groupe ça donne quoi ?
- Ils ont repoussé les unités Mortis de Scalpel !
- QUOI ?
- Comme tu dis… On en revient pas !
- Sans dec ?! C’était pas le groupe tout naze composé de tanches genre Skulls pourtant ?
- Ben si… Comme quoi… Remarque vous avez bien éclaté l’armée Rikti ! Ca doit être le jour des miracles…
- Rhaaaa l’autre hé, s’te moqueuse ! Traite nous d’Hellions aussi tant que t’y es !
- Me tente pas… Bon, Nyme, sérieux là : je compte sur vous pour arrêter de déconner et ramener vos culs moulés dans le spandex au plus vite, ok ? Tu te démerdes comme tu veux ! Tu déblaies les galeries effondrées avec tes dents s’il le faut mais on a besoin de vous !
- Bon ben d’accord ! Les légendaires Franc-Tireurs de Paragon arrivent à la rescousse de la Hero Corps débordée et incapable de gérer la crise une fois de plus !!! s’enflamme le furieux aux cheveux bleus salué par une gigantesque acclamation générale et probablement avinée. C’était Nyme pour les Héros méga balaises de IP ! Hoover !
- C’est dans ce genre de situation que je me rends compte à quel point le destin de cette ville est fragile… souffle l’Héroïne masquée pour elle même en contemplant le micro redevenu muet avant de se retourner vers ses jeunes élèves qu’elle a réquisitionné pour assurer les communications. Cadet Virus, des nouvelles concernant Kirby et Kali ?
- Toujours pas, Professeur… répond avec sérieux une petite bonne femme entièrement  engoncée dans une tenue intégrale bactérienne, la voix altérée par son respirateur.
- Luciole ? Vous avez communiqué les derniers rapports à Lady Oméga ?
- Oui, professeur. Elle s’est mise en route avec le plus gros des unités en direction de Talos mais se heurte à une résistance imprévue des 5ème colonnes alliés aux Tsoos qui ont profité de la situation pour annexer la zone.
- Ces enfoirés de nazis et de Triades ! Ces engeances infectes ne sont décidément pas capables de prospérer ailleurs que sur les charniers et la pourriture !!! Quand cette histoire sera terminée, je m’occuperai personnellement de leur cas à ceux là !!! Ah j’enrage d’être obligée de rester ici au lieu d’aller me battre !!!
- Alors allons y, professeur… tente un grand maigre flanqué d’immenses oreilles pointues.
- Non, cadet Echelon ! Notre rôle ici est primordial même si je le déplore… Il faut que quelqu’un s’occupe de coordonner ce foutoir. Dommage seulement que ce soit nous…
- Heu… professeur Sabra ? intervient timidement un jeune homme au physique très impressionnant.
- Cadet Titane ?
- Tous les Franc-tireurs sont ils aussi… bizarres, professeur ?
- J’ai bien peur que vous n’ayez eu l’occasion jusqu’ici d’entendre s’exprimer les moins… spéciaux, si vous voulez tout savoir ! Certains d’entre eux ne sont pas très différents des factions que nous combattons et d’autres devraient avoir été mis dans des maisons spécialisées pour les pires troubles mentaux depuis longtemps si on se réfère aux principes de la HC. Imaginez un peu : on y trouve des Démons renégats, des réincarnations plus où moins heureuses de divinités oubliées, des clowns pas du tout amusants, des faux animaux vraiment bestiaux, des sportifs en détente et autres vétérans de groupes gouvernementaux qui s’estimaient trahis par les politique. Il y a même une gosse pas plus vieille que vous qui cause à un chien…
- Il lui répond ? demande candidement l’adorable Luciole.
- Probablement, petite Luciole, probablement… Même si elle est la seule à l’entendre…
- Vous les connaissez bien, hein professeur Sabra ! sourit l’immense Titane. C’est un peu comme vos copains, hein ?
- J’ai été l’une d’entre eux, mon jeune ami. Et ils m’ont appris beaucoup.
- Ah ouais ! Genre des nouveaux pouvoirs vachement puissant, c’est ça ? propose Virus, toute excitée.  
- En quelques sortes, oui. Ils m’ont appris à ne pas m’arrêter aux apparences et à aller au fond des choses avant de juger.
- C’est pas un pouvoir très balaise ça… intervient Echelon en secouant ses grandes oreilles, déçu.
- Oh que si, cadet ! sourit sous son masque la Scraper. Mais malheureusement pas de ceux qu’on vous apprendra à l’Académie et c’est bien dommage…
- Professeur Sabra !!! s’exclame Luciole en appuyant fermement sur l’écouteur qu’elle a dans l’oreille droite. Venez vite ! J’ai un signal très faible mais je crois qu’il s’agit de monsieur O’Neill.
- Passez le sur le Comm central !
- C’est ce que j’ai fait mais ça marche pas…
- Essayez le commutateur secondaire !
- Heu… Ah oui ! Ah ben non c’est pas ça…
- Le bleu avec le cercle jaune !!!
- Mmmm… Oh mince… le signal est rompu…
- Pas grave ! Il a eu le temps de vous dire quelque chose ?
- Je ne suis pas sure, professeur… C’était très parasité et comme je m’embrouillais un peu avec les boutons… Je dois avoir mal compris !

- Qu’est ce qu’il a dit, bon sang ? Je ne suis pas du style à flinguer le messager alors accouchez, ma petite ! s’emporte la Scraper.
- Je crois qu’il a dit qu’une grande quantité d’énergie était  nécessaire pour mener à bien une opération. Puis il a mentionné les barrières des quartiers et ça a coupé.
- Quoi ??? Mon dieu… J’ignore à quelle opération O’Neill peut bien faire référence mais s’il entendait que c’est l’énergie des barrières qui serait déroutée, nous allons droit vers une catastrophe totale ! Sans ces protections, la ville deviendra incontrôlable et n’importe laquelle des factions pourra circuler à sa guise où elle le souhaite !
- J’imagine les Devouring débarquant à Atlas Plaza… souffle Virus en tremblant. Sans les boucliers pour les contenir dans leurs zones d’origine, il ne leur faudra pas bien longtemps pour répandre des spores à travers tout Paragon et vu la vitesse à laquelle ils se développent…
- Mais c‘est impossible ! intervient Echelon. Les barrières sont gérées par trois centrales en relais pour éviter tout sabotage depuis la première guerre Rikti.
- Les centrales !!! Mais bien sur… Comment ai-je pu être aussi stupide ! gémit Sabra. Cadets, je vous confie le poste de commandement ! Vous avez prouvé votre valeur et je compte sur vous pour assurer la coordination. En cas de décision à prendre, vous contactez Lady Oméga directement !!!
- Mais professeur Sabra, vous ne pouvez pas nous planter comme ça voyons ! gémit Luciole.
- Pas le choix ! Il est peut être déjà trop tard ! élude la Scraper en enfilant son plastron d’assaut et en fixant ses lames de combat.
- Expliquez-nous ce qui se passe au moins !!!
- C’est la Hero Corps qui assure la sécurité des centrales et nous avons dégarni tous les sites sensibles pour repousser l’attaque Crey sur Skyway. Les agressions Rikti et Crey n’étaient que des diversions ! Ils nous ont manœuvrés et nous sommes tombés dans le panneau comme des imbéciles. Nous massons nos forces de défense dans des zones particulières en nous basant sur le fait que les boucliers resteront en place mais s’il tombent comme semble le craindre O’Neill, Paragon deviendra indéfendable !
- Où allez-vous professeur ? supplie Virus.
- Je fonce à la centrale de Steel ! Prévenez Lady Oméga et les Francs-tireurs puis essayez de coordonner des actions immédiates sur les deux autres sites !
- Pourquoi une telle urgence, professeur Sabra ? insiste Echelon. Il n’y a aucune raison pour que les boucliers d’énergie soient coupés !
- Vraiment ? Même sachant que ceux qui gèrent les centrales sont les techniciens de Crey Industry ?

Chapitre Trente deux : Kirby

Dreck et ses Punks – à l’instar des Trolls qui occupent le couloir opposé – marquent un début d’hésitation puis s’arrêtent carrément au lieu de foncer dans le tas. Non pas à cause de la crainte qu’il ressentent à l’égard des terribles Eidolons ou par désir de punir ce Vigilant sadique qui leur a causé tant de torts mais parce qu’ils sont captivés par la scène qui se déroule sous leurs yeux.
Tous ses alliés pensaient que s’en était fait de lui quand ils ont vu Ravage disparaître au cœur de la horde de cuir noir. Le grouillement hystérique des monstrueux combattants d’élite Vahziloks se précipitant sur le Héros pour arracher un petit morceau de chair sanglante à son pauvre corps probablement déjà démembré s’était un instant ralenti pour se transformer peu à peu en un recul rapide et ordonné. C’est là que Dreck  avait pu constater que non seulement ce drôle de type n’avait pas succombé à la diversion qui s’apparentait à une attaque suicidaire mais qu’il trônait, intact, ramassé sur lui même comme un prédateur redoutable, au cœur d’un large cercle déjà jonché de cadavres déchiquetés que les Eidolons avaient spontanément crée pour effectuer leur prudent retrait.

« Bordel… avait pensé le leader des Freaks, mi-admiratif, mi-effrayé, mais de quoi est donc fait ce mec ? »

Il avait alors mieux regardé le mortel guerrier qui pivotait souplement sur lui même à la même vitesse que la meute de cuir qui conservait toujours une salutaire distance, cherchant l’ouverture. Lorsque les Vahziloks muets se jettent à nouveau en masse sur le Héros, le Freak a l’impression que la surface de l’armure de combat se hérisse par endroits de fines pointes acérés qui lui donnent l’apparence d’une espèce d’incongrue pelote d’épingles. « Qu’est ce que c’est que ça ? Ravage utilise les pouvoirs des ténèbres normalement… Depuis quand se transforme t’il en hérisson grotesque ?! ». L’effet ne dure qu’une fraction de seconde à chaque fois mais les yeux cablés du Punk ne sont pas dupes.

Il n’est pas revenu de sa surprise que les pointes disparaissent une fois encore de la surface du costume à l’instant ou Kirby effectue un roulé-boulé parfait qui l’amène au contact des Eidolons surpris. Toujours au niveau du sol, il balaie la masse adverses de ses larges lames couvertes d’humeurs gluantes, ouvrant une nouvelle brèche dans laquelle il s’engouffre avec une rapidité incroyable. A nouveau cerné de toutes parts, il encaisse une volée de coups terrifiants mais Dreck constate que les étranges pointes se remettent à recouvrir partiellement la surface de l’armure de combat à chaque fois qu’une attaque porte et les Eidolons se blessent cruellement sur les insoupçonnées  protections qui disparaissent l’instant suivant. Sans laisser de répit, l’intouchable furie répète sa tactique payante, répandant une autre flopée de victimes éventrées à ses pieds.

Un hybride…
C’est le terme qui vient à l’esprit du punk immédiatement.

Le Vigilant n’est pas un simple Scraper « Dark » particulièrement habile maîtrisant les pouvoirs des forces noires comme le veut la rumeur. D’ailleurs, depuis son entrée en action, il n’a pas un instant fait usage de ses talents ténébreux si redoutés parmi les gangs. Aucun nuage sombre dévorant ses victimes n’entoure Ravage. Aucune attaque vampirique et infecte n’est venue vider les Eidolons de leur fluide vitale. Ce mec est donc un Hybride. Il est visiblement capable de maîtriser plusieurs techniques de combat, fait rarissime chez les Héros qui préfèrent exceller dans un Art plutôt que de diluer leur énergie en tentant approximativement d’en apprendre plusieurs. Dreck est lui même ce qu’on qualifie classiquement de « Scraper ». Et un bon. Autant dire qu’il sait de quoi il parle. Le Scraper est finalement un guerrier à l’ancienne dans le monde des Super-Héros ; un combattant de contact qui pourra exercer ses talents de multiples façons. Certains bénéficient d’implants métalliques ou cyber comme des griffes, des ongles ou des pointes rétractables ; d’autres vont utiliser une arme classique - qu’elle soit hache, épée ou claymore pour les plus classiques - certains encore feront de leur corps un arme mortelle en poussant à son paroxysme une mystérieuse technique de combat ou d’anciens arts martiaux. Enfin, quelques rares initiés ayant des accointances occultes tireront leur puissance à partir de forces complexes parfois magiques.
A l’instar de Ravage comme le pensait jusqu’ici le Punk.

Pour autant, aucunes des connaissances de Dreck – et il en compte un sacré paquet, amis comme ennemis -  n’est capable de faire les choses incroyables qui se déroulent en ce moment même sous ses yeux ébahis.

Le Vigilant utilise ses poings avec la même mortelle précision qu’un Scraper « câblé ». L’instant suivant, les larges lames de ses poings sont brandies comme un Maître d’escrime et il frappe d’estoc et de taille avec un résultat effarant. La seconde d’après, il va faucher ses adversaires d’un incroyable coup de pied tournant dont seuls les plus grands Maîtres à main nue sont capables.
Ce mec sait TOUT faire à la perfection…
En plus de ses attaques démentielles, il affiche des dispositions stupéfiantes en défense. Plus il y a d’agresseurs autours de lui et plus il devient mortel à l’instar de certains Tankers virtuellement invincibles. Dés qu’un Eidolon assez chanceux - ou assez fou - pour parvenir à le toucher y parvient, il se blesse systématiquement car sa frappe rencontre une des ces fichues pointes qui surgit comme par enchantement de l’armure de bataille. Chose rarissime cependant car Ravage donne l’impression d’être un danseur doué d’un sixième sens surnaturelle quand on voit la facilité déconcertante avec laquelle il évite les attaques.

Des talents offensifs multiples, une armure utilisant visiblement des nanotechnologies de pointe, un sens de l’esquive impossible et même des boucliers défensifs de contact…
Pas étonnant que ce type se la pète en solo !
C’est un Super-groupe à lui tout seul et Dreck est bien content d’être de son coté maintenant qu’il en est arrivé à cette conclusion.

D’ailleurs, Ravage a si bien occupé l’attention des monstres de cuir que ces abrutis n’ont rien vu venir ! Tout à leur fureur déchaînée pour tenter de contrer les attaques hystériques du maboule qui ne faiblit pas, ils subissent l’attaque Psy des Empathes Losts entrés en action de pleins fouet. Comme un échos, la double charge des Trolls et des Freakshows coordonnée par Dreck - qui est enfin parvenu à se sortir de sa fascination admirative – les frappe avec une férocité qui les prend totalement au dépourvu. Mais la bataille n’est pas gagnée pour autant… Dreck le rusé n’est pas devenu un des chefs Freaks en sous-estimant ses adversaires. A plus forte raison quand ce sont des Eidolons. Une fois la stupeur passée et la certitude que leurs pouvoirs mentaux sont neutralisés, les cauchemars pervers se reprennent et encaissent un second choc terrifiant avec toute l’inhumanité effrayante qui les caractérise. Peu importe que leurs compagnons soient morts ou seulement blessés, ils les piétinent sans états d’âme et resserrent les rangs en silence.

Les êtres de cuir ne sont pas des Abominations stupides. Ils savent qu’ils ont été piégés et comprennent que ce Héros insaisissable qui poursuit sa danse macabre au plus fort de la horde tire sa puissance de leur nombre aussi commencent ils à éviter ses charges répétées de leur mieux. Puisque le couloir sud est bloqué par les Aberrations et les Parias qui les immobilisent implacablement dés qu’ils font mine d’approcher, ils se retournent tous en même temps vers les deux autres groupes adverses comme s’ils étaient guidés par une seule intelligence supérieure. La vision est toujours aussi saisissante : une marée noire aux innombrables yeux brillants d’une malignité sans bornes s’élance souplement vers les Punks qui répondent à leur angoissant mutisme par des hurlements sauvages de défi. Les adversaires ne sont plus qu’à un mètres quand Dreck abat son bras levé comme un officier d’artillerie des temps anciens et hurle de toutes ses forces :

- MAINTENANT !!!

La décharge électrique unique lancée par la centaine de Freakshows transformés en centrale d’énergie carbonise complètement les premiers rangs Eidolons et brûle grièvement tous les monstres qui se trouvent à moins d’une trentaine de mètres de l’impact. De leur coté, les Trolls non plus ne sont pas en reste. Conscient de leur mort assurée si l’élite des Vahziloks parvient à les engager en combat rapproché, ils écrasent leurs assaillants sous des monceaux de roche énormes qu’ils arrachent fébrilement des murs des égouts en grognant. La tactique consistant à maintenir les silhouettes de cuir à distance porte ses fruits et des monceaux de corps terriblement mutilés, cramés et écrasés encombrent déjà la galerie. A chaque fois qu’ils se replient et redeviennent une masse compacte, Ravage en profite pour se précipiter en leur sein et réitérer ses fulgurants assauts qu’ils ne parviennent toujours pas à endiguer. Le large couloir est devenue un piège infernal dont les Eidolons ne parviennent plus à s’extirper. Beaucoup sont affreusement blessés et rampent misérablement, pareils à des cafards infects, sans émettre la moindre plainte. Les autres créatures intactes hument l’air comme des animaux pris au piège, leurs corps décharnés agités de mouvement désordonnés qui les font ressembler à une armée d’épileptiques meurtriers. Pendant que Dreck rassemble les Freaks qui voulaient charger en braillant comme un diable, les Trolls poursuivent leur bombardement sans discontinuer. Il est évident que le prochain choc sera déterminant pour l’issue de la bataille car le temps joue contre les cauchemars de cuir qui voient leur nombre fondre comme neige au soleil sans parvenir jusqu’ici à infliger de pertes sérieuses à leurs agresseurs. 

Le visage baigné de sueur et tout à sa concentration, Kirby espère que ses compagnons ont mis sa diversion à profit pour laminer les rangs Vahziloks.
Il sait que vu de l’extérieur, ses alliés doivent penser qu’il fauche les Eidolons aveuglément afin de causer le plus de désordre et de dégâts possibles mais il n’en est rien. Le Vigilant tente depuis le début de déterminer lequel des monstres aux yeux lumineux dirige le groupe car il est convaincu qu’à l’instar de toutes les armées, les Eidolons ont un Leader. Malheureusement, leurs tenus uniformes et leur angoissant silence l’empêchent de repérer la tête à couper pour qu’enfin l’hydre s’effondre. Pivotant souplement sur sa gauche, il va pour se ruer sur un groupe compact qui se tient prudemment éloigné de ses armes dégoulinantes mais il s’arrête : à une dizaine de mètres de lui, une espèce de vide prudent équivalent à celui qui le nimbe depuis le début de sa « prestation » attire son attention. D’un bond puissant, il se précipite droit dessus. Le héros sourit en constatant que même si son trajet foudroyant s’effectue en l’air, les Vahziloks qu’il survole brièvement s’écartent comme la mer rouge devant Moïse.

Quand il atterrit dans l’espace dégagé, ses Lames en position de parade devant lui, il comprend qu’il vient de trouver le cerveau de la Horde.

Samuel – à l’instar de tous ceux qui se sont frottés un jour à cette effrayante faction - a entendu parlé d’un chaînon manquant qui serait à l’origine du fléau répandu par le monstrueux Docteur Vahzilok. Une sorte de cobaye originel terrifiant, point de départ de l’horreur qui a suivi et s’est répandue dans Paragon comme une peste infernale : le Patient Zéro, sorte de légende urbaine capable de déchaîner les pires pouvoirs qui soient. Le Vahzilok ultime. A cet instant, Kirby sait qu’il ne s’agit pas d’un mythe et qu’il va affronter probablement le plus grand péril qui soit depuis qu’il a embrassé la carrière de Héros.

Immense, il porte un costume identique aux autres Eidolons mais avec quelques différences notables effrayantes comme ces trous infectes percés à l’emplacement des yeux et censés permettre à la créature de voir mais qui ne s’ouvrent en fait que sur un vide abyssale. La surface de l’armure de cuir du Patient Zéro n’a d’ailleurs pas l’air faite pour protéger son porteur mais pour empêcher ce qui se trouve à l’intérieur de s’échapper. Elle est agitée de continus soubresauts immondes, pareille à une ignoble infection gonflée de pus et d’humeurs corrompues luttant pour s’échapper et se répandre comme une lèpre infâme.
Et cette odeur…
Outre leur mutisme, c’est une des caractéristique des Eidolons de ne pas partager avec les autres Vahziloks les relents de cadavre putréfié qu’ils exhalent. Le Patient Zéro pour sa part diffuse une odeur méphitique. Un mélange de pourriture et de malfaisance absolue devenue physique qui fait chanceler le Héros.

Etrangement, le Vilain n’attaque pas le Vigilant malgré son accès de faiblesse : il l’ignore. Allant jusqu’à se détourner de lui pour pointer un doigt ganté afin de relancer l’assaut en direction de Dreck et des Freakshows qui continuent à illuminer la voûte de la galerie de leurs décharges électriques mortelles sans discontinuer. Ravage ne cherche pas à savoir si les Punks seront en mesure de résister à la pression en voyant tout ce que les Eidolons comptent encore comme combattants en état de se battre se ruer une fois de plus vers la cible désignée. Il ramène ses deux lames au dessus de sa tête et les abats de toutes ses forces sur le bras toujours tendu duVilain. Le membre tranché net n’a pas encore touché la surface du cloaque dans laquelle les adversaires pataugent et s’entre déchirent que déjà les lames indestructibles percent de concert le flanc découvert du monstre à l’exacte emplacement du cœur pour achever leur course dans un dernier moulinet d’une violence extrême qui décolle la tête du Patient Zéro de ses épaules.

L’enchaînement a été parfait.
Comme d’habitude…
Sam redevient un bref instant un jeune homme rebelle et se dit que « Miss Roulette » aurait été fière de lui et de l’usage qu’il fait de ses enseignements.
Baissant sa garde, il s’arrête, triste et honteux, en s’apercevant qu’il n’avait pas pensé à elle depuis des années. Puis l’immense carcasse amputée et décapitée s’abat dans la fange des égouts en projetant des éclaboussures verdâtres à la ronde et Kirby redevient Ravage. Un peu déçu par l’attitude passive et la facilité avec laquelle il a abattu ce légendaire adversaire, il s’attend à ce que la vague de cuir interrompe sa ruée en constatant la mort de son chef  mais il n’en est rien. Ignorant l’incident tout autant que le Vigilant, les Eidolons poursuivent leur charge et sont repoussés une fois encore miraculeusement mais au prix cette fois de lourdes pertes chez les Trolls et les Freaks qui commencent à fatiguer malgré les harangues ordurières ininterrompues de Dreck.
Il va donc falloir les tuer tous ?
Et bien qu’il en soit ainsi, pense Samuel en se dirigeant vers l’arrière garde pour alléger la pression sur ses courageux alliés.

La lame le frappe à l’aine, déchirant l’alliage habituellement indestructible de l‘armure comme du papier et entaillant douloureusement la chair découverte. Les réflexes époustouflants du Vigilant prennent immédiatement l’ascendant sur la surprise et l’empêchent de perdre la micro seconde qui lui aurait été fatale. Quand la seconde attaque se déclenche, le héros s’est mis hors de portée d’un coup de rein acrobatique et se retrouve face à son mystérieux agresseur, prêt à lui faire payer sa traîtrise et pressé de comprendre comment cet Eidolon est parvenu à percer sa cuirasse.

Stupéfait, il constate que le Patient Zéro est debout. Sa tête, à nouveau sur ses solides épaules, ressemble à s’y méprendre à la cagoule blindée de combat du Héros et son bras droit, lui aussi intact, est l’exacte réplique de celui de samuel, la large lame gluante du sang de Kirby comprise. A priori encore incapable de comprendre le fonctionnement très particulier des facétieuses épines organiques contenues dans la formidable tenue, le Monstre semble s’amuser de voir son membre et sa tête se hérisser sporadiquement de centaines d’aiguilles de tailles diverses dans un chuintement chaotique.

« Ce truc imite mes pouvoirs… » s’étrangle Ravage. « Si je l’attaque à nouveau, va t’il s’approprier toujours un peu plus de mon savoir ?! »

En pleine confusion, le héros hésite puis sa nature combattive reprend le dessus et il tend ses poings dans un geste de défi en prévision de sa prochaine attaque. C’est là qu’il constate – horrifié – que son bras droit n’est plus recouvert de l’alliage réactif habituel qui compose sa tenue de bataille et que sa lame de combat est absente. A la place, il voit une épaisse tenue de cuir noir couturée, agitée d’immondes spasmes comme si des milliers de vers infectes grouillaient sous  le vêtement tendu à craquer. Muet d’horreur, il porte sa main gauche vers son visage en tremblant et se met à hurler dés que ses doigts explorent la surface du masque de cuir aux orbites béants.

Prochainement : Nathan