Chieuse regretta rapidement de ne pas avoir succombé
Aux coups mortels des opposants tant cette naine la fatiguait…
C’était un moulin à parole qui se moquait que l’on réponde
Où qu’on l’ignore… Pas de bol ! Elle causait et saoulait le monde.

Un soir le camp fut attaqué et la Kobi considéra
Qu’après tout elle s’était trompée sur cette étrange Halaguena.
Les Garous les avaient piégés et ils avançaient, menaçants…
La lutte était désespérée, la peur gagnait les combattants.
 
Privée de tout échappatoire, la petite bleue tira ses lames
Entourés par des compagnons paralysés ou titubants.
Motivée par le désespoir, elle promettait une moisson d’âmes
A Loki quand – stupéfaction ! – la naine s’adressa aux Lycans.

Leur chef – un mâle monstrueux – poussa soudain un grognement
Repris dans un écho affreux par tous les loup-garous présents.
Comprenant la situation, Chieuse et les autres se détendirent
Voyant avec stupéfaction qu’Halaguena les faisait rire.

Nul ne comprit ce qu’elle disait mais les Lycans semblaient conquis
Par la silhouette qui continuait à parler sans aucun répit.
Le miracle dura trois heures puis la horde s’évanouit.
Tous partirent d’un rire hystérique quand elle hurla « j’ai pas fini !!! »

Jusqu’ici jamais Chieuse n’avait eu à remercier quiconque
Car toujours elle se débrouillait pour régler seule ses propres comptes.
Quand la naine d’un ton furibard lui dit « tu pourrais dire merci ! »
Elle sut en croisant son regard qu’elle avait trouvé une amie.

Elles devinrent vite inséparables alors que tout les opposait :
La naine respirait la droiture, la Kobold la duplicité.
Pourtant dans une certaine mesure, cette improbable complicité
Rendait la peste moins instable et la candide plus futée.

Après les six jours de voyage pour enfin rallier le donjon
Elles faisaient vraiment bon ménage au grand dam de leurs compagnons.
La Kobi devenait bavarde à devenir insupportable
Relayée par l’autre vacharde s’il y avait un moment de calme.

Lorsque le groupe au grand complet pénétra enfin dans la grotte
Il y eut des soupirs soulagés : on entendait plus que les bottes.
Le calme ne dura pas longtemps puisqu’au premier Tomte croisé
La naine beugla joyeusement « Trop génial le petit bonnet !!! »

Les Tomtes sont un peuple égoïste peu concernés par le voisin
Mais ont un coté fétichiste, n’appréciant pas les plaisantins
Se moquant de leur coiffe rituelle… Le lutin sonna donc l’alarme !
Le groupe vit une ribambelle déferler et sortit ses armes.

Chieuse tira Hala en arrière – elle s’avançait pour discuter… –
Cognant de sa hache de guerre sur un Tomte un peu excité.
Bondissant parmi les bonnets, elle frappa comme une diablesse,
Ses camarades survoltés, suivant dans une bonne allégresse.

Hala recherchait ses grimoires pendant que tous se déchaînaient.
Elle avait une piètre mémoire – d’aucuns diraient qu’elle s’en fichait…
Les vagues ennemies se succédaient, les repousser devenait dur.
Pourtant les haches s’abattaient les fauchant comme du blé mûr.

La fatigue menaçait le groupe et les sorts se faisaient plus rares.
Ils n’arrêteraient pas la troupe et succomberaient tôt ou tard.
Alors que tout semblait perdu, ils entendirent une voix claire
Qui disait « on ne bouge plus ! ». Les ennemis se pétrifièrent.

Retrouvant un sort par miracle, la naine était intervenue.
Elle posait, les poings sur les hanches, visiblement très satisfaite.
Les Tomtes, raides comme des planches, subissaient une étrange quête
Le groupe n’ayant plus d’obstacle, vidait leurs poches de son contenu.

Chargés de trésors divers, les compagnons étaient joyeux.
Revenus enfin au grand air, ils partageaient les doux précieux.
Chieuse déclencha l’hilarité en faisant sournoisement don
A Halaguena d’un objet : il s’agissait d’un beau bâillon.    

Règle d’or des aventuriers, on se quitte tous bons amis
Une fois le donjon pillé et le partage accompli.
Si on est pas de la même Guilde ou en compagnie de copains,
L’ambiance peut devenir morbide, voire dangereuse, c’est malsain.

Tous les membres se dispersaient, y compris Chieuse très peinée.
Ce sentiment était nouveau et la troublait, la dérangeant,
Voyant que ça affaiblissait le rempart qu’elle avait forgé
Pour se prémunir des maux que lui infligeaient les méchants.

Après une journée à marcher, la fatigue avait finalement
Purgé la Kobi de pensées et endormi ses sentiments.
Tirant à elle sa couverture, un vide étrange l’envahissait,
Mettant la pauvre à la torture : pour la première fois elle pleurait.