Les terrifiants dossiers secrets de Paragon City : l’affaire « Monsieur Social »

Sous ce titre un poil excessif se cache en fait un essai de novélisation.
Je trouve que CoH est un MMORPG motivant à plus d’un titre. Je m’amuse beaucoup à y jouer mais surtout, le background extrêmement fouillé autorise toutes sortes d’ « event » alternatifs dés lors qu’on le souhaite.
Le magazine ou les quelques articles/background que j’ai pu commettre jusqu’ici en sont une illustration. Les nombreux textes postés par mes augustes collègues Heros sur JoL aussi.

Comme je ne dessine pas suffisamment bien pour me lancer dans une bédé, j’ai eu l’envie de tenter une aventure différente : un feuilleton littéraire comme on pouvait  en trouver au 19ème siècle !
Ces récits « à épisode » qui mélangent suspense et action, noirceur et humour, tout ce cocktail étrange et fascinant qu’on peut retrouver dans certains Comics « pour adultes » ou quelques séries à « Climax » comme « 24 » ou même « Alias ».
Comme d’habitude, je ne vise pas le prix Goncourt mais espère simplement que ceux qui prendront la peine de me lire passeront un bon moment.

Un peu comme lorsqu’il passent une soirée engoncés dans leurs collants fluos… 

Prologue

L’homme gémit doucement en revenant à lui. Lorsqu’il sent les cordes qui l’entravent et la cagoule qui l’aveugle, la panique le submerge et il demande d’une petite voix plaintive :
- Mais qu’est ce que… Y a quelqu’un ?
- Ah… Vous êtes enfin réveillé, monsieur Barnes !

Le ton est grave et élégant. Profond. Pourtant il ne rassure pas Jim Barnes, loin de là.

- Qu’est ce que je fais ici ? Qui êtes vous donc et pourquoi m’avez-vous attaché ?
- Vous pouvez m’appeler Monsieur Social. Vous êtes ici pour recevoir une Leçon.
- Une leçon ?! Mais enfin je ne sais même pas qui vous êtes, monsieur ! Vous avez manifestement commis une erreur sur la personne !
- J’en doute fort… Vous êtes bien James Robert Barnes, 43 ans, directeur comptable à la Inner State Bank de Paragon, marié depuis 17 ans à Louisa Barnes née Alvarez et père de trois jeunes garçons ?
- Oui c’est exact… Mais je n’ai pas beaucoup d’argent et…

L’étrange bruit de gorge amusé glace le prisonnier et une boule d’angoisse vient bloquer sa gorge plus efficacement qu’un bâillon. Il est tombé sur un fou ! C’est certain ! Il n’y a pas que de la moquerie dans ce rire malsain, il y a aussi une forme de… jubilation. Barnes tente de se souvenir des détails de cette émission l’autre soir… Celle sur les tueurs maniaques… Qu’est ce que disait cet agent fédéral déjà ?! Ah oui ! Surtout ne pas paniquer et maintenir le contact. S’humaniser à tout prix au yeux du dingue pour qu’il considère sa victime comme une personne à part entière et non pas comme une proie sans âme, un morceau de viande.

- Ecoutez monsieur…heu… Social… Je ne sais pas ce que je vous ai fait mais je suis certain qu’on peut trouver une solution à votre problème. Je ne veux pas d’ennuis. Je veux juste retrouver ma famille et ma vie tranquille. Détachez moi et j’oublierai toute cette histoi…
- Je crains au contraire que vous n’oubliez pas « cette histoire » de si tôt, monsieur Barnes… coupe la Voix. C’est même le but de la Leçon, voyez-vous !?
- Mais enfin merde, panique le comptable. QU’EST CE QUE VOUS VOULEZ A LA FIN ???
- Voilà enfin une question pertinente, monsieur Barnes ! reprend l’autre, professoral. Je souhaite vous apprendre à vous comporter comme un citoyen responsable. J’ai pour ambition de vous socialiser ! Vous et toutes ces larves Paragonienes qui ont oublié jusqu’au plus naturel élan de savoir-vivre.
- Qu’est ce que c’est que ces conneries !!! explose Barnes, incapable de se maîtriser plus longtemps. Je suis un employé sans histoire avec une famille sans histoire !
- Oui mais vous avez une voiture !
- Et alors ?! C’est un crime maintenant d’avoir un véhicule ?!
- Non bien entendu, glousse la Voix. Par contre, se garer sur les places réservées aux handicapés est un comportement résolument anti-social, monsieur Barnes !
- Allons mon vieux, tout le monde le fait… lance spontanément le pauvre ligoté.
- Je vous l’accorde ! grince la Voix. Et je suis ici pour m’assurer que tous les Barnes de Paragon y réfléchiront à deux fois avant d’adopter à l’avenir une telle nonchalance à l’égard des parkings réservés…

Le ton vient de changer. Il reste calme mais une violence sadique commence à apparaître derrière le phrasé châtié. C’est en gémissant que James Robert Barnes demande :

- Mon Dieu… Qu’est ce que vous allez me faire… ?!
- Simplement vous permettre de pouvoir occuper ces emplacements réservés en toute légalité. Si vous parvenez à conduire un jour après la Leçon…
- Par pitié non…

Barnes n’a pas le temps d’achever sa phrase. La supplique est noyée dans le grésillement métallique de la scie chirurgicale que son tortionnaire vient d’enclencher. Ensuite, viennent les hurlements…

Chapitre premier : Kirby

Il n’a passé la trentaine que d’une poignée d’années mais ses cheveux prématurément blanchis lui en font paraître dix de plus. Son visage est dur, brutal. La mâchoire carrée et le nez épaté par les fractures répétées mal réduites lui donnent un coté mauvais garçon que les femmes apprécieraient si ce n’étaient ses yeux…
Deux puits de noirceur bleutée inexpressifs.
Comme morts.
Plus encore que sa large carrure, c’est sa réputation qui fait que ses collègues s’écartent sur son passage malgré la foule grouillante qui occupe déjà le hall du commissariat de police 17 alors qu’il n’est pas encore neuf heures.
La plupart des flics sont jeunes – on n’exerce son métier à Kings Row que si l’on est un novice qui n’a pas le choix de son affectation, une vieille ganache plombée par les affaires de corruption ou un fou furieux.

Jeunes policiers et vétérans regardent donc en silence l’unique représentant de la troisième faction pénétrer dans son bureau et lancer son long pardessus de cuir sur l’unique fauteuil élimé des lieux qui lui sert plus souvent de couche que le lit de son appartement privé. La poussière épaisse soulevée par le lourd vêtement n’est pas retombée qu’une grosse voix rocailleuse détruite par les cigares de mauvaise qualité retentit dans le bureau :

- Salut Lieut’ ! On a une sale affaire à nouveau sur les bras…
- Le jour ou nous aurons une affaire propre ici, je me teindrai les tifs en vert pomme, Mac ! répond le lieutenant Samuel Kirby sans se retourner.

La saillie fait grésiller désagréablement la grosse voix rocailleuse, preuve incontestable d’un amusement non feint. L’homme aux yeux morts se retourne enfin. Il ne sourit pas. Le gros bonhomme suant engoncé dans son uniforme mal repassé depuis que sa femme s’est tirée lui inflige par contre un grand sourire faisant passer un bouledogue pour un top model.

- C’est Social, Lieut’. Il a encore frappé. Chez nous.
- Et merde… souffle Kirby. C’est quoi cette fois ci ? Une vioque noyée dans un cabinet parce qu’elle avait osé laisser son chien débourrer sur un trottoir ?
- Pas loin, Lieut’, pas loin… Il a tronçonné les guitares à un comptable qui se garait sur les places pour handicapés.
- Il devient créatif, le fêlé ! Le mec est canné ou pas ?
- Si on veut…
- Mac, commence pas à m’emmerder s’il te plait. A part ces tarées d’Abominations Vahzyloks et autres joyeusetés dont notre très chère ville a le secret, les citoyens sont généralement morts ou vivants mais pas les deux.
- Ben disons que concernant la victime, ce qui reste du corps est vivant mais il aurait comme qui dirait le ciboulot en purée. Le pauvre gars a pas résisté au traitement et il est devenu complètement maboule.
- Ca va pas aider pour l’enquête…
- Ca va pas aider non plus sa famille. Le type a trois moufflets…

Le sergent Fred Mac Manus essaie encore un coup.
Oh, il ne se fait pas d’illusions mais il ne risque rien de toute façon. Depuis trois ans qu’il travaille avec Kirby, il ne l’a jamais vu s’apitoyer sur qui que ce soit. Criminel ou victime. Même les pires affaires ne semblent pas l’affecter. Et ça, ça dérange beaucoup le vieux flicard qui n’est jamais parvenu pour sa part à supporter toute cette horreur…
Il admet que ce lieutenant est le meilleur officier de police qu’il ait jamais côtoyé - et Dieu sait qu’il en a vu passer dans ce foutu purgatoire qu’est le Com’17 !!! – mais son absence d’humanité, Mac n’a jamais pu s’y habituer. Alors il continue à y aller de son couplet. Par habitude, sait on jamais…

- Les mômes ont vu quelque chose qui pourrait nous être utile ?
- Non Lieut’ ! L’agressé - monsieur james Barnes - a été attaqué et enlevé dans le parking de la banque.
- Alors pourquoi tu me les brises avec ses mioches ?!
- Comme ça… Pour voir…
- Pour voir quoi ?
- Pour voir si le fait d’apprendre qu’un mec mutilé vivant et rendu fou par la douleur avec une femme et trois petits bonhommes pouvait te rendre… humain, Lieut’.
- Je ne suis pas payé pour être « humain », navré Mac. J’essaie juste d’être efficace et d’éviter à un autre monsieur James Barnes te tomber entre les mains de Monsieur Social ou d’un fondu dans le style.
- Ca empêche pas la compassion…
- Si je fais preuve de pitié, ton foldingue découpé retrouvera la raison ?
- Ben non…
- Ca lui fera repousser les guibolles ?
- Pfff…
- Bon alors viens pas me saouler la vie avec tes conneries et amène moi plutôt le dossier de Social, ça t’occupera ! T’as réussi à récupérer les données des agressions qui se sont déroulées dans les autres secteurs et qui seraient son œuvre ?
- Ouais. Il a fallu tirer quelques oreille mais tout est déjà sur ton bureau… Comme le premier carnage avait eu lieu chez nous et que nous avons la joie d’avoir récupéré sa dernière création, tu coordonnes l’affaire. C’est officiel.
- Bon…Merci beaucoup, Mac !
- On lui dira ! lance le vieux en sortant du bureau, un peu plus voûté qu’en arrivant.

Le reste de la matinée passe aussi tranquillement qu’il est possible pour un endroit comme le Com’17. Trois lancés de cocktail Molotov sur la façade par des Hellions défoncés – ou de Skulls, on ne sait même plus - une quarantaine de plaintes diverses et variées et une hécatombe en pleine rue suite à une « explication » entre des Horns et des Losts. Malgré l’agitation, le lieutenant Sam Kirby est parvenu à relire et analyser l’affaire Social et il n’aime pas du tout les conclusions auxquelles il arrive. Si on en croit les différents rapports, il était impossible à ce boucher de commettre en une heure les deux agressions qui lui sont reprochées le 18 avril. Les deux scènes de crimes sont beaucoup trop éloignées l’une de l’autre…
Kirby masse ses tempes douloureuses, les yeux fermés.

Pour qu’un mec soit presque simultanément à deux endroits à la fois, il n’y a pas des masses d’explications : soit il y plusieurs Monsieur Social, soit ce fumier est non seulement un sadique dégénéré mais il a en plus des putains de Super-Pouvoirs.
Sans compter le pire des scénarios : un mixe des deux hypothèses…

Prochainement : Marada