Chapitre douze : Marada

La surprise de voir sa Lame psychique traverser la jeune femme de part en part sans causer de dommages passée, Samuel Kirby retrouve ses esprits et lance d’une voix rauque asséchée par le combat terrible qu’il vient de livrer :

- Humaine ? Vous êtes humaine !!! Et Pure qui plus est !!! C’est obligé sinon vous seriez morte !!!
- Heu… Oui… répond mécaniquement Marada en palpant sa poitrine intacte. Je… J’ai aussi cru que vous m’aviez tuée vous savez.
- J’avoue que c’était le but ! s’excuse le Héros avant de prendre conscience de sa nudité et de mettre ses mains jointes comiquement devant son bas-ventre, rouge de confusion.
- C’est bon monsieur, j’ai eu le temps de voir votre… oiseau quand vous affrontiez les créatures en bas, taquine Marada. Si on se préoccupait plutôt de ces sales blessures hein ?
- L’un n’empêche pas l’autre, ma petite ! se défend l’homme aux cheveux de neige. Et d’ailleurs, comment se fait il que vous ne soyez pas dans la même… tenue que moi au fait ?!
- Ecoutez monsieur…
- Samuel. Je suis Samuel Kirby.
- Enchantée, Samuel. Je m’appelle Marada. Juste Marada. Et je ne sais pas comment je suis arrivée ici ni ou je peux bien être non plus alors pour ce qui est de mes vêtements vous savez… Ca ressemble aux… Enfers ?!
- Si on veut oui.
- Et bien puisque vous semblez au courant, racontez moi donc pendant que je soigne ces vilaines entailles, Samuel.

Tandis que la jeune femme exerce ses pouvoirs de soin sur le grand corps lacéré, Kirby explique à son inespérée compagne d’infortune la malédiction qui le frappe et l’immonde relation symbiotique qui le lie avec Ravage le Vigilant et les conséquences liées à la Dimension des Limbes. Les mains expertes ont tôt fait de refermer les plaies et un bien être exquis s’empare du flic exténué après la bataille qu’il a livré.

- Samuel ? souffle doucement Marada au Policier qui ouvre à nouveau les yeux et constate qu’elle lui tend le large châle qu’elle portait à la ceinture. Tenez, mettez ça ! Il semblerait que votre… oiseau ait des velléités de vol !

Constatant son état, Kirby se retrouve debout comme s’il avait été sur ressorts, s’empêtre avec le morceau de tissus, le laisse échapper deux fois, se tourne, se penche, vocifère puis parvient enfin à constituer un pagne sommaire pendant que Marada rit aux éclats.

- Vous êtes bien meilleur combattant que couturier, monsieur le Héros !
- Oui bon ça va hein… s’empourpre à nouveau comiquement le grand gaillard. C’est que… avec le Démon et tout ça je… Les femmes ne sont pas une chose que je m’autorise si vous voulez tout savoir. Voilà c’est dit ! Mais il faut croire que parfois certaines parties de mon anatomie ne font pas preuve de la même retenue donc excusez-moi.
- Pas d’offense, Samuel ! Je suis flattée, pas fâchée ! Et je vous taquine alors détendez vous ! De partout…
- Je dois vous sembler bien stupide…
- Je vous trouve paradoxal. Vous êtes visiblement un combattant accompli et vous vous tapez un phare digne d’un ado lorsque… enfin bon ! En tout cas, je suis enchantée de vous avoir trouvé, votre oiseau et vous !

Après lui avoir jeté un dernier regard furibond, Kirby part d’un grand rire de gorge à son tour avant de se calmer et de demander :

- Comment se fait il que nous soyons en mesure de discuter ici comme deux vieux amis alors que la vallée grouille de créatures ? Ca fait un moment qu’elles auraient dû reprendre leur traque, j’ai assez fréquenté ces saletés pour le savoir.
- C’est moi, Samuel. J’ai la capacité de « sentir » le Mal mais surtout celle de m’en protéger. Je peux le cas échéant masquer mon Aura et je vous ai appliqué la même technique. Je pense qu’à moins de nous voir physiquement, nous devenons en quelques sortes indétectables par ces monstres.
- Voilà qui va bien arranger nos affaires car ces bestioles sont de véritables pansements ! Une fois qu’elles sont collées à nos talons, le seul moyen de s’en débarrasser est de les abattre.
- Dites Samuel, on ressent le besoin de manger et de boire ici ?
- La faim et la soif ne m’ont jamais perturbé. L’absence d’enveloppe probablement. Mais la fatigue oui par contre et il faut faire très attention aux endroits que l’on choisit pour se reposer. J’ajoute que - comme vous avez pu le constater - les blessures physiques sont aussi terriblement factuels. Et elles… elles perdurent lorsque je réintègre mon enveloppe donc faites très attention. Même si je veille sur vous…

D’un regard furtif, Marada s’apitoie un instant sur la grande carcasse musclée et couturée de cicatrices anciennes qui témoignent cruellement de la violence des terrifiants combats que le Héros livre à chacune de ses descentes aux Enfers. Elle perçoit en Samuel Kirby un courage indomptable et une volonté féroce uniquement tempérés par une profonde bonté. Cet homme est la représentation physique des chevaliers tels que décrits dans les livres qu’elle dévorait étant petite. Même sa touchante approche du sexe le rend craquant à un point qui rosit un instant les pommettes de la jeune femme. Le changement n’a pas échappé à son nouveau compagnon qui demande candidement et avec inquiétude quelle est la cause de l’émoi de la jeune femme :

- Un soucis ? Vous sentez quelque chose qui nous menace ?
- Non rien. Tout va bien ! répond précipitamment Marada en tentant de réfréner une montante hilarité.
- Dans ce cas, je pense que nous devrions nous mettre en route, Marada.
- Pour aller où ? Quel intérêt à changer d’endroit en Enfer ?
- Les Limbes ne sont pas les Enfers selon les critères que vous imaginez, ma chère amie ! C’est un Univers à part entière avec ses guerres, sa politique, ses royaumes et… ses havres de paix pour des égarés comme nous ! C’est un endroit de ce genre que je tentais de rallier lorsque je suis tombé sur cette Horde de Caquetants. C’est comme cela que j’appelle ces troupeaux de démons sauvages itinérants. Leur dangerosité ne vient pas de leur intelligence mais justement de leur bêtise à ne jamais abandonner une proie comme je vous l’ai déjà dit. Sans parler de leur nombre… Mais il y a des périls bien pires et grâce à vos protections et mon expérience des lieux, nous devrions être en mesure de les éviter. On y va ?
- C‘est parti ! 

Chemin faisant, l’Empathe s’émerveille des paysages d’une sinistre beauté qu’ils traversent. Elle s’étonne aussi de constater que la vie grouille ici lorsqu’ils croisent de modestes villages afférés mais aussi de titanesques citadelles qu’ils s’évertuent cependant à éviter prudemment. Ce lieu est comparable à certaines plantes : attirant et troublant mais d’une dangerosité latente qu’on perçoit définitive si l’on n’y prend pas garde. En silence, ils franchissent des abîmes insondables en équilibre sur des ponts de pierre sans âge, des forêts d’arbres sombres et torturés dans lequel un vent glacial s’engouffre, transformant son simple souffle en plaintes déchirantes. Plusieurs fois elle a « senti » une présence proche et elle s’en est ouverte d’un geste à son puissant chaperon qui a habilement manœuvré pour leur éviter des rencontres au dénouement aussi évident que funeste. Ce type fascine totalement Marada. Elle n’est pas amoureuse de lui – pas encore… - mais il a cette dureté impitoyable propre aux vrais guerriers qui la rassure et reste compensée par une forme de fragilité si craquante. Par certains cotés, il est comparable à Nathan O’Neill, son mentor, mais sans le coté cynique et distant que le puissant Contrôleur affiche pour garder à bonne distance tous ceux qui pourraient fragiliser l’équilibre tenu qu’il s’est efforcé de construire autours de lui. De plus, elle sent la même combativité chez Kirby que chez son ami Kali. Mais sans le coté obscur de l’Indien. Et Samuel est en outre drôlement plus séduisant.
Les second point qui les rapproche est qu’ils ont en commun d’avoir vécu – et pour Kirby de vivre toujours – un cauchemar tout en restant profondément humains et sensibles. Même si le puissant Héros aux cheveux blancs s’efforce de se protéger derrière une froideur forcée, elle sait à quel point il souffre de ne pouvoir compatir, n’aspirant qu’à la paix et à la sérénité. Mais sa lucidité sans concession concernant sa nature démoniaque l’oblige à une retenue déchirante. L’unique fois où il a baissé sa garde a indirectement provoquée la mort de ses parents et la fuite de sa sœur. Kirby s’est juré qu’il ne commettrait plus jamais une pareille  erreur. Même s’il devait pour ce faire se transformer en un être déshumanisée et glaciale. Marada sait qu’elle a la chance unique de voir le vrai Samuel en ce moment. Et elle aime beaucoup ce qu’elle voit.

Le poing levé du flic la sort de sa rêverie et elle s’accroupit rapidement derrière lui. Il tourne lentement la tête comme s’il humait l’air, s’en imprégnant. Son corps souple mais massif est tendu comme la corde d’un arc de guerre et la jeune femme retient son souffle. La gorge paralysée par l’angoisse, elle utilise ses capacités télépathiques pour se renseigner :

- Qu’y a t’il, Samuel ?
- Ils sont ici ! Je les sens…
- Qui est ici ? demande la jeune femme déstabilisée par le mélange de tension et de dégoût qu’elle ressent chez son compagnon.
- Les Héros Déchus… Ceux qui avaient acquis des pouvoirs au travers d’un Pacte et doivent en payer le prix depuis qu’ils sont morts.
- Des humains ?
- Pas forcément. Les Seigneurs des Limbes les utilisent pour les guerres éternelles qu’ils se livrent ici. Leurs âmes tourmentées sont des adversaires redoutables et leur présence ici n’est pas bon signe. Nous approchons du plus puissant sanctuaire de Lumière que compte cet immonde Univers. Si je les ai sentis, ils m’ont senti aussi.
- Pas certains. Tu oublies que j’efface toutes traces de ta signature psychique tant que mes boucliers mentaux restent actifs.
- C’est vrai et c’est peut être là que réside notre seule chance de nous mettre à l’abris tous les deux. Paradoxalement, ce sera aussi une source de problème.
- Comment ça ?
- Et bien la Force qui habite l’endroit où nous nous rendons a pour habitude de m’ouvrir un passage lorsque je lui rends visite. Malheureusement, à l’instar des ennemis, elle ne doit pas non plus avoir détecté mon approche du fait de ton brouillage.
- Dans ce cas je vais abaisser les protections.
- Surtout pas ! Elle ne te connaît pas et serait foutue de m’assister en te laissant en rade. Avant que je ne m’explique, les Déchus t’auront fait la peau. Une part d’eux-mêmes est toujours humaine et certains sont en mesure de te repérer par des moyens très basiques comme l’odeur ou l’ouïe contre lesquelles tes boucliers mentaux ne pourront rien. Comment fonctionne tes pouvoirs de téléportation, Marada ?
- Et bien je dois VOIR physiquement l’endroit où je souhaite voyager puis je me concentre et je m’y rends.
- Bon… Alors voilà ce que nous allons faire : je vais les attirer sur moi. Dés que je donnerai le signal, tu progresseras jusqu’en haut de ce tertre. Notre but se trouve droit devant. C’est un colossale chêne blanc qui abrite une puissante énergie positive. Tu ne peux pas le rater, on dirait une dent saine dans une bouche Vahzylok ! Une fois dans son halo, tu seras à l’abri et tu me ramèneras comme tu l’as fait lors de notre rencontre.
- Je peux t’aider, Samuel. Je sais me battre et mes pouvoirs ne sont pas que décoratifs, crois moi !!!
- Tenons-nous en à ma proposition s’il te plaît. Je… je ne voudrai pas qu’il t’arrive malheur.
- Ton oiseau et toi seriez donc sensibles à mon humble charme ?
- Evite de me déconcentrer, tu veux ! Nous reparlerons de ma possible attirance pour toi et des implications qui en découlent lorsque nous serons en sécurité. Prépare toi. Ils arrivent. MAINTENANT !!!

Marada s’élance droit devant tandis que Kirby se rue sur la gauche. Elle court à perdre haleine, aiguillonnée par la terreur. Lorsqu’elle parvient enfin en haut de la petite colline, elle manque percuter un colosse effrayant au visage de cauchemar qui lance en ricanant :

- Tu vas où, salope ?

Instinctivement, Marada plonge dans l’esprit de l’apparition et ce qu’elle y voit la bouleverse tellement qu’elle n’échappe que par pur réflexe au coup de poing vicieux qu’il tente de lui balancer dans la figure. Cette chose n’est que haine pure. Elle n’a connu que la souffrance et n’est habitée que par la seule envie de la causer à son tour. Bien que le lien mental n’ait duré qu’une fraction de seconde, Marada se sent souillée par ce contact écœurant et la Chose le sent. Et s’en amuse.

- Les Empathes se sont toujours régalés avec moi, petite pute ! Tu as aimé ce que tu as vu hein ? Ca t’a fait mouiller !!! Ben tu risques de moins apprécier ce que je vais te faire !!!

La jeune femme sait qu’elle ne fait pas le poids face à un adversaire pareil. Sa haine meurtrière le protège contre ses pouvoirs mentaux plus sûrement que le plus imparable des boucliers. L’attaquer par l’esprit revient à partager sa dévastation mentale absolue. Lorsque le monstre d’un bleu marine étrange charge, Marada remercie son vieux camarade Kali de l’avoir poussée à développer aussi ses compétences physiques. D’une élégante ruade, elle s’écarte de la trajectoire du fou furieux et – toujours en l’air – détend sa jambe droite qui frappe la colonne vertébrale découverte avec toute la puissance dont elle est capable. Pendant que le colosse mord la poussière en grondant, la Contrôleuse s’effondre en hurlant, essayant de comprendre à quoi est due cette insupportable douleur qui pulse de son pied jusqu’à lui attirer des larmes de douleur. Horrifiée, elle s’aperçoit que son talon est déchiqueté par une myriade de minuscules crochets profondément plantés diffusant une espèce d’acide liquoreux qui lui arrache une nouvelle plainte.

- Tu sais comment je m’appelle , Traînée ? demande le Monstre en se remettant tranquillement debout. Requin ! Enfin… c’est comme cela qu’on m’appelait lorsque j’étais vivant. Comme tu peux le constater, si tu me touches, tu morfles. Si tu ne me touches pas, je te fais morfler. T’es mal, cocotte…

La panique s’empare de l’esprit de la jeune femme qui lance par réflexe une nouvelle attaque psychique en tentant de se remettre debout quand elle voit Requin s’avancer lentement vers elle. Le Monstre s’est préparé et lui renvoie l’image de ce qu’il compte lui faire subir. Incapable de s’en empêcher plus longtemps, paniquée à la simple idée qu’elle pourrait SURVIVRE après ce qu’il lui aura fait, elle est à deux doigts de se mettre à « hurler mentalement » pour que le seul rempart contre cette abomination vienne à son aide. Au risque de le déconcentrer et de causer sa perte. Mais le seul cri qu’elle produit est bien physique lorsqu’elle voit la grande silhouette au cheveux de neige surgir de nulle part pour percuter Requin avec une violence inouïe.

- Samuel !!!

Le contact a déchiré le bras gauche de Kirby du coude à l’épaule mais aucune plainte ne s’échappe de ses mâchoires soudées par une concentration froide. Tout d’abord furieux, Requin se relève une fois de plus avant de lancer suavement avec un mépris évident :

- Samuel Kirby… Ravage le timbré s’est donc trouvé une petite poulette pour satisfaire sa libido compliquée ?
- Fais ce qu’on a dit, Marada ! souffle le Héros sans quitter son adversaire des yeux.
- Tu sais, Sammy, on se marre bien quand ton Démon nous raconte tes petites histoires secrètes lors de ses descentes ici. Alors comme ça t’as peur de tirer ta crampe, mon poussin ? T’as peur que ton jus de bite pourri ne donne naissance à un nouveau Ravage qui ne pourra s’empêcher de te faire la peau comme tu l’as faite à tes vieux ?
- Samuel, non ! clame Marada en sentant que l’argument a touché. Te mettre en colère reviendra à l’aider pour te vaincre.
- Elle est futée ta copine… Et canon avec ça ! J’aime bien les femmes qui en ont dans la tête même si leur trombine est plutôt bizarre quand j’en ai terminé avec elles.
- Tu n’attaques pas Requin ? Tu n’es normalement pas aussi bavard… provoque Kirby.
- J’aime savourer les mises à mort, connard ! Imagine la matrice de ta putain quand je la défoncerai avec ma grosse queue barbelée. C’est l’avantage que j’ai sur toi, petit puceau ! Avec moi, elles finissent toutes par gueuler quand je les baise ! Ca va être bon ! D’autant qu’elle a une gueule à aimer ça aussi par le cul et…
- Si tu causes pour me donner des infos sur tes techniques amoureuse, je suis preneur, Requin. Si par contre c’est seulement pour gagner du temps afin que Hachoir et les Lycaons viennent te prêter main forte, je préfère t’informer qu’il faudra attendre que ton Seigneur les réincarne à nouveau car je viens de les tuer. Tous. Donc on en était à « par le cul et… »
- Je vais te crever, Kirby !!! explose Requin en chargeant.
- Vas y, Marada !!! hurle Kirby tandis que les Lames de Lumière apparaissent.

L’Empathe se traîne en gémissant jusqu’à l’éperon de pierre et le gigantesque Chêne Blanc se découvre dans toute sa magnificence, planté au centre d’une plaine nue sinistre. Des hordes de Caquetants et d’autres créatures encore plus repoussantes déambulent à bonne distance de l’arbre magique, s’affrontant avec sauvagerie. La distance à couvrir pour se mettre à l’abri est énorme et la Contrôleuse devra observer un temps de récupération avant de pouvoir téléporter Samuel à son tour. Elle se retourne une dernière fois, est rassurée de voir que Requin recule sous l’assaut furieux du Héros et disparaît dans un craquement d’énergie crépitante pour atterrir, épuisée, au pied du colossale végétal nimbé d’un aura de pureté. Toute à sa concentration pour canaliser l’énergie nécessaire pour maintenant rapatrier son ami, elle prie pour qu’il tienne le coup.

Sur le lieu du duel, Requin ne parvient pas à percer les défenses du Vigilant. Même si ces saloperies de Lames n’ont pas sur lui l’effet dévastateur habituel du fait de son origine humaine, il n’en reste pas moins qu’elles sont capables de le déchirer comme des putains d’épées en acier trempé par la faute de son coté maléfique. Une fois de plus, le dément pare de justesse l’attaque combinée grâce aux excroissances naturelles qui recouvrent ses avant-bras mais Kirby, plus rapide, parvient à lui zébrer les cotes avant de rompre souplement.

- Ca fait mal, hein Requin ? se moque le flic.
- Enculé de ta race ! crache le Vilain en pressant sa main sur son flanc blessé. Tu te bats comme une lopette avec tes petits sauts de gonzesse !
- C’est probablement à cause de mon pagne très féminin, mon pote ! glousse Samuel.  
- T’es pas un homme, Ravage ! C’est pas étonnant que tu t’en serves pas vu que t’as rien dans le froc !!! tente à nouveau l’ordure.
- Mon petit oiseau a pourtant donné des signes intéressants de frémissement, tu sais ? se marre le Héros.
- De quoi donc ? Qu’est ce que tu dégoises, pauvre handicapé du zob ? enrage le Tueur en constatant que ce merdeux reste insensible à ses insultes.
- Dis moi, Requin ? Ca fait mal d’être réincarné ici il paraît… Tu confirmes ? 
- Qu’est ce que ça peut te foutre ? T’es sophrologue ?
- Oh le joli mot !!! T’en connais des choses finalement ! T’es pas simplement un malade sadique ! Sophrologue, et ben…
- Fous toi bien de ma gueule, enfoiré ! La souffrance, je la connais mieux que tu ne la connaîtras jamais ! rétorque le Tueur, piqué.
- Ca tombe bien car je n’envisage pas de faire un concours… Je vais plutôt abréger les tiennes ! Pour un temps…

Requin ne s’attend pas à une attaque frontale du fait de son épiderme barbelée qui se régénère. Lorsque Kirby achève son roulé-boulé, les poings monstrueux du malade frôlent le sommet de sa tête de justesse et les Lames jumelles se détendent de concert, visant l’abdomen découvert. La puissance du coup premier coup et sa perfection entament le cuir mutant du terrifiant assassin juste assez pour faire perler une goutte ridicule de son fluide venimeux. La rapidité avec laquelle la seconde Lame vient percuter la minuscule ouverture ne donne pas le temps au pouvoir réparateur de Requin de faire son office et la lumière aveuglante s’enfonce jusqu’au coude dans son ventre pour ressortir dans son dos, lui arrachant un hurlement de colère et de douleur mêlées. Le poison qui fait fonction de sang chez Requin s’échappe à gros bouillons de la blessure qui commence déjà à se refermer mais Kirby n’en a cure. Il n’a frappé le bas que pour toucher le haut. Comme le casque que Requin porte depuis son décès initial empêche de toucher ses ouïes, Samuel met à contribution le cri instinctif du Monstre pour planter ses armes dans la bouche béante hérissée de crocs immondes. Le cerveau doublement percé une fois de plus, Requin est décollé du sol par la violence incroyable de la frappe malgré sa masse colossale. Ravage s’est déjà mis en retrait lorsque la gigantesque forme bleutée retombe pour ne plus bouger.

Epuisé, Samuel met un genou à terre lorsqu’il perçoit les premiers caquètements. Marada doit s’être épuisée en se téléportant et ses boucliers mentaux ne le protègent plus de l’avidité des grouillantes horreurs. Kirby se met à courir en direction du sanctuaire, espérant qu’en réduisant la distance, son alliée puisse le soustraire à ses agresseurs démoniaques. Parvenu en haut du tertre, il dévale aussi vite qu’il le peut la rude pente qui amène à la vallée, espérant que la surprise lui permettra d’éviter d’être encerclé. Et il y parvient presque avant que son pied ne roule sur une pierre traîtresse et qu’il de dévale le flanc de la vallée cul par dessus tête pour se retrouver affalé et à moitié assommé au milieu d’un groupe de créatures aussi surprises que lui. C’est à ce moment précis – alors que les Caquetants vont se jeter sur le Héros groggy et le déchiqueter -  que l’éclair de Lumière s’échappe du grand Chêne - pareille à la lueur d’un phare marin dans la brume - pour le nimber d’une lueur intense qui fait refluer les Démons sifflants de dégoût. Une seconde après, Kirby disparaît dans un claquement caractéristique de téléportation pour atterrir comme un sac à patates aux pieds d’une Marada en pleure :

- J’ai crû que c’était trop tard ! sanglote convulsivement la Contrôleuse.
- Ca l’était ! rétorque le Héros avec un ton de reproche amusé en ajustant son pagne défait. Sans la Dame du Chêne, tu n’aurait rapatrié qu’un morceau de viande sanguinolent j’en ai peur.
- Qui ça ? s’étonne l’empathe avec surprise.
- Mais moi ma chère enfant ! répond une voix pleine de douceur.

Marada se retourne et contemple la plus belle femme qu’elle ait jamais vue. Drapée dans de longues étoffes d’un blanc immaculé, elle sourit et lance à Ravage tout en tendant une main gracile à Marada :

- Tu ne t’annonces même plus, Démon ?!
- Ce voyage a été plus compliqué que prévu si tu veux tout savoir ! Et j’espérais que tu consentirais à sortir de tes inutiles rêveries le temps de sauver deux pauvres âmes en peine.
- Je me demande encore comment je fais pour tolérer ici un aussi insupportable rejeton du Diable ! rétorque la superbe femme d’une charmant rire cristallin en serrant la main que Marada a tendu en retour. Tu ne nous présentes donc pas, infâme gougnafier ?
- J’hésite encore, taquine Kirby.
- je suis Marada, madame ! souffle l’empathe très impressionnée. 
- Enchantée, Marada. Et il n’y a pas de Madame ici, ma jeune amie. Je suis simplement Albédo.

Prochainement : Monsieur Social