Chapitre treizième – l’Entité

Le jour venait de se lever lorsque Aèfkabio parvint enfin par petit bonds agiles à « la barrière » qui marquait la fin de la Vallée Bénie. Il n’y avait pas à proprement parler de séparation concrétisée par une gigantesque muraille écrasante ou un grésillement d’énergie impressionnante comme il se l’était initialement imaginé. Pas même un bête trait sur le sol en fait. C’était tous simplement ici et le jeune Ouik le savait. Remettant délicatement sa chaussure lumineuse à ressort poivrée dans le vieux sac en peau de Gnurf visqueux et malodorant complètement plat, il avait conscience que son prochain pas se ferait dans le Dehors. Il avait choisi à dessein une zone méconnue et enchâssée dans une étroite gorge qui lui éviterait des surprises dont il se passerait bien une fois qu’il se serait lancé. A première vue, le Dehors n’avait pas l’air si terrible. Ca ressemblait plutôt bêtement à la Vallée même. Enfin, on était jamais assez prudent et Aèfkabio laissa sa main sagement à l’intérieur du sac magique « au cas où ».
Respirant profondément, il ferma les yeux avec une excitation toute fébrile et fit le dernier pas qui lui ferait quitter le monde des Ouiks.

Ouvrant les yeux, il tomba grossièrement sur le derrière sans pouvoir éviter un « Par Bouyabouya !!! » franchement ridicule.
A la décharge du jeune Ouik, il y avait quand même des raison de s’exclamer stupidement ! Il faisait un bête pas en avant avec dans l’idée de continuer sur le chemin au grand air et se retrouvait maintenant plongé jusqu’à la taille dans une espèce de grosse marre étrange avec une voûte sombre et menaçante à la place du ciel qui le surplombait un instant plus tôt. Le liquide dans lequel il pataugeait avait l’apparence d’une huile noirâtre aux curieux reflets argentés. Fait étrange, l’huile ne collait pas à la peau, pas plus qu’aux vêtements et refluait devant sa main pareille à une mer de Mercure obscure. Lorsque la voix douce et subtile résonna comme venue de nulle part, Aèfkabio fut heureux de constater que l’étrange liquide ne pénétrait pas dans sa bouche quand il retomba sur son séant de surprise, le bec plus ouvert qu’une portée de Bibillous à l’heure de la becquée.

- Bienvenue chez toi, Fils de la Goutte !
- Heu… merci, c’est très gentil ! répondit prudemment le Ouik en se relevant et en tentant d’apercevoir le causeur à la voix charmeuse. Enfin tu sais, chez moi c’est par vraiment ici en fait. D’ailleurs on est où ici ?
- Tu es dans le Creuset Secondaire qui fut forgé par l’Ordre Secret de la Goutte il y a des temps immémoriaux.
- Ah ben mince !!! Je suis prisonnier alors ?
- Non pas, Fils de la Goutte, reprit la voix avec une nuance d’amusement. Tu sembles avoir vite perdu ton innocence enjouée au profit d’une vision manichéenne sans grande nuance, jeune Aèfkabio.
- Tu te serais coltiné une douzaine de Choses à Trompe comme ce fut mon cas ces derniers jours, il est probable que tu comprendrais un peu mieux ma nouvelle façon de penser, répondit le Ouik sans même s’étonner que son mystérieux interlocuteur connaisse son nom. Et d’ailleurs où es tu ? J’aime bien voir les gens avec lesquels je cause quand c’est possible.
- Nous ne sommes pas à proprement parler une entité physique, plutôt une conscience globale et l’émanation d’une force. Tout comme toi d’ailleurs…
- Ohlala hé je ne suis pas tout ça moi ! Je ne suis rien qu’un petit Ouik pas rassuré qui vit des trucs dont il se serait finalement bien passé.
- Si tu le dis… Nous voir matérialisés rendrait il notre conversation plus facile ?
- Ben oui bien sur ! La j’ai l’impression de causer avec moi-même et ça n’a rien de facile !
- Tu ne sais pas encore à quel point ce que tu viens de dire est sage mais nous allons satisfaire à ta modeste demande car nous n’avons pas beaucoup de temps même si cette notion demeure une abstraction amusante dans les circonstances actuelles. Quelle incarnation souhaite-tu nous voir prendre ?
- Une Ouikette ! Mais super belle hein ! s’excitait Aèfkabio, toute angoisse envolée. Et si possible avec une grosse paire de…
- Fort bien, Fils de la Goutte, venait de lui répondre la plus belle Ouikette à laquelle il ait jamais rosé rêver et qui se tenait maintenant lascivement assise en tailleur sur le bord du creuset, entièrement nue. Mais nous  te prévenons – eut égard à nos nombreuses expériences avec ta singulière race – que nous ne nous laisserons pas aller à ce que tu qualifies de Tripotitripota…
- Peuh j’y avais même pas pensé, mentit superbement le jeune Ouik qui peinait maintenant à masquer efficacement la matérialisation de sa soudaine émotion. Enfin si tu décidais de te laisser aller, j’en ferai pas tout un Glouyou non plus hein…
- Fascinant… souffla la Ouikette en plongeant ses immenses yeux mordorés aux cils délicats dans ceux de Aèfkabio qui peinait à calmer un souffle devenu rauque. L’autonomie fabuleuse que vous avez acquis au fil des siècles tout en ne demeurant pourtant qu’une infime étincelle du Tout n’en fini pas de nous étonner…
- Nous ? Tu aurais des copines en plus ? Y en aurait pas une d’un peu plus dispo niveau ouverture d’esprit des fois ? Sans vouloir abuser, bien sur…
- Aèfkabio le Ouik, je te demande maintenant de te concentrer sur mes paroles…
- T’en as de bonnes toi… s’extasiait le jeune Ouik hypnotisé par la longue chevelure de la Ouikette qui masquait scandaleusement ses courbes doucereuses.
- …car tu dois faire un choix et décider si tu souhaites effectuer la Métamorphose qui scellera ton départ de ce lieu ou nous rejoindre et hâter notre retour final auprès du Père.
- Bien sur, bien sur, dodelinait le jeune Ouik en pensant qu’il aurait du stipuler à l’entité d’être chauve comme un œuf.
- Nous t’écoutons,  Fils de la Goutte : accomplie ta tragique destinée ou fonds toi dans la béatitude du Tout.
- De quoi donc ? s’étonna Aèfkabio, ses hormones salutairement calmées par les derniers propos de la Divine apparition. Mais enfin c’est quoi cette histoire là ? J’ai pas l’intention de me transformer en quoi que ce soit, moi ! Ni de finir tragiquement tant que j’aurai mon sac en Gnurf, je te préviens.
- Quelle assurance ! applaudissait doucement avec étonnement la Ouikette parfaite, causant sous sa chevelure un tressautement sensuel qui faillit bien distraire le coquin pour de bon. Une vraie évolution a bien eu lieu dans le Grand Tout… Peut être qu’en fin de compte, rien n’est écrit et que tu parviendras à faire mentir la destinée et à nous empêcher de rejoindre le Creuset Originel…
- Tu es… La Goutte ?
- Oui bien sur… Tout comme toi…
- Oh non !!! Groboulé m’a expliqué et je n’ai rien à voir avec la méchante chose que tu es ! Rien à voir ! Tu veux détruire les Univers et tout ça alors que moi…
- Oui ? Que veux tu, Fils de la Goutte ? A quoi aspire tu donc de si différent, j’aimerai que tu me l’expliques…
- Mais j’en sais rien, moi !!! explosa le jeune Ouik. Il y a encore quelques jours, j’aurai pu répondre à une question aussi facile mais tout ce qui composait mes certitudes d’hier s’est enfui. N’empêche qu’à défaut de savoir ce que je veux, je sais par contre ce que je ne veux PAS !
- Vraiment ?
- OUI ! Je ne veux pas causer la mort et la destruction, voilà !
- Même si ça empêche ton accomplissement ? Tu nous vois comme l’incarnation du mal absolu, la représentation d’une noirceur sans nom alors que nous ne sommes qu’une énergie neutre pour laquelle ces notions sont inconnues. Nous n’aspirons qu’à rejoindre notre enveloppe naturelle, Aèfkabio. Et tu fais partie de nous, tu le sais au font de toi finalement. Rejoindre le groupe, c’est le bonheur d’être en conformité et la fin de tes questions sans fin. Rejoins le Tout et tu ne seras plus jugé ! L’individualité est un mal terrible, Fils de la Goutte… Elle ne t’apportera que le malheur et de vaines interrogations sans possibles réponses. Fonds toi dans le grand Tout et tes souffrances prendront fin, t’apportant la béatitude et la paix absolue…
- Non. Peut être ne suis je qu’une petite parcelle d’un grand machin, j’en sais rien. Mais je revendique pourtant mon droit à l’existence et à la différence. Je ne me fondrai pas dans une grosse boule de liquide pourri fut elle habitée par les Ouikettes les plus tralalas qui soient.
- Tes accents de rébellion font échos à d’autres qui te précédèrent avant de nous rejoindre… Tu ne gagneras pas parce que tu ne PEUX PAS gagner, petit Ouik
- Un vieux Ouik courageux m’a fait comprendre une chose primordiale, la Goutte : ce qui est important c’est de s’assumer et d’être vraiment sois-même ! Quitte à se perdre en essayant !
- Fort bien, Aèfkabio… Tu rejettes un destin de douce quiétude confortable et nous te souhaitons de trouver ce que tu cherches. Sache que tu nous prêtes des émotions de duplicité que nous sommes bien incapable de ressentir...
- Je m’en fiche ! coupa durement le jeune Ouik d’un coup de menton volontaire. Vu qu’à priori tu peux pas me manger, laisse moi sortir d’ici et vivre ma vie comme je l’entends. D’ailleurs pourquoi me suis je retrouvé ici alors que j’étais sur le chemin du Dehors ?
- Mais tout simplement parce qu’un Ouik ne peut survivre dans les Royaumes et qu’il va te falloir achever la Métamorphose pour poursuivre cette destiné à laquelle tu aspires tant. Le Creuset et le pont entre les mondes qui permet à certaines entités de voyager de l’un à l’autre. Seuls ceux qui ont un rapport avec la Goutte sont en mesure de l’emprunter. Et parfois d’y survivre…
- Je suis prêt.
- Que l’insouciance s’efface définitivement au profit de la responsabilité alors, Fils de la Goutte ! La prochaine fois que nous serons confrontés l’un à l’autre, ce sera pour que tu te fusionnes enfin avec le groupe…
- Quand ce jour arrivera, tu auras les tétouilles sèches et sous les genoux, vilaines truc ! rugit le jeune Ouik en sentant son corps s’évanouir comme la brume du matin sous les rayons du soleil et de se retrouver à nouveau transporté… ailleurs.
 
Chapitre quatorzième –Mutation

La Chose Antirox les avait sentis repartir enfin.
Cette bande de Nazouillos et cette grande saucisse qui les invectivait et les frappait durement l’avaient recherché pour lui faire payer l’échec de la mission et leur incapacité ensuite à remettre la main sur les habitants du village. Connaissant bien la nature de ses congénères transformés, la Chose Antirox savait qu’ils le livreraient sans hésitation à leur nouvelle chef pour qu’elle puisse enfin détourner d’eux la rage démente qui l’étouffait. Mais c’était mal connaître Antirox qui s’était caché au milieu du Vasouyo gluant qui bordait le village et n’avait laissé dépasser que sa trompe le temps que les vilains s’éloignent enfin.
Bien que la douleur sourde pulse toujours son œil à jamais perdu, il était parvenu à retrouver une sensibilité merveilleuse en utilisant pleinement ses narines de trompe et ses curieuses oreilles. Il était temps de penser comme une Chose à Trompe car penser en Ouik ne lui réussissait pas. Il avait utilisé sa nouvelle enveloppe avec une gaucherie qu’il payait maintenant. Produisant un petit couinement qui pouvait s’apparenter à un rire, il se dit qu’il avait été quand même drôlement nounouille en tentant d’essuyer son œil brûlé par le pikadonf moulu sur son gros corps cuirassé. Le résultat avait été d’enfoncer profondément le globe oculaire blessé sur une des nombreuses protubérances effilées qui parsemaient sa surface et de le faire exploser comme une Guernouillette obèse.
Du coup, il était définitivement aveugle maintenant.
C’était ballot !
Quelle idée de n’avoir qu’un œil aussi franchement !
Après s’être initialement lamenté comme un Ouik pour qui la vue était probablement LE sens le plus primordial, il avait lentement commencé à percevoir différemment l’univers. Ses oreilles pendouillantes agissaient comme de curieux radars inexplicables et son odorat unique lui permettait de se repérer et d’appréhender des distances que son pauvre œil maintenant tout cassé n’aurait même pas perçu. Voilà qui réglait le problème immédiat du déplacement mais aucunement son devenir à long terme, il en avait bien conscience. Peut être que s’il retrouvait la tribu des Ouiks, il rentrerait dans les bonnes grâces de la fondue qui dirigeait ses anciens camarades mais il n’en était pas vraiment certain. Cette folle furieuse avait chassée le Snifouilleur après l’avoir cruellement blessé simplement parce que ses « reniflements l’agaçaient ! ».
Elle était sacrément maboule, la grande saucisse !
Après tout, qu’elle se débrouille avec le Clan, ça n’était plus les affaires de la Chose Antirox. Par contre Aèfkabio restait SA priorité absolue. Il n’avait jamais pu encadrer ce petit morveux de toute façon et les évènements qui avaient suivi l’avaient conforté dans son jugement sans appel. De plus, toute créature a besoin d’un but pour avancer. Le but de la Chose Antirox serait de démembrer, mâchouiller, dépecer et faire pleins de trucs très méchants à cette petite peste avant de le manger. Vu les ressources extraordinaires que le freluquet avait déployé, ça allait l’occuper un bon moment déjà !
Il était évident que sa proie était parvenue à rallier le Dehors avec sa chaussure pourrie alors la Chose Antirox allait faire de même. Ce qui était Coulamor avec le dehors c’est que comme ça entourait la vallée, il pouvait prendre la direction opposée aux autres tarés et s’approcher quand même de son objectif.
Reniflant puissamment, toutes oreilles dehors, la Chose Antirox s’élança comiquement sur ses petites pattes griffues.

Elle avait déjà parcouru une bonne distance lorsqu’elle s’arrêta, tous ses sens survivants en alerte : il y avait un truc qui puait bizarrement et qui lui était familier non loin. Progressant avec une lenteur qu’elle espérait subtile, la Chose Antirox s’approcha doucement du truc qui puait pour « découvrir » le ridicule Snifouilleur baignant dans son sang et agonisant. Il s’était visiblement traîné à l’aide de sa trompe horriblement mutilé et gisait maintenant épuisé dans la poussière. La Chose Antirox percevait les horribles blessures que la Dingo avait occasionné à son compagnon d’hier et se promettait d’éviter cette furie à l’avenir. Il allait reprendre silencieusement sa route lorsque le moribond s’adressa à lui en murmurant :

- C’est toi, Antirox… Je le sens…
- Vu l’état de ta trompe, c’est un miracle que tu puisses encore sentir quoi que ce soit, Snifouilleur ! railla peu charitablement la Chose Antirox.   
- Vu comme tu pues naturellement, je te reconnaîtrai même si cette fondue de Mercenaire m’avait coupé la Trompe entièrement ! ricana le taquin avant de se remettre à gémir.
- Moi au moins je ne sens pas la viande d’abattoir, rétorqua la Chose Antirox, piquée.
- Oh si… Très bientôt tu ne vaudras pas mieux que moi… La Blondasse Folle a été très claire à ce sujet… répondit le futur mort.

Les nouveaux sens de la Chose Antirox lui assuraient que l’agonisant disait la vérité et elle commença à ressentir une sensation très désagréable et carrément Paglopienne.

- Explique toi !
- Sauve moi et tu sauras tout…
- Mais tu es déjà mort, voyons ! C’est un miracle que tu puisses encore parler après ce qu’elle t’a fait et je ne peux plus rien pour toi. Mais que ta mort ne soit pas vaine, ami Snifouilleur ! Dis moi ce que tu sais sur le péril qui me menace et je… te vengerai ! mentit avec un aplomb scandaleux le rusé aveugle.
- Nananananan… souffla le Snifouilleur. Tu me sauves et tu vis. Tu me laisses mourir comme une pauvre Daubine de Farfayou et je chaufferai ta couette lorsque tu me rejoindras au coté de Bouyabouya…
- C’est un miracle que tu me demandes… je vais plutôt te machouiller jusqu’à ce que tu parles, saleté d’égoïste ! s’avança le miro toutes griffes dehors.
- Si tu me machouilles un peu plus que je ne le suis déjà, je n’y survivrai pas… Tu devrais plutôt te dépêcher de trouver une solution parce que tu commences aussi à sentir drôlement le sapin, MON AMI !!!
- JE SAIS ! s’enthousiasma soudain la Chose Antirox en sautillant comiquement. LES EXTRAITS DE GOUTTE !!! Deux d’entre-nous se sont enfuis dans le village en laissant leur extrait de goutte à terre lorsque nous nous sommes transformés pour affronter Groboulé ! Peut être qu’une seconde prise d’extrait de Goutte te soignera, c’est de l’énergie magique concentrée !!!
- Ils avaient dit « UNE SEULE GOUTTE PAR OUIK », souviens toi…
- Ouais ben si tu as une meilleure idée, je suis preneur, barbaque à mouches !
- …
- Snifouilleur ? Tu vas pas me laisser, mon ami ! Toi, mon presque frère… T’es pas mort hein ?! Dis moi ce qu’a dit la Blondasse au moins, saleté de crevûre pourrie !!! hurla la Chose Antirox en secouant méchamment le gisant de bout de la trompe.
- Nanan… gloussa le Snifouilleur, visiblement très satisfait de son gag désopilant avant de pousser une sourde plainte. Aaaaaahhhhh, non pitié ça chatouille…
- Snifouilleur !!! A QUI TU CAUSES, COPAIN DE TOUJOURS ??? s’angoissa une fois encore la Chose Antirox. QUE SE PASSE T’IL ? TIENS BON, MA QUASI-MOITIE !!!
- Nan ça va mieux là… Mais je sens Bouyabouya qui me chatouilles les arpions et tu ferais bien de te hâter quand même…
- JE FONCE ! s’élança la Chose Antirox avec précipitation avant d’ajouter pour lui même une fois suffisamment éloigné. Et je peux t’assurer que tu vas ramasser tellement que tu regretteras de ne pas t’être définitivement endormi dans la terre quand je t’aurai remis d’aplomb, vilaine tite carne !!!

Chapitre quinzième – le Dehors (Alors… On vous entend plus là du coup !!! Non mais ! hihi)

Lourd.
Littéralement écrasé.
Comme lorsqu’il se couchait après avoir honteusement abusé d’une plâtrée de Marmayous à s’en faire éclater la bedaine mais en pire.
Et ce froid mordant qui le perçait jusqu’aux os.
Un froid comme il n’en avait encore jamais ressenti jusqu’ici.
Lorsqu’il ouvrit enfin ses paupières lourdes comme deux blocs de fonte, Aèfkabio se rendit compte qu’il était allongé dans une neige glaciale qui le recouvrait partiellement et qu’une véritable tempête transformait le paysage immédiat en une bouillasse glacée impénétrable. Bougeant sa tête qui pesait des tonnes sur la droite, il contempla avec surprise une espèce d’énorme patte à trois doigts d’apparence minérale. Il poussa un hurlement qui n’en finissait plus, alimenté par une terreur si viscérale qu’il faillit en perdre la raison, lorsqu’il s’aperçut que cette ignoble patte de granit assurait fermement sa prise sur son vieux sac en peau de Gnurf visqueux et malodorant complètement plat et qu’elle répondait à ses commandements.

Prochain, épisode : Chapitre seizième – « Recrutement audacieux » ou « zêtes sûrs que c’est pas les fonds de tiroir quand même là… ?! »