Chapitre vingt neuf : Kali

A la tête de son groupe, Kali le Scraper garde le silence et sent le regard de Eve Van Dorn poignarder sa nuque à nouveau avec cette intensité presque physique si désagréable. Parvenu dans un gigantesque collecteur, l’Indien s’arrête et s’agenouille dans le bourbier infecte des égouts, posant la main dans la fange et tentant de faire le vide dans son esprit. Ca fait un moment qu’il a renoncé à utiliser ses sens pour se repérer. Avec l’odeur du cloaque, il ne lui restait plus que l’ouïe de toute façon et les guerriers Freakshows qui l’accompagnent sont tellement « modifiés » qu’ils produisent des sons de métal torturé et des sifflements d’énergie insupportables au moindre mouvement. Reste donc l’analyse du Plan Astral même s’il s’en méfie au plus haut point compte tenu de sa très particulière nature.

- Alors ? demande Clamor, la frêle chef de Guerre du groupe à l’allure et au physique mortellement trompeurs.
- Ils se déplacent sur notre droite au niveau inférieur.
- Nombreux ?
- Ca grouille tellement que je ne parviens même pas à les évaluer… Les Abominations, les Explosifs et les Cadavres ont un Karma très tenu du fait de leur statut de mort-vivants et je dois me contenter d’une estimation en m’appuyant sur la surface qu’ils couvrent. Je suis probablement bien en dessous de la vérité car ces saletés sont bien souvent serrées les unes contre les autres comme des rangs de poireaux mais…
- Combien, Kali ?
- Entre deux et trois mille… avoue l’Indien.
- Très bien ! intègre la Punk sans montrer d’émotion. Une idée du nombre d’humains pour les guider ?
- Ils sont très peu. Une cinquantaine tout au plus. Les renseignements Losts étaient bons : les Mortificators et les éventreurs ont été concentrés dans un autre groupe d’assaut. Tout comme les Eidolons. Il n’y a que cette folle de Morben et ce sadique de Vivisector pour commander la Horde. Ces deux ordures en cuir ne sont pas bien difficiles à repérer par contre…
- J’espère que ton plan va marcher, Héros ! Ca fait beaucoup de monde même pour la bande de tarés que tu as sélectionné… Remettons nous à bouger, les autres s’agitent et je n’aime pas ça ! murmure Clamor en regardant les monstres de métal qui arrivent enfin lourdement à leur niveau.

Ce sont des Tanks Swipers.
La crème des combattants Freakshows et la quintessence de la réussite esthétique selon les critères très particuliers de ce gang étonnant.
Pour faire simple, les Freaks de Paragon sont des Punks hystériques et les Swipers en sont les rebelles les plus furieux !

Chez les Freaks, coupes de cheveux hétéroclites ou Iroquoises et crêtes Mohicans se partagent le haut du pavé avec les looks « spike » les plus délirants comme le prouve d’ailleurs la très excessive Clamor ex Eve Van Dorn. Tatoués, scarifiés et percés de partout, les membres du Gang sont en outre adeptes de transformations plus radicales et considèrent la mutilation à des fins de câblage cybernétique comme une expression factuelle de bon goût. Trois grandes tendances se dégagent chez ces maboules de la charcuterie corporelle. Il y a ceux qui vouent une passion morbide aux métamorphoses électriques et qui utilisent la base même de leur énergie propre pour se transformer en véritables centrales vivantes afin de réduire leurs ennemis en petits tas de charbon ratatinés. Il y a ensuite - les plus nombreux - les combattants de base qui prennent leur pied à affronter leurs adversaires physiquement. Leurs mains, parfois même leurs bras, sont définitivement amputés lors d’effroyables cérémonies d’intégration puis remplacés par des pièces de métal indestructibles et mortelles diverses. Pour autant, ces deux groupes conservent malgré tout un semblant d’apparence humaine.

Pas comme le dernier groupe.
Celui des Tanks.
Seuls les plus cintrés des Freakshows poussent aussi loin la pathologie à l’automutilation.
Le résultat est inhumain.
Grotesque.
Mais - oh combien ! - terrifiant…

Sortes de gigantesques golems d’acier, les Tankers Freakshows sacrifient l’intégralité de leur corps, ne conservant que leur moelle épinière et leur tête, plantée comme une épingle minuscule et incongrue en haut de leur titanesque carcasse cybernétique. Garnis de marteaux de guerre, pinces, faux et autres accessoires malsains divers, ils représentent le fer de lance du gang. Virtuellement indestructibles, ils sont capables de régénération étonnantes même lorsque leur effrayante enveloppe a subi les dégâts les plus extrêmes. Les Tankers sont des machines de guerre aussi lourdes que redoutables et tous les Héros s’entendent à dire que les affronter demande une puissance et un sang-froid sans faille. Ces Juggernauts n’ont qu’un seul point faible : le crâne. Une fois leur tronche bariolée enfin réduite à une pulpe sanglante, on peut s’attendre à voir l’affreuse créature métallique s’immobiliser. Et encore…

Il est de mise à la Hero Corps de dire que combattre un Tanker Freak est un suicide puisqu’il faut léser son cerveau et que pour ce faire – eut égard à la nature résolument crétine de ces loufdingues – toucher leur cervelle demande obligatoirement une spécialisation de tireur d’élite. C’est qu’on sait rire à la HK. Avant de rencontrer son premier Tank Punk tout du moins…

Ceci étant, il est du coup encore moins compréhensible de voir le nonchalant Scraper Indien flanqué de ces monstres incontrôlables qui vouent aux Héros, aux autres Gangs et même aux Freaks moins excessifs qu’eux une haine viscérale et totale. D’autant que quitte à faire les choses correctement, il s’est entouré des pires de tous les Tankers : les Swipers. C’est l’avantage avec une engeance comme les Freaks : même entre Tankers il y a des degrés dans la folie et les Swipers sont des équarrisseurs, des sortes de robots ménagés vivants qui tranchent, tronçonnent, découpent… Pas comme leurs principaux concurrents, les Smashers, que les bouchers considèrent comme des mous et des sensibles avec leurs gros marteaux qui écrasent sans faire gicler de bonnes pintes de sang bien rouge.


Ce mépris qui rend les Swipers totalement incontrôlables dés lors qu’on est pas des leurs est la raison pour laquelle Kali a insisté pour se voir adjoint le concours de Clamor bien qu’elle soit probablement une de ses ennemies déclarées les plus farouches. Cette femme étonnante est parvenue à s’imposer comme Leader de groupe chez ces psychopathes sans pour autant sacrifier à cette transformation incroyable. La nuance en dit long sur les capacités redoutables de la Tueuse…

Clamor ne paye pourtant pas de mine. Un mètre soixante tout au plus, elle affiche une silhouette nerveuse mais sans commune mesure avec les punkettes habituellement bodybuildées qui paradent dans les rangs Freaks et n’a – fait rarissime – aucun implant visible. Son maquillage excessif et la moue boudeuse et cynique qu’elle affiche en permanence peinent à occulter un joli minois curieusement épargné et seuls ses cheveux mi-longs qui pointent dans toutes les directions à la fois dans un désordre total et ses vêtements soigneusement déchirés à base de bas résilles et de cuir lacéré éclairent sur son appartenance au gang. 
Cependant Kali ne s’y trompe pas. Il connaît bien cette fondue pour l’avoir combattue, elle et son compagnon de l’époque Manfred Van Gefaren, alors qu’elle faisait partie de la 5ème Colonne.
A des années lumières de l’idéologie nauséabonde des nazis, elle n’était déjà motivée que par un égoïsme total et une absence maladive de considération pour la vie humaine. La première fois qu’il a affronté Eve Van Dorn AKA Clamor, le Scraper luttait pour stopper ce fanatique de Van Gefaren qui voulait faire exploser une bombe bactériologique dans le métro de Paragon. Sans entrer dans les détails, le nazi avait fait les frais de son arme et Clamor avait été contrainte d’aider le Héros pour sauver sa peau. Devenue persona non grata depuis chez les 5ème, elle avait rallié les Freaks mais en voulait à mort au Scraper qui avait ruiné ses chances de domination au sein de la puissante organisation extrémiste en transformant son chéri adoré en monstruosité infecte.

Quand il avait commencé à échafauder son plan, l’Indien avait naturellement pensé à cette tueuse sans scrupules qui combinait tous les pouvoirs nécessaires à la réalisation de sa stratégie. En effet, Eve maîtrisait deux facultés étonnantes et rarissimes chez un combattant de contact : la possibilité de rendre ses compagnons invisibles et de les téléporter. Normalement, seuls les êtres surhumains dédiés au soutien comme les Contrôleurs et les Defenders s’évertuent à acquérir ce type de compétences mais Eve Van Dorn en a fait sa spécialité en plus de ses étonnantes compétences d’Assassin lorsqu’elle dirigeait les unités d’infiltration et d’espionnage de la 5ème. Contre la horde qu’ils allaient affronter, Kali savait que des Héros spécialisés dans l’assistance des groupes n’auraient aucune chance. Seuls des combattants extrêmement résistants ou capables d’éviter les attaques comme des fantômes intangibles auraient une infime chance d’espérer s’en sortir vivant. Du coup, il n’aurait jamais pu se résoudre à embarquer des amis dans cette mission suicide…

Dés lors, lorsque Dreck, le représentant des Freakshows, avait introduit la jeune femme dans les locaux de la Héro Corps avant de lancer l’opération, l’homme au turban était carrément sur la défensive et moyennement serein. Quelle ne fut sa surprise quand la Punk, une fois les personnes présentes saluées, lui lança un amusé :

- Tiens Kali ?! Ca gaze depuis tout ce temps ?
- Heu… On fait aller ! répondit stupidement l’Indien, la bouche ouverte.
- Puisque tu restes le bec béant, affranchis moi donc sur ton affaire, tu seras mignon ! reprit Eve Van Dorn avec un clin d’œil d’encouragement.

L’Ascète avait expliqué le plan et la répartition des actions. Lorsqu’il avait détaillé le but du commando qu’il guiderait et que Clamor commanderait, elle n’avait pas tiqué. Quand il était sorti de la salle de briefing avec elle, il s’était arrêté dans le couloir une fois suffisamment éloigné des autres membres de la réunion et avait planté ses yeux droit dans ceux de la Punk, l’index pointé sur elle et les mâchoires serrées avant de gronder :

- Concernant Van Gefaren, que les choses soient claires !!!
- Pourquoi me dis tu ça ? rétorqua la Tueuse avec un air angélique. Aurais-tu des nouvelles de ce pauvre Manfred ? Il va mieux ?
- Ne te fous pas de moi, Eve ! Je sais que tu souhaites me faire la peau après ce qui est arrivé ! J’attends de toi que nous réglions nos comptes seulement une fois le péril Vahzilok éradiqué !
- Kali, Kali, Kali… avait chantonné la Punk. Dans quel monde tu vis, coco ?
- Comment ça ? avait balbutié le Scraper, déstabilisé.
- Tu crois vraiment que je vis sur le passé, mec ? Grâce à toi, j’ai pu m’affranchir d’un malade mental et de son groupe de fondu pour me faire une place dans un des gangs les plus redoutés de Paragon, bébé ! Si j’avais voulu « régler mes comptes » comme tu dis, je serais venu te défier il y a bien longtemps ! Je roule pour moi, Héros ! Et les Freakshows qui ne reconnaissent ni Dieu ni Maître m’ont faite chef de Guerre des Swipers sur la base de mes qualités de combattante sans rien demander en retour. Si je devais te faire la peau, ce serait par envie mais sûrement pas à cause de ce bouffon de Manfred, ok ?
- Ok ! souffle l’homme au turban abasourdi.
- Allez, au boulot ! Et passe devant !
- Je ne suis pas dupe ! s’était renfrogné le Héros. Tu me dis ça pour m’attaquer en traître mais je te préviens que je suis sur mes gardes !!!
- Mais non, gros parano ! s’était esclaffée Eve Van Dorn. C’est juste pour te mater le cul ! Tu sais que ça te va pas mal le cuir moulant, petit coquin ! C’est bien plus sexy que ton pagne à la gomme !

Depuis qu’il était parvenu à se remettre à respirer, Kali s’était enfermé dans un mutisme embarrassé qui semblait ravir la Freak. Elle ne manquait pas de le frôler lascivement et de lui adresser œillades assassines et sous-entendus graveleux qui déstabilisaient l’Indien au plus haut point. Le Summum fut atteint lorsqu’ils entrèrent dans les égouts et qu’elle lui susurra à l’oreille d’un ton pervers :

- Dis Kali ? Tu as déjà… Enfin tu vois quoi ? Non parce que t’es un Yogi, hein ? Il paraît que c’est pas les mecs les plus accros à la bagatelle…
- Occupe toi donc de faire avancer les autres balourds, éluda le Scraper agacé qui se demanda ce qu’il avait bien pu faire aujourd’hui pour attirer les pires excitées qui soient – tous Univers confondus - comme ça.
- A vos ordres, Maître vénéré… répondit la Punk avec une fausse soumission étudiée avant de glisser sournoisement : C’est que tu dois être un sacré bon coup quand on voit la foutue maîtrise que tu as sur ton superbe corps cuivré !
- Eve… souffla l’Indien avec difficulté, tu commences à me courir…
- Mais j’espère bien ! minauda la peste avant de s’éloigner d’un pas langoureux et de hurler à la cantonade : ON SE MAGNE LE DERCHE, LES CONSERVES !!! ON A UN BOULÔT A FAIRE !!!

Depuis cette dernière provocation, Eve Van Dorn s’est tenue à peu près tranquille et l’improbable groupe a progressé dans les galeries infectes en s’appuyant sur les analyses astrales de l’Ascète. Comme il hésite entre les multiples boyaux sombres qui partent du collecteur principal, les yeux fermés, Clamor en profite pour s’avancer silencieusement, se penche sur l’épaule du Héros et souffle de sa petite voix moqueuse et haut perchée :

- Tu sais quoi ? J’ai l’impression qu’on se refait « les douze salopards », bébé…
- Pardon ?! s’étonne le Scraper dont la culture cinématographique est inversement proportionnelle à sa maîtrise du combat.
- « Les douze salopards » ! Mais si ! Un vieux films de guerre ou un commando suicide est mis sur pied à partir des pires ordures qui soient afin qu’ils ne manquent à personne. Y a même un rôle pour toi dedans ! Un gentil officier tout sympa qui joue au dur et se prend pour Lancelot !!!
- Je l’ai vu ! intervient fièrement un Tanker Freak à la gigantesque iroquoise bleu électrique. Y avait le chauve là ! Celui qu’à une pure gueule !!!
- Meuh nan, gros naze ! ricane un colosse aux paupières cousues avec une espèce d’énorme antenne cybernétique planté dans le front. Le chauve c’est dans « les sept mercenaires » !!!
- C’est pas le même chauve, connard !!! raille la crête bleue. Le miens il mange des sucettes !
- Continue à me faire chier et c’est ma pince que tu vas manger dans ta tronche…
- Ah ouais ? Ben tu vas me montrer ça, gueule d’Abo !!!

Les deux monstres de métal se font face. Il est clair que rien ne les empêchera de se tailler en pièces car le défit est lancé et qu’il prévaut chez ces Punks qui rejettent toute règle. Kali se félicite une nouvelle fois de son choix quant à son lieutenant lorsque Clamor se redresse, les yeux au ciel, et s’adresse aux Tankers qui font claquer leurs pinces en se rapprochant, encouragés par tous les autres fêlés alentours :

- On range les cure-dents et on se calme, les machos !
- Il m’a traité d’Abo ! s’insurge le Tanker à l’antenne qui frémit d’excitation sans adresser un regard à la Punk minuscule.
- Et ben lui il m’a dit gros naze d’abord !!! se défend crête bleue sans accorder plus d’attention à Eve.  
- Vous me gonflez, les mecs ! gronde Clamor en se massant les tempes. Je vous jure que vous me gonflez sévère…
- On te gonfle quoi ? provoque « tronche d’antenne » en ricanant. T’as pas de baloches et tes nénés doivent pousser à l’intérieur vu que t’es plate comme une limande alors…

Même Kali n’a pas le temps d’être surpris. Les dix longues lames d’acier sortent de leur logement dans un claquement spongieux, transformant les doigts aux ongles factices peinturlurés de noir en autant de dagues mortelles. Le monstre d’acier va pour regretter ses insultants propos mais Clamor s’est déjà téléportée sur les colossales épaules, son bas ventre plaqué avec une impudeur totale sur la figure du Golem pour l’aveugler, ses griffes piquées sur le visage décomposé par la peur et la douleur :

- Un soucis avec mes « nénés », œil de braise ?

Le Tanker est un crétin prévisible. Lorsqu’il ramène sa griffe principale de toute ses forces pour se débarrasser de son encombrant fardeau, la Punk s’est à nouveau téléportée et l’arme terrifiante brasse le vide avant de rencontrer le seul obstacle qui reste : sa tronche ! Dans un fracas infernal, l’énorme couperet fend le gros nez épaté, une arcade et la lèvre du débile avant de s’arrêter dans un grincement de ferraille torturée. Ca rigole gras autours quand « Antenne » arrache sans hésiter la lame de son faciès déchiré et lance, l’élocution légèrement altérée par son bec de lièvre sanglant :

- Bien voué, Chef !!! Hihihi !!! Aïe ! V’ai bien fait de me faire remplafer le crâne par du carbone traité !!! Non mais quel con ve fuis !
- Tu n’avais qu’à cogner moins fort, petite tête ! ricane la tueuse, toujours sur la défensive car elle connaît bien les Swipers. Un autre excité à calmer ou on s’y remet ?
- Hahahaha !!! en pleure Crête Bleue. Il s’est ouvert la gueule tout seul, l’idiot !!! Ah bordel, quelle rigolade !!!
- Hin hin hin ouaaaais !!! renchérit gueule fendue en crachant du raisiné alentours. 
- Kali, souffle la Punk au Scraper abasourdi de voir les colosses se taper sur les cuisses et pleurer de rire devant cette bonne blague, trouve tes Vahzis et finissons en car je ne les tiendrai plus très longtemps.
- Tu commandes bien ces hommes chez les Freaks, non ? s’enquiert l’Indien avec inquiétude.
- Personne ne commande chez nous ! Tu prouves que ça vaut le coup qu’on te suive, point barre ! Le jour où tu n’en es plus capable, tu rentres dans le rang. Si tu es encore en mesure de le faire…
- Dreck leur a dit… s’insurge le Héros.
- Dreck n’est plus là alors lâche le ! Comprends que ces mecs sont des tueurs ! Les pires du gang ! Et ils sont câmés à bloc pour faire la peau à ton armée de Vahzis… C’est bien ce que tu voulais n’est ce pas ?

Puis sans attendre que l’homme au turban ne réponde :

- J’ai accepté de te suivre car cette situation est sans précédent et que si je survis à cette mission, ma réputation me donnera une position inégalée. Mais arrête de considérer les Freaks comme des membres de la Hero Corps, ok ? A fortiori des Swipers… Tu voulais un commando-suicide, tu l’as. Mais dis toi bien que tu te promènes avec une cartouche de dynamite entre les fesses et qu’elle vient de s’allumer ! Pourquoi crois tu que même au sein du Gang il nous soit impossible de regrouper plus de trois de ces malades ensembles, hein ? Les changements physiques qu’ils se sont infligés sont irrémédiables et n’ont pas transformés que leur corps. Ils sont complètement maboules, mon pauvre petit Héros. Leur armure leur injecte en continue tout un tas de saloperies dont tu n’as même pas idée car il n’y a plus que ce moyen pour les maintenir en vie. T’imagine l’effet sur leur ciboulot déjà bien entamé... Les Tankers DOIVENT évacuer cette puissance d’une façon ou d’une autre sinon elle finit par les consumer. Ils sont tous en surcharge là !!! TOUS ! Blindés à mort ! Si tu tardes à localiser tes cibles, la situation va te péter à la tronche et je t’assure que je ne resterai pas pour voir si tu es capable de t’en sortir contre une vingtaine de Tankers devenus Amoks !!!
- Alors j’ai un problème… avoue Kali, le visage décomposé.
- Comment ça ?
- Je ne trouve plus trace des vahziloks…
- Mais c’est impossible, grogne Clamor. On se rapprochait d’eux il y a encore dix minutes ! Ces saletés se traînent le cul à la vitesse d’une limace gavée aux anti-dépresseurs ! Comment une armée de zombis de deux mètres trente de haut pourrait elle disparaître comme ça ?
- J’en sais rien, bon sang !!! s’emporte l’ascète malgré lui. Je ne détecte plus rien, qu’est ce que tu veux que je te dise…
- Ils nous ont repérés !!! jette la tueuse en regardant autours d’elle. Tu n’est pas Contrôleur ! Ton blocage mental n’a pas suffit pour empêcher cette salope de Morben de nous repérer et son petit copain Vivisector utilise ses pouvoirs Psys pour les planquer. Ces deux fumiers d’Eidolons sont parmi les plus puissants de leur Caste ! Il faut dégager de là, bordel !!! On est en pleins dans un collecteur principal et il y a des accès partout !!! Si on se fait coincer ici, ils vont nous submerger !
- Mon Dieu… Je les vois à nouveau… Ils arrivent ! confirme le Héros après s’être concentré un instant. Ils arrivent de partout !
- AUTOURS DE MOI, SWIPERS !!! hurle la punk en tentant de juguler la panique qu’elle sent monter en elle puis voyant que les balourds mettent du temps à réagir. VIIIITE OU ON Y PASSE TOUS, TAS DE DEBILES !!!

Clamor a juste le temps de noyer le commando sous l’énergie caractéristique de son pouvoir d’invisibilité que déjà les premiers Cadavres déboulent en titubant, vomis par tous les accès que l’énorme collecteur comporte. Même les monstrueux Tanker se serrent les uns contre les autres devant la marée infâme qui continue d’avancer à l’aveuglette, les bras musculeux partiellement décomposés des morts animés par la science Vahzilok brassant l’air devant eux. Toute retraite est coupée et les premiers Maîtres humains des zombis débouchent à leur tour prudemment des galeries alentours. La Doctoresse Morben et son amant maudit Vivisector donnent des ordres aux mortificators qui relaient fébrilement les commandements aux centaines de créatures sous leur contrôle. Les pouvoirs d’invisibilité de la Punk sont beaucoup plus complexes que ceux d’un Contrôleur classique. Bien plus incertains aussi car uniquement dédiés à des fins d’infiltration et d’espionnage. Le premier bénéficiaire repéré et c’est tout le groupe qui apparaîtra au grand jour lorsque l’illusion s’estompera.
Plus que vint mètres avant le contact.
L’odeur de putréfaction prend les Freaks et le Héros à la gorge et les nerfs sont mis à rude épreuve.

- Putain, on attend quoi là ? gronde un Tank. Chargeons ces tas de merde !!!
- Tu attends et tu fermes ta gueule ou je te fais la peau moi même, rugit la Punk, coupant court aux vociférations qui s’étendent à travers le petit groupe. Kali ?


L’indien est un extraordinaire combattant mais ça ne fait pas de lui un chef pour autant. Il hésite, fébrile, torturé par sa sombre nature qu’il sent monter en lui et qui le pousse à déchirer les cadavres sans attendre. Surprise par son silence, Clamor se retourne et constate qu’il commence à perdre toute lucidité. Elle en a la confirmation lorsqu’il grogne, le visage défiguré par la fureur :

- Taillons nous un passage jusqu’aux Eidolons ! MASSACRONS LES !
- C’et du suicide ! souffle la Tueuse, cassante en prenant le Scraper par les épaules avec fermeté.
- Je… se renfrogne l’Indien, agité par la montée de la Déesse Noire qui le pousse à agir. Je… commande… ce… groupe !
- Vacherie !!! Tu es sous l’influence de Morben ! Elle t’a bel et bien senti et t’utilise pour guider ses Séides sur nous ! Elle nous a piégés ! Reprends toi, Kali !!! Tu vas tous nous faire tuer !
- Tuer… ricane stupidement Kali maintenant complètement à l’ouest. Oui… Tuer !!!

Comme elle maintient toujours fermement le Héros délirant, Clamor n’hésite pas un instant. Le terrible coup de boule frappe le Scraper en pleine figure et il retrouve immédiatement sa lucidité. Juste à temps pour voir le crâne de la Punk arriver pour la seconde fois droit dans son arcade.

- MAIS T’ES MALADE !!! s’insurge t’il en constatant que la Tueuse affiche un immense sourire ravi.
- Ravie de te revoir parmi nous, Héros ! élude Eve avant d’ajouter en constatant que les premiers monstres ne sont plus maintenant qu’à une dizaine de mètres de leur petit groupe, Je nous téléporte ! Dés qu’il seront sur nous, ils nous submergeront. Si je me bats, je ne pourrai plus me concentrer donc c’est maintenant ou jamais !
- Si tu nous téléportes sans voir la destination, tu vas nous encastrer dans un mur et nous crèverons tout aussi sûrement ! rétorque Kali, son calme recouvré, les dents soudés.
- Je préfère tenter le coup que de me faire étriper par ces saletés !
- Décidez-vous, les amoureux… grogne un Swiper en déployant silencieusement ses gigantesques faux de combat imité par ses implacables compagnons. Ca va saigner…
- ATTENDS ! rugit le Scraper en abatant sa main sur l’épaule de Clamor qui étendait ses bras en prévision de la téléportation et qui – surprise – perd sa concentration. Si ton invisibilité tient, on peut encore s’en tirer… Les Cadavres ne sont pas assez conscients pour nous découvrir ! Evitons les Mortis et les Eidolons jusqu’à ce que nous soyons sortis d’ici ! En arrière ! Sortons d’ici !
- Trop tard !!! siffle la Tueuse en constatant qu’ils sont tous redevenus visibles, apparaissant comme par magie en plein milieu de la meute compacte aussi abasourdie qu’eux.
- Oups ! s’excuse le Tank Swiper qui a profité de la discussion pour faucher le premier rang des Abominations qui passaient à sa portée. Désolé ! Je nettoyais mon doigt quand le coup est parti…
- Foutu imbécile, tu viens de tous nous condamner !!! crache Clamor en faisant jaillir ses griffes mortelles pendant que vingt Tankers fou-furieux mais enchantés s’égaient dans toutes les directions et se déchaînent en hurlant de joie sous le regard médusé d’un Kali complètement atterré qui tente d’éviter les premiers morceaux d’Abo sanguinolents qui se mettent à pleuvoir.

Chapitre Trente : Marada

Lorsqu’elle a été recueillie par Nathan O’Neill et sa Brigade Improbable il y a des années, la jeune Marie-Adam était bien loin de la Marada qu’elle deviendrait un jour. Une fois le traumatisme de son enfance devenu supportable et son expérience d’enfant-sauvage acceptée, elle avait souhaité apprendre à développer ces fameux dons pour transformer une malédiction en bénédiction. Sur se sujet, Nathan avait été d’une dureté sans appel et avait expliqué à la gosse toute émoustillée par sa nouvelle vie qu’il y avait trois choses à savoir si elle décidait d’embrasser la difficile carrière de Contrôleuse.

La première, et la plus fondamentale de toute, était commune à toutes les carrières dites « de soutien », que le Héros en devenir décide d’être Contro où Defender. Il s’agissait d’accepter de servir ses compagnons tout en restant dans l’ombre. Toute à son exaltation, Marie-Adam ne mesurait pas pleinement l’importance psychologique de cette contrainte et il lui faudrait des années pour mesurer pleinement à quel point son Mentor avait raison. En dehors des plus remarquables éléments, les Héros s’orientant vers le soutien n’avaient jamais la faveur des médias et la reconnaissance des foules. Aussi indispensables qu’oubliés, ils oeuvraient avec humilité, maintenant en vie les spectaculaires Blasters capables d’anéantir une armée entière de méchants d’un simple geste, fortifiant la résistance des monstrueux Tankers qui encaissaient des attaques qui auraient rasé des immeubles ou boostant les exceptionnelles compétences des sanguinaires Scrapers défiant en combat singulier les plus redoutables Super-Vilains de la planète.

Hors une fois la poussière de la bataille retombée, lorsque la liesse populaire et les louanges remplaçaient la fureur destructrice, on oubliait bien facilement que l’exploit n’avait été rendu possible que grâce aux soins que ces Héros peu spectaculaires avaient dispensé au prix parfois de leur propre existence. Nul ne se souvenait des boucliers mentaux qui avaient stoppé net les plus létales agressions. Personne ne s’intéressait aux extraordinaires pouvoirs de cet obscur et timide combattant qui avait insufflé force et rapidité aux acteurs de premiers plans.

Au départ, la jeune fille n’avait pas vu où O’Neill voulait en venir. Il avait fallu qu’elle participe à ses premiers engagements pour comprendre qu’il était au moins aussi primordial de choisir ses compagnons que d’étudier ses ennemis si l’on ne voulait pas finir écœuré par l’égoïsme vaniteux de certains et la faconde insupportable des autres. De part sa carrière à venir, elle serait une pierre angulaire du groupe de combat mais devait s’habituer à parfois être confrontée au mépris et à l’injustice de ses Pairs. Le monde des Super-Héros était fait de paillettes et de strass et il était fondamental de conserver sa lucidité intacte et concentrée sur une seule chose : le travail à accomplir. En cela, elle avait été parfaitement préparée en intégrant la Brigade Improbable où chacun avait un rôle à jouer et où un véritable esprit de fraternité l’emportait sur les ambitions et les calculs personnels.

« Choisis tes compagnons soigneusement car tu seras peut être amenée à mourir pour eux ! » répétait inlassablement Nathan. « Le moment venu, une seule hésitation et tu seras responsable d’une catastrophe ! Un Héros ne s’engage qu’auprès de compagnons qu’il respecte plus que tout et qui lui témoignent le même sentiment sinon l’équilibre est rompu et la défaite inévitable ! Ignore le miroir aux Alouettes de l’orgueil propre aux plus médiatiques Héros et souviens toi toujours que ta plus grande richesse est l’amitié de tes camarades, pas le nombre de couvertures que tu feras dans la presse ou les récompenses fastueuses que t’accorderont les dirigeants. Un vrai Héros sert les autres, pas l’inverse. Et à ce titre, Contrôleurs et Defenders en sont les plus glorieux représentants ! »

La seconde leçons que l’aveugle avait martelée avec une insistance digne d’un Mantra concernait ses facultés secondaires. Selon O’Neill, il n’était de bons Héros que ceux capables de diversifier leurs compétences afin de toujours être en mesure « d’assurer » et de survivre si les camarades étaient tombés. Concernant cet aspect des choses, il avait remis son élève entre les mains de l’homme le plus étrange que Marie-Adam avait jamais croisé jusqu’ici : Kali le Scrapper. Froid comme un bloc de glace, fagoté comme un artiste de foire et aussi expressif qu’une enclume en fonte, le grand Indien avait été chargé de développer les talents de combattante de la jeune femme et elle n’était pas prête d’oublier son enseignement.

Elle qui pensait qu’elle avait vécu l’enfer sous la tyrannie de Nathan lors des entraînement Psy, elle comprit qu’il existait différents degrés infernaux et qu’elle venait d’en franchir un nouveau. Kali n’était jamais content. Kali ne se fendait jamais d’un simple encouragement. Kali était une infecte carne inhumaine qui demandait toujours plus mais ne donnait jamais rien en retour. Pour Marie-Adam, Kali était la personnalisation parfaite du vieux connard insupportable !!!

Elle se souvient de la fois ou son bourreau, insensible à ses plaintes répétées concernant ses ongles broyés  à force de frappes répétées dans les planches d’entraînement épaisses comme la méchanceté de son professeur,  lui avait dit que si ses poings étaient inefficaces et douloureux, elle n’avait qu’à frapper avec sa tête qui était - paraît il - pleine et solide. Puis il l’avait plantée là, misérable et morveuse, bouillante de rage et mortifiée par cette absence totale de compassion malgré tous ses réels efforts. Quand il était revenu, il avait retrouvé son élève les bras en croix, inanimée, le front décoré d’une bosse si grosse qu’on l’aurait crûe coiffée d’un bonnet de Tomte. Peu concerné, il l’avait ranimée en lui balançant deux taloches sèches puis s’était fendu d’un inespéré « Ca ressemble à la victoire de l’esprit sur le corps… » en désignant la planche brisée qui trônait non loin de là. La satisfaction de Marie-Adam avait été de courte durée car il avait ajouté : « Planche 1, élève 0 alors au travail et on cesse de dormir pendant les exercices ! ».

Les « leçons » avec le Scraper avaient durées presque une année entière et celle qui était enfin devenue Marada entre temps avait appris à haïr cet homme comme elle n’avait jamais haï quiconque auparavant.   

Un matin, l’Indien détesté lui signifia que la leçon du jour serait dix tours de parc à Perez sans téléportation et en évitant les affrontements. Comme à chaque fois… Marada en avait ras le bol de ces missions idiotes où elle passait son temps à éluder les attaques au lieu d’exploser la bobine de tous ces foireux minables qui la couvraient de quolibets quand elle fuyait le combat et elle explosa :

- J’en ai marre, professeur Kali !!!
- Voyez-vous ça ?! rétorqua l’Ascète, un sourcil unique levé, signe chez lui d’une réaction hautement intense et appuyée.
- Ouais parfaitement !!! Je suis capable de terrasser n’importe qui avec mes poings, mes coudes, mes genoux, ma tête et même mon cul si j’veux j’suis sure et pourtant je ne peux jamais mettre mes talents en pratique !
- Talents dis-tu ? Mais de quels talents parle-tu, élève Marada ?
- Ben… Tous les trucs que vous m’avez montrée quoi… tenta la jeune fille, mal à l’aise.
- Selon toi, je t’ai enseigné ces « trucs »  pour que tu sois en mesure de frapper tes ennemis ?
- Oui tiens ! C’est pas pour leur faire des câlins non plus !
- Hum… effectivement, la course dans le parc n’est visiblement pas une bonne idée !
- Aaaaaaaaah enfin ! On va taper qui ? Des Familys ? Des Tsoos ? Je parie que je sèche un Sorcier d’un seul coup de latte sauté !!! mima la jeune femme en tentant de se donner un air redoutable.
- Non. Tu vas retourner casser des planches !
- QUOI ??? MAIS JE SUIS CAPABLE D’ALIMENTER TOUT PARAGON EN PETIT BOIS PENDANT DEUX SIECLES AVEC JUSTE UN DOIGT DEJA !!!
- Probablement mais tu as soulevé un point crucial que j’aimerai éclairer ! Tu sembles posséder en effet un Talent qui m’est inconnu et j’aimerai apprendre de mon élève si prometteuse !
- C’est quoi donc ? demanda Marada, méfiante.
- Apprends moi a briser des planches avec mes fesses, créative élève ! Ensuite, nous verrons…

Ce jour là, Marada comprit que non seulement son professeur était un sale con mais qu’il avait aussi un sens de l’humour pas drôle du tout probablement propre aux Scrapers, aux Indiens, voir les deux à la fois et elle poursuivit son entraînement en s’écrasant mollement mais sans plus jamais se départir de son esprit rebelle, attendant son heure. Probable que le souvenir de son postérieur endolori très longtemps contribua à ce regain inespéré de prudence avant qu’elle « n’ose » enfin défier son bourreau ouvertement plus tard. Mais ceci est une autre histoire… 
A cette époque déjà, une fois son amour propre guéri à défaut de son derrière, elle comprit à quel point son Mentor l’avait manœuvrée. O’Neill n’avait pas simplement engagé Kali pour qu’il la forme aux techniques de combat à main nu mais pour qu’il développe sa volonté et lui inculque l’insoumission et la révolte propre à tout être humain qui se respecte. A fortiori s’il est un Héros. A partir d’un petite Marie-Adam brisée, les deux hommes l’avaient aidée à façonner Marada, une jeune femme forte capable de payer le prix pour affirmer sa liberté et son libre arbitre.

La troisième leçon fut sans aucun doute la plus difficile car elle dû l’assumer seule. Nathan O’Neill était grave et particulièrement sombre le jour où il la lui expliqua. Il narra à Marada une histoire bien connue où il était question d’un Héros qui avait trahi son Groupe et causé sa perte, s’appuyant sur sa connaissance parfaite des pouvoirs de ses compagnons pour mieux les défaire. Lorsqu’il s’interrompit enfin, il planta ses yeux morts dans ceux de son élève et lui posa une simple question :

- Que retirerais-tu comme principale enseignement de cette histoire, Marada ?
- Et bien… On peut même être trahi par ses amis ?
- Précisément ! Voilà  un point important à retenir. Chez les Héros plus qu’ailleurs, la tentation de toujours plus posséder et d’être le meilleur est un facteur de corruption reconnu. Mais ça n’est pas cet aspect que je souhaitais illustrer. Une autre idée ?
- C’est une histoire plutôt bateau, Nathan… Je ne vois pas bien quel sens caché donner à ce récit très franchement.
- Je ne suis pas constamment à rechercher la face dissimulée des choses, ma jeune amie. Depuis que tu es chez nous, tu as appris l’amitié et la confiance, la maîtrise de tes pouvoirs et l’assurance dans tes facultés. Il te faut maintenant développer un don unique que tu garderas secret à tout jamais et que tu n’utiliseras qu’en tout dernier recours. Tu vas bientôt être amenée à affronter des créatures à la puissance illimitée mais aussi des groupuscules obscures au noirs desseins qui te frapperont lorsque tu t’y attendras le moins. Notre monde est fait de combat incessants, ne t’y trompe pas. Il n’y a pas simplement les Héros d’un coté et les Vilains de l’autre mais une myriades de factions aux buts mouvants et nébuleux qui deviendront parfois tes alliés et te combattront le lendemain avec une férocité inouïe. Un jour, tu auras toi même trouvé ta voie et il est possible que tu me trouves en face de toi…
- Jamais ! Jamais je ne pourrai combattre mes amis de la Brigade !!! Vous moins que les autres…
- Marie… Réfléchis juste un instant… Imagine qu’un être nanti de pouvoirs terrifiants parvienne à subjuguer les membres de la Brigade et les transforme en pantins dociles pour arriver à ses fins. Ce type d’Êtres existe bel et bien, crois moi ! Fuirais-tu la bataille sachant que nous combattons contre tout ce que nous avions défendus jusqu’ici ?
- Non…
- Heureux de te l’entendre dire. Et quelles seraient selon toi tes chances contre nous ?
- Elles seraient nulles. Vous connaissez tous mes pouvoirs pour m’avoir aidé à les maîtriser et je ne doute pas un instant que les autres membres de la Brigade aient été eux aussi les infortunés élèves de Maître Kali…
- En effet ! rit doucement l’aveugle. Quelle serait donc l’élément qui te permettrait de nous contrer éventuellement au vu de ce judicieux constat ?
- La surprise… Développer un pouvoir dont aucun de mes alliés où ami ne connaît l’existence!
- Exactement ! Tu es connue comme Contrôleuse et même si l’enseignement de Kali te permet d’ajouter les talents physiques à tes attaques Psychiques, il te faut être capable d’aller plus loin encore en diversifiant à nouveau tes compétences ! Pour garantir cette surprise qui pourra s’avérer cruciale un jour, tu devras poursuivre ta route seule.
- On se croirait dans cette vieille série avec le moine chauve et son vieux Maître aveugle, Nathan… éclata de rire la jeune femme.
- Je n’avais jamais pensé à ça mais c’est très vrai ! fit écho O’Neill. Je te dispense de te tatouer un Dragon Sacré sur les avant-bras mais ne fais pas cette allusion devant Kali, par pitié ! Iil serait fichu de trouver l’idée adapté… C’est malin! la gronda faussement le puissant Empathe. Tu viens de briser toute la solennité de ce moment avec tes comparatifs à la noix !!!
- Faites comme si je n’avais rien dit…
- Ca va être facile tiens… Bon… Ton enseignement au sein de la Brigade s’achève aujourd’hui, Marada la Contrôleuse ! annonça Nat d’une voix qui tentait d’assurer au mieux . Pour que tu puisses pleinement revendiquer ton titre d’Héroïne, tu quitteras le Phare demain et tu ne reviendras que lorsque tu auras terminé ta formation en maîtrisant un Talent que tu garderas soigneusement secret afin de n’être jamais démunie face à quiconque, y compris moi ! Surtout moi, devrais-je dire…
- Nathan… Je pourrai revenir ensuite ? Quand je serai prête je veux dire…
- Je ne te chasse pas, ma jeune amie. Tu as gagné ta place ici autant que n’importe quel autre membre. C’est simplement que la fin de ton initiation demande que tu continues seule…
- Si ça peut aider, je reviendrai avec la boule à zéro et un paréo de Tahitienne…
- File, insolente !!!

C’était il y bientôt deux ans. Il y a sept mois, Marada était revenue parmi ses compagnons et la vie avait reprise comme si son départ avait eu lieu la veille. Aucun de ses camarades de la Brigade Improbable n’avait jamais demandé à la jeune Héroïne où elle était allée ni ce qu’elle avait fait. Elle était de retour, c’était suffisant. La vie faite d’aventure et de défis propre à tous les Super-groupes l’avait à nouveau emporté dans son tourbillon survolté et les entraînement avec Kali qui estimait qu’elle avait « molli à un point inacceptable » aussi. Bien que le Scraper ait maintenant les plus grandes difficultés à masquer la profonde tendresse qu’il avait pour celle qu’il appelait gentiment « Fesses Mortelles » depuis le douloureux épisode…

Il paraît que la vie défile devant nos yeux lorsqu’on va mourir. C’est exactement ce qui arrive à Marada qui vient de se remémorer en une fraction de seconde tous ces épisodes de sa renaissance au sein de sa nouvelle famille pendant que le couperet fatal du Mortificator descend inexorablement sur son visage. Aucunes des techniques mortelles inculquées par Kali ne déviera la lame et même sa formidable maîtrise de l’Art des Contrôleurs ne pourra stopper le bras de son adversaire à temps. Alors pourquoi cette salope sourit elle de cette façon se demande le Vahzilok enragé quand son effrayant ustensile de boucherie traverse le visage angélique de sa victime impuissante.
Traverse !
C’est quoi cette arnaque, s’insurge mentalement le féroce équarrisseur en constatant qu’effectivement le coup a porté mais que la garce est intacte. Il balance deux autres moulinets acharnés dans cette silhouette fantomatique et sans consistance qui se redresse, intangible, son sourire narquois faisant place à une détermination effrayante. L’instant d’après, il est propulsé en arrière avec une telle force que tous les os de son squelettes se transforment en misérables esquilles mortelles et il s’effondre parmi ses rares compagnons qui tentent encore de monter à l’assaut de la barricade toujours défendue par les indomptables Hellions.

Bien que l’effort ait vidé la jeune femme de son énergie, elle remercie mentalement son mentor Aveugle et ses précieux conseils pour l’avoir poussée à développer des dons secondaires qui viennent de lui sauver la vie. La Maîtrise de la Transparence Corporelle fut un travail long et harassant même s’il fut considérablement facilité par ses capacités en Téléportation. Considéré par beaucoup comme un pouvoir « gadget », elle se félicite de n’avoir pas sacrifié à la mode des pouvoirs offensifs. Vivante ! Elle est vivante. Fatiguée, certes, mais enragée après la peur causée par la vision de sa propre mort inélucable. Ses dernières forces l’abandonnant, elle ne peut conserver plus longtemps sa forme transparente et retrouve sa densité avant de balayer le champs de bataille du regard. Lorsqu’elle repère le fougueux KneeCracker qui affiche une vilaine entaille au front qui le transforme en une figure d’épouvante ruisselante d’écarlate, elle constate qu’il mène une contre-attaque aussi audacieuse qu’incertaine. Elle ne peut réprimer un sourire touché qui lui empourpre le visage quand elle l’entend hurler à ses Skulls galvanisés :

- A MOI, LES GANGS ! IL NE SERA PAS DIT QUE LA CONTRÔLEUSE EST MORTE EN VAIN, LAVETTES ! VOUS N’AVEZ PAS SU LA PROTEGER ALORS MOURREZ COMME DES HOMMES, CHIENS DES RUES !!!

Même les Hellions survoltés dévalent maintenant l’abri de la barricade pour se joindre à la mêlée, balayant comme des pantins les rares Eventreurs qui s’acharnaient encore à attaquer. Scalpel, le terrifiant Leader des Vahziloks tente bien de motiver ses troupes à sa façon en menaçant ceux qui reculent des pires tourments, abattant son couperet immonde sur le crâne des premiers fuyards mais il est emporté inexorablement par les bouchers qui fuient le grand Skull hurlant et sa batte cloutée magnée comme s’ils s’agissait de la faux de la Mort elle même. Sur le flanc droit, le reflux se transforme rapidement en retraite puis en panique désordonnée où les Bouchers se piétinent pour échapper à ces faibles voyous moqués de tous soudain métamorphosés en furies que plus rien ne saurait arrêter. Seuls les plus fanatiques des Mortificators font encore front mais l’espoir a changé de camp. Rapidement, les monceaux de cadavres s’empilent en d’ignoble murets de chair déchiquetée qui attestent affreusement de l’intensité de la sanglante bataille dont l’issue encore incertaine n’est autre que le salue de Paragon. Une fois de plus…

Enfin, les derniers équarrisseurs Infernaux se débandent, courant pour leur vie.

Tandis que des groupes de chasse spontanés s’élancent sur les pas des fuyards démoralisés, Kneecracker se retourne vers la barricade des Hellions, le visage las et affligé d’une tristesse infinie. Lorsqu’il constate que celle qui a motivé sa charge suicidaire lui fait un petit signe gêné et complice, son pauvre visage défiguré par les blessures s’illumine d’une joie enfantine touchante. Plus du tout sur ses gardes, il ne voit pas l’Eventreur paniqué qui tente d’échapper à un groupe de Warriors hilares et qui lui assène au passage son second coup de scie de la journée en pleine figure, l’envoyant une fois de plus douloureusement au pays des songes.

Prochainement : Sabra