Chapitre 18 – Golem

Aèfkabio l’ex-Ouik avait paré au plus pressé : ne pas finir congelé comme une crotte de Papayou dans la rosée du matin !
Une fois qu’il avait pris conscience que le hurlement déchirant qui lui irritait toujours les tympans n’était pas le cri d’attaque d’un quelconque prédateur mais bel et bien l’émanation angoissée de sa propre gorge terrifiée, il avait déjà commencé par fermer son gros bec. Ensuite, il avait farfouillé dans son sac de voyage jusqu’à exhumer et enfiler la tunique jadis trop grande et le bonnet rouge sur son crâne d’œuf caillouteux. D’accord, il était devenu… autre chose. Une espèce de gros Golem à l’épiderme rêche et dur comme la pierre mais c’était finalement un moindre mal. En tant que Ouik, il n’aurait pas tenu deux minutes dans une telle soupe glaciale alors que là, bien qu’il sentit le froid polaire le transpercer désagréablement, il se tenait solidement au cœur de la tempête, affrontant de toute sa fantastique masse des rafales de vent à décorner une Mylka.
Il était pourtant bien loin d’être sorti d’affaire et se doutait que même sa nouvelle enveloppe – aussi résistante soit elle – ne lui permettrait pas de survivre éternellement sans trouver un abri.
Mais où donc aller ?!
Avec cette neige qui fouettait son visage minérale comme autant de petites aiguilles irritantes, il n’y voyait pas à deux mètres. S’élancer à l’aveuglette relevait du suicide pur et simple car il risquait de s’abîmer dans une crevasse ou – moins brutal mais tout aussi fatal - d’errer sans fin jusqu’à épuisement.
Trouver un moyen de voir dans le blizzard restait sa première priorité et il avait ce qu’il fallait pour satisfaire à ce besoin.
Plongeant sa curieuse patte grotesque dans le sac de Gnurf magique, il se concentra jusqu’à en sortir une gigantesque capeline qui le recouvrait des pieds à la tête tout en ménageant une petite fente finement grillagée au niveau de ses petits yeux ronds comme des perles. Immédiatement, sa perception s’en trouva salutairement améliorée et il avisa non loin de là un massif éperon rocheux qui lui fournirait une ébauche de refuge acceptable. S’élançant vers son objectif avec la grâce d’un Grotouyo adulte, il s’émerveilla de sentir – à défaut de finesse - une puissance dévastatrice irradier de son impressionnante carcasse.
Enfin partiellement abrité, Aèfkabio s’assit pesamment pour offrir le moins de résistance possible aux éléments toujours déchaînés et – disposant maintenant d’une tranquillité relative ainsi recroquevillé dans sa douce capeline – il fit un nouveau bilan de la situation.
Il avait atterri sur un monde gelé inconnu qui n’avait aucun point commun avec celui qu’il avait quitté.
Il était métamorphosé en Golem de pierre à priori aussi moche qu’adapté pour affronter cet enfer blanc.
Son matériel l’avait accompagné dans l’étrange périple et seuls ses vêtements de Ouik - qui avaient visiblement préféré exploser plutôt que d’accueillir son nouveau corps - étaient inutilisables.
Pourtant, même cette grosse carcasse qu’il était devenue ne pouvait espérer survivre très longtemps et – repensant à la Vallée Bénie, unique exemple de structure sociale qu’il connaissait – il se dit qu’il devait y avoir des endroits moins désolés où d’autres Golems habitaient. La logique voulant que le froid décroisse à mesure qu’on perd en altitude, il n’avait plus qu’à redescendre la pente abrupte qui lui faisait face en espérant que le malstrom mortel s’estomperait avec la distance.
Se remettant debout, il avança d’un pas ferme et décidé pour s’enfoncer comiquement jusqu’à la taille dans la neige traîtresse trois enjambées plus loin.
Extirpant son gros derrière avec peine, il refit une tentative qui se solda par le même résultat pitoyable.
Certes sa stature colossale le protégeait efficacement des agressions naturelles mais elle ne lui permettrait pas de s’élancer sur la piste fragile et probablement minée de congères et de failles.
S’entêter dans cette voie serait indubitablement mortel.
Illuminant soudain son grossier faciès,  un sourire d’enfant nostalgique rappela un bref instant le Ouik qu’il avait été.
Retirant avec fébrilité la capeline, il l’enfourna dans le sac de Gnurf et ressortit à la place un curieux fatras de longues planches de bois reliées entre elles par des charnières puissantes. Il déroula à même le sol cet approximatif paravent renforcé jusqu’à obtenir une luge grossière et gigantesque sur laquelle il s’allongea sans hésiter. Au village, il avait l’habitude de s’adonner à des concours de glisse périlleux avec ses camarades et il était bien décidé à réitérer l’expérience car il n’avait après tout de Golem que le corps.

Il était toujours Aèfkabio le Ouik et comme tel, s’il devait s’endormir dans la terre, dans la neige ou quelque matière étrange, autant que ce soit à la façon de son peuple : en jouant !

Rugissant un « Bouyabouya me voilà ! » de défi, il s’arrima fermement à la luge improvisée et s’élança dans la pente sans une once d’hésitation.
Son poids colossale conjugué à la surface qu’il couvrait lui firent rapidement prendre une vitesse proprement hallucinante. Par deux fois, il frôla miraculeusement deux énormes blocs de granit, continuant sa course folle à une vitesse qu’il n’aurait jamais cru possible. La neige s’amassait par paquets glacials sur son gros corps mais il en avait cure, grisé qu’il était de défier ainsi la mort et les éléments déchaînés. Rapidement, il avait compris qu’il risquait de voir ses curieux yeux sans paupières irrémédiablement gelés s’il s’entêtait à essayer de regarder devant lui dans l’espoir de contrôler sa trajectoire et c’est la tête baissée et à l’aveuglette qu’il poursuivait la glissade démente. Aussi n’eut il même  pas le réflexe de ralentir lorsque son vaisseau de bois décolla dans les airs pour la première fois. Cinq mètres plus bas, il reprit contact très virilement avec le sol et en eut le souffle coupé à un point tel qu’il manqua lâcher ses planches de salut et ne dut sa survie qu’à un coup de bassin heureux. Lorsqu’il retrouva enfin partiellement ses esprits, il se rendit compte que la neige se faisait moins dense et risqua un œil pour s’apercevoir, enchanté, qu’il ne neigeait en fait plus du tout et que seuls les monceaux de poudreuse qui le recouvrait toujours voletait en tous sens. Son sourire satisfait se figea quand il avisa le premier sapin planté stupidement dans la pente abrupte qu’il descendait toujours plus vite.
Lorsqu’il constata que le sapin n’était en fait que l’arbre qui cachait la forêt et qu’il s’enfonçait droit dedans comme le caillou d’une fronde géante, il poussa un grand cri rauque suivi de petits « Aië Aië Aïe » du plus haut comique. Glissant précipitamment vers l’arrière de la luge, il planta fermement le bout de ses orteils de pierre larges comme des pelles à tarte et cru même un instant qu’il parviendrait à s’arrêter enfin. C’était juste avant qu’il ne distingue en plein sur sa trajectoire une énorme bestiole ailée à l’air aussi peu commode que surpris. Malgré ses petits sauts hystériques pour s’écarter, la bestiole ne fut pas assez rapide et le Glisseur Fou la percuta dans l’abdomen avec une telle violence que la luge vola en éclat et l’envoya comme un missile minérale en pleins dans le crâne de la bestiole déjà bien esquintée qui explosa sous l’impact.

Incrédule et sonné, Aèfkabio regardait ses membres intactes, touchant son visage grossier en quête de blessures éventuels mais il devait admettre qu’il ne souffrait miraculeusement d’aucune lésion. Eclatant d’un rire infantile qui exprimait bien son soulagement, il reporta son attention sur son inespéré terrain d’atterrissage ailé et frissonna en se disant que cette drôle de créature était probablement plus agréable morte que vivante. Avec ses ailes membraneuses et son gros corps écailleux monté sur deux pattes puissantes garnies de griffes redoutable, le Ouik pataud classait instinctivement ce truc dans la catégorie des rencontres « pas Coulamor du tout » décrites au village par Groboulé. En outre, et malgré que la tête soit maintenant plus éclatée qu’un Boulaille de Tifou après un championnat de Patapé, il frissonnait devant l’énorme gueule plantée au bout du long cou reptilien farcie de crocs dégoulinants d’un venin puant si puissant qu’il fumait dangereusement simplement en touchant le sol.
L’ex-Ouik venait juste de finir d’enfourner scrupuleusement la dernière esquille de bois qui composait jadis sa luge fracassée dans le sac de Gnurf en priant pour que le merveilleux artefact fonctionna toujours quand il se retourna en entendant la petite voix aigrelette :

- Il y a des moyens plus sssimples pour abattre un jeune Wyvern mais sssa ne manque pas d’originalité, je te l’accorde !

Habilement en équilibre sur une branche basses, l’apparition féline le toisait avec un sourire carnassier. Exhibant un corps aux formes pleines couvert d’une sorte de fourrure soyeuse aux superbes reflets d’or, elle était vêtu d’une armure de cuir délicatement ouvragée et exhalait une sauvagerie rentrée que son ton amical ne suffisait pas à masquer. Probable que la lourde claymore accrochée dans son dos n’aida pas non plus à alléger la tension inquiète que Aèfkabio sentait monter en lui. A moins qu’il ne s’agisse de la courte épée acéré qu’elle pointa sur lui en désignant le sac de Gnurf que le Colosse de pierre tentait de dissimuler maladroitement dans son dos.

- Mais après tout, chacun sssa technique, n’essssse pas ? Ton Sssac magique vient des périlleussses profondeurs de Tussscaran ? reprit la Velue toujours à bonne distance.
- Heu… Non, je ne pense pas, balbutia stupidement le Golem. C’est un cadeau de mon ami Groboulé en fait.
- Et bien j’essspère pour toi que ssse cadeau est aussssi puissssant qu’il en a l’air et que ton ami n’est pas sssi Boulet que sssa car tu ferais bien d’enfiler une tenue plusss appropriée au combat que ssset étrange accoutrement de Tomte géant.
- Ah mais c’est que je n’ai rien d’autre en fait !
- Dans ssse cas, je te conssseille alors de te mettre en harmonie avec ton Dieu car j’entends venir le ressste de la famille de ton inessspérée victime. Et vu leurs sssifflements, ils ne sssont pas là pour te félisssiter…

Le son du dernier mot que la Velue avait prononcé résonnait encore dans l’air lorsqu’elle disparut d’un seul coup devant les yeux ébahis de Aèfkabio pour être remplacée un instant plus tard par deux créatures en tous points identiques à celle qu’il avait percuté. A ceci près qu’elle étaient trois fois plus énormes et indubitablement très contrariées…

Chapitre 19 – Massacre

- Cette fois c’est terminé ! Ils ratissent la montagne de leurs appendices immondes pareils à des Vultorus puants et ça n’est plus qu’une question d’heures avant qu’ils ne nous découvrent…

Mémé s’adressait doucement à Groboulé lequel, bien que toujours sévèrement blessé malgré les attentions des rebouteux et délicatement installé dans la terre meuble de la profonde caverne plongée dans la pénombre, tenta de se redresser en gémissant. La vieille Ouikette le maintint fermement au sol puis continua du même ton apaisant :

- Reste calme, tu vas rouvrir tes plaies, brave Ouik. Notre sort est scellé ! Nous ne sommes pas des guerriers et n’avons dans le cœur aucun pulsion de violence qui nous permettrait même de nous défendre pour survivre. Bouyabouya nous attend déjà et la table du banquet d’accueil est dressée. Mais toi tu es différent…
- Justement ! Aide moi à me lever et à enfiler mon armure de Guerre au lieu de me servir un discours que je ne connais que trop bien, rétorqua le Balafré en serrant les quelques dents qui lui restaient.
- Tu n’écoutes pas plus maintenant que tu n’écoutais avant et pourtant tu as beaucoup voyagé, Groboulé l’étrange. Les voyages forment probablement la jeunesse mais n’inculquent décidément pas la Sagesse, le taquina l’ancêtre.
- Mémé, lorsque ces créatures pénètreront dans notre refuge, ce sera une boucherie ! grogna le Balafré en réprimant difficilement une plainte. Je suis le seul qui soit en mesure de les ralentir suffisamment longtemps pour que vous puissiez rallier les galeries souterraines.
- Dans ton état ? Tu n’arrêterais pas un Poupouyo mal réveillé voyons ! Et quand bien même… Admettons que tu te sacrifies héroïquement comme le Chevalier imbécile que tu es visiblement demeuré…Qu’adviendra t’il ensuite une fois que nous serons arrivés à la frontière de Dehors ? Aucun d’entre-nous n’est plus porteur de l’Eclat de la Goutte, tu le sais aussi bien que moi. Le Creuset nous rejettera et nous resterons à la merci de nos agresseurs.
- Et bien… Peut être que ces monstres ne vous pourchasseront pas jusque là. Vous n’aurez qu’à attendre patiemment au plus profond des boyaux qu’ils quittent ces lieux avant de remonter paisiblement, voilà tout.
- Groboulé, ne te mens pas à toi même, tu sais que notre monde se meurt et que nous disparaîtrons avec lui. Lorsque la grande Intrus couverte de fer envoyée par l’Ordre de la Goutte aura quitté la Vallée Bénie, il n’y aura plus assez de fluide magique pour permettre à notre Univers d’exister et nous disparaîtrons pour n’être plus qu’un souvenir, une de ces légendes tragiques et belles qui se raconte à la veillée.
- Les Mutilateurs Fétides, ceux que vous appelez des Choses à Trompe, ils portent tous l’éclat ! Tant qu’ils resteront dans la Vallée Bénie, cet univers perdurera.
- Parce que tu crois vraiment que cette folle furieuse les laissera en vie une fois qu’elle nous aura retrouvés ? Allons mon ami, sa mission est justement d’alimenter le Creuset, pas de l’affaiblir en permettant à une poignée de misérables Ouiks métamorphosés de poursuivre leur pauvre existence dégénérée. Une fois qu’elle en aura terminé avec nous, elle les tuera. Tous. Puis elle rejoindra son monde et le notre retournera au néant. Mais toi, tu peux encore t’enfuir…
- J’ai utilisé la dernière parcelle d’énergie qui me restait pour repousser les ennemis de Aèfkabio suffisamment longtemps pour qu’il leur échappe… Je ne suis plus qu’une enveloppe vide comme les autres Ouiks  et le Creuset me rejettera.
- C’est faux ! Tu as porté l’Eclat et le Creuset n’a donc d’autre choix que de te laisser passer, c’est la Loi !
- Mais la Métamorphose ?
- Je ne sais pas ce qui adviendra de toi à ce propos… Peut être que tu arriveras dans les Univers réels en tant que Ouik ?! gloussa Mémé.
- Il faudra que je prévienne mes anciens compagnons alors, l’accompagna le Balafré amusé. Un Paladin d’Albion colossal et redouté réincarné dans une créature plus chétive qu’un Lurikeen et coloré comme un Kobold malade… Même les plus ouverts d’esprit risquent d’émettre des doutes !!!
- C’est la seule solution et tu le sais. Mon petit Aèfkabio doit être bien perdu dans ces mondes compliqués… Un mentors de ta qualité lui rendra la vie bien plus douce et augmentera salutairement ses chances de survie.
- Je n’aspirai plus qu’à m’endormir paisiblement dans la terre parmi les miens et tu me renvoies dans un monde de violence qui m’a coûté mon âme.
- Mais bien sur, railla la vieille Ouikette. Si tu pouvais voir l’éclat de tes yeux lorsque tu parles de ces Univers… Si tu voyais cette petite clarté intense qui les anime, nul doute que tu serais aussi dubitatif que je le suis en ce moment concernant ta sois-disant lassitude.
- Je suis vieux et usé…
- Mais sage. Enfin quand tu ne fais pas ton Poupouyou !
- Je ne serai plus que l’ombre de ce que j’ai été…
- Ta grandeur est en toi et n’est pas fonction de ton épée pas plus que de la puissance de tes bras. La simple mention de ton retour dans les Univers réels pourrait même suffire à faire basculer de notre coté des forces jusqu’ici indécises et qui contribueraient à rééquilibrer une balance bien mal en point. Hâte toi maintenant car je sens leur odeur fétide se rapprocher et tu n’es pas vraiment au mieux de ta forme pour voyager.
- Je connais bien celle qui commande les Mutilateurs Fétides, Mémé ! Je croyais même l’avoir tué en fait… Vu qu’elle a préféré se lancer à notre poursuite au lieu de retrouver Aèfkabio malgré l’intérêt absolu qu’il représente pour son Ordre sanguinaire, je suis convaincue qu’elle est ici pour moi et peut être que si je me livrai…
- …elle nous épargnerait ? C’est bien la stupidité sans nom que tu allais m’asséner ? Cette créature est habitée par la cruauté et la folie, mon ami. Si c’est vraiment toi qu’elle cherche avec tant d’acharnement, le moins que tu puisses faire et de lui rendre alors la tâche aussi pénible que possible
- Accompagne moi, Mémé. Je suis encore très affaibli, gémit le Balafré à cours d’arguments en se redressant.
- Tu me prends vraiment pour une vieille imbécile avec tes requêtes de Paladin aussi fines et légères que ton armement légendaire ou quoi ? Je reste ! Et toi tu pars. Sur le champ ! De toute façon je ne gâcherai pas ma chance de mettre en pratique une chose à laquelle j’ai toujours rêvé secrètement ! 
- Et de quoi s’agit il ? demanda Groboulé très surpris par le ton résolu que la vieille Ouikette.
- Il s’agit de ça ! ricana t’elle en exhibant un impressionnant stylet de combat luisant de poison. C’est un cadeau de ma fille – tu connais le phénomène ! – et je me suis toujours demandée finalement ce que j’éprouverai en  l’utilisant sur des vilains !
- C’est pas très Ouik comme comportement… la tança gentiment Groboulé.
- Il faut croire que finalement, j’ai quand même légué une petite dose de duplicité à la Môman de Aèfkabio… s’excusa faussement la vieille coquine. Mais assez parlé. Pars ! Et survis suffisamment longtemps pour aider mon petit-fils ou par Bouyabouya, je reviendrai te planter mon couteau dans le Pioupiou en plein Tripotitripota !!!
- Adieu, Mémé ! Et merci… s’éloigna lourdement le Balafré sans oser se retourner.
- Merci ? Vu l’endroit ou je t’envoie, tu as décidément un sacré humour à défaut d’une tête bien faite.

Une dizaine de minutes plus tard, alors qu’il était déjà profondément enfoncé dans le dédale des galeries obscures, les premiers hurlements de souffrance retentirent, s’enfonçant dans son cerveau comme autant de pointes d’acier incandescentes. Le vieux Vétéran fatigué qui avait traversé des milliers de batailles sanglantes tel un roc indestructible tomba à genoux, bouleversé. Assistant impuissant à la fin de son peuple, il ne put retenir ses larmes pour la toute première fois de son existence. Après ce qu’il lui sembla être une éternité, le silence retomba enfin, lourd de sens, mettant salutairement fin à ses sanglots insupportables. Achevant une dernière prière muette en l’honneur d’une vieille Ouikette courageuse, Groboulé se releva sans effort apparents. Son visage était comme statufié et seul le feu ardent qui couvait dans ses yeux vengeurs permettaient d’imaginer les tourments intérieurs qui le dévoraient encore et lui donnaient la force de se transcender.
Groboulé le vieux Ouik avait disparu avec sa paisible race, emportant du même coup les doutes et les faiblesses.
Un étrange halo de pureté aveuglante fit refluer un bref instant les ténèbres de la galerie, marquant le retour d’un Combattant de Légende qui reprit son chemin d’un pas martial et assuré.
 
Prochain, épisode : Chapitre 20 – l’Arnaque