4) Allô la maintenance ?!

Se traîner dans un boyau creusé par des Tomtes et pour des Tomtes n’était pas chose facile…
Ca partait dans tous les sens, parfois l’accès devenait plus étroit qu’un trou de balle de moniale ou il fallait carrément faire demi-tour car les galeries étaient effondrées.
A mesure qu’il progressait, Légion perdait pleins de morceaux de trucs, s’accrochait comme une pauvre ruine à toutes les aspérités du tunnel et jurait comme un nain a qui on vient de signifier la clôture de la taverne alors qu’il reste un fond de tonneau.

Légion tout masiblé de partout et qui vient encore de se casser une griffe en se décoinçant la gelée pour la énième fois : « Vous bossez vraiment comme des Sicaires, les Tomtes !!! Vous avez rien étayé du tout et je prends pleins de terre dans tous mes yeux ! Il vont marcher beaucoup moins bien à force ! »
Cerveau Tomte : « Lélonletunel ! lepatronlétoudistendu !!! »
Autre cerveau Tomte : « Aouècévraiça ! Lepatronlékomunegrossecrotedandéfess ! »
Cerveau Tomte : « Aouè Hin Hin Hin ! lepatronilenchidékèss ! »
Légion catastrophé : « Bloqué !!! Je suis trop étiré et je  n’arrive plus à ramener l’arrière ! Séides, allez à l’autre bout et dîtes aux morceaux à l’arrière de se dépêcher un peu au lieu de glander ! »
Autre cerveau Tomte : « Ahméheucévachemanlouin !!! Vasitouadabor ! »
Légion qui peine à garder son calme : « Je m’occupe de l’avant, misérable feignasse !!! Je ne peux pas tout faire ! »
Autre cerveau Tomte : « ouèbinmouajsuidanlemilieu ! Sijvédérière, kivakonduirlémorsodumilieupatron ? »
Légion contrarié : « Cerveau Tomte, tu es à coté de Autre Cerveau Tomte ? »
Cerveau Tomte : « Nanpatron ! jeusuidanlemilieukéacotédumilieudelotre ! Sijvédérière, kivakonduirlémorsodumilieukéacotédumilieudelotrepatron ? »
Légion pensif : « Arrghhh !!! Par le Truc bleu qui couine !!! Cette expérience douloureuse me fait prendre conscience d’un fait nouveau : si je suis trop allongé, je ne peux pas garder ma cohérence autrement qu’en mettant des relais dedans Moi ! Vous voyez, tas de quiches : avec vos idioties de jeter les cerveaux, je ne peux même plus activer un nouvel hôte pour conduire la queue ! On va rester coincés dans ce boyau pourri comme un pauvre étron ! »
Cerveau Tomte : « Hin Hin Hin ! Grokaka !!! »
Autre cerveau Tomte : « Hin Hin Hin ! Aouè !!! Hin Hin Hin ! Mégakaka !!! »
Cerveau Tomte : « Gigakaka !!! »
Autre cerveau Tomte : « Ouèèèèèèèèèèèèèè !!! SUPRAKA… »
Légion : « AH MAIS FERMEZ LA !!! Vous allez pas devenir aussi pénible que le truc bleu qui couine, je vous préviens !!! J’en ai déconnecté de mon dedans pour moins que ça alors vous allez vous calmer ! Il faut que je réfléchisse… »

Quittant l’avant de dedans Lui, Légion se livra à une grande inspection de son Moi.
Comment était il possible qu’il se retrouve à ce point étiré ?
Analysant sa forme et son contour, il s’aperçut que le boyau creusé par les Tomtes était franchement merdique et partait dans tous les sens. Ces abrutis avaient enchaîné des courbes qui se recoupaient les unes les autres. Ces trépanés n’étaient visiblement pas capables de creuser en ligne droite ! La galerie n’était qu’une succession de « S » bordéliques enchevêtrés et Légion dû se rendre à l’évidence : il était complètement paumé !
Légion avait beau se creuser la gelée, une seule solution revenait.
Mais elle comportait un très gros risque…

Légion suavement : « Séides, je vais vous restructurer et vous allez creuser la galerie suivant mes ordres ! »
Cerveau Tomte tout excité : « Ahouèkoul !!! Aboulenocorpatron !!! Onvacreusé ! »
Autre cerveau Tomte : « Hin Hin Hin ouè ! Onvacreusépatron ! »
Légion l’aire de rien : « Vous n’allez pas vous sauver et me laisser dans cette inconfortable position, n’est-ce pas loyaux Séides ? »
Cerveau Tomte scandalisé : « kiçanou ?! Naaaaaaaaanpatron ! Jamèonferèçavoyon !!! »
Autre cerveau Tomte en écho : « jamèvoyon… »

Rassemblant les éléments composant le Nous des Tomtes, Légion recomposa les deux créatures et les expulsa en tête de son Lui.
A peine les deux carnes toutes nues sur pied, elle détallèrent droit devant en ricanant hystériquement comme les crapules qu’elles étaient : « Hin Hin Hin !!! Legrokakalébloké ! Nanana !!! Adieugrokaka !!! Téféavouar ! Hin Hin Hin !!! »

Légion souriait de toutes ses bouches.
La trahison ne le surprenait pas et il aurait d’ailleurs été déçu si les sournoises créatures n’avaient pas abusé de sa confiance.
Comme il s’était préparé à cette évidence, il attendit.
Les bruits de galopades s’estompaient et Légion commença quand même à s’inquiéter.
S’était il trompé ?!
Si tel était le cas, il était vraiment mal…
Son seul espoir serait d’attendre qu’une troupe d’imprudents s’égare dans le dédale et lui fournisse les cerveaux-relais pour reprendre sa reptation.
Galère…
Il avait le monde à conquérir et était immobilisé pour raison technique.

C’était ballot quand même…

Le bruit des Tomtes revenant dans sa direction le sortit de sa torpeur.
Soit ces abrutis s’étaient à nouveau perdus, soit son plan avait marché.
Vu la stupidité monumentale de ces créatures, il s’étaient probablement paumés comme des truffons…

Ah ben non.
Visiblement, les deux crétins ne s’étaient pas égarés !
Ils restaient face à Légion – mais à distance respectueuse – et se dandinaient d’un pied sur l’autre en grimaçant.

Légion faussement aimable : « Ah mes amis ! Votre reconnaissance des lieux s’est bien passée j’espère… »
Les Tomtes ensembles : « Ohouipatron ! »
Légion sur le même ton : « Bon et bien il va falloir se mettre au travail alors… »
Les Tomtes de concert : « Vouiméfodrènozafèrepatron… »
Légion expulsant les vêtements et les pioches des Tomtes : « Voilà mes Séides ! Enfilez vos protections et au travail, on a assez perdu de temps ! »

Les deux Tomtes s’emparèrent prestement de leurs affaires et s’encoururent une fois de plus en glapissant « Hin Hin Hin létronul !!! Povkakatounulontaniké !!! Adieugrokaka !!! »

Amusé, Légion attendit à nouveau.
Pas longtemps.

Les Tomtes tout sourire : « koukoupatron ! ysonoudonknoboné ? »
Légion feignant la surprise : « Vos bonnets ?! Ah tiens, je ne vous les ai pas donnés ?! »
Les Tomtes mielleux : « Nanpatron. Çaféfrouasurlatêtesanlébonépourkreuzé ! taboulelébonépatron ? »
Légion hurlant de toutes ses voix effrayantes : « Misérables avortons !!! Vous avez vraiment pensé que vous pourriez abuser Légion ??? J’ai lu dans vos cervelles de traîtres l’attachement viscérale de votre pathétique race à ses bonnets !!! Creusez, larves infâmes !!! Creusez puis revenez ensuite en moi pour contribuer à déplacer mon dedans recomposé sinon je DETRUIS vos satanés bonnets !!! »
Les Tomtes couinant : « palébonépatron !!! onkreuz onkreuz !!! mépaléboné… »

Ainsi fut fait.
Les Tomtes élargirent la galerie chaotique, brisant les cloisons inutiles, créant de larges niches où Légion pouvait se regrouper, cassant les détours innombrables qui avaient contribué à disperser la gelée, taillant dans la roche, piochant et piochant encore.
Son intégrité de nouveau rassemblée, Légion constata qu’il avait parcouru uniquement quelques centaines de mètres en fin de compte.
Sous son commandement, les Tomtes avaient créé un unique boyau très large et rectiligne et il pouvait distinguer l’entrée de sa caverne d’origine à quelques jets de pierre derrière Lui.
Que de temps perdu pour rien !!!
Reportant ses multiples yeux sur l’avant de son Lui, il sourit cependant en apercevant avec joie la sortie du tunnel labyrinthique matérialisée par un halo de lumière bleuté à une centaine de mètres.

Les deux Tomtes exténués sautillaient devant lui : « cébonpatron ! Tupeuyallé ! Vazydonelébonésteuplépatron !!! »

Ecrasant d’un tentacule fulgurant les teignes traîtresses par surprise, Légion les absorba une nouvelle fois dans son dedans, les dépeçant lentement et très douloureusement pour leur faire expier leur fourberie. Lorsqu’ils furent réduits à l’état de cervelle nageant dans son dedans, il les renvoya vertement assurer leur rôle de relais et repris sa reptation vers la lumière en gardant en mémoire qu’il avait aussi – lui le futur Maître du monde – des faiblesses avec lesquels il devrait composer.

5) Contact

Boulet Gentil roxxe trop de la balle !
Ces ruinasses d’Albionais qui viennent de reprendre les Abysses ont pu s’apercevoir de l’übberitude absolue d’un assassin Midgardien !
Ah les pôv guenilles !
Comment il te les hache sur place, les conserves !!!
Le fait qu’il ne s’attaque lâchement qu’à des adversaires gris n’entame nullement l’exaltation de Boulet Gentil qui se fout finalement pas mal des points d’expériences tant que son nom apparaît dans la log des visiteurs des Abysses.

Présentement, il est planqué comme un morpion anémié sur une corniche surplombant une immense salle dans laquelle un groupe de chevaliers patrouille.
Probablement pour se débarrasser de la terrible menace qu’il représente pour eux…
Boulet Gentil leur laissera la vie, tiens.
Il se sent soudain pleins de mansuétude et le fait que ces possibles adversaires soient de son niveau – et donc capable de se défendre pour une fois – n’a rien à voir avec sa soudaine poussée d’humanisme.

C’était l’avantage avec Boulet Gentil : il est même capable de se mentir à lui même efficacement.

En dessous, les Albionais finissent par poser culotte et organisent leur campement.
Quels plaies, ces conserves !!!
Comment va faire Boulet Gentil maintenant pour redescendre sans risque de son abri et trouver d’autres gris à estourbir ?
D’autant qu’il ne s’agit visiblement pas d’une pause pipi mais bel et bien d’une halte qui va durer.
Vas y que ça se bâfre et que ça picole…
Ah elle est belle l’église d’Albion tiens !
C’est bien les Paloufs et les curetons que de te balancer des sermons de la taille d’un bus à Emain et de se rincer le gosier ensuite comme le dernier Viking venu !
Y en a même un qui se chatouille popaul en loucedé sous son kilt !!!
C’est du propre !

Un bruit incongru attire l’attention de Boulet Gentil qui – délaissant la vision du Maître d’armes tripoteur – jette un œil dans le fond obscure de la caverne.
Un glissement mouillé progresse en direction des conserves passablement éméchées qui chantent à tue-tête.
Ils viennent de terminer « Mezz mon Kilt » et entament en cœur « La bure à bourrer » avec enthousiasme quand Boulet Gentil se met à hurler.

Rien de tel qu’un cri de Midgardien pour dessaouler des conserves !
En un clin d’œil, les combattants sont prêts à en découdre, scrutant les ténèbres, prêts à l’assaut.
Pourtant, et malgré leur courage sans faille, rien ne les a préparé à ce qui se jette sur eux avec une rapidité phénoménale.
Tous savent que le combat est désespéré et que personne n’en réchappera.
Tous sont saisis d’un effroi atavique devant la monstruosité obscène qui se dresse maintenant, exhibant une multitude de crocs et de griffes terrifiantes.
Aucun ne fuit.
Cette pensée ne les a d’ailleurs même pas effleuré.
Répondant aux rugissements innombrables de ce cauchemar ultime par leurs propres cris de guerre, ils serrent les rangs et chargent.

6) Affrontement

Boulet Gentil assiste au combat qui s’engage – muet d’horreur – les yeux exorbités par une terreur indicible.
Ces Albionais sont décidément complètement frappés !!!
La chose qu’ils affrontent avoisine les cinq mètres de haut et s’étend en une flaque gluante indistincte sur toute l’arrière de la grotte.
Elle n’est que tentacules énormes hérissées de dards qui fouettent l’air en sifflant, encouragés par une myriade de gueules hurlantes et d’yeux immondes qui parsèment sa surface informe.

Les chevaliers affrontent le péril à grands moulinets d’épées, soutenus efficacement par les lanceurs de sort et les soigneurs qui les nimbent sans discontinuer d’halos guérisseurs.
La chose semble hésiter, surprise devant cet étonnante résistance et elle stoppe ses attaques un instant, permettant aux courageux albionais de resserrer les rangs et de fortifier leur position.

La scène semble figée, irréelle.

7) Au boulot !

Légion est contrarié.
Qui sont ces tas de métal qui ne se laissent pas manger ?!
Il en viendrait presque à regretter la douce indolence de sa caverne…

Il a beau cogner sur les trucs à grands coups d’appendice, rien n’y fait !
Les trucs tous frêles postés derrière les tas de métal redonnent du fluide vital à ceux qui le tapent ou lui envoient des lumières qui lui causent des sensations très désagréables.

Se pourrait il que son intégrité soit à nouveau menacée par ces trucs ridicules ?

Impossible !

Il sait – grâce aux souvenir des Tomtes – que les Trucs en fer sont innombrables.
Si tous ont cette hargne et cette efficacité guerrière, ça va prendre un sacré temps pour devenir le Maître du monde.
Et après le temps perdu dans la galerie délirante, Légion est impatient de disposer de nouveaux relais pour poursuivre son développement et régner sur les Royaumes.

En parlant de relais, tiens…
Où sont donc passés les deux feignasses ?
Seul le morceau de Lui directement commandé par Légion est entré dans la bagarre.
Le milieu et le derrière ne foute rien depuis que le combat a commencé.
Abandonnant un instant le contrôle des appendices de l’avant, Légion descend voir ce qui se passe dedans Lui en se disant que ça va chier des bulles et qu’il va y avoir des pincements de cervelet qui ne vont pas être perdus pour tout le monde !!!

8) Retraite

Lorsque Boulet Gentil voit les combattants Albionais reculer en bon ordre, il s’étonne de ressentir un soulagement.
Il ne peut pas blairer ces foutus Conserves mais même eux ne méritent pas de finir mâchouillés par cette… horreur.
Il les encourage mentalement à s’échapper avant que le monstre ne s’anime à nouveau.

Comme si le message était passé, les Chevaliers enfin parvenus à une distance raisonnable tournent les talons et quittent la caverne de l’horreur dans un bruit de casseroles assourdissant.

Boulet Gentil est heureux pour eux et il réfléchit maintenant au meilleur moyen de s’éclipser à son tour.
Priant pour que la Chose n’ait pas la possibilité de distinguer sa pitoyable carcasse en mode furtif, il se laisse tomber souplement de la corniche et cavale hors de la grotte comme s’il avait la mort à ses trousses.
Ce qui est plutôt le cas à bien y réfléchir !
Il n’a plus un poil de sec et se demande comment il va bien pouvoir raconter ça aux copains sans qu’ils le prennent comme à leur détestable habitude pour une mytho complet…

9) Y a quelqu’un ?

Ah non mais c’est pas vrai !!!
Le temps pour Légion de châtier les deux oisifs qui jouaient au pédoncule sauteur au lieu de bosser correctement et il n’y a plus personne !
Il faut impérativement trouver d’autres Séides moins crétins sinon il ne va jamais s’en sortir.
La rencontre avec les trucs en fer a cependant été très instructive…
La prochaine fois, Légion enverra la queue – à coups de tentacule dans le cervelet s’il le faut – harceler les lanceurs de lumière sinon il ne viendra pas à bout de ces trucs agressifs.

Mais pour le moment, il va se reposer un peu.
D’autant que c’est sympa ici.
C’est grand, il y a pleins d’ouvertures visiblement déjà creusées et DROITES pour se promener et des tas de cailloux à lancer.
Il va envoyer les deux relais idiots manger les petites bêtes de la caverne pendant qu’il échafaude sa nouvelle stratégie puis se cachera dans le fond obscure de son antre.

Les trucs reviendront.
C’est plus fort qu’eux.
Avec l’exemple des Tomtes, Légion sait que les humanoïdes ont beau dire que c’est un vilain défaut, leur curiosité naturelle prendra le pas sur l’effroi qu’il peut inspirer un jour où l’autre.

Prochain épisode : « l’armée de l’Horreur » ou « Tout le monde en rang et je veux pas voir un tentacule dépasser !!! »