Chapitre vingt quatre : Nathan

- Et de quatre ! Alors le Héros Miro, glousse le cyborg, son unique énorme œil mécanique central dispensant sa lumière sanglante sur la scène de cauchemar, ça fait mal ?
- Pouffe toi, Euripide ! gronde le second bourreau dont la mâchoire en titane gêne comiquement l’élocution, exhibant joyeusement son immonde paire de cisaille. Fé pas le tout de lui caffer les fingers, laiffe moi les lui tronffoner à fet enfoiré !!!
- On casse d’abord, on coupe ensuite !!! C’est le deal ! pontifie l’étrange cyclope.  Sinon avec toi, y a plus rien à casser après et c’est pas cool !!! Il reste le pouce pis après tu coupes, ok ?
- Pffffff… F’est toufours moi qui paffe après ! s’insurge le postillonneur malgré lui.
- Ouais d’abord !!! Vas y, Fifi !!! s’excite le troisième larron à la tête minuscule et aux oreilles démesurées sur des épaules colossales. Coupe lui les doigts !!! Après on lui plantera dans les narines, ce sera marrant !!! 
- Nooon, gémit leur victime que la terrible douleur a plongé dans une salutaire torpeur. Je vous en supplie ne faîtes pas ça…
- Euripide, lance Fifi au cyclope, tiens lui la main que fe commenfe à le trafailler !!! Tu feras le poufe après pour fanger !!!
- Hin Hin Hin Ouèèèèèèèèèèè !!! encourage le Dumbo à petite tronche.

Tout à leur consciencieux labeur, aucun des tortionnaires ne voit la gigantesque forme de relever en silence. Lorsqu’elle arrive à l’appoint de la ridicule ampoule de plafond qui dispense sa lumière malsaine sur la scène barbare, l’énorme apparition occulte totalement la luminosité et Fifi le pas aidé du dialogue s’emporte :

- Ah mais fortez de defant la lumière, fe fois flus rien !!!
- Mais c’est pas moi, Fifi ! se dédouane Euripide le mono-zieuté.
- F’est encore tes foutus oreilles qui caffent tout, Dumbo !!! Tu fais fier !!!
- Naaaaan j’ai rien fait !!! se défend l’accusé. C’est le gros mec derrière !
- Ben dis lui de fe pouffer, imbéfile !!!
- Quel gros mec ? s’étonne Euripide avant de se retourner.

L’optique rouge central luisant du Cyborg explose sous l’impact titanesque. Le second coup qui frappe l’infortuné Euripide au ventre l’envoie percuter le mur le plus proche cinq bons mètres plus loin ou il s’encastre partiellement avant de s’immobiliser dans les débris de plâtre et de béton.
Fifi le découpeur est probablement pour beaucoup un sujet de raillerie du fait de son handicap verbal mais personne ne s’est jamais amusé de lui en face car il est aussi un sadique vicieux et un remarquable combattant. Les réflexes câblés et la force colossale artificiellement décuplée contenus dans ses bras métalliques ne donnent pas longtemps envie de rire et son adversaire en fait les frais lorsque le teigneux, abandonnant la main mortifiée de O’Neill, lui zèbre profondément le torse à l’aide de la cisaille avant de se positionner pour une nouvelle attaque. Dumbo n’a pas le même réflexe et il paie son manque de réactivité au prix fort lorsque le Colosse, toujours à contre-jour, l’attrape par ses larges oreilles, le décolle du sol et lui emmanche un coup de boule droit dans le museau qui le met groggy malgré ses implants faciaux.

- Lâffe mon pote, rugit Fifi en frappant à nouveau de sa cisaille.

Mais l’agresseur, ignorant superbement la seconde blessure, balance deux nouveaux démentiels gnons dans la trombine de Dumbo qui s’enfonce comiquement entre ses épaules sous l’impact, l’assommant pour le compte.

- T’es qui, falopard ? grince Fifi déstabilisé en se mettant hors de portée de ce monstrueux taré qui encaisse les pires attaques mieux qu’un bloc de granit.

Le Colosse sort de la zone obscure et la ridicule ampoule peut enfin éclairer sa silhouette mystérieuse dans son ensemble :

- Je suis Montagne, Héros de Paragon et membre de la Hero Corps, boucher !
- T’étais mort !!! gémit le cyborg décontenancé. La Maîtreffe t’as grillé la fervelle !!! Fe l’ai fu !!! Perfonne ne furfit à fes attaques Pfy !!! F’est impoffible !!!
- Un homme aveuglé par la haine qui se prépare depuis cinq ans à affronter le plus grand Contrôleur vivant pour le tuer se prépare mentalement sinon il meurt. Je suis cet homme ! Et si mon aveuglement m’a aujourd’hui sauvé la vie et donné l’occasion de me racheter, je ne me laisserai pas maintenant arrêter par un pauvre crétin qui crachote plus qu’il ne parle !

Fifi regarde la pièce, guettant une ouverture. Il connaît ce mec de réputation. Seul, il n’a aucune chance contre le Tanker et il le sait. Il doit s’échapper et donner l’alerte. Avec les copains, ils désosseront ce gros balourd comme qui rigole. S’échapper ! Il fait un pas de coté, imité par Montagne qui en profite pour se rapprocher, réduisant l’angle de fuite. Il feinte de l’autre coté mais le Héros ne se fait pas avoir et met la ruse avortée à contribution pour progresser à nouveau.

- Approffe plus ou fe te défficte la tronffe, je plaifante pas !!!
- Comment tu fais pour parler encore alors que t’es de la graine d’Abo, raille le Colosse. On t’a pas dit ? T’es déjà mort, ordure…
- Ne le tue pas… gémit O’Neill. Des informations… Il nous faut des informations…
- Ok, mon pote ! Il va survivre mais aussi payer pour ce qu’il voulait te faire !


Louis La Salle se précipite sur sa cible terrorisée avec un célérité inouïe. Emprisonnant les deux poignets du Vilain dans ses énormes pattes, il décolle le petit cyborg du sol et se met à tirer de toute sa monumentale force, ignorant les hurlements de sa victime. Enfin, dans un écœurant déchirement de muscles et de câbles mêlés, il arrache les bras artificielles de Fifi qui retombe au sol dans une gerbe d’étincelles et de fluides divers.

- WHAAAAAAAAAAA !!! rugit le commando Crey. Tu m’as tout caffé mes bras tout neuf !!! WHAAAAAAAAA ! Fa fait maaaaaaaaal !!!

Le Tanker abat ses deux gourdins improvisés qui gigotent dans tous les sens comme deux serpents d’acier droit sur le sommet du crâne du très bruyant demi-homme-tronc qui part en arrière dans la poussière dans un dernier soupir offusqué pour ne plus bouger. Puis il reporte son attention sur l’aveugle qui pose son œil droit opaque sur lui, incapable d’ouvrir le gauche qui ressemble à une orange blette, et qui tente de sourire malgré ses lèvres gonflées par les coups répétées.

- Ca va, Nat ? demande le grand Héros avec inquiétude en détachant son ami. Tu te sens comment ?
- Vivant… J’ai trop mal pour être mort…
- Attends, je vais te mettre un coup de zapette, ça va te requinquer !

Louis braque une espèce de ridicule télécommande sur le Contrôleur et une lueur verte beigne le blessé dans un doux crépitement d’énergie. Lorsque le flux médicale concentré se tarit, le faciès massacré de Nathan a reprit un aspect humain bien qu’il conserve des teintes très artistiquement audacieuses. Le Contrôleur constate alors avec soulagement qu’il peut bouger ses doigts brisés. Difficilement, et ça reste terriblement douloureux, mais ça fonctionne. Bien que les angles des os ressoudés soient maintenant assez étranges.

- C’est génial ton truc… J’ai encore l’impression d’avoir été passé dans un broyeur mais c’est presque tolérable.
- C’est une technique que j’ai piqué à un pote Blaster plutôt… original. Je ne pensais pas un jour me servir de ce gadget mais finalement je m’en félicite. Nathan, je tenais à te dire…
- Tu m’as sauvé la vie, Louis… Même sans ton intervention, les Creys nous auraient capturés de toute façon et tu le sais aussi bien que moi. Je suis autant à blâmer dans cette histoire que toi alors essayons plutôt de sauver les copains, on se fera des papouilles plus tard. Ok, mon ami ?
- Ok, mon ami.

Pendant que Montagne attache Euripide et Dumbo toujours inconscients, O’Neill masse ses membres endoloris et lui demande :

- Comment t’as fait ça, Louis ?
- Comment j’ai fait quoi ?
- Survivre à l’attaque de la Maîtresse d’école… Même moi je ne suis pas certain que j’aurai tenu contre un assaut d’une telle puissance.
- C’était en prévision de la bagarre contre toi… Durant toutes ces années, je me suis entraîné à résister aux agressions Psy avec la Division. Tous les jours. Jusqu’à ce que j’en chiale et que j’ai l’impression que ma tête allait exploser. Encore et toujours. Tu connais mes pouvoirs, Nat. Autant contre des agresseurs classiques, je suis indestructible, autant contre les Empathes je n’ai aucun bouclier en dehors de ma technique de Stase mais elle m’immobilise. Vu ma cible, je n’avais d’autre choix que de développer mes protections mentale pour demeurer mobile.
- Malgré tous tes efforts, tu n’aurais pas dû survivre à une telle décharge, Louis. Même si tu avais développé tes barrières mentales en entrant en Stase ! Qu’est ce que tu as fait d’autre ?


Le Tanker arrête un instant de serrer les cordages et souffle douloureusement, son épais crâne rasée baissé, les yeux clos :

- Une Mind Nuke… Je me suis fait implanter une Mind Nuke…  
- Mon dieu… murmure le Contrôleur. Combien de temps ?
- Je l’ai activée lorsque nous sommes entrés dans la base secrète. C’était… le bon moment pour te régler ton compte.
- Louis… commence l’aveugle d’une voix étranglée par la tristesse, peut être que…
- A d’autres, Nat ! Je savais ce que je faisais et je n’avais de toute façon pas l’intention de survivre après ta mort ! J’ai déjà de la chance car j’ai eu le choix et je savais ce que je faisais. Pas comme ces pauvres cobayes de militaires sur lesquels on a testé ces saloperies pour qu’ils puissent affronter les Divisions Psy Riktis sans tomber sous leur emprise... Je pense qu’il me reste deux heures grâce à mon entraînement. Peut être le double si ma nature mutante parvient à enrayer la nécrose donc faut nous dépêcher de sortir les copains du pétrin tant que je peux encore être utile. Après, tu sais ce qui arrivera et vu ton état, je reste notre meilleure chance de succès alors ne la gâchons pas !

Pour éviter que le Contrôleur ne remette le sujet sur le tapis, Montagne croche Fifi par le col, lui balance deux calottes bien senties dans la tronche pour le réveiller et colle son visage plissé de haine à quelques millimètres de celui du démembré tétanisé par la terreur en grondant :

- Mon pote et moi avons des questions à te poser, connard ! Résiste et je t’arrache les guiboles l’une après l’autre. Baratine-nous et je m’attaque au rare élément de ton anatomie que tout Cyborg Crey souhaite conserver dans son état naturel à tout prix, pigé ?

Chapitre vingt cinq : Sabra

« On est les champions, on est les champions, on est.. on est… »

La chanson joyeuse est celle qui sort par miracle du brouhaha général que l’infortuné inter-comm parvient à restituer à l’Officier de liaison de la Hero Corps vraiment très fatiguée. Comme il n’y a plus personne à l’autre bout du micro depuis qu’elle a dit à Nyme ce qu’elle allait lui faire subir après son dernier appel, elle attend, muette d’une rage difficilement contenue, un éventuel nouvel interlocuteur.

- Ouèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè !!! On a gagnéééééééééééééé !!! hurle quelqu’un avant de repartir brailler avec les autres.
- On est les meilleurs, nanana !!! intervient une autre.
- Y a quelqu’un ?! demande enfin une douce voix à priori sérieuse.
- Oui !!! Officier Sabra de la HC !!! Identifiez-vous je vous prie !
- Ruby Hawk, héroïne sportive ! Dîtes Sabra, vous avez les résultats du match de Talos Beach ?
- Excusez-moi ? s’étrangle la Scrapper en tapotant sur son écouteur.
- Le Match de Beach-Volley féminin ! Vous savez quel est le score ?
- Mais enfin non je ne sais pas quel est le score!!! Et je m’en fiche du Beach-Volley féminin !!! C’est quoi cette histoire, voyons ?! Trouvez moi un Officier de liaison immédiatement au lieu de m’emmerder avec des trucs aussi idiots, je vous prie ! On a une ville à défendre, vous êtes pas au courant ?
- Bien sur que si puisque je suis là au lieu de donner une leçon à cette pouf de Pénélope ! s’offusque Ruby. Vous voulez pas vous renseigner, vous seriez un amour !!!
- JE NE SUIS PAS UN AMOUR !!! JE SUIS UNE BOULE DE VIOLENCE EN EBULLITION A LA LIMITE DE L’EXPLOSION MEURTRIERE ALORS TROUVEZ MOI UN REPRESENTANT !!! MAINTENANT !!!
- Ohlala… C’est pas la peine de crier comme ça, je vais vous le trouver votre représentant…
- Merci…
- Heu… Sabra ?
- Oui Ruby ? respire profondément l’Héroïne masquée.
- Vous devriez faire du sport, vous savez : ça vous détendrait !!!

Le temps que l’officier de la HC parvienne à maîtriser la suffocation qui manque l’étouffer, elle entend un « glouglou ? » surréaliste, trois rots taquins, un nouveau « Glouglou ?! » tout aussi surprenant, une pléthore de ricanements idiots et enfin la voix méfiante de son cauchemar personnel attitré, le Billy Idolesque Nyme qui prévient d’entrée :

- Si tu cries, je te passe encore le Dindon !!!
- Hein ?
- Hin Hin Hin, nan rien, tu me croirais même pas si je t’expliquai. Tu veux que j’essaie quand même ? Je peux hein ! je raconte vachement bien les histoires !
- Non, je me fiche de tes histoires de dindon, de poulet et autres volailles débiles, Nyme ! tempête la Scrapper. Je veux simplement savoir où vous en êtes avant de manger une boîte d’antidépresseurs, emballage compris !
- Rhhhaaaaa tout de suite ! glousse l’homme aux tifs bleus. Genre on t’agace !
- J’ai dépassé ce stade depuis longtemps, Nyme… On a une troisième menace sur les bras là et je n’ai plus le temps de supporter vos gamineries à tes copains et toi, ok ?
- T’excite pas, Sabra ! tempère le timbré. Si j’étais plus au micro c’était justement pour faire un point avec les chefs de groupe alors tu vois que je pensais à toi !
- Merci, Nyme… Et ça donne quoi ?
- Que du bon, ma poule ! Les Riktis se sont repliés dans leurs bases à la noix et on maintient la pression le temps que l’armée revienne prendre la relève. Independance Port est totalement sécurisé et le nettoyage de Brick avance à grands pas. Deux Super-Groupes sont en route pour donner un coup de main à la Héro Corps sur Skyway et tous les blessés ont été évacués à part sado qu’on opère sur place.
- Ah oui c’est vrai, je l’avais oublié ce déchet là ! Alors, il a une chance de s’en sortir ?
- Oh que oui ! Clair qu’il est bon pour un nouvel implant mais la moelle épinière n’est pas touchée. En fait, le Médic se demande même s’il en a une, t’imagine ! D’après lui, ça expliquerait pourquoi SM ne parvient qu’à faire une seule danse – la plus débile de toutes – quand on fait des soirées ! C’est fou ça ! Un mec sans moelle, t’y crois ?
- Ca fait belle lurette que je pense que ce type n’a pas non plus de cerveau alors pour le reste…
- C’est quoi la troisième menace dont tu parlais sinon ? On peut aider ?
- Le temps que vous arriviez, ce sera probablement réglé. D’une façon où d’une autre… Mais je voudrai quand même que le maximum de groupes revienne au central au cas où ça tournerait vraiment mal une fois que les bidasses auront repris leurs positions. Je sais que vous êtes épuisés mais…
- Tu rigoles ? On est chauds là ! On a jamais été aussi inspirés et l’influence que cette baston de fou va nous donner restera dans les annales ! Compte sur nous, cocotte !!! Dés qu’on peut, on débarque !
- Nyme… Vous avez tous été supers…
- Hé, ma belle ! On est pas des Super-héros pour rien non plus ! Je sais bien ce que la plupart de tes collègues pensent de nous mais on sait assurer quand il le faut.
- Vous avez fait plus qu’assurer… Personne n’aurait été capable d’accomplir ce que vous avez réussi contre les Riktis… Surtout quand on considère le prix que vous avez payé pour y parvenir !
- N’en jette plus, copine ! Si tu continues, je vais rougir et le violet se marrie mal avec ma légendaire coupe de cheveux ! C’était Nyme pour les groupes franc-tireurs d’IP, over !

Sabra sent la tension retomber et une grande tristesse l’envahit lorsqu’elle pense à tous les intrépides combattants qui se sont sacrifiés pour que Paragon survive. Derrière la Héroïne masquée, une jeune cadette de la Hero Corps demande d’une petite voix hésitante :

- Professeur Sabra ?
- Oui, Luciole ?
- C’était qui le gars bizarre au micro là ?
- Une Légende, ma puce. Ils sont tous des Légendes…

Chapitre vingt six : Marada

Le déluge de feu qui s’est abattu par surprise sur les Vahziloks lorsqu’ils ont déboulé dans le collecteur transformé en camp retranché ne les a pas arrêtés. Enjambant les monceaux de cadavres fauchés par les tirs des Skulls et des Hellions, ils se sont rués sur les barricades improvisées avec leur folie coutumière et l’engagement a tourné au corps à corps général ou chacun défend sa vie comme il le peut. Oubliée la belle stratégie mise en place par Kneecracker avant le début des hostilités. Balayée la cohésion artificielle entre les gangs des rues. Une nouvelle bordée de carreaux d’arbalète meurtrière fauche un groupe de combattants Hellions et un corps à corps désespéré oppose une horde de d’Eventreurs à une demi-douzaine de Warriors isolés. Malgré une résistance farouche, les intrépides guerriers finissent par disparaître sous une nuée de coups de hachoirs et de scies chirurgicales qui les transforment en pulpe informe.

Le redoutable Kneecracker fait des ravages malgré son bras gauche bandé. Muni de sa lourde batte cloutée qu’il ne manie que d’une main, il harangue ses camarades aux masques à tête de mort et se lance dans une énième contre-attaque audacieuse pour alléger la pression que les hellions - maintenant privés de chefs - ne pourront plus tenir très longtemps. Marada, bien à l’abri derrière les voyous aux bandanas fait des merveilles : elle lance ses fulgurantes attaques mentales sur les Mortificators déchaînés qui se lancent sans discontinuer à l’assaut de la dernière barricade encore intacte, permettant ainsi aux tireurs Hellions de faucher leurs ennemis immobilisés comme dans un stand de foire.

Le bourbier habituellement verdâtre dans lequel on patauge dans les égouts et maintenant écarlate et les combattants enlacés dans de mortelles étreintes butent contre les corps déchiquetés pour parfois tomber dans l’immonde charnier sans arrêter de se déchiqueter. Les passerelles métalliques sont prises d’assaut puis reprises quelques secondes plus tard. La boucherie est totale et il est évident pour tous que le combat ne s’arrêtera qu’après le massacre intégral d’un des deux parti. Un moment, la galerie principale commence à ne plus déverser son flot compact de Vahziloks et les Warriors parviennent même à repousser significativement les Eventreurs. Hormis quelques duels mortels ça et là, les deux camps reprennent un semblant de cohésion, s’observant, la même lueur meurtrière dans les regards de part et d’autres. Les Hellions se regroupent derrière la barricade, rechargeant fusils d’assaut et revolvers chauffés à blanc en ovationnant une Marada rouge de confusion. Les Warriors resserrent les rangs, escamotant comme par magie à l’arrière leurs éléments les plus sérieusement touchés qui grondent de dépit et les Skulls se rassemblent autours d’un Kneecracker conquérant et couvert du sang de ses victimes innombrables.
 
A ce moment précis, le grand Skull se surprend même à espérer un instant que le merdier général finisse par tourner à leur avantage grâce à cette petite bonne femme qui ne paie pas de mine mais cause des ravages dans les rangs Vahzis.  

C’est alors que Scalpel, le Leader de la Horde Vahzilok sort des rangs. Effrayant avec son crâne humain sur la tête et son tablier d’équarrisseur dégoulinant de morceaux sanglants, il pointe son couperet de bataille sur la Contrôleuse horrifiée par cette vision immonde et hurle :

- Elle !!! C’est elle qu’il faut abattre, tas de pourceaux !!! RAMENEZ-MOI SA TÊTE OU VOUS FINIREZ TOUS SUR LES TABLES DE DISSECTION DU DOCTEUR !!!

La menace agit comme une bombe et la masse des bouchers de l’Enfer se précipite sur la frêle fortification qui abrite la victime désignée par Scalpel sans plus se préoccuper des autres groupes présents. Les Warriors n’ont pas le temps de se porter en avant que déjà ils se heurtent au flanc droit de la charge Vahzilok qui arrête net leur progression. A découvert, les Skulls parviennent par miracle à se mettre à l’abri des mortelles arbalètes ennemies et Kneecracker enrage quand ses hommes le contraignent à plonger derrière les tuyaux d’écoulement le temps que la pluie de carreaux se tarisse. L’instant d’après, il est déjà debout et se précipite comme un dément en espérant arriver à temps, conscient que les quelques secondes utilisées pour se protéger risquent de leur coûter très cher. Galvanisés par la terrifiante promesse de leur Leader, les Eventreurs et les Mortificators taillent en pièce les premiers rangs Hellions malgré le feu roulant et la chevrotine tirée à bout portant qui les déchiquette vivants. Survolté, Knee se taille un chemin écarlate dans la masse compact, sa Batte monstrueuse envoyant voler les corps désarticulés comme des pantins de chair. Il y est presque. Assez pour lire la panique dans les yeux de Marada qui ne parvient pas à lancer ses pouvoirs aussi vite que les furieux surgissent.

Lorsqu’un gigantesque Mortificator se précipite sur la jeune femme en survolant les derniers défenseurs d’un bond incroyable, hachoir levé et l’écume au lèvres, Kneecracker comprend qu’il arrivera trop tard. Déconcentré, un coup de scie d’équarrissage le frappe au visage et il tombe à la renverse au moment même ou la lame du Morti s’abat sur la jeune femme paralysée par la peur. 
 
Prochainement : Monsieur Social