Chapitre Treize : Monsieur Social

 « Naît on mauvais ou le devient on ?! »

La question muette fait sourire le Démon tapi dans l’esprit malade comme une noir nuisance mais il se garde bien de répondre. Il a compris depuis longtemps à quel point son Hôte est puissant et imprévisible et il sait ce qui lui en coûterait de s’immiscer dans ses pensées nauséabondes. Le Parasite Infernal meurt d’envie de lui dire que OUI certains hommes viennent au monde avec un cœur plein de noirceur tout comme d’autres se trouvent naturellement baignés d’un amour écœurant, la plupart oscillant allègrement d’une extrémité à l’autre. Mais il en est certains qui sont au delà du descriptible. Plus inhumains que la plus terrifiante abomination qui soit, ne trouvant de plaisir que dans la souffrance sans fin qu’ils prodiguent. Oh oui… Les pires créatures qui existent sont d’origine humaine et la meilleure preuve qui soit est justement devant lui : c’est ce corps malade de haine abritant cet esprit infâme que le Démon a eu la stupidité de penser pouvoir corrompre.
Le familier connaît la réponse.
Mais il s’abstient d’en faire état.
Et s’en félicite lorsqu’il assiste, atterré, à la suite du monologue.

« Probable qu’ils soient toutes et tous pervertis dés la naissance en fait… Leur mépris manifeste et leur pathologie insupportable à transgresser les plus simples règles de vie en sont la preuve indiscutable. »

Ce maboule ne s’interrogeait donc pas sur sa condition personnel mais sur celle de ses victimes ?!
Il est plus que grave, ce type…
Mais pourquoi est ce LUI qui se retrouve à pactiser avec ce maboule pur jus plus ingérable qu’une bombe à neutron ???
Ohlalala si l’invasion déconne par sa faute, la Maîtresse d’école ne le défendra pas cette fois ci lorsqu’il passera en commission pour y être condamné au pire des châtiments qui soit : la possession des Tomtes qui ont perdu leur bonnet rituel ! Si on ne l’exécute pas purement et simplement…

Le pauvre Démon en tremble d’effroi.
Faut dire aussi qu’il a abusé, il ne peut le nier.
Lorsqu’un Démon est affilié à la Division des Pactes Humains – l’Elite absolue des Corrupteurs d’Âmes - on lui inculque quelques préceptes élémentaires qui ne doivent JAMAIS être transgressées. Ces règles d’Or qu’on enseigne religieusement à l’Académie des Tentateurs sont inspirées du passé. Elles sont le fruit d’expériences malheureuses qui auraient pu – et s’avérèrent d’ailleurs bien souvent – catastrophiques. 
La plus fondamentale de toutes est de ne pactiser qu’avec un hôte dont la volonté est aisément contrôlable en cas de besoin. Bien que le Démon n’ait pas vocation d’intervenir – les humains sont par définitions bien plus doués pour se mettre dans le pétrin qu’aucun être diabolique ne le sera jamais – il est cependant primordial que l’occupant ait la possibilité de reprendre les rênes. Un Pacte est par définition un lien psychique actif entre deux mondes et il ne garantit aucun des deux parties contre les nuisances éventuelles…

Le Démon Social repense alors à cette histoire, laquelle – bien qu’elle soit racontée aux petits Démons désobéissants pour ramener le calme la jour venue – n’est en rien une Légende. Elle est enseignée à l’Académie des Tentateurs dés la première année afin que PERSONNE n’oublie jamais plus le premier commandement.

C’est l’Histoire de Navros le Forgeron, le simplet qui faillit détruire pour toujours l’Empire du Mal.

C’était il y a plusieurs siècles terrestres dans un des nombreux royaumes secondaires d’Europe de l’Est qui fleurissaient un jour pour mieux disparaître le lendemain, absorbé par un nouveau grand Empire en formation. Quelle  époque formidable pour les Tentateurs ! Les guerres incessantes, les épidémies fulgurantes, les Ordres religieux corrompus et les Confréries de Chevaliers qui leur avaient jadis causé tant de tracas renaissant de leurs cendres juste le temps de se transformer en rassemblement de crapules sans Foi ni Honneur. Le bon coté avec les humains c’est qu’ils continuaient à se reproduire comme des rats malgré les saignées mortelles et que la population gagnait autant en nombre qu’en noirceur. Il faut croire que l’humain angoissé doit niquer pour se détendre où un truc du genre !?

En tout cas, c’était le pied fourchu sans dec’ !
Les Forces du mal avaient bien manœuvrées. Lentement, elles étaient parvenues à retourner une situation pourtant bien mal engagée après l’insupportable Antiquité qui avait vu l’avènement de l’Ordre et de la Culture. Mais les Démons étaient habilement arrivés à pactiser avec des humains assoiffés de sang qui avaient enfin foulé au pied ces empires détestables. Le cuir clouté remplaçait la toge, la hache du Guerrier chassait la baguette du professeur. L’ère n’était plus à la sculpture et à l’art mais aux armures d’acier et aux conflits sanglants. Les peuples s’abritant encore derrière les Dieux de Lumière disparaissaient les uns après les autres. Le Chaos dévorait la Terre et les Hordes de fer-vêtus impitoyables transformaient les plaines jadis vertes et tranquilles en bourbiers infâmes gorgés de sang.

Plus personne n’était à l’abri.
Le Fort dominait le faible.
Le meurtre gratuit devenait la norme et l’Humanité toute entière se lamentait.

Tant d’incertitude et d’angoisse avait fait littéralement exploser les quotas de Pactes et l’Académie Infernale avait bien du mal à supporter la demande après tous ces siècles à vivoter petitement.
Euphorique en constatant que les Âmes humaines coulaient à flot, elle voulut profiter de la situation et commit un énorme erreur : elle décida de Pactiser avec les dingos.

Dit comme ça, c’est plutôt rigolo mais dans les faits, c’était un changement de politique d’entreprise carrément radical et il faut croire que les retombées avaient été mal estimées par les analystes et autres grands penseurs Démoniaques. A leur décharge, cette prise de position offrait l’opportunité d’un marché juteux et on peut comprendre rétrospectivement qu’ils se soient laissés griser par l’optimisme général. Au grand Directoire de l’Académie, la discussion faillit pourtant tourner court lorsque Gruumpf le scrofuleux – alors que tous s’extasiaient des courbes prévisionnelles que ne manquerait pas de faire exploser la nouvelle niche des zinzins – lança théâtralement :

- Matthieu a dit : « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! ».
- La Version de Luc est différente, Gruumpf ! Il aurait dit : « Heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous ! », rétorqua Baalgor « sept membres » comme on l’appelait suite à son écartèlement partiel deux ou trois siècles auparavant.
- Si on se réfère au Sermon sur la Montagne de Jésus, c’est plutôt « Bienheureux les simples d’esprit, car le royaume de Dieu est à eux » précisa NotChokot la Tentaculaire.
- Jésus ?! C’est pas le mec qui a dit : « Que celui qui a des oreilles, qu’il entende !» ?! souffla MiniTaar le dernierconseiller du Directoire en douce.
- Dîtes donc les grenouilles de bénitier, vous m’avez l’air beaucoup plus versés dans l’étude des plaquettes marketing de la concurrence que dans l’élaboration de la notre, je trouve !!! s’emporta la superbe Succube qui dirigeait le Directoire mais n’avait plus de nom car elle l’avait perdu lors d’une partie de dés truqués ce qui rendait les discussions avec elle pas évidentes faut bien l’avouer.
- J’essaie juste de dire que SI nous focalisons notre étude de marché sur les timbrés alors qu’ils sont destinés à finir chez les autres fûmelures d’en face, ça craint le pâté de tête ! précisa Gruumpf.
- Oui mais leur brochure n’est pas très claire… reprit Baalgor. Un coup c’est les pauvres, un coup les simples, un coup y a l’esprit, un coup il y est plus ! Ils ont qu’à faire un peu gaffe aussi !!!
- Et pour les oreilles ?! pensa bon d’intervenir à nouveau MiniTaar avant de prendre une calotte sur le museau par on ne sait trop qui.
- Justement !!! coupa sèchement la Succube qui n’avait plus de nom. C’est pas précis tout ça et on est tous d’accord sur ce point ! C’est pas nouveau d’ailleurs : ces enflures n’ont jamais été capables de pondre un truc correct du premier coup ou alors c’était leurs démarcheurs qui comprenaient queue dalle ! Regardez le nombre de release qu’ils ont été obligés de faire juste avec les Apôtres ! Rien que sur le Testament qui reste quand même leur offre la plus attractive : ils ont été obligés d’en faire un Nouveau ! C’est dire les quiches !!!
- Sans parler de tous les trucs marqués en petit au bas des contrats et qui arnaquent le consommateur. Franchement, c’est sérieux tous ces épîtres et autres psaumes j’en passe et des meilleurs ?! compléta Baalgor pontifiant. De vrais malfaisants ces Gentils !
- Je pense quand même qu’il y a un risque, patronne ! insista Gruumpf. Nous devrions approfondir la question car s’ils nous assignent devant le Tribunal Cosmique pour…
- J’emmerde le Tribunal !!! explosa la Succube en frappant des quatre poings sur la table. La Terre est à nouveau en proie à un Chaos total qui n’est pas sans rappeler celui qui régnait lorsque les Anciens Peuples s’affrontaient et je ne laisserai pas passer cette opportunité ! Les malheurs à répétition qui frappent cette minable planète ont créé des générations entières de neuneus qui se mâchouillent la langue en bavant ! Entre ceux qui débloquent parce qu’ils ont tout perdu, les autres parce qu’ils vont tout perdre et les derniers parce qu’ils débloquaient de toute façon avant, je pense que le moment est venu de leur ouvrir les Pactes, vous entendez ?!
- Ben oui, ricana MiniTaar. J’ai des oreilles comme dirait l’autre !
- Si tu envisages de les conserver, tu ferais bien alors d’arrêter de faire de l’esprit, fut il simple !!! grinça la Succube. C’est décidé ! On y va ! Haro sur les maboules !!!
- Patronne, tenta une dernière fois Gruumpf, j’ai quand même peur…
- …et tu as bien raison ! Continue à me gonfler les tétines et tu n’auras plus jamais rien à craindre.
- Mais rappelez-vous de la « Guerre des Âmes », enfin ! Notre propre Monde a failli être détruit par ces saletés d’Âmes Humaines !!! C’est quand même pas rien ça ! Et vu ce qui en a résulté ensuite, je pense que si nous mettons le foutoir une seconde fois, même les Dieux Neutres se mettront du coté de ceux du Bien pour nous étriper !
- Les Limbes de par leur nature Neutre nous permettent justement de gérer ce genre d’erreur passée et les Âmes n’ont pas d’autre choix que d’y transiter alors relax.
- Mais si une Âme pure en profitait pour venir et se cachait pour aller ensuite chez nous remettre le bazar ?
- Ca se cache pas une Âme enfin, Gruumpf ! C’est Bon, Mauvais ou ça oscille entre les deux extrêmes mais ça ne peut pas être Mauvais le matin et Bon le soir.
- Faut faire gaffe avec ces Humains, patronne ! Surtout leurs dingos ! L’Homme est tordu à un point que c’est pas croyable déjà quand il est normal ! Alors maboule…
- Je suis d’accord mais s’il y a bien une Vérité Cosmique inaliénable c’est celle ci : l’Âme révèle la vraie nature et elle n’est pas capable de duplicité. Aucun Paladin de Lumière ne serait en mesure de concrétiser un Pacte car sa nature écœurante le trahirait forcément ! Quoi qu’il tente pour se dissimuler !!! Ce nouveau marché pourrait nous permettre de GAGNER la Terre à jamais ! Les Devins sont formels : si nous pactisons avec les idiots Humains, nous serons en mesure de faire le plus grand Pacte jamais réalisé avec le plus grand crétin qui soit à la fin du second millénaire terrestre !!! A ce propos, vous me rappellerez le moment venu qu’on commence avec son père puis qu’on l’empêche de bouffer des gâteaux, il sera foutu de s’étouffer tellement il sera crétin !
- Mais enfin Patronne… Tout ça pour un seul pacte ?
- Le Crétin absolu dont je parle sera à la tête de la Nation la plus puissante et la plus méprisante à l’égard de l’Humanité et de la Terre qu’on puisse imaginer ! On lui fera faire pleins d’âneries et ce Pacte unique en amènera des millions !!! Mais bon… Le futur c’est bien mais revenons plutôt au présent : on ouvre le marché des débiles, j’ai dit !!!
- Pourquoi on attend pas le 20ème siècle ?
- Faut s’entraîner avant car quand on attaquera le super-abruti, faudra pas nous rater ! Sujet clos.

La communication concernant l’autorisation de pactiser avec les secoués du bulbe fut affichée le jour même et le résultat fut aussi enthousiaste chez les Tentateurs que fulgurant chez leurs clients. Les Démons du Directoire de l’Académie des Tentateurs se congratulaient en voyant arriver les premiers chiffres : en faisant simple, 83,57% des Pactes étaient passés avec des humains devenus dingos à force de désespoir et sans réelle  prédisposition pour le Mal ce qui représentait une percée sans précédent du marché des mous du slip à auréoles. La grande majorité des nouveaux Possédés n’aspiraient initialement au travers de l’accord qu’à bénéficier enfin de calme et de Paix mais la quasi-totalité décidait de se venger lorsqu’elle était nantie d’un soupçon de puissance démoniaque. Nul doute qu’un appréciable effet boule de neige aurait pour conséquence de transformer ces indécis d’hier en véritables fous meurtriers qui contribueraient à transformer des pléthores de nouveaux humains en zinzins avec lesquels pactiser. Les 16,39% suivants concernaient des malades criminels naturels qui seraient probablement venus de toute façons sur la dimension infernale mais une bonne garantie contractuelle valait mieux avec ces fichus humains versatiles. Enfin, 0.03% donnaient lieu à une rupture de Pacte pour les causes habituelles de rédemption, arrêt maladie du Démon Parasite et autres vices de forme malheureusement incontournables.

- Ca n’est pas un succès, c’est un triomphe !!! applaudissaient NotChokot et Baalgor.
- J’avoue que c’est une belle victoire, patronne ! acquiesçait Gruumpf, beau joueur.
- Hein ? demandait MiniTaar qui entendait vachement moins bien depuis que la Succube sans nom lui avait fait arracher les oreilles pour cause de mauvais esprit.
- Minute papillon ! siffla la Succube sans nom. 83,57 plus 16,39 plus 0.03 ça fait pas 100%. Il est où le dernier 0.01% ?
- Ah… le dernier 0.01%… sourit Baalgor, gêné. Ben… C’est pas autant mais on avait droit qu’à deux chiffres derrière la virgule alors on a arrondi.
- On a arrondi d’accord mais y a quoi derrière ? s’étonna la Succube.
- Heu… Y a un Pacte qu’on a comme qui dirait perdu ! intervint NotChokot.
- Comment ça « perdu » ?! On peut pas perdre un Pacte ! Le Tentateur signe avec l’Humain, lui fait croire un temps qu’il est gagnant, le baise quand il fait ses premières méchancetés, l’Humain meurt et son Âme vient chez nous. C’est pas compliqué !
- Oui patronne, je sais bien…
- Bon ben alors ?!
- Ben… L’Humain n’est plus là…
- Comment ça « l’Humain n’est plus là » ?! L’humain est forcément sur Terre ou chez nous. Avec le Pacte, il peut plus aller ailleurs, c’est la Loi !
- Je sais bien mais celui là il est pas chez nous et il est pas chez lui.
- Qu’est ce que c’est que cette histoire ??? Comment il s’appelle ce type d’abord ?!
- Navros le forgeron.
- Tu parles d’un nom !!!
- Ouais mais lui au moins il en a un… persifla suavement MiniTaar.
- Je trouve ton audition bien sélective, petit poison ! sourit la Succube, menaçante. Probable qu’un bon coup d’épieu crénelé dans chacun des orifices marquant encore l’emplacement de tes défuntes oreilles arrangerait ce très agaçant problème !
- Hein ?!
- Ouais c’est ça ! Ben fais bien gaffe quand même… Bon, ton Navros, il fait quoi, Baalgor ?
- Ben il forge.
- Logique… Et qui est le Démon en charge du dossier ?
- Tic le Glups.
- C’est son nom de Tentateur ça ?
- Ben oui… Y avait plus que ça.
- C’est pathétique comme nom enfin ! s’emporta la Succube avant de reporter son attention sur MiniTaar qui ouvrait la bouche et de gronder : Même pas t’y pense ok ?
- Ah mais c’est pas évident aussi ! se défendit Baalgor. Avec cette manie de balancer des milliers d’agents, on finit par saturer, Patronne ! Faut pas croire mais Machin le Mutilateur ou Bidule l’Abominable, ça va un temps mais à la fin on manque un peu de matos !
- Ok mais quand même… Le Glups… Ca ressemble à rien voyons !
- Mais si… Un jour les Glups seront vendus par millions dans des stations services, on a regardé avec la Division des Devins ! Ce seront des petits personnages mous et gluants que les enfants mâchouilleront parfois jusqu’à s’étouffer et  écraseront dans la moquette des voitures malgré l’interdiction des parents !
- Effectivement, c’est effrayant… Bon, passons ! Amène moi ce Tic le Glups qu’il m’explique comment on peut perdre son Humain avant que je ne le fasse dépecer.
- Je peux pas, Patronne… gémit le pauvre Baalgor. Il a disparu aussi !
- Alors la c’est le pompon…

Malgré les recherches assidues, il s’avéra bel et bien que ni Navros le forgeron, ni Tic le Glups n’existaient plus sur un quelconque plan d’existence que ce soit. Malgré la tentative de garder l’affaire secrète, l’information filtra et l’angoisse commença à se faire sentir dans les rangs des Tentateurs. Quelques exécutions particulièrement épicées permirent de les remotiver un temps mais il était évident que le cœur n’y était plus. Lorsque la première cinquantaine de Démons morts furent retrouvés dans les Limbes, la panique atteint son paroxysme. L’enquête permit d’établir qu’ils étaient tous des Tentateurs de la troisième section opérant dans le même secteur et qu’ils avaient tous été exécutés par des Lames de Lumière ce qui était impossible. Tout le monde savait que le dernier Paladin capable de détruire des Tentateurs avait été assassiné une dizaine d’année plus tôt par l’Ordre secret qui donnerait naissance un jour aux COT, de puissants Nécromants Noirs et alliés occasionnels des Démons. Les dépouilles de Tentateurs continuèrent à s’entasser le lendemain et il fallut mater une ébauche de rebellions en faisant appel à la Garde de Sang pour que le calme revienne enfin. Le troisième jour, alors que la Succube regrettait de ne pas avoir de cheveux à arracher en apprenant que des centaines de nouvelles victimes étaient apparues et qu’elle cherchait une andouille sur laquelle passer sa rage impuissante, elle vit débouler NotChokot en trombe :

- Patronne ! Dans le QG des ComMyst, vite ! Nous sommes en liaison avec Tic le Glups. Dépêchons nous car le signal mental est très faible et nous risquons de le perdre à tout instant.

De fait, lorsque la Succube et Not parvinrent enfin dans le poste central des Communications Mystiques, Tic ne répondait plus et pour cause. A voir la mine contrite de ses acolytes, la Succube comprit que les nouvelles n’étaient pas bonnes. Devant le silence total et les regards peureux que se renvoyaient les Démons présents dans la pièce, elle s’emporta :

- ALORS ??? Qu’est ce qu’il a dit votre Glups par les sabots de Karneman ???
- Il a dit qu’on était mal, patronnes… osa enfin intervenir Baalgor pendant que tous les autres autours dodelinaient stupidement des cornes en signe d’assentiment.
- C’est tout ?
- Le problème c’est qu’ensuite il est probablement mort…
- Parfait ! Son hôte aussi dans ce cas ! Assurez-vous du « probablement » et finissons en avec ce pénible mystère.
- J’ai bien peur que non, Patronne. Je crains que la mort de Tic ne marque en fait la fin de notre Monde…

Tic le Glups avait eu le temps de narrer à ses Infernaux concitoyens une histoire époustouflante : Navros le forgeron n’était pas le pauvre simplet qu’il paraissait. Lorsque Tic avait proposé le Pacte à l’humain très clairement abruti, il avait bien senti un potentiel énorme chez ce colosse défiguré au crâne tondu ravagé par des cicatrices terribles mais sa nature avide et les bonus d’Âmes qu’il ne manquerait pas d’obtenir pour une telle prise l’avaient encouragé à poursuivre au lieu d’enquêter de façon plus approfondie. Quand le Tentateur avait pris conscience de son erreur, il était déjà trop tard. En fait, Navros n’était pas plus forgeron qu’il n’était golio : il n’était autre que Guildaran le Droit, le plus puissant des Chevaliers du Bien que les futurs CoT avaient laissé pour mort quelques années plus tôt lors du dernier affrontement sanglant qui avait sonné le glas de sa redoutée  Confrérie. Le corps supplicié et le visage déchiqueté de Navros illustraient mieux que n’importe quel mot les abominables blessures que le guerrier avait reçu mais contrairement aux idées reçues, il avait survécu. La paisible tribu qui l’avait recueilli et soigné avait fait son possible pour remettre le blessé sur pieds mais il s’avéra évident que si le corps récupérait, la tête ne suivait pas. Ces gens frustes mais bons s’occupèrent au mieux de l’immense bonhomme un peu simplet, lui inculquant tout ce que son pauvre intellect était encore capable d’assimiler et le baptisèrent Navros. L’idiot s’avéra particulièrement doué pour l’artisanat et devint très rapidement un Forgeron réputé aux talents recherchés. Le Seigneur de la région le fit venir à son service et Navros quitta le village avec regret avec pour seul fardeau bien emballées dans des sacs huilées sur ses épaules sa gigantesque armure de bataille et ses terrifiantes armes que ses sauveurs avaient religieusement conservées comme des reliques de sa vie passée. Les années passèrent. La guerre s’étendait, le royaume fut dévasté et le malheur s’abattit sur la paisible région mais l’adversité épargna le forgeron car le Guerrier sanguinaire ne craint pas le fol et apprécie l’artisan. Navros serait probablement resté un gentil idiot jusqu’à la fin de sa vie sans l’intervention de Tic mais la signature du Pacte – auquel le pauvret ne comprenait goutte – agit sur le simplet comme un révélateur. A peine le Démon malfaisant entré dans son grand corps tout entier consacré au Bien, une espèce d’électrochoc terrassa le géant qui s’effondra le nez dans la poussière. En ces temps troublés ou la peste et le choléra étaient redoutés, on crut à une épidémie foudroyante et le grand corps fut transporté dans son atelier dont on condamna prudemment les ouvertures.  

Plusieurs jours après, lorsque que le cruel seigneur qui terrorisait la contrée s’arrêta dans le village pour prendre possession des armes qu’ils avait commandé à Navros, il fut fort marri d’apprendre le trépas d’un si habile ouvrier. Invulnérables aux maladies grâce aux Pactes qui les unissaient à des Démons, le méchant seigneur et ses soldats défoncèrent les planches qui défendaient l’accès à l’atelier du défunt pour récupérer ce qui pouvait l’être, la cupidité n’étant qu’un de leurs nombreux travers. Quelle ne fut pas leur surprise de se retrouver face à un immense chevalier recouvert de pieds en cape par une armure aveuglante pointant un doigt  ganté d’acier accusateur sur le seigneur et déclarant d’une voix profonde qui fit trembler tous les occupants, Démons parasites compris : 

- Wilfred von Gorstaadt, Comte des Marches et souverain de Vilnara, tu as rompu ton serment de Chevalier en pactisant avec les créatures de l’Enfer pour oppresser ton peuple et étancher ta soif de carnage ! Recommande ton Âme aux Dieux que tu as trahi et prépare toi à mourir !

Sur le coup, les Guerriers Noirs restèrent pétrifiés par la surprise. De part leur nature maléfique, il « sentaient » que l’apparition était habité par la même malfaisance qu’eux. Et en même temps, il SAVAIENT que cet homme était le représentant de ce Bien dont ils s’étaient détournés et qu’ils s’évertuaient depuis de détruire avec délectation. La seconde de stupeur fut mise à contribution par le Paladin pour les charger, sa monstrueuse épée à deux mains aveuglante s’abattant dans leurs rangs compactes comme la fureur Divine. Un instant, von Gorstaadt faillit rire de la pathétique attaque car les Pactes les protégeaient lui et sa troupe mieux que le plus puissant des boucliers contre les agressions physiques. Mais quand la Lame commença sa moisson meurtrière, déchiquetant en même temps une demi-douzaine de ses soldats comme des pantins de papier et les étendant à terre raide morts malgré l’absence de blessures apparentes et l’armure intacte, il y eut un début de panique qui se transforma rapidement en massacre frénétique entre ceux qui voulaient entrer dans la forge pour participer à la bagarre et ceux sui voulaient échapper au dément qui poursuivait ses attaques furieuses.

Aucun des hommes présents n’échappa au Paladin.
Avant de tuer le Seigneur des Marches qui avait fait régner la souffrance et la mort durant toutes ces années, le Paladin accepta de répondre à la dernière question du Noble corrompu qui hurlait de rage impuissante :

- Mais qui es-tu donc à la fin ?

Lorsque le Colosse fit glisser son Heaume de guerre, Wilfred von Gorstaadt ne put que balbutier, exprimant ainsi la surprise muette des villageois terrorisés assistant au carnage :

- Na… Navros ?! Mais pas quelle diablerie ?
- Diablerie ?! Exactement ! Navros n’est plus car il n’a jamais été ! Je suis Guildaran le Droit, fils de Tristan de Guérande, Prince du Pointain, Général et dernier survivant de la Confrérie des Chevaliers de Lumière.
- Mais tu étais MORT !
- Oui… Et un maléfice que je ne comprends pas encore m’a ramené pour vous juger et vous châtier !
- Guildaran… Je sens le Démon en toi ! Tu es comme nous… Tu es le MAL !
- Je sens cela aussi ! C’est en moi… terré et tremblant au plus profond de mon Âme…
- Tu a perdu ta pureté !!!
- Mes Lames l’ont conservée !
- Tu tues tes frères !
- Je tue des créatures infectes qui n’ont d’humaines que l’enveloppe !
- Par Satan… Tu es une monstruosité encore plus diabolique que je ne l’ai jamais été.
- Tu as raison ! C’est ma malédiction mais c’est aussi ma force ! Je suis l’Alpha et l’Oméga ! Je suis celui par qui la vengeance arrive ! De par ma nature composite, je pourfend l’Homme et son Démon ! Tous ceux qui se sont détournés de la Lumière vont apprendre à leur tour à trembler !

Puis l’arme s’abattit enfin et le Paladin quitta le village sans un regard, donnant naissance à la Légende.

A l’intérieur de l’esprit du Chevalier, Tic le Glups n’en menait pas large. Incapable de rompre le Pacte puisque la personnalité de Navros avait disparue, incapable de repartir pour sa dimension où d’entrer en contact avec elle à cause de la nature Pure de son hôte, il se faisait aussi petit que possible. Deux jours durant, il assista avec effroi à la mise à mort de centaines de ses camarades Tentateurs et de leurs enveloppes. Même les puissants sorciers qui n’étaient pas encore les CoT tombèrent devant la fureur de Guildaran que la présence de Tic protégeait contre leurs plus terribles sortilèges. Alors qu’il venait de livrer une bataille de plus, le Chevalier s’adressa pour la première fois à son Démon :

- Vous vous êtes répandus comme une lèpre et avez transformé la Terre en un lieu de souffrance et de haine.
- C’est notre condition qui le veut, Seigneur ! répondit suavement Tic presque en s’excusant.
- Combien de temps a duré mon absence et qui es-tu ?
- Je suis Tic le Glups et vous avez été parti durant plus d’une décennie.
- Comment es-tu parvenu à m’infecter, misérable larve ?
- Guildaran n’était plus… J’ai traité avec Navros. J’ai sous-estimé la complexité de l’esprit humain et vous m’en voyez maintenant aussi peiné que vous.
- Que suis-je devenu ? Je conserve mes pouvoirs de Paladin tout en bénéficiant de ceux des Ténèbres… Quel sera mon destin lorsque je tomberai pour de bon ?
- Je l’ignore Seigneur… Ce cas ne s’est jamais produit jusqu’ici…
- Qu’arrive t’il aux Hôtes lorsqu’ils meurent enfin, Tentateur ?
- Leur Âme rejoint les Limbes avant d’être conduite dans un des Neuf Cercles Infernaux ou d’être réincarnée pour servir les Princes Noirs et l’Empereur.
- Fort bien Démon ! Je sens la folie à nouveau monter en moi. Je sais que la chose infâme que je suis devenue risque à tout moment de laisser libre court à son coté obscur et je ne le tolèrerai pas !
- Comme si vous aviez le choix, Seigneur Guildaran… se moqua Tic avec amusement.
- J’ai le choix !
- Pas ça… trembla le Démon en lisant les pensées de son Hôte. Votre Ordre vous interdit de faire cela. Vous allez vous damner à jamais et…
- Je suis déjà Maudit, Démon ! Je vais baisser mes barrières mentales… Préviens tes Maîtres maintenant que tu le peux, Tic le Glups ! Dis leur que Guildaran est de retour et qu’ils ne sont plus à l’abri ! Dis leur que je peux les atteindre et que je vais porter la Guerre chez eux une fois mes prières de Mort achevées !

Quelques minutes plus tard, Guildaran le Droit, fils de Tristan de Guérande, Prince du Pointain, Général et dernier survivant de la Confrérie des Chevaliers de Lumière, bloquait la garde de sa fidèle épée contre une saillie rocheuse et s’empalait sur la Lame d’acier nimbée de Lumière, tuant en même temps Tic le Glups son infortuné Parasite.

La suite est bien connue.

L’Âme de Guildaran – toute à sa folie désespérée incontrôlable – ravagea les Limbes, détruisant les bases mêmes de la première Académie des Tentateurs après une bataille d’une sauvagerie jamais égalée depuis. Les dégâts qu’il causa à la Dimension Maléfique ensuite furent tels qu’elle faillit disparaître. Puis – nimbé de malfaisance - le coté sombre de Chevalier reprit le dessus et il disparut sans que nul ne sache ou il était allé. Son sacrifice permit à l’Humanité de sortir lentement de la période la plus sanglante de sa nouvelle jeune histoire et les Forces en présence retrouvèrent pour un temps un semblant d’équilibre. La seconde Académie des Tentateurs établit des règles strictes pour qu’une pareille chose ne puisse plus jamais se reproduire et ses employés devinrent une élite surveillée et particulièrement entraînée, privilégiant la qualité des Pactes et non plus la quantité. Les Simples d’Esprit – pour ce que cela puisse signifier – retrouvaient la Paix et les maladies mentales humaines devenaient une préoccupation hautement stratégique pour les tacticiens du Mal avec une conclusion sans ambiguïté : dans le doute, abstiens toi !

Hors le Démon de Monsieur Social a transgressé ce Commandement qui faillit causer la destruction de son Univers malgré les avertissements répétés de son Officier de mission.

Il sourit tristement de cette ironie cruelle qui prouve combien l’histoire des Démons peut être semblable à celle des Hommes : un éternel recommencement et un apprentissage des erreurs finalement très théorique. Une fois les germes du doute semés, il a hésité à s’en ouvrir à la Maîtresse d’Ecole. Probable qu’il aurait dû le faire mais il n’avait pas osé. Comme si la peur évitait le danger, tiens ! N’empêche… Une telle puissance dans un fragile corps Humain ! Une telle rage à défendre de ridicules règles de vie oubliées et cette horrible jubilation à  punir les contrevenants avec une si terrible cruauté malsaine ne peut être l’œuvre que d’un dément déchiré entre deux extrêmes, un homme d’un autre temps ayant perdu tous repères. Un Ange Maudit.

C’est là que le Démon a eu ses premiers doutes : se peut-il que Monsieur Social soit Guildaran ?

Le Paladin déchu aurait il retrouvé le chemin vers son Monde d’origine, l’esprit encore dérangé par cette étrange dualité unique qui l’habitait jadis ? De quelle façon, s’y serait il pris, le Démon l’ignore. Le Chevalier reste un cas unique dans son genre et il ne répond à aucun des schémas habituels. Une chose est sure, c’est bien l’aura surpuissant de cet homme qui l’a immédiatement attiré mais à peine le Pacte scellé, le Tentateur a compris qu’il s’était lui même piégé. Dés le départ, il n’a plus rien contrôlé du tout, son énergie démoniaque transformée en jouet malsain par cet Hôte inconscient. En secret, le Tentateur a tenté par trois fois de rompre le Pacte mais aucune des sécurités habituelles n’a fonctionné. Cela signifie t’il – si la crainte du Démon Social s’avérait juste – que la Nature Sombre avec laquelle il a pactisé s’éloigne lentement tout comme Navros le simplet avait disparu par le passé. Le monstrueux Hyde va t’il à nouveau laisser la place à un Jekyll sans pitié pour sa Race honnie ? Le Démon tremblant sait que l’Humain n’était pas au fait de sa vraie nature. Pas encore… Il espère que l’état de grâce durera assez longtemps pour que l’invasion soit un succès. La bonté naturelle du Paladin est bien restée en sommeil une fois plongée dans un environnement démoniaque pendant tous ces siècles, submergée par le coté Sombre. Lorsque la Terre sera devenue une anti-chambre de l’Enfer, il s’endormira probablement à nouveau et le Démon se fait fort de trouver enfin une solution pour se débarrasser sans dommage de cette saleté bien encombrante sans y laisser sa peau. Ce qui ne manquera pas d’arriver s’il joue franc jeux maintenant que l’Invasion est imminente.

Le Tentateur est sorti abruptement de ses réflexions par le Marchand de Sable qui lui balance un coup de coude angoissé lorsque le Baron Zoria en personne - Archimage suprême et fondateur de l’Ordre CoT - entre dans l’immense hangar fortifié reconverti en QG, flanqué de ses Servants méfiants. La Maîtresse d’Ecole salue le chef de la puissante organisation mystique avec une déférence étudiée. Sans l’Ordre des CoT et sa maîtrise des portes dimensionnelles, une incursion en masse des Tentateurs n’est plus possible depuis l’établissement des sécurités que les Dieux Neutres ont instauré aux Univers Hermétiques et les Démons ne l’ignorent pas. La Maîtresse comptait pourtant sur la présence de  Kalshar - le représentant de son Univers chez les CoT – et sa déception doit se lire sur son visage squelettique car Zoria - en vieux roublard qu’il est - se permet un rictus amusé.
Lorsque le second acteur incontournable pour la réalisation du projet fait son apparition, la tension est palpable. Le colossale Hopkins – bras droit et âme damnée de la Comtesse Crey – signifie par son absence de gardes du corps le mépris que le cyborg éprouve pour ceux qui n’appartiennent pas à sa Corporation. Pour autant, la Maîtresse est assez pragmatique pour ne pas s’arrêter sur l’insulte : sans les ressources technologiques et le savoir de Crey en cybernétique, rien n’est possible. Hopkins vient de refuser de s’asseoir d’un grognement peu élégant quand une gigantesque créature se matérialise dans son exo-squelette de Combat entourée de quatre de ses compagnons. Les Riktis ont envoyés Erlak le tueur de Planète, signifiant ainsi clairement à quel point les extra-terrestres sont impliqués dans le projet.

A ce stade, il ne manque plus que celui qui fournira l’armée d’invasion à proprement parler : le versatile Docteur Vahzylok.
Retenu par les ultimes préparatifs pour conditionner le dernier arrivage de cadavres fourni par la Maîtresse et sa clique, il assiste à la conférence par vidéo interposée.
La réunion qui va plonger l’Humanité toute entière dans le Chaos absolu peut enfin commencer.
Ecartant ses mains squelettiques en signe d’apaisement compte tenu de la tension qui règne, la Maîtresse d’école se lance :

- Chers Alliés, merci d’avoir répondu présent à notre appel. Je sais que votre temps est précieux aussi ne vais je pas y aller par quatre chemins : conformément à nos engagements, je suis heureuse de vous annoncer que le Plan se déroule à la perfection et que l’invasion est confirmée pour ce soir, minuit. Je laisse maintenant la parole au représentant de Crey Industries, monsieur Hopkins.

Sans regarder personne en particulier, le colossale Cyborg annonce de sa voix grave et métallique :

- A l’heure convenue, les techniciens Creys dérouteront les flux énergétiques de Paragon et les stockeront dans les centrales souterraines construites en secret à Dark Astoria. Privée d’électricité, la ville sera la proie des Gangs mineurs et le désordre qui en résultera devrait occuper la majorité des Héros assez longtemps pour que les CoT fassent… ce qu’ils ont à faire.

Le chauve s’arrête et le Baron Zoria – ignorant la provocation - prend le relais :

- La puissance mise à disposition par Crey permettra aux prêtres CoT de lancer la plus grande invocation démoniaque jamais réalisée sur Terre. Des complexes de Dark Astoria, nous ouvrirons simultanément les six cents soixante six portes dimensionnelles qui autoriseront l’entrée massive des Tentateurs. Seigneur Erlak…

La voix cliquetante du Rikti retentit dans son transcodeur vocal :

- Les-Diiiviiisiiions-de-Combat-Riiiktiiis-Prendront-Place-A-L’entrée-Des-Centrales-Crey-Et-Des-Siiites-Incantatoires-CoT-Pour-Repousser-Les-Iiinévitables-Héros-Quiii-Ne-Manqueront-Pas-De-Tracer-Les-Flux-Détournés-Et-Viiiendront-Sur-Place-Enquêter... Les-Diiiviiisiiions-de-Combat-Riiiktiiis-Tiiiendront-Les-Zones-Durant-Les-Soixantes-Miiinutes-Terrestres-Nécessaires-Aux-Tentateurs-Pour-Traverser-Les-Portails-Diiimentiiionnels-Et-Prendre-Possessiiion-De-Leurs-Enveloppes-Charnelles. Les-Diiiviiisiiions-de-Combat-Riiiktiiis appuiiierons ensuiiite l’assaut des Uniiités d’Invasiiion.

Comme personne ne prend la suite du monstrueux extra-terrestre, la Maîtresse d’école appuie deux fois sur l’Intercomm puis demande doucement :

- Docteur ? Docteur Vahzylok ? Vous êtes avec nous ?

Une gigantesque bouche aux chicots noirâtres et répugnants vient se coller sur la micro-Caméra et apparaît sur l’écran géant comme une gueule de Léviathan malade faisant sursauter l’intégralité des comploteurs présents, Kiktis compris. C’est alors que l’impossible orifice buccale hurle un « COUCOU !!! » à faire sauter les implants auditifs de Hopkins le Cyborg.

- Mais enfin qu’est ce que… commence le Baron Zoria, scandalisé, pendant qu’une lange couturée pareille à une gigantesque limace gluante se met à lécher l’objectif.
- Docteur… Moins prêt de la caméra, s’il vous plaît ! supplie la Maîtresse d’école qui connaît malheureusement trop bien son très particulier interlocuteur.
- Hein ? Heu oui, oui, bien sur !!! répond la petite voix sifflante si paradoxalement infantile lorsqu’on considère le corps effrayant et gigantesque de son possesseur qui recule enfin et dont le visage innommable apparaît dans toute son horreur. Bonjour les amis !!! C’est lesquels les Riktis ? C’est ceux en jupe noir ?
- Les unités d’invasion, Docteur ?! élude la Démone rapidement en voyant les Grands Prêtres CoT se raidir et les Riktis caqueter d’agacement à la grande joie de Hopkins.
- Les unités… ?! Ah mais oui, bien sur… Attendez, je prends mon petit cahier où je note tout… Alors…

S’en suit un écœurant bruit de doigt mouillé puis de pages tournées fébrilement.

- Unités, unités… Ah on y vient… « Unicellulaire », « unijambiste », « unisexe »… Tiens ?! Pas d’unités ?
- C’est intolérable !!! s’insurge Zoria approuvé par les autres.
- J’ai du le noter ailleurs ?! Invasion ? Non… Ah mais bien sur ! Vraiment des fois, je n’ai plus ma tête à moi ! C’est d’ailleurs vrai ! Saviez-vous que cette tête n’est pas ma VRAIE tête laquelle se trouve en fait…
- Docteur, les unités d’invasion par pitié… gémit la Maîtresse.
- Oui pardon ! Voyons voir ça… Je l’avais noté à un endroit facile pour bien le retrouver mais quel était il déjà ?!
- Armée ? propose Hopkins, serviable.
- Mais enfin je ne sais pas, que Diable !!! explose le chef des CoT. Regardez à Division, Légion ou Phalanges, que sais-je !!!
- Peut-être-à-Commando ? tente à son tour Erlak. 
- Non… Ah Voilà !!! Je savais bien que c’était précis en plus ! C’était à « Truc qui fait très peur » !!! exulte le savant fou.
- Truc qui…  s’étrangle le Baron Zoria.
- Alors… poursuit Vahzylok sans se démonter. Le compte-rendu dit – je cite – « Armement lourd Rikti intégré avec succès sur les cadavres livrés par les Démons grâce à la nanotechnologie Crey ». Du sacré matériel d’ailleurs !!! Non, non, franchement hein !!! J’aime surtout les petits machins fluos et je me demandais d’ailleurs si un groupe de Supères-Noël avec des Hôtes explosives organiques qui clignotent aidés de troupeaux de Rennes bioniques à six pattes…
- Hum… Docteur Vahzyloks… Evitons d’entrer dans les détails techniques et restons en au cahier des charges initial, je vous prie.
- Oui pardon, je m’emballe ! Vous savez ce que c’est ! Quelques bras, une douzaines d’orteils et une où deux têtes et « pfiou », on a tout de suite des délires de gosse !
- Certes, certes… Mais concernant l’armée d’invasion ?
- Ca roule ! Enfin, ça roule… On va dire que ça marche plutôt hein !!!  Hahaha !!! Pardon… Puis reprenant avec une curieuse emphase aussi soudaine que surprenante : MES AMIS !!! Les Unités d’invasion sont prêtes !!! C’est marqué dans mon cahier !!! Nos Super-Abominations n’attendent plus que leur âme démoniaque pour déferler sur Paragon !!! Muuuuhahahhahahahaha…


S’en suit un gargouillis douloureux franchement dégoûtant noyé dans des remontées de glaires et de fluides immondes divers qui tombent sur la caméra, masquant définitivement l’image. Un lourd silence embarrassé plombe l’ambiance devenue électrique dans l’immense hangar. Lorsque les premiers bruits de langue signifiant que Vahzylok s’est vraisemblablement mis à lécher la pauvre optique souillée avec délectation, la Maîtresse d’école se précipite :

- Heu… Merci pour tout et à plus tard, Docteur.
- C’est bon là ?! Je peux retourner jouer ? demande la monstruosité « médicale », un œil humide injecté de sang et de viscosités diverses collé à même la micro-caméra enfin presque nettoyée.
- Oui c’était parfait !!! A ce soir, Docteur Vahzyloks ! jette impatiemment la Maîtresse d’école tandis que Hopkins ne peut s’empêcher de gronder un « Et ben ça promet… » et que les Riktis sont agités de soubresauts curieux et de nouveaux caquètements qui traduisent bien leur stupeur.
- Indubitablement, cet homme est complètement et irrémédiablement fou ! annonce le très énervé Baron Zoria.
- Sans aucun doute, Baron, admet la Démone. Mais il n’en demeure que ses compétences scientifiques sont les seules qui garantissent la cohérence entre les manipulations technologiques et magiques. Sans Vahzylok, pas d’armée.
- Mais cet homme lèche sa morve ! insiste le Noble avec dégoût. Comment peut on faire confiance à un homme qui lèche sa morve ?!
- C’est pas pire que s’il bouffait des entrailles… jette Hopkins l’air de rien alors qu’il insulte sans équivoque se faisant l’intégralité de l’Ordre CoT qu’il ne peut pas souffrir.
- Je me demande si les Cyborgs ont des tripes où si on les leurs sort par le trou de balle avec le reste de la tripaille quand on leur enfonce de la ferraille à la place ! rétorque Zoria d’un ton badin en s’adressant à ses Séides. 
- Messieurs, ça suffit !!! vocifère la Maîtresse, ulcérée de voir combien ces humains sont impossibles.
 
Tous ici savent qu’à peine l’Humanité réduite en esclavage, les alliés d’hier se déchireront pour asseoir leur suprématie sur ce qui restera à dominer. Pour autant, la Maîtresse d’école se doit de rappeler que l’heure est à la concorde avant que la réunion ne tourne au bain de sang avec des tels excités :

- Je vous en prie… Calmons nous…
- Fort bien, Madame ! sourit cruellement Zoria sans quitter Hopkins du regard. Vous avez raison. Il y a un temps pour tout comme il y a un châtiment pour chaque offense…
- Je me trimballerai en robe noire comme une tafiole, je me trouverai déjà bien assez puni… ricane le Cyborg qui ne désarme pas.
- Monsieur Hopkins !!! menace la Démone sans équivoque. Devons-nous considérer que la Comtesse Crey a commis une erreur en décidant de son représentant ? Je vous rappelle que le temps nous ai compté !!!
- C’est bon… lâche le Colosse chauve à regret.
- Merci. Comme l’a stipulé l’amiral Erlak, ne pensez pas que l’affaire est entendue. Comme vous le savez tous, nous avons choisis d’utiliser des enveloppes mortes pour contourner les Lois iniques sur les quotas de possession humaine imposées par les Dieux Neutres mais ces zombis surpuissants ne sont que de la viande morte sans leurs occupants démoniaques. Au moins avec eux, nous ne risquons pas d’avoir des mauvaises surprises comme avec certaines autres enveloppes humaines aux réactions très… déstabilisantes.

Le Démon Social gémit intérieurement. Se pourrait-il que la Maîtresse sache ce qu’il soupçonne lui-même en tremblant ? Non… Même si la Maîtresse sent que Monsieur Social est un problème, elle ne peut pas imaginer la véritable nature de l’humain sans quoi elle serait déjà intervenue, c’est obligé. Le Démon se met pourtant à trembler. Combien de temps avant que son hôte ne se révèle ? Combien de temps avant que le Démon dont la duplicité guidée par la peur assimilée à de la haute-trahison ne soit percé à jour ? L’aparté destiné à Social n’a pas été relevée par les comploteurs et la Démone continue :

- J’insiste une dernière fois sur ce point crucial : il est impératif que les centrales Crey et les prêtres CoT maintiennent leurs efforts durant ces soixante minutes. Hors il est très possible que les Héros aient déjà eu vent de notre entreprise par la faute d’un renégat Vigilant. Dans quelle mesure, nous l’ignorons mais il est presque acquis qu’ils interviendront. Nous devons les contenir le temps que les Démons Tentateurs prennent possession des Hordes zombis préparés par Vahzylok. Ensuite, nos forces combinées frapperons Paragon, balayant ces insupportables Héros qui nous tiennent en respect depuis trop longtemps. Séparés nous pouvions être stoppés, unis nous seront invincibles. Paragon à notre merci, nous déferlerons sur la Terre car rien ni personne ne sera plus en mesure de nous arrêter.
 
Prochainement : Nathan