Chapitre vingt sept : Monsieur Social

- Comment se fait il que tu n’ais pas peur ? demande la silhouette masquée par l’obscurité  visiblement très amusée.
- C’est que je m’attendais à une truc vachement plus flippant ! rétorque Roxy avec une sincérité déstabilisante. Genre un gros truc gluant avec des tentacules partout qui pousse des cris vachement affreux !!! Vous connaissez Lovecraft ?
- Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent, ma jeune amie,élude son interlocuteur en sortant de la zone obscure.

Lorsque les magiciens CoT ont annoncé à Mélanie qu’elle était prête, elle n’en menait pas large. Une nouvelle flopée de mecs en robe noire s’était effondrée en hurlant, le visage défiguré par l’horreur, les yeux vitreux et dégoulinants d’humeur immondes. Même les menaces des chefs et les coups répétés des minions ne parvenaient plus que de justesse à motiver suffisamment de nouveaux « volontaires » à intégrer le cercle d’incantation transformé en infect charnier. La gosse se demandait ce qu’il lui arriverait si elle entrait dans cette espèce de gigantesque halo opaque bleuté et que les nécromants ne seraient bientôt plus en mesure de le maintenir faute de Séides à sacrifier. Son hésitation fut cependant rapidement interrompue par la maîtresse qui trépignait d’angoisse :

- Vas y petite ! C’est le moment où jamais !
- Je fais quoi une fois à l’intérieur ?
- Tue tout ce qui s’y trouve ! Ou meurs en essayant mais souviens toi que tu es le dernier espoir de ton monde et de tes amis. Tu as pu constater l’effet que ce que nous peinons à maintenir là dedans a sur les plus grands mages terriens… Je ne sais pas quelles sont tes chances mais dis toi bien que nous sommes tous logés à la même enseignes !
- Vous repartirez et vous laisserez mes amis tranquilles si je gagne, on est bien d’accord !   
- Je te l’ai juré sur nos plus sacrées institutions ! avait acquiescé la démone.

En franchissant la barrière d’énergie, la gamine avait juste eu le temps de croiser une dernière fois le regard monstrueux de cette horrible vieille momie échevelé et ce qu’elle y avait lu ne lui avait pas du tout plu. Mais quelle marge de manœuvre lui restait il de toute façon ? D’après son Parasite, le taquin Ravage, un Pacte était sacré et celui qu’elle avait passé avec la Maîtresse donnait à Mélanie toutes les garanties pour qu’il soit tenu. Le démon avait cependant ajouté que le propre de ce type d’accord était justement d’être violé même s’il ne voyait pas comment la Démone allait s’y prendre. Il avait concédé que la menace représentée par Guildaran restait universelle et que personne n’aurait eu quoi que ce soit gagner en trahissant Roxy. La gosse se demandait seulement avec angoisse ce qu’il adviendrait ensuite si elle parvenait miraculeusement à mener sa périlleuse mission à son terme…

Maintenant que le Monstre du Placard apparaît devant elle, Mélanie ne peut éviter d’afficher sa déception mêlée de soulagement. C’est un homme de haute taille en armure scintillante aux épaules puissantes et à la barbe soigneusement taillée qui la regarde avec des yeux bleu nuit, un sourire en coin :

- Donc vous être le Monstre du Placard alors ?
- J’ai bien peur que non… répond le Chevalier. Disons plutôt que j’en suis une partie.
- Le morceau Guildaran ? propose la Skull à qui la Maîtresse a fait un topo complet avant de l’envoyer au charbon.
- Effectivement ! rit avec sincérité le Paladin. La Stase mise en place par les nécromants a non seulement annihilé la fusion mentale à laquelle j’étais soumis depuis mon retour récent mais aussi celle à laquelle j’étais victime depuis des siècles. Du coup, si on regarde bien, nous commençons même à être sacrément nombreux ici si je peux me permettre…
- Nombreux ? s’étonne Mélanie.
- Certes oui ! Il y a déjà le tristement célèbre Monstre du Placard que tu connais probablement de réputation et qui se morfond dans le coin là bas !


Regardant dans la direction indiquée en tremblant d’appréhension, Roxy est étonnée de découvrir l’exact pendant de Guildaran. L’unique différence notable tient à l’apparence organique menaçante de son armure de guerre résolument « chaotique » selon les idées reçues et à une froideur inhumaine dans le même regard d’azur sombre. Il n’y a aucune forme de malignité dans le double, plutôt un froideur implacable, mais le port altier et noble qui en impose reste commun aux deux facettes du Chevalier.

- Ma Dame… se contente de dire le Paladin Noir.  
- Heu… Monsieur… salue bêtement la gosse, hébétée.
- Placard est… disons… ma nature négative ! reprend Guildaran. C’est lui qui fut la plupart du temps à la tête des opérations pendant tout le temps où nous avons sévi dans les dimensions. Mais il est bien loin d’être le terrifiant destructeur assoiffé de sang et de massacre que la Légende se plait à présenter. Disons qu’il est soumis aux mêmes concession que moi et qu’ensembles, nous existons.
- Alors toutes ces histoires de destruction de galaxies entières et tous ces bruits affreux qui courent sur vous ?
- Appelons ça une forme de propagande alimentée par les plus hautes instances de Dieux du Bien et du Mal pour garantir une paix relative chez les plus rebelles de leurs alliés…
- C’est pour ça que la Maîtresse et ses copains ne parviennent pas à alerter leur grand Patron !!! comprend Mélanie. Il sait !
- Si c’est à l’Empereur que tu fais référence, il n’y a aucun doute à ce sujet et il encourage cette frayeur autant chez ses ennemis que chez ses propres esclaves.. Quel meilleur moyen de pression que la menace d’une créature incontrôlable que seuls les plus grandes sommités Divines parviennent à tempérer tout en tremblant ?! Mon double et moi ne sommes pas dénués de pouvoirs- loin de là -  mais Placard le Dévoreur de Mondes est finalement une belle plaisanterie ! En dehors des véritables compétences guerrières qui sont les miennes, je dispose surtout de part ma nature Noire d’une capacité unique à pouvoir animer et contrôler les créatures mortes. Tu vois, rien d’aussi extravagant que tout ce qui a pu être dit à mon sujet... 
- Je ne suis pas certaine de bien comprendre… souffle Roxy, la gorge oppressée.
- Je pense justement le contraire, ma jeune amie, coupe amicalement le guerrier. Mais permets moi de poursuivre les présentations, si tu veux bien. La chose informe qui se tient cachée dans ce recoin en tremblant n’est autre que l’essence de notre Démon originel, le malchanceux Tic le Glups qui commit l’erreur de pactiser avec Navros le Forgeron. Ni vivant, ni mort, il est coincé entre mes deux facettes à jamais et cette situation l’a quelque peu rendu… incohérent.

Dans un hurlement à glacer le sang, l’infortuné créature se met à gémir douloureusement visiblement en proie à un profond tourment jusqu’à ce que le Guildaran sombre, excédé, fasse un signe brusque qui a pour effet de calmer immédiatement l’excité. Avant que le bon Chevalier n’intervienne à nouveau, une nouvelle apparition se précipite sur Roxy et lance, suppliant :

- Tu es la sœur du Juste !!! Je connais l’Aura de ton frère et tu as le même ! Si tu es là c’est que le Démon Ravage est avec toi !!! Allez-vous nous sauver ? Allez vous terrasser le monstrueux Placard ?
- C’est qui celui là ? demande Mélanie, mi-amusée, mi-dégouttée devant le minuscule Diablotin hirsute au visage baigné d’une sueur grasse et aux yeux exorbités par la tension.
  
- Cet insupportable mal élevé n’est autre que l’andouille qui a trouvé bon de pactiser avec l’humaine que nous habitions déjà, renforçant de façon considérable le contrôle de notre Hôte  sur son enveloppe et faisant de moi son esclave, explique le Chevalier en faisant mine de talocher l’importun ce qui a pour effet de le faire reculer. A l’instar de ton Démon Ravage, il est le Démon Social si tu veux.
- Mais comment pouvez-vous cumuler autant d’entités dans la même enveloppe ?C’est à ne plus rien y comprendre…  Je croyais qu’il était impossible de réunir plusieurs pactes au sein d’un même humain ? s’étonne la jeune fille.
- Techniquement, ça l’est ! Il n’y aucune chance pour qu’une telle chose puisse se produire sauf si un crétin cupide comme cet idiot laisse son avidité l’emporter sur son jugement. Aussi n’est il pas surprenant que l’improbable devienne réalité dés lors qu’il s’agit de la ville de Paragon. En outre, notre Hôte humain est bien loin d’être la victime habituelle d’un Pacte Démoniaque…
- Aucun de vous n’est Monsieur Social n’est ce pas ? demande Mélanie en tremblant. Ni Guildaran – fut il de lumière ou d’ombre – ni les démons ne sont responsables de cette fureur destructrice que les CoT tentent de contenir…
- Je savais que tu avais tout compris, ma jeune amie ! souffle le Chevalier avec lassitude. La Dimension Démoniaque – appelons la ainsi – et moi-même avons été manipulés par un humain nanti d’un super-pouvoir aussi faible aux yeux des hommes qu’il est redoutable pour nous… Une espèce de schizophrène qui s’est façonné des milliers de personnalités complexes et néanmoins commandées par une entité unique et consciente de son état qui gère ses créations comme des marionnettes tout en restant en retrait au plus profond de son Âme tourmentée pour mieux tisser sa toile.
- Un fou ? Un fou qui aurait des milliers d’identité ?
- Un fou criminel habité par la haine et dont l’esprit est défendu par une véritable armée d’avatars mentaux qu’il utilise comme des leurres pour abuser Démons et Empathes. C’est lui que ton camarade Contrôleur a senti. Ce qui m’inquiète c’est que s’il a permis à un homme aussi redoutable que O’Neill de le tracer, c’est qu’il avait une bonne raison pour ça… Ce dément  est un stratège doublé d’une malfaisant génial. Sa parfaite connaissance des Pactes diaboliques et sa facilité à façonner autant de personnalités qu’il était nécessaire pour nous attirer puis se servir de nous en est la preuve. C’est lui, Monsieur Social ! C’est lui qui nous manipule et qui risque de causer la fin de l’humanité. Ca n’a jamais été  l’hypothétique Monstre du Placard…

- Je ne vois pas comment un simple humain – même brillant et tordue comme vous le décrivez -  serait capable de détruire la Terre ?!
- C’est parce qu’il te manque une pièce du puzzle, ma chère Mélanie… La véritable menace n’est jamais venue de moi comme tu le sais maintenant car ma présence ne servait finalement qu’à calmer les velléités de rébellion de nos très versatiles alliés. Malheureusement pour moi, je suis lié à cette homme  et mes pouvoirs renforcent maintenant ceux  de mon Hôte en lui donnant enfin la possibilité d’arriver à ses fins.
- C’est cette invasion ?Cette Guerre ultime ? D’après monsieur O’Neill, il est évident que les attaques des Creys et des Riktis ne sont qu’un préambule à un assaut d’une plus grande envergure et que cette menace se trouve ici.
- Et le Contrôleur a raison. L’invasion doit être le fait d’une armée de morts-vivants issus de la technologie Crey et des discutables talents du Docteur Vahzilok. Ces dépouilles à la puissance incalculable devaient servir de réceptacle à une Horde de Démons Tentateurs actuellement massés dans les Limbes. Cependant, les Parasites infernaux ne peuvent transiter sur Terre en masse qu’avec le concours des magiciens CoT.
- Et les CoT sont en train de s’épuiser à maintenir Social prisonnier car ils pensent que c’est Placard qui mène la danse…
- Tout à fait ! A cette vitesse, ils ne seront bientôt même plus assez nombreux pour ouvrir une seul Porte…
- Sans les CoT pour ouvrir et conserver les portails dimensionnels ouverts, complète Roxy,  les Démons resteront chez eux et les zombis cyborgs resteront inanimés à jamais et la Terre sera épargnée sauf si…
- Sauf si… ? encourage Guildaran.
- Sauf si Monsieur Social est capable de dissocier ses milliers d’identités grâce à vos pouvoirs pour les lancer dans le corps des Monstres et en devenir le chef pour déferler sur Paragon !

Chapitre vingt huit : Kirby

Plus de trente cinq ans a supporter la présence d’une créature infecte dans sa tête, des passages terrifiants dans un univers Infernal à combattre des Monstres abominables, voir sa famille massacrée par son propre corps dirigé par « l’autre » en restant impuissant, supporter d’être un meurtier sadique éradiquant les gangs avec une férocité malsaine… Rien de tout cela n’est parvenu à ébranler la volonté d’acier de Samuel Kirby et ce pour une simple raison : quelque part il n’a jamais été vivant. Mais depuis qu’il a retrouvé sa sœur – même si c’est pour mieux la perdre – et surtout depuis qu’il a fait la connaissance de l’adorable Marada, le flic a peur. Il a peur de voir sa chance de vivre enfin s’évanouir car il sait qu’il ne le supportera pas. Ses tendances suicidaires et son aveuglement sanguinaire à éradiquer les Vilains de la ville qui étaient ses meilleures armes contre ses opposants ont disparus. Alors qu’il progresse dans les égouts à la tête de son étrange troupe, il admet qu’il n’y avait pas de pire moment pour que cela se produise.

Les colossales Trolls qui progressent sur sa droite se sont murés dans un silence haineux dés son arrivée. La seule réaction de leur part fut une promesse de « Manger Ravage !!! » lancée par l’un d’entre-deux puis plus rien. Quand Kirby fait le bilan de ses relations passées avec ces camés à la Supradyne, il ne peut même pas leur en vouloir. Ca n’est pas un combat que Ravage leur a livré durant des années mais une guerre. A eux et à tous les Gangs. Aucune distinction n’était faite entre ses adversaires. Peu importe qu’il volent ou se contentent de saccager les infrastructures de la ville, ils étaient tous châtiés par le Vigilant de la même façon que le plus immonde des assassins. Définitivement. Sans remords. Kirby  a conscience d’avoir été pour eux une Némésis aveugle et infecte et le flic en lui peine à faire refluer la montée de bile que l’amère constat fait remonter dans sa gorge.

Si la punition n’est pas adaptée au délit, l’équilibre de la société ne peut être qu’irrémédiablement rompu. Le Voleur qui se voit infligé la même peine que le tueur d’enfant se radicalisera puisqu’il n’a plus rien à perdre. Kirby sait que durant toutes ces années, il s’est abrité derrière son Démon pour faire respecter une Loi inique d’où toute notion de Justice était absente. Il n’a contribué qu’à aggraver drastiquement une situation déjà dramatique et aucune des excuses qu’il pouvait se trouver à l’époque ne vient tempérer sa conclusion. En combattant le mal par le mal, Ravage était le mal ! C’est sans appel et Samuel baisse les yeux – mortifié par le remord et la honte – à la grande joie d’un Colosse vert qui lui coulait un regard brûlant de colère.

- Boucher, gronde un Paria Lost en utilisant le nom que les Gangs ont donné à Ravage avec difficulté, comme si s’adresser à Kirby était en soit un effort, ils approchent.
- Quelle direction ? demande le flic.
- La galerie au nord juste après l’intersection, complète une gigantesque Aberration horriblement couturée.
- Très bien ! Nous allons les affronter ici ! Que les deux groupes de combat Freaks et Trolls que nous avons défini aillent dans les galeries latérales et se dissimulent. Les Losts restent dans ce couloir mais reculent suffisamment loin pour ne pas être repérés par les Eidolons et s’embusquent. Au signal, que les Parias et les Aberrations foncent pour contrer les attaques psychiques. Il est impératif que les pouvoirs mentaux des Eidolons soient neutralisés avant que les groupes adaptés pour le corps à corps n’interviennent sinon nous nous ferons écraser !
- Qu’est ce qui te dit que les Vahziloks décideront de continuer leur chemin par la galerie sud, Boucher ? ricane Dreck, le Leader des sanguinaires Freakshows. S’il prennent une galerie latérale, le groupe sur lequel ils tomberont n’aura pas l’ombre d’une chance !
- Il avanceront devant eux car iIls auront une motivation irrésistible ?
- Ah ouais ? Quoi donc ?
- Moi !
- Tu vas rester seul pour les accueillir et les entraîner là ou tu veux, Boucher ? 
- La haine que vous me portez tous me semble être suffisamment forte pour que même des tordus aussi méfiants et rusés que les Eidolons se laissent tenter, non ?
- Ils vont te tuer ! assène d’un ton neutre l’Aberration défigurée. Tu ne portes plus en toi cette soif de sang inextinguible qui t’animait jadis. Les Lost l’ont immédiatement senti inutile de nier. Tu es différent, Boucher. Ton Aura et ton regard ont changé. Tu peines à garder ton calme et je sens la peur en toi…
- Ma nature me protégera des agressions mentales, ignore le Vigilant. Lorsqu’ils seront sur moi, foncez !
- L’Abe a raison, Boucher, intervient à nouveau Dreck. Tu n’es que l’ombre de toi même.
- RAVAGE FAIBLE ! acquiesce un Troll. MANGER RAVAGE FAIBLE !!!
- Tu vois, Vigilant ! Même ces crétins l’ont noté, reprend le Punk tatoué. Je n’ai pas confiance ! Personne de normal ne restera seul face à une centaine de taré Eidolons qui le chargent. Même moi, et bien que je me considère comme un vrai guerrier, je ne le ferai pas. Ravage l’aurait fait. Peut être… Mais tu n’es PLUS Ravage.
- Peu importe ces changements auxquels vous faites référence, rétorque Samuel avec calme. Si vous essayez de combattre les plus redoutables unités Vahziloks de front, elles vous attaqueront sur le plan psychique puis vous tailleront en pièces lorsque vous serez incapables de bouger et de réagir. Notre seule chance est de les coincer dans une nasse en les attaquant de trois cotés à la fois. Et la seule chèvre susceptible d’attirer les loups ici, c’est moi !
- Admettons, sourit méchamment Dreck. Admettons que tu ne te sauves pas en pleurant ! Admettons que les Eidolons tombent dans ton piège ! Qu’est ce qui nous empêchera de les laisser te crever comme la salope que tu es avant d’intervenir ?
- Rien ! Mais si seulement je parvenais à m’en tirer malgré ma faiblesse présumée, sachez que je vous retrouverai tous et que je vous ferai mourir de la pire façon qui soit !
- Il reste finalement un peu de Ravage en toi, Boucher… hurle de rire Dreck. Mais assez parlé !!! Nous nous sommes engagés à tes cotés dans ce combat de notre pleins grés. Apprends, Ravage, que les Gangs ont un sens de l’honneur beaucoup plus affirmé que vous autres sois disant Héros ne pourrez jamais l’imaginer. Ravage me fait gerber mais les freaks saluent la bravoure de l’homme sous le masque et ils seront à tes cotés comme prévu.
- Les Losts aussi, Boucher ! intervient l’Aberration avec une solennité étonnante. Notre parole est donnée et elle est ce que nous avons de plus sacré car nous n’avons plus qu’elle à offrir depuis que tes semblables nous ont tout pris.
- MANGER RAVAGE !!! rugit un Troll. MAIS SEULEMENT APRES MANGER VAHZIS !!!
- Il est fort probable que tu meurs aujourd’hui, Héros ! siffle Dreck. Quelle ironie de tomber en ayant pour camarades ceux que tu as combattu toute ta vie, n’est ce pas ?
- Il est trop tard pour regretter des choix qui n’en ont jamais été, pontifie mystérieusement Kirby. Et pour ce qui est de la qualité de mes compagnons actuels, il est vrai que j’aurai préféré être flanqué de singes Riktis pour être tout à fait honnête. Au moins leur odeur aurait été supportable… Il est temps d’ailleurs de me permettre de respirer ! A vos postes, messieurs les Monstres !!!

La provocation fait son office et les brutes rejoignent leurs postes en ricanant. Resté seul, Kirby est bien loin de ressentir la ferme assurance qu’il a mis dans ces propos. Lorsque les premiers Vahziloks apparaissent, Samuel prend sur lui pour ne pas effectivement hurler et partir en courrant. Les Eidolons sont les plus terrifiantes unités du Docteur Vahziloks. Couverts de la tête au pied d’une tenue de cuir noir à faire pâlir d’envie le plus pervers adepte des pires pratiques sadomasochistes, ils ne redoutent rien ni personne. Parfois reconstruits à partir de morceaux de cadavres décomposés, ils ignorent la peur et la douleur et ne vivent que pour provoquer la terreur et infliger la souffrance. Les Eidolons sont la concrétisation vivante des plus secrètes craintes enfantines ; ils sont ces monstres masqués dont on n’ose murmurer le nom et qui se terrent sous le lit des petits sitôt les parents sortis. Aussi performants au contact qu’à distance, ils disposent de pouvoirs de régénération qui rendent les affrontement avec eux hautement incertains et cumulent en plus des pouvoirs mentaux dévastateurs qui les rendent insensibles à la plupart des attaques Psys.

On ne tue pas un Eidolon : on le massacre avant qu’il ne vous massacre !

Samuel sent la sueur ruisseler sur son visage tendu à se rompre sous son masque. Dix, vingt, trente figures de cauchemar avancent vers lui avec une souple assurance en silence sans marquer de ralentissement et le flot ne se tarit pas. Kirby ne peut plus compter sur les pouvoirs démoniaques de Ravage pour le tirer du pétrin. Il ne lui reste que ses compétences naturelles, son armure de combat et son expérience pour espérer s’en sortir cette fois ci. Levant ses poings gantés d’acier vers le plafond gluant de crasse, il frappe ses poignets d’un geste ferme et assuré et les lames indestructibles sortent de leur logement avec un claquement métallique devenu légendaire qui fait s’arrêter la horde de cuir sombre. Des dizaines de regards luminescents et inhumains se posent sur lui et curieusement, Samuel Kirby n’a plus peur. Pointant ses terribles lames aux reflets sombres sur les créatures, il est redevenu Ravage et gronde de sa voix forte retrouvée :

- Vahziloks ! Retournez vous terrer dans les trous puants dont vous n’auriez jamais du sortir ou affrontez la colère de Ravage le Boucher et crevez comme les rats infectes que vous êtes !!! 

Kirby s’est longtemps demandé si les corps suppliciés et mutilés qui se cachent sous les combinaisons d’ébènes étaient capables de parler. Il doit admettre que les rencontres entre Ravage et ces saletés étaient aussi rapides que silencieuses… Il comprend que ça n’est pas cette fois ci qu’il aura sa réponse en voyant la masse obscure s’élancer droit sur lui sans émettre un son, ondulant comme une gigantesque vague de cuir noir aux membres multiples. Les Eidolons connaissent bien le Vigilant et aucun d’entre eux ne tente d’exercer ses pouvoirs des ténèbres sur le Héros. Dreck avait raison : le spectacle est terrifiant ! Afin d’éviter de voir son assurance miraculeusement restaurée se fendiller pour finalement voler en éclats, Samuel Kirby fait le vide dans son esprit et s’élance à son tour. Ses lames redoutées pointées vers le sol derrière lui comme les serres d’un rapace, il ne fait plus qu’un avec cette fantastique armure de combat qui lui a si souvent sauvé la vie. Il ne tient pas ses armes, il est une arme ; la plus mortelle qui soit : Ravage le Vigilant !
Arrivé au contact, il évite souplement une main ganté de cuir hérissée de métal et fait un bond prodigieux qui l’amène juste au dessus de la mêlée grouillante. Un instant, il est comme suspendu, ses poings d’acier croisés sur sa poitrine, genoux relevés, puis il retombe de tout son poids au cœur de la Horde d’épouvante.

Prochainement : Kali